Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 50
MADEMOISELLE HELOUIN, seule; puis MARGUERITE, BEVALLAN, MADAME LAROQUE.
MADEMOISELLE HELOUIN, seule.
Oui, quand je devrais me perdre avec lui... je le perdrai!... Et puis je blesserai au coeur cette insolente fille, et je serai heureuse un moment, du moins! (Entrent madame Laroque, Bévallan et Marguerite.)
MADAME LAROQUE.
Eh bien, la voilà retrouvée; Dieu merci!
MADEMOISELLE HELOUIN, courant au-devant de Marguerite.
Ah! chère enfant! vous voilà donc! Quelle joie! Je mourais d'inquiétude! Et où étiez-vous? qu'est-il arrivé?
MADAME LAROQUE.
Nous l'avons rencontrée à une lieue d'ici... Figurez-vous que le gardien des ruines l'avait enfermée dans le donjon par mégarde... et si un paysan n'était venu à passer par hasard, elle restait là toute la nuit.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah! Dieu! quelle peur vous avez dû avoir!
MARGUERITE, sombre et grave.
Oui, j'ai eu grand'peur.
BEVALLAN.
Mademoiselle, je vous le répète, je regretterai éternellement de ne pas m'être trouvé là avec vous. (Baissant un peu la voix.) C'est dans de telles situations qu'on apprécie le coeur d'un homme.
MARGUERITE.
Qu'auriez-vous fait?
BEVALLAN, avec enthousiasme.
Ce que j'aurais fait? Mais je... (Plus calme.) Je ne sais pas.
MARGUERITE.
Eh bien, cherchez.
MADAME LAROQUE, qui a ôté son chapeau et son châle.
Et maintenant, allons souper... n'est-ce pas? Madame Aubry est déjà à table et nous attend.
MARGUERITE.
Moi, ma mère, je ne souperai pas... Cette alerte m'a ôté l'appétit.
MADAME LAROQUE.
Pauvre petite!... Eh bien, venez-vous, Bévallan? (Elle prend le bras de Bévallan.) Et vous, Mademoiselle?
MARGUERITE, bas à mademoiselle Hélouin.
J'ai deux mots à vous dire.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Bien, Mademoiselle. (Madame Laroque et Bévallan sortent à droite.)