Part 21
[p. 395] _Nominationes dœmonum ex malignitatis operibus eorundem sumptæ sunt; sicut Lares, ab eo quod laribus præssent; et Penates, eo quod horreis vel penitioribus domorum partibus; Fauni vero, à fatuitate; Satyri, à saltationibus; Joculatores, à jocis; Incubi, à concubitu mulierum, et Succubi, eo quod sub specie mulieris viris se supponunt; Nymphæ vero, fontium deæ; Striges seu Lamiæ, à stridore et laniatione, quia parvulos laniant, et lacessere putabantur, et adhuc putantur à vetulis insanissimis: sic et Dœmon, qui pretextu mulieris, cum aliis de nocte domos et cellaria dicitur frequentare, et vocant eam Satiam, è satietate; et dominam Abundiam, pro abundantia quam eam præstare dicunt domibus quas frequentaverit: hujusmodi etiam dœmones, quas Dominas vocant vetulæ, penès quas error iste remansit, et à quibus solis creditur et somniatur. Dicunt has Dominas edere et bibere de escis et potibus quos in domibus inveniunt, nec tamen consumptionem aut imminutionem eas facere escarum et potuum, maximè si vasa escarum sint discooperta, et vasa poculorum non obstructa eis in nocte relinquantur. Si vero operta vel clausa inveniunt, seu obstructa inde nec comedunt nec bibunt, propter quod infaustas et infortunatas relinquunt, nec satietatem, nec abundantiam eis prætantes_. (Voyez Guillaume d'Auvergne, Paris, 1674, t. I, p. 1036, col. 2.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 43, _pages_ 162-163.
Vers 19150-19400. M. Francisque Michel traduit _convent_ par _couvent_. Evidemment il a traduit le mot sans lire la phrase.
[p. 396] NOTE 44, _pages_ 166-167.
Vers 19228-19480, _Comète_, espèce de planète qui est au-dessus de la lune, dans la région des planètes. Son corps est solide; elle tire sa splendeur de la lumière du soleil, qu'elle réfléchit. (B. DE C.)
La comète a cela de particulier, qu'elle est accompagnée d'une longue traînée et de certains rayons de lumière toujours opposés au soleil, et qui s'affoiblissent en s'éloignant. Ces rayons sont apparemment réfléchis par le corps de la comète.
Il y a trois sortes de comètes: la barbue, qui est orientale au soleil; la comète à longue queue, qui est occidentale et paroît après le soleil couché; la chevelue, qui se montre lorsque le soleil et la comète sont diamétralement opposés et que la terre est entre deux.
Il y en a une autre qui est sublunaire, et qui n'est qu'un météore et une inflammation de l'air grossier.
Les Romains regardoient les comètes comme les présages des événements sinistres.
_Si vero cœlestes minæ terroresve, aut letra renunciarentur prodigia formidinesque vel si terribilis species, aut quid novum et inopinatum oblatum esset, ut cùm duo visi soles, facesve ne cœlo colluxissent, aut crinita sidera insigni novitate vel igneus turbo: his avertendis terroribus piacularibus sacrificiis factis ad placandas iras feriæ indicebantur._
Bayle a solidement réfuté les vains préjugés du peuple à cet égard, et a démontré parfaitement combien est mal fondée la vanité de l'homme, qui s'imagine qu'il ne sauroit mourir sans troubler toute [p. 397] la nature, et sans obliger le ciel à se meure en frais pour éclairer la pompe de ses funérailles. (Pensées diverses sur les comètes.)
Vespasien ne pensoit pas comme le peuple sur cet article. On parloit devant ce prince d'une comète qui paroissoit; il répondit: «Ce phénomène ne me regarde point, moi qui suis chauve, mais plutôt le roi des Parthes.» (Dion, in _Vespasio_.)
