Part 13
Tel qu’il est, il a toujours été pourtant, à travers les fissures de la cloison étanche, le lieu de passage d’un transit intéressant. Et sur cet article, d’ores et déjà, nous disposons de moyens autrement puissants que la caravane et le chameau. La guerre mondiale, qui a comporté au Sahara un épisode Senoussiste, y a déclanché des expériences intéressantes, dont certains résultats restent acquis. Le plus sérieux concerne le transit télégraphique. Le problème a été résolu définitivement par la télégraphie sans fil. Des postes ont été installés dans tout le Sahara français, et ils ont rendu immédiatement des services tels qu’ils sont devenus d’un coup des rouages essentiels de l’armature. Ce point acquis est de grande conséquence : il faut songer que, pour la première fois, le besoin se fait sentir impérieusement au Sahara d’avoir sous la main une source d’énergie industrielle. Cela peut avoir des répercussions sur l’utilisation du vent désertique par exemple.
Les avions et les automobiles ont été mis à l’essai au Sahara avec cette prodigalité financière qui a caractérisé la guerre mondiale. En ce qui concerne les automobiles, à tout le moins, les résultats obtenus ne sont pas négligeables. On a constaté pratiquement qu’ils n’étaient pas liés à la route et qu’ils passaient partout. Les sols désertiques offrent au roulage des facilités étonnantes, la hammada, par exemple, et le reg. Les chars de guerre des Pharaons en avaient déjà fait l’expérience, comme d’ailleurs de nos jours au Kalahari les grands chars des Boers traînés par des bœufs. Il reste pourtant une difficulté à surmonter. Quand il s’agit de franchir des milliers de kilomètres, les autos du type existant n’arrivaient pas à constituer elles-mêmes leur approvisionnement d’essence. Cette tâche incombait aux caravanes de chameaux, pour qui elle était écrasante. Le problème étant évidemment de substituer les autos aux chameaux, ce problème se trouvait déplacé, mais non pas résolu. On n’oserait pas affirmer qu’il le soit tout à fait. Pourtant d’énormes progrès ont été faits. Aux raids sensationnels succède déjà l’organisation de services réguliers.
Grâce aux automobiles et aux avions pourra-t-on se passer de chemins de fer ? Nos habitudes d’esprit nous entraînent à concevoir le chemin de fer comme la base de tout trafic. Sauf en Égypte, les chemins de fer transsahariens sont restés à l’état de projets ; mais ces projets ont pullulé ; l’idée se précise et prend corps ; surtout dans le Sahara français. En Algérie, les départements de Constantine et d’Oran se disputent la tête de ligne. Le chemin de fer passera-t-il par le groupe oriental des oasis, l’Oued R’ir et Ouargla ; ou par le groupe occidental, suivant la « rue de palmiers » ? Dans les deux cas, un terminus inévitable est la boucle du Niger. Mais le Tchad ne peut pas rester éternellement isolé au cœur mathématique du continent. Un projet de chemin de fer transafricain par le Hoggar et le Tchad allait rejoindre le futur chemin de fer anglais du Cap au Caire. Ce projet est même le seul qui ait reçu un commencement très modeste d’exécution ; une mission d’études a été envoyée, qui a fait faire à la cartographie du Sahara des progrès intéressants. Les Soudanais, avec le colonel Tilho, projettent un chemin de fer qui desservirait le Soudan sur toute la longueur, et sur lequel des transsahariens viendraient se brancher. Car il y aura plusieurs transsahariens : le plus court et le plus aisé à imaginer serait le chemin de fer italien, qui unirait le golfe des Syrtes au lac Tchad, en utilisant la plus vieille voie commerciale du Sahara, celle du Fezzan.
Ces projets ne sont pas des rêves. Des forces puissantes semblent devoir entraîner le Sahara dans des voies nouvelles. Le chiffre total de la population saharienne ne peut pas être fixé ; mais à coup sûr il est insignifiant ; cette moitié du continent est pratiquement vide. C’est une difficulté, mais c’est aussi un gros avantage. L’Europe ne trouve pas ici de population indigène dense et enracinée avec qui il soit nécessaire de compter. Et, par contre, l’Européen trouve un climat, dont il est établi pratiquement que la race blanche méditerranéenne s’accommode parfaitement.
En ce qui concerne la partie occidentale, les succès de la politique et de la colonisation française au Maghreb semblent l’entraîner inévitablement au Sahara. Pour établir un lien à la fois sentimental et d’affaires entre les colons et les indigènes il faudra faire quelque chose, associer les deux éléments dans une grande tâche commune ; elle s’offre au Sahara et nulle part ailleurs.
