Le roman de la rose - Tome III
Part 23
Vers 13046-13168. _Faé_, dont les fées se sont mêlées. Le peuple appeloit ainsi des femmes qui s'occupoient à faire des enchantemens et des charmes. Le _Roman de Lancelot du Lac_, chap. 8, tome Ier, dit: «Moult en étoient principalement en la Grande-Bretagne; elles sçavoient la force et la vertu des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles étoient tenues en jeunesse, et en beauté et richesse. Ce fut Merlin, surnommé le _saint prophète_, qui avoit instruit ces femmes dans l'art de f?rie et de nigromancie; et fut ledit Merlin engendré en femme par un diable, en la Marche d'Ecosse et d'Irlande.»
_Fatas antiqui in supremo ordine collocabant pro eo quod fatare præcipuum sit, atque divinum inter omnia quæ diis attribuuntur: fatare namque non solum modo est prædicere, vel cavere, sed etiam præordinare, et ut eveniant quæ prædicuntur efficere._
(Vide Guillelmum Alvernum, Episcopum Parisiensem, [p.443]in tertiâ parte secundæ partis _De universo spirituali,_ cap. xii, col. i, t. I, éd. 1674.) (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 52, _page_ 180.
Vers 13073-74-81. _Accordissiez, gaaingnissiez, alissiez_, au lieu de ... _assiez_. Ces trois verbes prouvent que les deux formes _isse_ et _asse_ étaient usitées pour la première conjugaison primitivement, car nous ne saurions y voir de licences pour la rime.
NOTE 53, _page_ 182.
Vers 13087. _Cortiz_, petit jardin de campagne qui n'était point enfermé de murailles; il signifie aussi une petite cour.
On lit _in Scaligerianis, litterâ C_, que c'est faute d'entendre notre langue que nous écrivons Cour de parlement pour _court_, qui vient de _curtis_: l'italien dit _corte_. Les parlemens suivoient les rois anciennement; on dressoit un enclos qui s'appeloit _curtis_, où le parlement s'assembloit, et le roi écrivoit _de curti nostrâ_: ce qu'on appelle aujourd'hui _cour_ s'exprimoit en gaulois par le mot _cort_. (LANTIN DE DAMEREY.)
Nous reproduisons cette note avec d'autant plus d'empressement que nous constatons, trois lignes plus haut, dans le glossaire de Méon, une étrange anomalie. Au mot _cour_, celui-ci donne la racine _curia._ Pourquoi donner cette racine (lui qui n'en signale pour ainsi dire aucune) au-dessus de la note ci-dessus, qu'il intercale dans son glossaire? Il ne prenait sans [p.444]doute pas au sérieux cette étymologie, qui est cependant la vraie. _Cortis_, en latin, signifiait proprement l'espace compris entre les bâtiments d'une ferme. (P.M.)
NOTE 54, _pages_ 200-201.
Vers 13352-13478. On voit, en jetant les yeux sur l'original, que la phrase est boiteuse; elle n'est point finie. Nous l'avons soudée, il est vrai, aux vers suivants; mais évidemment tout le passage compris entre crochets, dans l'original, est une addition postérieure. La suite de la phrase reparaît au vers 13385-13511.
NOTE 55, _page_ 204.
Vers 13416. Méon et Francisque Michel écrivent _les_; c'est une erreur. Si _maint vaillant homme_ était le régime pluriel, il prendrait l'_s_. C'est donc un singulier. De plus, si c'était un pluriel, _chéu_, participe toujours déclinable, devrait prendre aussi l'_s_, en tant que régime. Voir l'introduction au glossaire, tome V.
NOTE 56, _page_ 204.
Vers 13430. _Repos_ n'est pas l'indicatif de _reposer,_ après la chute de l'_e_. C'est l'indicatif de _répondre; ge me repons, je me cache_. L'_s_ fait tomber l'_n_, suivant la règle générale (voir l'introduction au glossaire, tome V). Toutefois, cette forme doit être considérée comme une licence pour la rime, d'autant plus que les liquides résistaient généralement à l'élision.