Le cardinal Mazarin, qui avoit l'esprit ferme, fit une réponse plus jolie. Quelqu'un étant veau dire à cette Eminence, qui étoit malade, que l'on avoit aperçu une comète qui faisoit appréhender pour ses jours, il répondit en souriant: _La comète me fait trop d'honneur_, ce qui revient à la pensée de Jean de Meun:
Ne li princes ne sunt pas dignes Que li cors du ciel doignent signes De lor mort plus que d'un autre homme. (Lantin de Damerey.)
NOTE 45, _pages_ 176-177
Vers 19395-19653. Robert II, comte d'Artois, surnommé _le Bon_ et _le Noble_, fut fait chevalier par le roi saint Louis; il mourut à la bataille de Courtray, percé de trente coups de pique, l'an 1302. (Lantin de Damerey.)
Nous ne reproduisons cette note que pour signaler une erreur du savant commentateur. Il s'agit ici de Robert Ier, dit _le Vaillant_, frère de saint Louis, tué a la bataille de Mansourah, en 1250. (P. M.)
[p. 398] NOTE 46, _pages_ 178-179.
Vers 19418-19676. Il y a longtemps que les poëtes ont acquis ie droit de regretter ces marques utiles de la considération où ils étoient autrefois parmi les grands. Aux termes d'Ovide, on croiroit que le soin de récompenser les poëtes étoit l'objet principal du ministère.
_Cura ducum fuerant olim, regnumque poetæ:_ _Præmiaque antiqui magna tulere chori._ _Sanctaque majestas, et erat venerabile nomen,_ _Vatibus et largæ sæpe dabantur opes._
(_De Arte amandi_, lib. III, carm. 405.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 47, _pages_ 178-179.
Vers 10423-19681. Nom d'un ancien château qui a donné le nom aux seigneurs de _Lavardin_. Il étoit situé près de Vendôme, sur le bord du Loir, vis-à-vis _Montoire_. Ce mot est mis ici pour la rime, comme beaucoup d'autres dans ce roman. (Lantin de Damerey.)
NOTE 48, _pages_ 178-179.
Vers 19425-19683. _Ennius_. Voici l'extrait de la vie de ce poëte par Jérôme Columna: _Precipuos vero amicos habuit vicinum duum Galbam, cum quo et deambulare, et frequenter esse consueverat, et M. Fulvium nobiliorem, à cujus filio jam patris instituto studio litteratum [p. 399] dedito, ut in Bruto ait Cicero, fuit civitate donatus, cum Triumvir coloniam deduxisset. Sed in oratione pro Archia videtur tanquam de Romana Republica bene meritum in civium numerum adsciri meruisse...._
_Ad cujus (Ennii) senectutem cum etiam ingens paupertatis malum accessisset, ex animi fortitudine utriusque incommoda sustinebat, ut iis penè oblectari videretur._
Ceci est bien opposé à ce que dit l'auteur du roman.
NOTE 49, _pages_ 198-199.
Vers 19769-20033. La triple temporalité, c'est-à-dire les trois divisions du temps, le présent, le passé et l'avenir. Cette sublime pensée est rendue avec autant d'énergie que de grandeur. Dieu, dit Jean de Meung, embrasse d'un seul coup d'œil ce qui fut, est et sera, et tout cela n'est pour lui qu'un éclair dans l'éternité.
NOTE 50, _pages_ 200-201.
Vers 19794-20059. L'original de Méon et la reproduction de M. Francisque Michel portent _nostre_. C'est évidemment une erreur. Ce mot ne serait dans la bouche du _dieu des dieux_ qu'un non sens.
NOTE 51, _page_ 204.
Vers 19860. _Apaiens_ est mis ici _pour apaions_.
[p. 400] NOTE 52, _pages_ 204-205
Vers 19866-20130.
_Jam nova progenies cœlo dimittitur alto_ _Tu modo nascenti puero, quo ferrea primum_ _Desinet, ac toto sirget gens aurea mundo._ (Virgile, _Eclog_. IV, carm. 7.)
NOTE 53, _pages_ 204-205.