Les meilleures chances d’avenir du Sahara sont dans sa situation planétaire. Il s’interpose entre deux grandes régions violemment contrastées qui ont besoin l’une de l’autre et qui s’attirent violemment. D’une part, les agglomérations humaines civilisées de l’Europe occidentale, et, d’autre part, les tropiques africains aux richesses agricoles inexploitées. L’Europe d’après guerre sent plus vivement le besoin d’échanger ses produits manufacturés contre des produits alimentaires. Certainement aussi il faut faire la part des besoins imaginatifs de paysages nouveaux à notre époque de grand tourisme. L’Europe, si on peut dire, a faim de ses tropiques. Elle en a été séparée depuis toujours par l’obstacle du Sahara, dont le rétrécissement de la planète à notre époque souligne l’absurdité. Cet obstacle devra sauter ; il y a là une nécessité profonde. On sent déjà que le branle est donné. Le Sahara commence un nouveau chapitre de son histoire.
TABLE DES FIGURES
* * * * *
1. — SCHÉMA DU SAHARA OCCIDENTAL 24
2. — SCHÉMA DU SAHARA ORIENTAL 25
3. — CLARIAS LAZERA (CAT FISH) 63
4. — CAPTURE DU LOGONE PAR LE BASSIN DU NIGER 77
5. — L’OUED SAOURA ET SON ERG 85
6. — COURS TERMINAL DE LA SAOURA 89
7. — CAPTURE PAR ENSABLEMENT DE L’OUED ZOUSFANA PAR L’OUED GUIR 93
8. — L’OUED IGHARGHAR ET SON ERG 99
9. — ESQUISSE DU CRATÈRE DE L’EMI-KOUSSI 169
10. — LE HOGGAR 189
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TABLE DES PLANCHES
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_PL. I._ — L’ANTILOPE ADAX DU SAHARA ALGÉRIEN 16
_PL. II._ — LE « REG », EN UN POINT DU REG IMMENSE ENTRE OUALLEN ET TESSALIT 17
_PL. III._ — LE PIC ILAMAN, SOMMET DU HOGGAR 32
_PL. IV._ — LE TRIDENT DE LA KOUDIA (HOGGAR) 33
_PL. V._ — AU DÉSERT LIBYQUE ; RÉGION DE KHARGA (OU KHARGEH) 48
_PL. VI._ — LES PREMIERS CHICOTS DE L’ADRAR DES IFOR’ASS SURGISSANT BRUSQUEMENT DU REG, QUAND ON VIENT DU NORD 49
_PL. VII._ — AUTOUR DE LA GARA KRIMA (SUD D’OUARGLA). LES VAGUES DES PETITES DUNES 64
_PL. VIII._ — DUNES SURVOLÉES, RÉGION D’EL OUED 65
_PL. IX._ — LE NIGER AUX HAUTES EAUX. RÉGION DE TOMBOUCTOU 80
_PL. X._ — L’OUED SAOURA A KERZAZ, ENTRE LE GRAND ERG ET LES ROCHERS NUS DE LA CHAÎNE D’OUGARTA 81
_PL. XI._ — LE PLATEAU DES DAYAS, AU SUD DE LAGHOUAT 96
_PL. XII._ — LES BOIS AJOURÉS DES VILLES SAINTES (DJEDDA, YAMBO) 97
_PL. XIII._ — CHAMEAUX EXPORTÉS D’ALGÉRIE EN ÉGYPTE PENDANT LA GUERRE 128
_PL. XIV._ — COLONNADE DU TEMPLE D’HIBIS (VUE EN CONTREBAS). OASIS DE KHARGA (OU KHARGEH) 129
_PL. XV._ — UN CANYON DU MOUYDIR (GORGES DE TAKOUMBARET) DANS LES GRÉS SILURIENS (OU PEUT-ÊTRE CAMBRIENS) 144
_PL. XVI._ — BETYLES PHÉNICIENS (?) DE TABELBALET (ENTRE R’ADAMÈS ET IN SALAH) 145
_PL. XVII._ — OASIS DU SOUF (RÉGION D’EL OUED) 176
_PL. XVIII._ — AU REGGAN (BAS TOUAT). PUITS D’AÉRATION DES FOGGARAS 177
_PL. XIX._ — OASIS DE TOLGA, PRÈS BISKRA ; UN PUITS ARTÉSIEN 192
_PL. XX._ — UNE KHOTTARA (CHADOUF ÉGYPTIEN) DANS L’OASIS DE TIMMOUDI, BAS DE L’OUED SAOURA 193
_PL. XXI._ — OASIS D’IN-SALAH 208
_PL. XXII._ — TEMACIN DANS L’OUED R’IR. TYPE DE KSAR SAHARIEN 209
_PL. XXIII._ — TOUAREGS, HOMME ET FEMME 224
_PL. XXIV._ — MÉHARISTES DES COMPAGNIES SAHARIENNES EN UNIFORME 225
TABLE DES MATIÈRES
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_LIVRE PREMIER_
_CHAPITRE UNIQUE._ — GÉNÉRALITÉS SUR LE SAHARA, SA STRUCTURE, SON CLIMAT, SES LIMITES 9
Causes générales, p. 11. — Géologie, p. 14. — Orographie, p. 16. — Le climat, p. 18. — La vie des plantes et des animaux, p. 28.
