Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)

Chapter 41

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YVONNET, puis MAXIME.

Au lever du rideau, Yvonnet, debout sur le balcon, regarde au dehors et paraît écouter: on entend au loin quelques notes de hautbois répétées par l'écho. Des voix chantent au loin dans la campagne.

Le soir répand ses pleurs sur les bruyères...

Sonnez, braves sonneurs!

Au fond des bois passent les lavandières...

Priez, bons moissonneurs!

Les spectres gris sur la lande voisine

Semblent grandir encor...

Jusqu'à demain daignez, vierge divine,

Veiller nos gerbes d'or!

(Au moment où le choeur finit, Maxime entre et s'approche du balcon.)

MAXIME.

Qu'est-ce que tu fais là, mon petit bonhomme?

YVONNET, un peu effrayé.

J'écoutais les chanteurs, Monsieur.

MAXIME.

Qui est-ce qui chante donc comme cela?

YVONNET.

Les moissonneurs, Monsieur, qui reviennent tous les soirs à travers les bois.

MAXIME.

Ah! Et, dis-moi, c'est toi, mon garçon, qui es le gardien des ruines?

YVONNET.

Oui, Monsieur. Je suis le petit berger de la ferme de M. le comte... je passe toutes mes journées dans les bois, là auprès, avec mes bêtes... et quand il vient des étrangers pour voir la vieille tour, c'est moi qui leur ouvre la porte. (Il montre la clé de la tour.)

MAXIME.

Ah! Eh bien, tiens, mon garçon. (Il lui donne de l'argent.)

YVONNET.

Merci, Monsieur.

MAXIME.

Tu n'as jamais peur, là, tout seul?

YVONNET.

Oh! pendant le jour, non, Monsieur; mais quand vient le soir, je ne suis pas très-fier. (Il passe.)

MAXIME.

Ah! ah! il y a donc des fées, par ici, des sorciers, des lavandières... quoi?

YVONNET, dédaigneux.

Oh! Monsieur, ce sont des bêtises, tout ça... c'était bon autrefois... mais on ne croit plus à ces choses-là.

MAXIME.

Ah! tu ne crois donc à rien, toi?

YVONNET.

Je ne crois pas à ces bêtises-là... Ah! si vous me parliez de la dame noire! à la bonne heure! La dame noire, ça, c'est autre chose!

MAXIME.

Ah! il y a une dame noire?

YVONNET.

Ah! oui, dame! Il y en a une, Monsieur, qu'on voit se promener avec ses grandes jupes, jusque sur le haut du donjon là-bas... où il n'y a pas d'escalier pourtant... mais ce n'est jamais pendant le jour, c'est toujours la nuit qu'on la voit.

MAXIME, riant.

Oui... quand on n'y voit pas.

YVONNET, qui regarde au dehors par la brèche.

Ah! bon, voilà le rouge qui fait des siennes!... Ce mouton-là, tenez, Monsieur, il n'a pas son pareil pour la malice; faut toujours qu'il grimpe... Ohé! Veux-tu descendre, méchant rougeaud? (Il lui jette une pierre.) Attends va! (Il court vers la porte.)

MAXIME, montrant la brèche.

Eh bien, saute par là!

YVONNET.

Sautez-y donc un peu pour voir, vous, Parisien!... Eh! dites donc! Est-ce que vous allez rester longtemps, Monsieur? c'est que la nuit va tomber...

MAXIME.

Sois tranquille. Je m'en vais dans deux minutes.

YVONNET.

Bien! car je ne suis pas fier, moi, à ces heures-là. C'est pas que j'aie peur, mais je ne suis pas fier. (Il sort.)