Vers 19871-20135. Albumazar ou Aboazar, Arabe renommé par sa science, vivoit dans le IXe siècle ou dans le Xe. Son livre de la révolution des années l'a fait regarder comme un des grands astrologues de son temps. (Lantin de Damerey.)
NOTE 54, _pages_ 212-213.
Vers 19997-20263. Ce sont les _Belides_ ou _Danaïdes_. Elles étoient cinquante sœurs, toutes filles de Danaüs, qui épousèrent leurs cinquante cousins germains, fils d'Egyptus, frère de Danaüs. Ces cruelles femmes, par ordre de leur père qui craignoit d'être détrôné par un gendre, égorgèrent leurs maris la première nuit de leurs noces. La seule Hypermnestre sauva la vie à Lyncée, son époux. Le supplice de ces détestables femmes est de travailler continuellement à remplir une cuve qui n'a point de fond. (Lantin de Damerey.)
[p. 401] NOTE 55, _page_ 214
Vers 20025. _Treu_, tribut. On disoit aussi _tru_ et _treuage_, qu'o s'appeloit aussi _truage_, c'est-à-dire: imposition, subside; et parce que les tributs excessifs qu'on mettoit quelquefois sur les peuples les réduisoient à la mendicité, on appeloit _truant_ celui qui demandoit l'aumône. Faux-SEmblant appelle ainsi les mendiants:
Quant ge voi tous nus ces truans Trembler sor ces femiers puant.
Les Normands étant plus charges d'impôts que les autres peuples, on disoit: _Qui fit Normand, il fit truant_. _Truander_ signifie demander l'aumône par pure fainéantise. _Trucher_, en terme d'argot, signifie la même chose, et _trucheur_ se prend pour _truant_, et _truandaille_ pour geux ou vaurien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls:
Vous me semblez de truandaille Vous ne logerez point céans.
Qu'il me soit encore permis d'avancer une de ces vérités que l'on regarde comme des paradoxes. C'est que les plus grands impôts sont ceux dont nous supportons volontairement les charges; tels sont ceux inventés par la mode, par la vanité, par le luxe et par la sensualité, les quatre plus grands fléaux du genre humain, dont les lois somptuaires des Romains, et celles que le même esprit de sagesse a dictées à nos rois, n'ont jamais pu réprimer les abus, qui renversent le bon ordre, corrompent les mœurs, ruinent enfin le commerce des Etats les mieux policés. (Lantin de Damerey.)
[p. 402] Cet estimable savant, que je me représente affublé dans la robe de son bisaïeul, ne paraît pas comprendre la nature humaine, et son système économique ne fera jamais école, bien certainement. Quant à l'étymologie de _trèu_, voyez ce mot au Glossaire. (P. M.)
NOTE 56, _pages_ 214-215.
Vers 20032-20298. M. Francisque Michel traduit ce vers par:
Et pour changer maints caractères.
Pourquoi tant se torturer l'imagination? Cette version ne signifie absolument rien. _Muer le corage_ signifiait: changer le courage, le cœur, et se prenait en bonne et en mauvaise part. Il signifie ici: relever le courage des assaillants et, par contre, jeter l'épouvante parmi les assiégés.
NOTE 57, _page_ 218.
Vers 20099.
Puis que salués les m'aurois....
Traduction littérale: _Lorsque vous me les aurez salués_, c'est-à-dire: «Lorsque vous les aurez salués pour moi.» _Aurois_ est mis ici pour la rime au lieu d'_aurés_.
NOTE 58, _pages_ 228-229.
Vers 20253-20518. _Tables_. Ce sont les tablettes sur lesquelles les anciens écrivaient avec un poinçon. [p. 403] On dit au figuré et proverbialement: «C'est bien; je l'inscris sur mes tablettes.»
NOTE 59, _page_ 234.
