Le roman de la rose - Tome III

Part 21

Chapter 213,647 wordsPublic domain

Où les rois, s'honorant du nom de fainéans, Laissoient leur sceptre aux mains ou d'un maire ou d'un comte. (Boileau, _Le Lutrin_, chant II.)

on lit: _«En sa chaire séoit le Roi, la barbe sur le pis, [p.409]et les cheveux épars sur ses épaules; les messagers qui de diverses parts venoient à la Cour oyoit, et leur donnait telle réponse comme le maire lui enseignoit»._ (LANTÏN DE DAMEREY.)

NOTE 5, _pages_ 10-11.

Vers 10540-10620. _Triptolemus_, fils de Celeus, qui regnoit à Eleusis lorsque Cérès cherchoit Proserpine, sa fille. Celeus reçut magnifiquement cette déesse qui, pour le récompenser, lui apprit l'art de l'agriculture; elle fit plus: elle réchauffa, pendant la nuit, Triptolème, qui ne faisoit que de naître, et le lendemain elle voulut elle-même l'alaiter; et lorsqu'il fut grand, elle l'envoya, sur des serpents ailés, enseigner à tous les humains la manière de recueillir le blé après l'avoir semé. (Ovide, _Métamorph_., lib. VI.) (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 6, _pages_ 14-15.

Vers 10604-10688. _Fou_ signifie en langue romane _hêtre_, du latin _fagus_.

Le jeu de mots contenu dans cette phrase est intraduisible. Voici le sens exact: «Un hêtre (fou) en avez retenu, et sans fou (folie) ne peut homme vivre, tant qu'il veut Amour suivre.»

Dans l'édition de Dupré, la phrase se termine ainsi:

Car c'est le chemin mal tourné Où tout bon sens est bestourné.

[p.410] Notre traduction ne nous satisfait guère. Après avoir retourné cent et cent fois ces trois vers, nous nous sommes arrêté au mot _brin_, qui reproduit presque le jeu de mot de l'original. Le lecteur nous pardonnera d'avoir tenu à conserver cette nuance presque insaisissable; mais, sans cela, la phrase n'aurait plus aucun sens.

NOTE 7, _page_ 28.

Vers 10780. Pourquoi M. Francisque Michel met-il ici _puisque_, au lieu de _presque_?

NOTE 8, _pages_ 28-29.

Vers 10786-10872.

Tuit trois s'enfoïrent, mès d'eus M'en sunt arrier venus les deus.

M. Francisque Michel traduit «les deus» par «les chagrins.» C'est une grosse erreur d'inadvertance. Il a pris _deus_ pour le pluriel de _deul_. Mais la phrase n'aurait pas de sens, ou plutôt il serait impossible d'en accorder le sens avec ce qui précède. En effet, nous avons vu que vers l'Amant étaient revenus Doux-Parler et Doux-Penser, mais que Doux-Regard seul était resté. Les _deus_ veut dire les _deux autres_. Si nous dégageons la pensée de l'allégorie, nous aurons: «L'Amant pouvait encore penser à sa douce amie, il pouvait en parler, mais il ne pouvait plus la voir.»

[p.411] NOTE 9, _pages_ 30-31.

Vers 10804-10890. _Barons_. Ce mot, en terme de roman, se prenoit pour tous les hommes nobles et seigneurs de grande qualité. C'étoit par ce nom collectif qu'on désignoit alors les ducs, les marquis, etc....

On a divisé depuis la noblesse en trois ordres et en trois degrés.

Le premier est celui de _baron_, qui comprenoit tous les gentilshommes élevés en dignité, tant à cause des titres qui leur avoient été accordés par les rois qu'à cause de leurs fiefs, en vertu desquels ils avoient droit de porter la bannière dans l'armée du roi, d'y conduire leurs vassaux, et d'avoir un cri particulier; c'est pourquoi ils sont connus ordinairement sous le nom de Bannerets: ce premier ordre répond à l'idée que nous avons de la haute noblesse.

Le second ordre étoit celui des bacheliers ou des simples chevaliers; on les appeloit _Milites secundi ordinis, Milites mediæ nobilitatis_.

Le troisième ordre enfin étoit celui des écuyers, titre honorable alors, puisqu'il ne se donnoit guère qu'aux fils des chevaliers; au lieu qu'aujourd'hui il est devenu si commun, que ces nobles, _infimæ nobilitatis,_ rougissent de le porter, comme infiniment au-dessous d'eux.