[p.445] NOTE 57, _pages_ 212-213.
Vers 13540-13670. _Porpris_, proprement _enceinte, enclos, parc, jardin, cour, ferme_.
C'est le participe de _porprendre. envelopper_.
Mais au XIIIe siècle, et nous le voyons par ce roman, il signifiait plus particulièrement _clos, jardin._ Nous avons déjà critiqué dans nos notes du premier volume la traduction constante de _porpris_ par _enceinte_. En effet, dans notre poème, cette interprétation est beaucoup trop large. C'est à peine si elle serait acceptable dans quelques endroits, comme par exemple ici, la Vieille n'ayant été appelée à garder les roses que lorsqu'elles furent dans le castel; ou bien encore au vers 3973 où la _porprise_ signifie la partie du verger autour de laquelle Jalousie fit creuser un fossé; ou au vers 15093, où ce mot semble s'appliquer spécialement aux murailles. Mais, ne l'oublions pas, le pourpris était enfermé dans le castel, lequel était bâti dans le verger, lui-même ceint de murs, que Guillaume de Lorris ne qualifie jamais cependant de _porprise_, tandis que chaque fois qu'il veut désigner spécialement l'enceinte crénelée, il la désigne par _muraille, mur_.
Vouloir restreindre le sens des mots à leur étymologie est une faute, surtout quand ce n'est pas nécessaire, puisque _pourpris_ est resté dans la langue. C'est comme si l'on s'obstinait à traduire constamment _courtis_ par _cour, métairie_, sous prétexte que c'était le sens primitif, ou bien encore _aller_ par _naviguer,_ parce que la racine est _adnare_.
A partir du XVIIe siècle, _pourpris_ ne fut plus guère employé qu'en poésie; mais au XVIe siècle il avait [p.446]conservé à la fois le sens d'habitation, d'espace compris dans une enceinte, et celui de terrain, champ, jardin. _Le céleste pourpris_, disent les poètes. On lit dans Amyot: «Comme Romulus feist faire un fossé à l'entour du _pourpris_ qu'il vouloit enfermer de murailles, Rémus s'en moqua.» (Voyez le Dictionnaire de Littré.)
NOTE 58, _pages_ 212-213.
Vers 13560-13690.
Mès s'ous en volez entremetre....
Ce vers peut se comprendre de deux façons: 1° mais si vous voulez entreprendre d'aimer; 2° mais si vous voulez bien le permettre. Nous avons adopté la première version.
NOTE 59, _pages_ 214-215.
Vers 13584-13714.
Certainement traï l'éust.
Toutes les éditions reproduisent ce vers sans changement.
Aucune ne donne _m'éust_, qui serait cependant rationnel. Nous avons donc cherché à _l'éust_ une version satisfaisante. _Traï_ ne peut se rapporter à la Vieille; il faudrait _traïe_. Donc, _l'_ se rapporte à conte et signifierait: _il me l'eût caché_; ou bien _éust_ a pour sujet la Vieille, et _traï_ signifierait _rendu traître._ Nous avons adopté la première manière, faute de mieux.
[p.447] NOTE 60, _pages_ 214-215.
Vers 13595-13725. Sans bête vendre, c'est-à-dire: sans vendre jusqu'à sa monture.
NOTE 61, _pages_ 222-223.
Vers 13719-13851.
_Nec timide promitte, trahunt promissa puellas:_ _Pollicitis testes quoslibet adde Deos._ _Jupiter ex alto perjuria ridet amantum,_ _Et jubet Æolios irrita ferre notos._ _Per styga Junoni falso jurare solebat_ _Jupiter._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. I, car. 631.)
NOTE 62, _page_ 224.