Vers 20333. Pour la deuxième fois, nous voyons le verbe _respondre_ affecter la conjugaison de _répondre_. Nous avons déjà signalé cette licence. Toutefois, il nous vient un scrupule. Nous avons pu constater souvent combien maître Jehan de Meung se laissait entraîner à jouer sur les mots. Le calembourg, passez-moi le mot, était son péché mignon. Nous sommes donc revenu de notre opinion première, et nous croyons qu'il ne faut voir dans _responnez_, au vers 15802, et dans _respoigne_, autre chose que le subjonctif de _respondre_, non dans le sens de répliquer, mais d'exposer, expliquer. Ce dernier verbe ne viendrait pas de _respondere_, mais de _re exponere_, et sa conjugaison serait identique à celle de _répondre_, dérivé de _re_ et _ponere_. Ces trois verbes se confondirent en une seule et même conjugaison par la suite, comme le prouvent nos verbes modernes _pondre_ et _répondre_. (Voyez l'introduction au Glossaire.)
NOTE 60, _pages_ 234-235.
Vers 20335-20603. _Devin_. Nous avons conservé ce mot pour laisser au vers sa physionomie originale et subsister le jeu de mots; mais aujourd'hui le sens nous échappe. C'est encore une malice de Jehan de Meung et même, jusqu'à un certain point, une satire virulente contre la subtilité du clergé en matière de dogmes. N'oublions pas que _devin_ signifiait [p. 404] à la fois _devin_, dans le sens qu'il a conservé, et _théologien_. (Voyez la note 23, tome III.) Le véritable sens de ce passage, voilé sous une fine ironie, serait plutôt: «Je laisse les théologiens s'user à débrouiller cette énigme, s'ils le peuvent, car ils s'épuisent en vains efforts.» Aussi avions-nous traduit tout d'abord:
A l'Église laissons le soin, S'elle peut, d'éclaircir ce point.
Toute réflexion faite, nous avons conservé le mot _devin_.
NOTE 61, _pages_ 234-235.
Vers 20359-20627. Orphéus, fils d'Apollon et de Calliope, ou, selon d'autres mythologistes, d'Æagre, fleuve de Thrace, et de la muse Polymnie. Après la perte de sa chère Eurydice, qu'une curiosité déplacée empêcha de revoir la lumière, grâce singulière que les talens de son mari avoient obtenue de Pluton et de Proserpine, Orphée conçut pour le sexe un si grand dégoût, qu'il ne voulut plus entendre parler des femmes. On dit que ce fut lui qui apprit aux peuples de Thrace à mépriser les femmes pour les garçons, et qu'il fut le premier auteur d'un amour si détestable. Les Bacchantes, piquées du mépris qu'Orphée avoit inspiré pour elles aux hommes, le déchirèrent de leurs propres mains. Bacchus, en l'honneur de qui ce poëte avoit célébré plusieurs orgies, ne laissa point ce crime impuni: il changea en arbres ces femmes parricides. (Lantin de Damerey.)
[p. 405] NOTE 62, _pages_ 238-239.
Vers 20417-20683. M. Francisque Michel traduit _secorciez_ par _secouez_. C'est une erreur d'inadvertance. (Voyez le Glossaire.)
NOTE 63, _page_ 246.
Vers 20528. M. Francisque Michel traduit _soef_ par _doucement_. C'est une erreur. _Soef_ n'est pas adverbe ici, mais subtantif. Il signifie _la soif_.
NOTE 64, _page_ 248.
Vers 20581.
Tous les me dist, onc puis ne sis....
Traduction littérale: _Tous elle nie les dit et depuis ne restai pas assis_, c'est-à-dire: «Je n'y tins plus, et j'accourus.»
NOTE 65, _pages_ 260-261.