La noblesse a toujours été en grande recommandation dans tous les États de l'univers; et il n'y a presque à présent que celui des Turcs où elle n'est pas considérée. Ils défèrent tout à la vertu et au courage, sans considérer ni le sang ni la naissance, [p.412]comme l'a remarqué Busbec, ambassadeur à la Porte pour l'empereur Ferdinand Ier.

Je m'imagine bien que le préjugé dans lequel nous sommes élevés par rapport à la barbarie des Turcs empêchera leur sentiment de faire fortune, quoique puisé dans un principe reconnu véritable par tous les plus grands philosophes; mais il n'en sera pas moins certain que la vraie noblesse vient de notre propre vertu, et non par l'effet du hasard de nos ancêtres, quoique cette transmission de leur part ait force de loi parmi nous. Aussi je ne doute pas que, lorsqu'il fut question d'introduire cette distinction, qu'il nous a plu d'appeler noblesse, parmi des hommes égaux par le droit naturel, et subordonnés par le droit des gens et par les lois d'une sage politique, on ait eu égard aux actions généreuses de ceux qui, les premiers, ont été honorés de la noblesse. Il n'y a guère d'État où l'on fasse plus de cas de ce titre qu'en France, avec d'autant plus de raison que ce ne fut qu'au prix de leur sang et de leurs biens que les chefs de ces maisons illustres qui sont parmi nous acquirent un titre si glorieux, et ce n'est qu'en suivant ces grands exemples que leurs descendans peuvent se dire véritablement nobles.

Nos anciens sermonaires ne connoissoient rien au-dessus du titre de _baron_.

Saint Vincent Ferrière, dans la troisième partie de ses _Sermons_, parlant de saint Joachim, père de la Sainte-Vierge, le nomme _baron_.

_Cum Anna et Joachim venissent de Nazaret in Hierosolimam ad Templum ut offerent secundum consuetudinem, quia Joachim erat baro voluit offerre_. Le Grand-Prêtre, le regardant avec surprise, lui demanda: _Et quis estis vos?_ etc....

[p.413] Un autre sermonaire a appelé le Lazare _baron de Béthanie_.

Le titre de _baron_ a passé de mode en France, où la plupart des gentilshommes veulent être marquis ou comtes, n'ayant souvent pour toute seigneurie qu'un simple hameau. Cependant, on ne reconnaît aujourd'hui en France, pour marquis et pour comtes, que ceux qui possèdent aujourd'hui des marquisats et des comtés; et ces terres, dont les édits de Charles IX et de Henri III ont fixé l'étendue et la continence, ne peuvent porter ces titres sans les lettres du Prince.

Quelquefois _baron_ est pris pour un homme du peuple. Dans la loi des Allemands, chap. xcv, art. 2, on lit qu'un soufflet donné à un _baron_ n'est estimé non plus que celui donné à une servante. En ce temps-là les peines étoient pécuniaires. (LANTIN DE DAMERAY.)

En effet, _baron_ vient du haut allemand _beran_, et signifiait _fort, portefaix_, voire _goujat d'armée_.

Nous avons tenu à reproduire exactement la note du seul commentateur un peu sérieux du _Roman de la Rose_. Toutefois, nous devons reconnaître que s'il y avait peu de philosophes, de son temps, assez indépendants pour discuter ainsi les titres de la noblesse française, on n'en trouverait guère aujourd'hui d'assez téméraires pour l'oser faire en aussi détestable français. (P.M.)

NOTE 10, _pages_ 36-37.

Vers 10884-10972. _Tibulle (Albius)_, chevalier romain, poète élégiographe. Il fut ami intime d'Horace et d'Ovide, ce qui est assez rare parmi les poètes. Ce dernier honora le tombeau de son ami [p.414]par cette belle élégie, qui est la 19e du livre III des _Amours_. Tibulle mourut en accompagnant le consul Corvinus Messala chez les Phéaciens. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 11, _pages_ 38-39.

Vers 10904-10994. _Cornelius Gallus_, poète célèbre. Ses talents lui acquirent l'amitié d'Auguste, qui l'éleva à la dignité de gouverneur d'Égypte. La trop grande quantité de vin qu'il avoit bue lui fit avouer la part qu'il avoit prise à une conspiration. La crainte d'en être puni l'engagea à prévenir par sa mort la honte du supplice qui lui étoit destiné. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 12, _pages_ 38-39.