Vers 13741. _Hez_. Quel est ce mot? Le sens est indiscutable: _hez_ signifie _qu'il aille_. Est-ce une faute d'orthographe, et devons-nous lire _vez_ ou _vese_ pour _voise_? M. Francisque Michel a écrit carrément _aut._ C'est bien le sens, mais de quel droit? Jehan Dupré et Marot donnent _hay_. Dans _hay_, doit-on voir _haye,_ pour _aille_, qui se prononcent de même, comme aujourd'hui: _travailler, essayer_?
Quoi qu'il en soit, nous nous contenterons de signaler l'antique _haie!_ (pron. _haille_), resté dans la langue, et qui signifie _va!_ dans l'argot des charretiers; puis _haz, hax_, qui signifie _saut, enjambée;_ d'autre part _hay_, qui signifie _âne (asinus)_, et enfin nous nous permettrons de rapprocher de ces différents termes le mot _hazeteur_, qui veut dire _meunier_ (probablement de _azenia_, que Du Cange signale comme employé dans le sens de _moulin à eau_).
[p.448] NOTE 63, _pages_ 224-225.
Vers 13752-13884. Saint Liffard, prêtre et abbé de Meung-sur-Loire, bourg et château de France, entre Orléans et Beaugency.
Nos anciens poètes employoient souvent les noms des saints dans leurs vers, sous prétexte de donner plus d'autorité aux choses qu'ils avançoient. Pour moi, je crois qu'il faut regarder ces noms-là comme des _chevilles_ placées seulement pour la facilité du vers, toutes les fois que ces saints n'ont aucun rapport aux faits pour lesquels les poètes les appellent en garantie. (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 64, _pages_ 228-229.
Vers 13810-13946. Demophon, ou Demophoon, étoit fils de Thésée et de Phèdre. Comme il revenoit de la guerre de Troie, il fut poussé par la tempête sur les côtes de Thrace, où régnoit Philis. Cette princesse, qui avoit le cœur tendre, devint amoureuse de Demophon: elle lui proposa de l'épouser; il y consentit; et quelque temps après il la pria de le laisser retourner à Athènes pour mettre ordre à ses affaires. Son voyage fut long; et son amante, au désespoir d'une si longue absence, s'imagina qu'il lui avoit manqué de foi; elle se pendit et fut changée en un arbre que l'on appela _Phylis_ ou _amandier sans feuilles_.
Demophon étant revenu après ce tragique accident, il embrassa ce tronc infortuné, qui, sensible aux caresses de ce prince, parut tout à coup couvert de feuilles. (_Métamorphoses_ d'Ovide.) On peut lire [p.449]les regrets de Phylis et son impatience sur le retour de son mari, dans la seconde épître des _Héroïdes,_ d'Ovide. (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 65, _pages_ 228-229.
Vers 13813-13951. Pâris, surnommé _Alexandre,_ fils de Priam et d'Hécube. Sa mère songea, pendant sa grossesse, qu'elle mettoit au monde un flambeau qui devoit embraser la ville de Troie: ce songe l'ayant effrayée, elle eut recours à l'oracle, qui répondit que l'enfant dont elle étoit enceinte seroit un jour la cause de la ruine de sa patrie. Priam, voulant prévenir ce malheur, donna ses ordres pour que l'on fît périr cet enfant aussitôt qu'il auroit vu la lumière: la tendresse maternelle s'opposa à l'exécution d'un ordre si cruel. Elle confia l'éducation de son fils à des bergers. Lorsqu'il fut grand, il s'enflamma pour la nymphe Œnone, fille du fleuve Xantus; il l'abandonna dans la suite pour la femme de Ménélas. Ce que l'auteur du _Roman de la Rose_ raconte des amours de Pâris et d'Œnone est tiré de la cinquième épître des _Héroïdes_, d'Ovide. (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 66, _pages_ 230-231.