Vers 20762-21036. _Grant péchiê_, etc.... L'Amant de la Rose nous dit, au vers 22188, et nous devons l'en croire, que
Por cincq cenz fois cent mile livres
il n'aurait pas voulu souffrir une opération semblable à celle que le chanoine Fulbert fit éprouver au mari d'Héloise. On trouve peu de personnes qui entendent raillerie sur cet article; tous ceux cependant à qui ce malheur est arrivé n'en ont pas été dédommagés [p. 406] aussi avantageusement qu'auroit voulu l'être notre amant.
_La loi des Lombards_, livre I, titre 7, article 18, s'explique ainsi sur les dommages que peut prétendre un pauvre mutilé:
_Si quis alium præsumptivè suâ sponte castraverit, et ei ambos testiculos amputaverit, juxtà conditionem componat, si virgam absciderit similiter._
Par la loi des Allemands, on payoit pour l'opération entière quarante sous, et vingt sous pour la moitié.
Les Anglois, au titre 5 de leurs lois, condamnoient, à proportion de la qualité de la personne mutilée, le criminel à quatre cents sous ou à cent sous.
Les Juifs punissoient ce crime par la peine du talion.
Ce que fait dire Jehan de Meun à Genius touchant les défauts de ceux qui ont souffert cette mutilation, soit par la malice des hommes, ou par un zèle mal entendu de leur part, se trouve bien combattu par les exemples d'Origène et de Photius, d'Abelard et de Combalus, chez lesquels cet accident n'a fait aucun préjudice aux dons naturels de l'âme. (Dict. de Bayle, art. de _Henri IV_.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 66, _page_ 260.
Vers 20764. Je n'ai trouvé ces vers que dans un manuscrit portant la date de 1330.
Si m'aïst Diex et saint Yvurtre, Je le prise poi mains de murtre, Car cis n'ocist qu'une personne D'un cop mortel qui plus n'en donne, [p. 407] Mès li fel qui les coilles trenche, L'engendrement d'enfans estanche, Dont les ames sont si perdues Que ne puéent estre rendues Ne par miracle, ne par pene. Ceste perte est par trop vilene, Et est si vilainne l'injure, Que tant cum li escoillés dure, Tous jors mès procurra haïne Au massecrier et ataïne, Ne ne puet de cuer pardonner, Ains desire guerredonner: Si l'estuet en pechié morir, Et en enfer l'ame corir. (MÉON.)
NOTE 67, _page_ 267.
Vers 21135. _Toutes gens_ ne doit pas être pris dans le sens restreint qu'il possède aujourd'hui. _Toutes gens_ signifie à la fois la gent humaine et la gent animale, en un mot tous les êtres.
NOTE 68, _page_ 271.
Vers 21225. _Drap lange_. Nous avons cru pouvoir conserver à ce mot son sens primitif: _Drap de laine_.
NOTE 69, _pages_ 288-289.
Vers 21244-21518. _Charboucle_, pierre précieuse qu'on dit être aussi brillante qu'un charbon allumé. C'est le _piropus_ des Latins; Ovide ne l'a point oublié dans la belle description qu'il fait du palais du soleil, au livre II des _Métamorphoses_.
[p. 408] Pline, au livre XXXVII, chap. 7, de son _Histoire naturelle_, quoiqu'il donne volontiers dans le merveilleux, prétend que ce que l'on dit de l'escarboucle est fabuleux, et que ce n'est autre chose qu'un gros rubis ou grenat rouge, brun et foncé, tirant sur le sang de bœuf.
On croyoit autrefois que l'escarboucle venoit d'un dragon.
Un historien a écrit que le roi de Pégu n'avoit d'autre lumière pendant la nuit que son escarboucle, qui rendoit un éclat aussi vif que celui du soleil. (Lantin de Damerey.)
NOTE 70, _pages_ 290-291.
Vers 21282-21556.
..... Ne quelque partie Par quoi puist estre ore partie.
Traduction littérale: «.....Ni quelque partie (de temps ou d'espace) par quoi puisse être une heure partagée.» C'est-à-dire: «Sans qu'on puisse diviser ce jour en heures ni en minutes ou fractions d'heures, puisqu'il est éternel.»