Vers 10904-10994. _Catullus (Caius Valerius)_ naquit à Véronne l'an de Rome 666. Il se rendit célèbre par ses amours avec Lesbie, et par les iambes satyriques qu'il composa contre plusieurs particuliers de Rome. César lui-même n'échappa point aux traits de sa satyre; mais il lui pardonna cette insolence, et le même jour qu'il lui rendit son amitié, il lui fit l'honneur de l'admettre à sa table. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 13, _pages_ 50-51.

Vers 11106-11203. Dans quelques manuscrits on lit _Flamans_, dans d'autres _Picards_, etc. (MÉON.) Voir la note 75 du tome I.

[p.415] NOTE 14, _page_ 56.

Vers 11212. _Touse, tousée_, adj., tondu, tondue, de _tonsus_. Borel l'explique par une amie, une fille qui aime, _amasia_; il en fait un substantif féminin, et de _tousiaus_, jeune homme, un substantif masculin. _Jeune touse_ est le nom que l'Amour donne ici à Vénus, sa mère.

Quelque bien établie que fût la naissance de Cupidon, il a plu cependant, comme on peut le voir aux vers ci-dessous, à un grand philosophe de détruire une généalogie aussi bien établie.

Voici ce que Platon en dit, _in Symposio_: «Jupiter, voulant célébrer la naissance de Vénus, donna un grand repas à tous les dieux. Porus, fils de Métis, s'y trouva; il but plus qu'il n'auroit dû le faire dans une si honorable compagnie. Les fumées du nectar lui ayant monté à la tête, il entra dans les jardins de Jupiter pour dormir plus à son aise. Pénie, la déesse de la pauvreté, qui étoit venue à cette fête dans le dessein d'attirer la compassion des dieux, s'aperçut de l'état où étoit Porus; elle le suivit, et, sans plus de cérémonie, elle se coucha auprès de lui; elle devint grosse, et dans le temps elle accoucha de Cupidon.» (LANTIN DE DAMEREY.)

Je n'ai trouvé les vers suivants que dans quelques manuscrits du XVe siècle:

Dont trestous les enfans manja, Fors Jupiter, qui s'estranja De son regne, et tant le bati, Que jusqu'en enfer l'abati, Li copa ce que vous savez, Car mainte fois oï l'avez: Et mes peres puis monta seur[p.416] Venus, tout fust-ele sa seur, Et firent lor joliveté: De là vint ma nativité, Dont ge n'ai honte ne esclandre, Qui bien set mon lignage entendre, Onques de mieudre ne fu nus, Par mes trois oncles, Neptunus, Jupiter, Pluto, par m'antain Juno la vielle, que tant ain, Que ge vodroie qu'el fust arse. Bien l'aim tant que Phebus fist Marse[*], Que Midas as oreilles d'asne, Par jugement d'homme et prophane, Chier compera sa fole verve: Mal vit la buisine Minerve Qu'el geta dedans la palu, De buisiner ne li chalu, Por ce que li Diex se rioient De ses joës qui li enfloient, Quant el buisinoit à lor table. Le Satyriau tieng à coupable

[*]_Marse_, c'est le _Marsyas_ de la fable. Ce Phrygien, qui jouoit passablement de la flûte, fut assez téméraire pour se croire plus habile en ce genre qu'Apollon: ce dieu le força de lui céder le prix, et, pour le punir de sa folle vanité, il l'attacha à un arbre où il l'écorcha. On versa tant de larmes à la mort de ce malheureux, qu'il s'en forma un fleuve qui porta son nom, et qui augmenta le nombre de ceux qui arrosent la Phrygie. (Ovide, _Métam_., lib. VI.)

Ce n'est point du différend de Marsyas et d'Apollon que Midas fut juge. Ovide, au livre II des _Métamorphoses_, nous apprend que la dispute étoit entre Apollon et Pan, qui prétendoit que la lyre du premier étoit inférieure à sa flûte.

Tmole décida pour le dieu qui préside au Parnasse. Midas trouvant ce jugement injuste, se décida pour le dieu des pasteurs. Apollon, piqué du mauvais goût de ce prince, ne put souffrir que des oreilles si stupides conservassent une forme humaine; il les fit allonger, les couvrît d'un poil grison, et leur donna la vertu de se remuer d'elles-mêmes. (LANTIN DE DAMEREY.)