Vers 13823-13961. Nom d'une petite rivière fort célèbre dans les anciens poètes, parce qu'elle couloit dans la Troade, et près la ville de Troie. Elle a sa source au mont Ida. (LANTIN DE DAMEREY.)
[p.450] NOTE 67, _pages_ 234-235.
Vers 13895-14035.
Sus ses oreilles port tex cornes.
Allusion à la coiffure des femmes au XIIIe siècle. Elles élevaient leurs bandeaux de chaque côté de la tête, à des hauteurs prodigieuses. Consulter à ce sujet les miniatures du temps.
NOTE 68, _page_ 234.
Vers 13903.
_Sanguine quæ vero non rubet, arte rubet._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. III.)
NOTE 69, _page_ 236.
Vers 13939.
_Pes malus in niveâ semper cæletur alutâ,_ _Arida nec vinclis crura resolve tuis._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 271.)
NOTE 70, _page_ 238.
Vers 13961.
_Si niger, aut ingens, aut non erit ordine natus_ _Dens tibi, ridendo maxima damna feres._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 279.)
NOTE 71, _page_ 238.
Vers 13980. Ici se représente dans l'édition de M. Francisque Michel une erreur d'impression que [p.451]nous avons déjà signalée trop souvent. Ce vers, passé par inadvertance, est replacé quelques lignes plus loin, à l'alinéa suivant, où il ne signifie absolument rien.
NOTE 72, _page_ 240.
Vers 13991.
_Sera veni, positâque decens incede lucernâ:_ _Grata mora venies; maxima lena mora est._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 751.)
NOTE 73, _pages_ 242-243.
Vers 14047-14191.
_Turpe jacens mulier multo madefacta lyæo;_ _Digna est concubitus quoslibet illa pati._ _Nec somno tutum est positâ succumbere mensâ;_ _Per somnos fieri multa pudenda solent._ (Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 765.)
NOTE 74, _pages_ 246-247.
Vers 14088-14232. Le passage placé entre crochets jusqu'au vers 14114-14258 a été évidemment ajouté après coup.
NOTE 75, _pages_ 250-251.
Vers 14179-14327. _Chevelure_ ou _cheveux_, qui, selon Borel, viennent de _chef_. Saint Ambroise, au livre VI de l'_Hexameron_, dit «que la chevelure est honorable aux vieillards, vénérable sur la tête d'un prêtre, terrible sur celle d'un gendarme, séante aux [p.452]jouvenceaux, de bonne grâce aux femmes, mignonne aux enfans.» Comme en matière d'usages tout est problématique, Jean Dant, Albigeois, réfuta le témoignage de ce père par un livre intitulé: _Le chauve_ ou _Le mépris des cheveux_, imprimé à Paris en 1621. Cet auteur qui, selon toutes les apparences, étoit chauve, déclame amèrement contre l'usage et l'inutilité des cheveux, imitant en cela le renard de la fable qui avoit eu la queue coupée, et qui conseilloit à ses camarades de se débarrasser de cet ornement superflu.
On voit, par l'éloge que fait saint Ambroise des cheveux naturels, l'avantage qu'ils ont sur les perruques.
Le _Roman de la Rose_ recommande aux femmes de prendre soin de leurs cheveux, n'y ayant rien de plus laid, à son avis, qu'une tête dépouillée de cet ornement.
_Turpe pecus mutilum, turpe est sine gramine campus,_ _Et sine fronde frutex, et sine crine caput._ (_De Arte amandi_, lib. III.)
Et si elles n'ont pas de cheveux, il veut qu'elles aient des tours ou des perruques. Cet usage, qui s'est renouvelé de nos jours, est fort ancien, puisque Ovide, écrivant à sa maîtresse, lui faisoit des complimens sur la victoire que les Romains avoient remportée sur les Allemands, parce qu'il lui seroit facile d'avoir des cheveux pour réparer la chute des siens:
_Nunc tibi captivos mittet Germania crines,_ _Culta triumphatæ munere gentis eris._ (_Amor_, lib. I, élég. 14.)