Or, M. Francisque Michel traduit _ore_ par _maintenant_. Il a probablement traduit le mot sans lire la phrase, car il nous a été impossible d'y adapter une interprétation acceptable.
NOTE 71, _pages_ 294-295.
Vers 21332-21608. Voyez la note 98 du tome III. Ici c'est Dieu qui serait le juge suprême au tribunal d'appel.
[p. 409] NOTE 72, _page_ 302.
Vers 21454. _Estaches, poteaux_, pieux servant à faire clôture. Il vient du latin _estacha_ ou _stacha: postis, palus, paxillus, pieu_.
Guillaume Guiard en parle dans son _Histoire de France_:
A douloüeres et à hasches Vont desrompant piex et estaches.
_Estachamentum_ étoit l'enceinte fermée de pieux; c'est de là que vient _estacade_, qui est une palissade faite avec des pieux enfoncés dans la terre, particulièrement dans des eaux, pour empêcher le passage ou pour fermer l'entrée d'un pont. (Lantin de Damerey.)
Le lecteur est prié de se reporter au Glossaire.
NOTE 73, _page_ 306.
Vers 21532. Il est probable que le passage compris entre crochets, du vers 21533 au vers 21578, est une addition postérieure, assez mauvaise du reste.
NOTE 74, _pages_ 310-311.
Vers 21590-21874. Tout le passage suivant, placé entre crochets, du vers 21591-21875 au vers 22004-22296, a été évidemment intercalé après coup.
NOTE 75, _pages_ 310-311.
Vers 21593-21877. Pygmalion, Apollodore, Arnobe [p. 410] et M. Bayle en font un roi de Cypre, qui fut fondateur de la ville de Carpasia.
D'autres auteurs le confondent avec Pygmalion, qui tua Sichée, mari de Didon, pour avoir les trésors que ce prince avoit amassés.
Ces mêmes auteurs ajoutent que la débauche des Propétides lui ayant inspiré du dégoût pour toutes les femmes, il se retira dans une solitude où il s'occupa à la sculpture.
Que le fondateur de Carpasia soit le même que le meurtrier de Sichée, ou que ces deux princes soient des personnes différentes, cela fait peu pour notre roman. Quoi qu'il en soit, Pygmalion, dégoûté des femmes, résolut de passer ses jours dans le célibat; mais, ayant taillé une statue d'ivoire d'une beauté parfaite, il devint amoureux de son ouvrage. Vénus, touchée des feux du statuaire, anima cette figure insensible, dont il eut dans la suite un fils appelé _Paphus_, qui donna son nom à l'isle de Paphos. (Ovid., _Métamorph_., lib. 10.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 76, _pages_ 310-311.
Vers 21609-21893. Lavinie, femme d'Enée.
NOTE 77, _pages_ 318-319.
Vers 21726-22014. _Vair_, fém. _vaire_. C'étoit une fourrure blanche et bleue, dont les rois usoient en France. Les présidents en mettoient sur leurs manteaux et les conseillers sur leurs robes, ce qui a eu lieu jusqu'au XV_e_ siècle. Cette fourrure étoit faite de [p. 411] la peau d'une espèce d'écureuil que l'on appeloit aussi _vair_ et en latin _sciurus_. Cette peau étoit blanche par dessous et colombine par dessus. On la diversifioit en grands et en petits carreaux, qu'on appeloit _grand vair_ et _petit_ ou _menu vair_. On lui avoit donné le nom de _penne_ ou _panne_, parce que ces fourrures étoient composées de plusieurs pièces ou peaux cousues ensemble, comme les pans d'un habit.
Quelques auteurs ont prétendu que le _vair_ n'étoit que la seconde fourrure, ou _peau_ et _penne_, dont on doubloit les habits des grands seigneurs. On l'appelle _vair, à variis coloribus_. L'hermine étoit la première des fourrures.
