Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 54
MAXIME, seul un moment, puis BEVALLAN.
MAXIME, réfléchissant.
Ma soeur! Oui, sans doute, c'est dur, mais l'honneur domine tout. Un mot à Laubépin, seulement, à tout événement. (Bévallan paraît à gauche. Maxime se lève.)
BEVALLAN, avec gravité.
Monsieur, je viens faire près de vous une démarche un peu irrégulière, et qui ne laisse pas que de me coûter... mais j'obéis à des ordres qui doivent m'être sacrés.... De plus, j'ai par devers moi des états de service qui, je crois, mettent mon courage à l'abri du soupçon... Bref, je suis chargé par ces dames de vous exprimer leurs regrets; mademoiselle Marguerite, dans un moment de distraction, vous a donné tout à l'heure quelques instructions qui, évidemment, n'étaient pas de votre ressort! Votre susceptibilité s'en est justement émue: nous le reconnaissons.
MAXIME.
Monsieur, c'est assez.
BEVALLAN.
Votre main?
MACIME, lui donnant la main.
Monsieur!
BEVALLAN, avec moins de roideur.
Et maintenant, monsieur Maxime, ces dames espèrent qu'un malentendu d'un instant ne les privera pas de vos bons offices, dont elles apprécient toute la valeur. Pour moi, je suis infiniment heureux d'avoir acquis, depuis quelques minutes, le droit de joindre mes instances aux leurs... Les voeux que je formais depuis longtemps viennent d'être agréés.
MAXIME.
Ah!
BEVALLAN.
Et je vous serai personnellement obligé de ne pas nous refuser votre concours, à la veille d'un événement que des circonstances de famille, la santé de M. Laroque, nous engagent à précipiter...
MAXIME.
Ah!
BEVALLAN. Alain entre par le fond apportant un gros portefeuille.
Ah! merci... (Il prend le portefeuille des mains d'Alain et le dépose sur la table. Alain sort aussitôt.) Ce sont précisément, Monsieur, les papiers particuliers de M. Laroque... Ces dames, en témoignage de leur entière confiance, vous prient de vouloir bien, en respectant, bien entendu, ce qui doit être respecté, y puiser les renseignements dont nous aurons besoin pour dresser le modèle du contrat sauf à prendre plus tard les dispositions légales.
MAXIME.
C'est bien, Monsieur. Comptez sur moi.
BEVALLAN, avec une bonhomie enjouée.
J'y compte, monsieur Maxime... et permettez-moi d'espérer que toute glace est rompue entre nous... n'est-ce pas? Mon Dieu! nous nous sommes assez mal connus, jusqu'ici... Moi, je l'avoue, j'avais conçu contre vous quelques préventions, qui, Dieu merci, n'existent plus... Vous, de votre côté, vous avez pu me juger un peu témérairement... mais maintenant vous me connaîtrez mieux, et vous verrez là franchement... je ne suis pas un méchant diable... je suis un bon garçon... Ah! certainement, j'ai des défauts... j'en ai eu surtout: j'ai aimé les jolies femmes... Mais quoi! c'est preuve qu'on a un bon coeur, n'est-ce pas? Et puis, d'ailleurs, me voilà au port... et même, entre nous, j'en suis ravi... parce que je commençais à me... roussir un peu... mais je ne veux plus penser qu'à ma femme et à mes enfants..., et vous pouvez en être sûr, cher Monsieur, ma femme sera parfaitement heureuse... c'est-à-dire autant qu'elle peut l'être avec une tête comme la sienne... car enfin je serai charmant pour elle... j'irai au-devant de ses moindres fantaisies... Mais si elle me demande d'aller décrocher la lune et les étoiles pour lui être agréable, dame! je n'irai pas... ça c'est impossible! Ah çà, votre main encore une fois. (Maxime lui donne la main.)
BEVALLAN.
Et je cours dire à ces dames que vous nous restez à perpétuité. (Près de sortir, il ajoute, à part.) Jusqu'après le contrat. (Il sort à gauche.)