C'étoit un des avantages de la victoire, de faire tondre le vaincu. On ne pouvoit faire un plus grand affront à un homme libre que de lui couper les [p.453]cheveux: cela étoit même défendu sous de grosses peines.
_Si quis puerum crinitum sine voluntate parentum totonderit, quadraginta quinque solidis culpabilis judicetur; si vero puellam totonderit_ LXII _solidis culpabilis judicetur_. (Tit. 26, _Legis salicæ_, art. 2 et 3.) Et au titre 65, art. 10 et 20 de la loi des Allemands: _Si quis alicui contra legem tonderit caput liberum non volenti cum_ XII _solidis componat; si autem barbam alicujus tonderit nolentis cum_ VI _solidis componat._
Menot nous apprend que les infidèles qui coupèrent les cheveux à saint Pierre le firent dans le dessein de le couvrir de confusion. Voici ses termes: _Heu, Domini mei, dicitur quod corona sacerdotum primo introducta fuit in Antiochiâ, ubi infideles fecerunt tonsuram beato Petro qui residebat ibi, et licet facta fuerit in contumeliam; est nunc tamen in honorem_. (Feriâ tertiâ, post secundum dominicum Quadragesimalem.) (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 76, _pages_ 250-251.
Vers 14184-14332.
_Ad multas lupa tendit oves, prædetur ut unam,_ _Et Jovis ad mulias devolat ales oves._ _Semper tibi pendeat hamus._ (_De Arte amandi_, lib. III.)
NOTE 77, _pages_ 252-253.
Vers 14217-14365.
_Ipse licet venias Musis comitatus, Homere:_ _Si nil attuleris, ibis, Homere, foràs._ (Ovide, _De Arte amandi_, iib. II, carm. 279.)
[p.545]_Gomers_. M. Francisque Michel remplace ce mot par _deniers_, sur l'affirmation de Lenglet du Fresnoy, qui dit avoir vu ce mot dans quelques manuscrits, à la place de _gomers_, que celui-ci conserve cependant dans son édition. La plupart des glossaires traduisent ce mot par _chose de petite valeur_, de _gomeria_, sans doute. Mais Méon affirme que _gomers_ vient de _vomere_ et veut dire _vomissement_. Il est certain qu'on trouve plusieurs exemples de _gomir_ et _gomissement; v_ et _g_ se substituaient souvent, l'un à l'autre.
NOTE 78, _pages_ 254-255.
Vers 14229-14379.
_Sed vitate viros culto formamque professos,_ _Quique suas ponunt in statione comas._ (_De Arte amandi_, lib. III, carm. 433.)
NOTE 79, _page_ 266.
Vers 14417.
Nel' garroient armes esmolues.
_Garroient_ comptant pour trois syllabes, fausse ici le vers. Il faudrait probablement _armes molues_. L'édition de Dupré donne _herbes moulues._
NOTE 80, _pages_ 266-267.
Vers 14440-14596. Tout ce passage, jusqu'au vers 14798-14956, a été évidemment ajouté après coup. En effet, nous retrouvons avec étonnement la fin de la phrase:
Mais ceste a jalousie fainte, etc....
[p.455]absolument incompréhensible à la place qu'elle occupe, et qui ne devrait être séparée du vers:
Avecques Mars prise provée,
que par un «;». Le passage, selon nous, devrait être restitué ainsi:
Et quant orra ceste parole Cil qui la pensée aura fole, Si cuidera tout erraument Que cele l'aint trop loiaument Et que plus soit de li jalouse C'onc ne fu de Venus s'espouse Vulcanus, quant il l'ot trovée Avecques Mars prise provée; Mais ceste a jalousie fainte Qui faintement fait tel complainte Et amuse ainsinc le musart. Quant plus l'amuse, et cil plus art.