_Vair_, en terme de blason, est une fourrure faite de plusieurs petites pièces d'argent et d'azur, à peu près comme une cloche de melon ou comme un U. Cependant les armes de la maison de Bauffremont sont vairées d'or et de gueule.
Le _vair_ est ordinairement de quatre tires ou rangées, et le _menu vair_ est de six. (Lantin de Damerey.)
Voir la note 16 du tome I.
NOTE 78, _page_ 318.
Vers 21729. _Cendaus_, pluriel de _cendal_. C'étoit une étoffe fort estimée chez les anciens: on en faisoit les bannières. Le _cendal_ étoit une espèce de camelot; il y en avoit du rouge et du blanc; il y avoit aussi des _cendaux_ de soie, qui étoient la même chose que nos taffetas.(Lantin de Damerey.)
[p. 412] NOTE 79, _pages_ 322-323.
Vers 21777-22067. _Houzeaux_, espèces de bottines. Les unes avoient la tige simple; d'autres avoient un soulier qui étoit quelquefois à poulaine, avec un long bec recourbé en haut. On appeloit aussi _houseaux_ des _heuses_, qui étoient des surbottes.
Il y a apparence que les _houseaux_ étoient la chaussure des Parisiens, par ce que Jean de Meung dit ici de la manière dont Pygmalion habilla sa statue.
On disoit quitter les _houseaux_, pour faire entendre qu'une personne étoit morte. Aux _Chroniques de Moustrelet_, tome I, pour l'année 1422, on lit: «que lorsque Henri V, roi d'Angleterre, qui mourut à Paris, eut été enterré à Abbeville, Messire Sarrazin d'Arly, oncle du vidame d'Amiens, demanda à un nommé _Haurenas_, qui étoit de sa maison, s'il ne sçavoit rien de la mort du roy d'Angleterre. Il dit que oui, et qu'il l'avoit veu en Abbeville, en l'église de St-Offram, et lui raconta comment il étoit habillé. Adonc Messire Sarrazin lui demanda par sa foi s'il l'avoit bien advisé; et répondit que oui. Or, me dis par ton serment s'il avoit point ses houzeaux chaussez?--Ah! Monseigneur, ce dit-il, nenny.--Par ma foy, ce dit Messire Sarrazin, beaulx amis, jamais ne me croyez s'il ne les a laissez en France.» Au lieu de: quitter les _houseaux_, l'on dit proverbialement quitter la _perruque_, pour: mourir. (Lantin de Damerey.)
NOTE 80, _pages_ 324-325.
Vers 21835-22125. _Cornouaille_. C'est, selon Barbazan, [p. 413] le cornouiller, arbre dont on faisoit des chalumeaux et autres instrumens de musique:
Li chalemel de cornouaille. (Ovide, manuscrit cité par Borel.)
Je ne sais si c'est bien entendre le passage du Roman de la Rose que de prendre _cornouaille_ pour un arbre, plutôt que pour la province d'Angleterre qui porte ce nom, ou pour la ville de Cornouaille, aujourd'hui Quimper-Corentin, qui est en basse Bretagne. Comme les Bretons sont fort renommés pour leurs danses, peut-être faisoit-on chez eux des instrumens pour les exciter à danser.
Ceux qui ont fait mention du cornouiller n'en parlent que comme d'un bois propre à faire des armes.
_Et bena bello cornus,_
dit Virgile au livre II des _Géorgiques_.
Les javelots des Romains étoient faits de cornouiller, dont le bois est fort dur. Apparemment que ceux des Grecs étoient de la même matière, puisqu'Homère, dans l'ode qu'il adresse à Mercure, lui dit: _Oui, par ce dard fait de cornouiller_, je publierai vos louanges. (Lantin de Damerey.)
NOTE 81, _pages_ 344-345.
Vers 22128-22422.
_Omnia vincit amor, et no cœdamus amori._ (Virgil., _Éclog_. X, carm. 69.)
[p. 414] NOTE 82, _pages_ 348-349.