Non por ce qu'ele buisinoit,[p.417] Mès contre Phebus estrivoit, Qui buisinoit mielx, ce disoit, Et Phebus mielx se reprisoit; Si firent du roi Midas juge, Qui contre Salterion juge; A l'arbre pendu l'escorcha Phebus tout vif, tant le torcha, Par tout une sole plaie ot, De par tout le sanc li raiot, Et crioit, las, porquoi l'empris? N'iert pas buisine en si grant pris. (MÉON.)

NOTE 15, _pages_ 58-59.

Vers 11244-11340.

Qu'il li faudra plumes novelles.

Il y a deux manières de traduire ce vers: 1° _faudra,_ futur de _faldre_, falloir, c'est-à-dire qu'elles arracheront si bien ses plumes, qu'il restera tout nu, à moins qu'il ne lui en repousse de nouvelles. 2° _Faudra_, futur de _faldre_, faillir, manquer, c'est-à-dire qu'elles lui arracheront si bien ses plumes, qu'il ne lui en repoussera pas une: en ce sens, qu'elles le ruineront tellement, que le bien qui pourrait lui survenir ne puisse l'acquitter.

NOTE 16, _page_ 62.

Vers 11299. _Vodrois_: licence pour la rime; il faudrait _vodrez_.

[p.418] NOTE 17, _page_ 64.

Vers 11324. _Ribaad_. Les Ribaus sont mis ici pour des soldats. Guillaume le Breton, dans sa _Philippide,_ appelle ainsi une compagnie de gendarmes, qui étoit pour Philippe-Auguste ce que la garde prétorienne fut pour les empereurs romains; et comme en ce temps-là on donnoit le nom de roi à celui qui étoit supérieur ou juge, le chef de la compagnie des gendarmes de Philippe-Auguste fut appelé _roi des ribauds_. On trouve dans les _Chroniques_ de Froissard _ribauds_ pour soldats; et comme ceux-ci se portent volontiers au déréglement, surtout au commerce des femmes publiques, on appela _ribauds_ indistinctement ceux qui faisoient profession des armes et ceux qui imitoient ce vice des soldats: _ribaudes_ étoit le nom de celles qui s'abandonnoient à la débauche, que l'on nommoit _ribaudies_, c'est-à-dire action de _ribauds_ et de _ribaudes_ (Pasquier, livre VIII, chap. XLIV). _Ribaudaille_ signifioit _canaille_, et _ribler_, qui veut dire _courir la nuit_, comme font les filous et les débauchés, étoit la même chose que _ribauder_.

L'an 1446 fut crié à Paris que «les _ribaudes_ ne porteroient plus de saincture d'argent, ne de collets, ne de robes à collets renversez, ne queüe, ne boutonniere à leur chaperon, ne pennes de gris en leurs robbes, ne de menu ver; et qu'elles allassent demourer ès bordeaux ordonnez, comme ils étoient au temps passé,» (_Journal de Paris_, sous les règnes de Charles VI et VII), ce qui avoit déjà été défendu par deux ordonnances du prévôt de Paris, des 8 janvier 1415 et 6 mars 1419. (_Traité de la police_ de la Mare, livre III, titre 5.)

[p.419]Quoique les femmes publiques payassent une redevance à l'Estat, saint Louis ordonna que les _ribaudes_ communes fussent boutées hors des bonnes villes par les justiciers des lieux, et en 1560 tous les lieux publics qui avoient été tolérez furent abolis.

M. Le Duchat, au mot _Ribaulx_, dans ses notes sur Rabelais, livre II, chap. 27, dit «que c'estoient de jeunes gens robustes, qui gaignoient leur vie à charger et à décharger les marchandises que l'on débarquoit à la Grève.»

Suivant du Tillet, «le grand prevôt de l'hôtel étoit nommé _Roy des Ribauds_ et _Prevôt des Ribauds_: sa juridiction s'étendoit sur les jeux de dez et de brelands, et sur les bordeaux qui étoient en l'ost du Roy, et prétendoit qu'il lui étoit dû cinq sols de chaque femme publique.» On voit, par ce passage, qu'on mettoit peu de différence alors entre les femmes publiques et ceux qui donnoient à jouer aux jeux de hasard dans ces maisons, représentées aujourd'hui par celles que l'on nomme à Paris _Académies_, puisque du Tillet les range dans la même classe.

Les édits des préteurs, qui contiennent toute la police des Romains avant Auguste, nous apprennent «que ceux qui tenoient dans leurs maisons des jeux de hazard pour en tirer du profit étoient si odieux, que s'il arrivoit qu'ils eussent été maltraitez ou volez, ou receu quelque dommage dans le tems du jeu, ils n'avoient aucune action en justice pour demander réparation.» (La Mare, _Traité de la police,_ livre III, titre 4, chap. iv.)