NOTE 81, _pages_ 272-273.
Vers 14525-14683. Hélène, fille de Jupiter et de Léda, étoit sœur de Castor et de Pollux: elle épousa Ménélas, roi des Lacédémoniens. La grande beauté de cette princesse fut cause que Thésée l'enleva lorsqu'elle étoit encore fille: elle prétendoit qu'à quelques baisers près, il l'avoit laissée telle qu'il l'avoit prise, ce qui étoit assez difficile à croire. En effet, cette retenue dans Thésée est aussi extraordinaire que ce que l'on conte d'Angélique, qui avoit couru les quatre coins du monde seule avec Roland, aussi entière après cela que quand elle étoit sortie de chez son père, ce qui fait dire à l'Arioste:
_Forte era ver, ma non pero credibile._
[p.456]ce qui revient à la pensée d'Œnone dans son épître à Pâris:
_A juvene et Cupido credatur reddita virgo._
Horace n'auroit pas manqué de dire:
_Credat judæus Apella, non ego._
Ménélas, plus crédule, n'y regarda point de si près; et quoique la belle Hélène eût déjà eu un enfant de Thésée:
Il la prit pour pucelle, Et dans son erreur par la belle Apparemment il fut laissé. (La Fontaine, conte de _La Fiancée du roi de Garbe_.)
Et si l'on doit ajouter quelque foi au témoignage de ce poëte, lorsqu'elle fut de retour à Sparte, après un séjour de dix ans à la cour de Priam:
Ménélas rencontra des charmes dans Hélène Qu'avant qu'être à Pâris la belle n'avoit pas. (Conte de _La Coupe enchantée_.)
L'auteur du _Roman de la Rose_ soutient que les femmes ont été de tous temps les causes des guerres et des disputes qui se sont élevées parmi les hommes: Horace l'avoit dit avant lui.
Ménélas étant mort, Nicostrate et Mégapente chassèrent Hélène, qui crut trouver un asile à Rhodes, auprès de Polixo, qui commandoit dans cette isle; mais au lieu d'y recevoir le secours qu'elle devoit attendre de sa parente, elle fut pendue à un arbre par les ordres de cette reine. (LANTIN DE DAMEREY.)
[p.457] NOTE 82, _pages_ 278-279.
Vers 14626-14782.
_Naturam expellas furcâ, tamen usque recurret._ (Horat., lib. I, epist. x, carm. 24.)
Ce que La Fontaine a dit depuis dans la fable de _La Chatte métamorphosée en femme_:
Coups de fourches ni d'étrivières Ne lui font changer de manières.... Qu'on lui ferme la porte au nez, Il reviendra par les fenêtres. (LANTIN DE DAMEREY.)
NOTE 83, _pages_ 282-283.
Vers 14676-14832.
Qu'el n'en ra nules espiées, Fors que les truisse déliées.
Ces deux vers sont incompréhensibles ici. Evidemment le passage a été mal restitué. Dans l'édition de Dupré, il est au contraire très-clair. En effet, ces deux vers se trouvent plus haut, après:
Se frein ou bride nel' retarde; Qu'il n'en ra nules espiées, Fors que les treuve desliées, Ou qu'il puisse sur eus saillir, Toutes les voudroit assaillir.
Traduction mot à mot:
Si frein ou bride ne l'arrête; Il n'en a pourtant nulles épiées, Il suffit qu'il les trouve déliées Ou qu'il puisse dessus saillir, Toutes les voudrait assaillir.
[p.458]Puis nous trouvons plus loin:
C'est cis qui ses maris seroit, Qu'ele n'en a nul espié, Mais que le treuve deslié.
Ce passage, ainsi restitué, devient on ne peut plus clair. Mais comme l'a reproduit Méon, les deux derniers vers n'ont aucun sens, car il est impossible d'expliquer ces deux participes, _desliées, espiées_, au féminin pluriel.