_LIVRE II_
LA VIE PHYSIQUE ACTUELLE ET PASSÉE AU SAHARA
_CHAPITRE PREMIER._ — LOIS FONDAMENTALES DU MODELE DÉSERTIQUE
Les bassins fermés, p. 39. — Les lois de l’érosion fluviale au désert, p. 42. — Érosion éolienne, p. 46.
_CHAPITRE II._ — LE PASSÉ 59
Ancienneté du Sahara, p. 59. — Les oueds fossiles du Sahara, p. 61. — Le désert libyque, p. 67.
_CHAPITRE III._ — LES RIVIÈRES. LA CIRCULATION SUPERFICIELLE DES EAUX 71
Le Niger, p. 72. — Le Chari et le Tchad, p. 74. — Le Nil, p. 78. — L’oued Saoura, p. 83. — L’oued Igharghar, p. 94. — Le dessèchement du Sahara, p. 100. — Cycles d’érosion désertique, p. 103.
_CHAPITRE IV._ — OASIS ET TANEZROUFTS 115
Les Tanezroufts, p. 117.
_LIVRE III_
L’HISTOIRE DU SAHARA.
_CHAPITRE UNIQUE._ — L’INTRODUCTION DU CHAMEAU ET SES CONSÉQUENCES 129
Nomades blancs et agriculteurs nègres, p. 134.
_LIVRE IV_
LES RÉGIONS DU SAHARA
_CHAPITRE PREMIER._ — L’ÉGYPTE 145
Les côtes, p. 145. — La voie du Nil, p. 148. — Organisation du désert égyptien, p. 150. — Insignifiance des nomades, p. 152. — Les oasis égyptiennes, p. 158. — L’isthme de Siouah, p. 162.
_CHAPITRE II._ — LE SAHARA TIBBOU 167
Le Tibesti, p. 168. — Le Borkou, p. 173. — Koufra, p. 175.
_CHAPITRE III._ — LE FEZZAN 179
Fezzan, proprement dit, p. 182. — Le Kaouar et Bilma, p. 186.
_CHAPITRE IV._ — LE SAHARA TOUAREG 187
Le Sahara algérien, p. 191. — R’adamès et R’at, p. 191. — Oasis algériennes, p. 193. — Les nomades, p. 205. — Chaamba et Touaregs, p. 208. — La lisière soudanaise, p. 212. — La Maurétanie, p. 216.
CONCLUSION 221
* * * * * Abbeville. — Imprimerie F. PAILLART.
Note du transcripteur :
Page 15, " fibres de la vieille péréplaine " a été remplacé par " pénéplaine "
Page 35, " L’Égyte n’a jamais connu " a été remplacé par " L’Égypte "
Page 97, " n’est pas seulenent irréel " a été remplacé par " seulement "
Page 140, " aussi près des palmeries " a été remplacé par " palmeraies "
Page 148, " ports célèbres, Bénérice " a été remplacé par " Bérénice "
Page 160, " archéologues leur donnent raion " a été remplacé par " raison "
Page 160, " Farafra aurait été pour pour les anciens " a été remplacé par " été pour les "
Page 163, " les Pharaons à leur avène-nement " a été remplacé par " avènement "
Page 171, " ils n’ont pas pas la variété d’une " a été remplacé par " n’ont pas la "
Page 193, " d’une ligne R’at-R’amadès " a été remplacé par " R’at-R’adamès "