Fauchet, _Origine des Dignités_, dit que «le _Roy des Ribauds_ étoit un officier qui avoit charge de mettre hors de la maison du Roy ceux qui n'y devoient ni [p.420]manger ni coucher, et qui, pour cela, devoit faire sa ronde tous les soirs dans tous les recoins de l'hôtel.»

Le même Fauchet dit encore «qu'un droit du _Roy des Ribauds_ ou prévôt de l'hôtel étoit que les filles de joye qui suivoient la cour étoient tenues en may venir faire le lit du prévôt, et que pour leur hardiesse impudente et impudique étoient nommées _Ribaudes_.»

Extrait de l'ordonnance de l'hôtel du roi Philippe, l'an 1290, la semaine avant la Chandeleur:

«Le Roy des Ribaus, vj deniers de gages, une provende de xl s. pour robbe pour tout l'an et mengera à court et n'aura point de livraison.» (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 18, _pages_ 70-71.

Vers 11408-11510. Si nous en jugeons par les vers suivants, les six vers qui précèdent et qui sont compris entre crochets furent évidemment rajoutés après coup. _Religieux_ veut dire ici _moine_, homme de religion, comme _religieuse_ nonne.

NOTE 19, _pages_ 72-73.

Vers 11448-11550. Nous avons en vain essayé de saisir le sens de ce passage. De guerre lasse, nous l'avons reproduit textuellement.

Nous n'avons pu faire entrer non plus dans notre traduction l'espèce de jeu de mots entre _tinter_ et _distinter_. Méon et Francisque Michel traduisent _distinter_ par _distinguer_. Il nous semble signifier ici _tinter_ d'une façon différente, être en désaccord, en [p.421]opposition, discuter. C'est la traduction que nous avons adoptée.

NOTE 20, _pages_ 72-75.

Vers 11456-11559. Bêlin, personnage des vieux fabliaux et du _Roman du Renart_; c'est le mouton. Il en est de même d'_ysangrin_, le _loup_, un peu plus loin. Du Cange prétend même qu'_ysangrin_ est synonyme de _loup_ dans la basse latinité, et cite à ce sujet le passage suivant:

«_Solebat autem episcopus eum irridendo ysengrinum vocare propter lupinam scilicet speciem._» (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 21, _pages_ 82-83.

Vers 11587-11689. _Chastelain_. C'étoit autrefois le gouverneur d'un château, ou plutôt le capitaine; il étoit obligé de recevoir nos rois lorsqu'ils voyageoient. A l'état de châtelain étoit attaché l'office de juge en première instance, dont les appellations étaient vuidées par le bailli royal ou par son lieutenant, quand il alloit tenir ses assises. Le titre de châtelain n'emporte plus avec soi que l'idée d'un juge d'une châtellenie.

_Forestier_, sergent de bois, _gruyer, curator saltuensis._ Pendant que la Flandre étoit à moitié déserte et inhabitée, on donnoit le titre de _forestier_ à celui qui en étoit le seigneur. «Liederic de Harlebec, d'amiral et de forestier de Flandre, en devint comte.» (_Mémoires de la Marche_.) C'est aussi le nom qu'on donnoit en France au grand veneur. (LANTIN DE DAMEREY.)

[p.422] NOTE 22, _pages_ 84-85.

Vers 11616-11722. Dans un des manuscrits que j'ai collectionnés, les vers suivans, jusqu'au 12540, manquent; on y lit cette note ainsi figurée:

Ce qui s'ensuit trespasseroiz à lire Devant gens de religion et Mesmement devant ordres Mendiens, car il sunt sotif, Artilieux, si vous porroient Tot grever ou nuire, Et devant genz du sicle que l'en les Porroit mestre en erreur, Et trespasseroiz jusques à ce chapistre Où il commence ainsi: Faus-Semblant, dit Amors, di moi.... (MÉON.)

NOTE 23, _pages_ 94-95.

Vers 11782-11882. _Devins_ veut dire théologiens, gens d'église, et non pas simplement moines. C'est bien à contre-cœur que nous avons été obligé d'abandonner le sens le plus large.

NOTE 24, _pages_ 96-97.