Inutile d'ajouter que M. Francisque Michel ne nous fournit aucun éclaircissement.
NOTE 84, _pages_ 282-283.
Vers 14681-14837. Le mot _bélier_ n'existait pas au moyen âge. Il n'apparaît qu'au XVe siècle pour la première fois, et encore comme nom propre. _Mouton_ désignait à la fois le bélier et le mouton.
NOTE 85, _pages_ 282-283.
Vers 14684-14840. _Doutes_ n'est-il pas une licence pour la rime? En effet, la Vieille ne tutoie jamais Bel-Accueil, sauf ici et au vers 14887 (encore avec la même rime), et au vers 15278; mais là cette familiarité s'explique par une explosion d'admiration. Au reste, l'impératif ne prit l'_s_ qu'au XVIe siècle.
NOTE 86, _pages_ 284-285.
Vers 14726-14882. Méon et Francisque Michel mettent un point après:
Volentiers tuit me recéussent.
[p.459]La phrase suivante devient alors incompréhensible. En effet, comment traduire:
Por qu'il fust de poissant aage Et de religions saillissent...?
Pour rendre le passage intelligible, nous avons mis une virgule après _recéussent_, et placé les quatre vers suivants entre parenthèses. _Saillissent_ et _recéussent_ ont alors le même sujet: _ces valés_.
NOTE 87, _pages_ 286-287.
Vers 14763-14921. M. Francisque Michel traduit _mains_ par _moins_. Assurément il ne s'est pas donné la peine de regarder.
NOTE 88, _pages_ 286-287.
Vers 14767-14924. _Damp, dam_ et _dom_. Lorsque la barbarie se fut introduite dans la langue latine, on fit de _dominus_ un _domnus, domnulus, domnula_, et de _domnus_ on fit le mot _dom_.(Pasquier, _Recherches,_ liv. VIII, chap. v.)
C'est le nom qu'on donne depuis longtemps aux religieux titrés. La Règle de saint Benoist porte que l'abbé, comme vicaire de Jésus-Christ, doit être appelé _Dom_.
Anciennement, le nom de _Dominus_ ne se donnoit qu'à Dieu. Saint Martin, par une prérogative particulière, porta le premier ce titre qui, dans la suite, passa à tous les autres saints, que les légendaires et les sermonaires traitèrent longtemps de _Monsieurs_ et même de _Monseigneurs_.
Il n'y a plus que les prédicateurs de villages qui [p.460]en usent ainsi, mais à tort, le titre de saint étant au-dessus de toutes nos qualités les plus relevées. (_Remarques de la langue françoise._)
Saint Hiérome, qui mourut au commencement du Ve siècle, se plaignoit déjà de ce que les nouveaux religieux de son temps se vouloient attribuer le même titre que Jésus-Christ avoit donné à son père, quand il l'avoit appelé _Abba_, c'est-à-dire _Père_.
Ses plaintes auroient été plus vives s'il eût vécu dans un siècle où le nom d'abbé, qui vient d'_abba,_ terme syriaque, est usurpé par le moindre petit clerc, sans autre titre qu'un petit collet. Cependant, à prendre le terme d'abbé dans son véritable sens, il ne devroit convenir qu'aux évêques, qui sont les pères des fidèles de leur diocèse, et aux abbés réguliers, tant à cause de leur juridiction qu'à cause qu'ils sont véritablement les chefs et les pères de leurs moines. Il est vrai que ce titre a passé sans aucune contradiction aux abbés commendataires, quoique denués de juridiction ecclésiastique, et renfermés dans les seuls droits honorifiques de leurs églises, moins étendus toutefois que ceux des abbés réguliers, en ce qu'ils ne peuvent y officier avec la mitre et la crosse; mais on ne les nomme abbés qu'à cause de leur qualité représentative des anciens abbés. (LANTIN DE DAMEREY.)