Vers 11816-11916. Il est probable que tout ce passage, jusqu'à l'apostrophe de Dieu d'Amours, 300 vers plus loin:

Qu'est-ce, diable? quiex sunt ti dit? Qu'est-ce que tu as ici dit?

a été rajouté après coup. Peut-être même devrait-on [p.423]comprendre comme intercalée toute la partie comprise entre le vers 11786:

Nul povre ge ne contredaigne ...

et le vers 12118:

Tu sembles sains hons ...

NOTE 25, _pages_ 98-99.

Vers 11828-11928.

Garde-moi, Diex ...

Cela est tiré de Salomon, qui a dit: _Mendicitatem et divitias ne dederis mihi; tribue tantum victui meo necessaria, ne forte satiatus illiciar ad negandum, et dicam, quis est Dominus? Aut egestate compulsas furer, et perjurem nomen Dei mei_. (_Proverbiorum_, vers 8, cap. 30.)

NOTE 26, _page_ 98.

Vers 11840. _Parlui_ est la première personne du singulier du prétérit de _parlire_ (parlus).

NOTE 27, _pages_ 100-101.

Vers 11864-11964. Dans quelques manuscrits on lit de plus les vers suivants: (MÉON.)

Les dis saint Augustin cerchiez, Entre ses escris reverchiez Les livres des euvres des moines: Là verrez que nules essoines Ne doit querre li noms parfeiz, Ne par parole, ne par feiz, Combien qu'il soit religieus[p.424] Et de servir Dieu curieus; Qu'il ne doie, bien le recors, As propres mains, et propre cors En laborant querir son vivre, S'il n'a propre dont puisse vivre.

NOTE 28, _pages_ 106-107.

Vers 11962-12062. Tout ce qui est dit par Faux-Semblant de l'obligation dans laquelle sont les moines de vaquer à des œuvres manuelles, est tiré d'un traité de saint Augustin, intitulé _De opere Monachorum ad Aurelium Episcopum Carthaginensem_: ce fut à l'instigation de cet évêque que saint Augustin entreprit cet ouvrage. Il y avoit de son temps plusieurs monastères à Carthage; et parmi ces différens moines, les uns travailloient, suivant le précepte de l'apôtre; les autres, appuyés sur le conseil évangélique qui dit: _Regardez les oiseaus et les lys des champs, à qui la Providence fait trouver des ressources journalières_, se croyoient en droit de vivre des oblations des fidèles, sans se donner la moindre peine. Cet excès de fainéantise avoit révolté les laïcs; ce fut donc pour terminer ces disputes et pour fixer les obligations des moines que saint Augustin composa son _Traité,_ qui se trouve au tome III de ses oeuvres, édition de Paris, 1651, et au tome IV de l'édition des PP. Bénédictins. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 29, _pages_ 110-111.

Vers 12023-13024. _Chevalier d'armes ou de lectréure._ Cette double chevalerie d'armes et de lecture [p.425]dont parle Jehan de Meung semble exiger un détail plus circonstancié que ne le sont ordinairement les notes d'un glossaire.

Nos rois ayant récompensé les soldats qui les avoient bien servis par les fiefs nobles qui, dans leur origine, n'étoient que des bénéfices à vie, et qui, dans le Xe siècle, devinrent perpétuels et héréditaires, la matière de leur libéralité fut épuisée; leur reconnoissance ne l'étoit pas. Ils eurent donc recours à des moyens stériles en apparence, mais glorieux en effet, et d'autant plus faciles que, sans apporter, comme le remarque Du Cange, aucun préjudice à leurs finances, qui sont les nerfs et le fondement des États, les princes pouvoient récompenser les personnes qui leur avoient rendu des services considérables, parce que effectivement l'honneur, qui est l'unique aiguillon de la vertu, et non la valeur des choses, donne le prix aux récompenses. En effet, les couronnes de laurier et d'autres plantes étoient trop peu de chose à l'égard des actions héroïques de ces fameux Romains, si une fin plus honorable ne leur eût donné quelque relief: aussi nos rois, convaincus avec justice que les François, imbus des grandes maximes des vieux Romains, préféreroient sans hésiter l'honneur à tous les avantages les plus réels, imaginèrent de donner le titre de chevalier à ceux qui se distinguoient pendant la guerre.

On ne connoissoit alors d'autre noblesse que celle d'épée; la qualité de chevalier y ajoutoit un nouveau lustre; l'homme de guerre rendoit alors la justice, et les juges laïcs, qui composoient les parlemens, étoient pris parmi les nobles d'épée.