Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)

Chapter 40

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LAUBEPIN, MARGUERITE.

MARGUERITE.

Monsieur Laubépin, je cherchais l'occasion de vous trouver seul.

LAUBEPIN.

Qu'est-ce qu'il y a, mon enfant? (Il regarde l'heure à sa montre.) Dépêchons, la voiture m'attend.

MARGUETITE.

Monsieur Laubépin, j'ai toujours cru que vous étiez un honnête homme!

LAUBEPIN, la regardant étonné.

Moi aussi, Mademoiselle.

MARGUERITE.

Cependant, que signifie cette intrigue à laquelle vous vous êtes prêté?

LAUBEPIN.

Quelle intrigue?

MARGUERITE.

Ce jeune homme, cet intendant que vous nous avez envoyé... mademoiselle Hélouin l'a rencontré autrefois à Paris... elle le connaît... me direz-vous pourquoi il ne porte pas son nom?

LAUBEPIN.

Mais il porte son nom, Mademoiselle; le véritable nom de sa famille! S'il ne porte pas son titre, c'est par un motif de convenance, de juste fierté que vous devez comprendre. Et puisqu'il vous déplaît si fort, vous n'avez qu'à lui jeter ce titre au visage, vous en serez débarrassée, je vous le garantis.

MARGUERITE.

Enfin... qu'est-il venu faire ici?

LAUBEPIN.

Mais... gagner sa vie, puisqu'il y est réduit. Eh bien, où est l'intrigue? Je ne la vois pas, moi! Ce que je vois, c'est que vos procédés à l'égard de ce jeune homme sont étranges. Vous lui faites acheter cher vos bienfaits, mon enfant. (Fausse sortie.)

MARGUERITE.

Monsieur Laubépin... je vous crois... je vous remercie... Il est si douloureux de croire au mal... Grâce à vous, me voilà plus gaie, plus heureuse; je vous aime, monsieur Laubépin!

LAUBEPIN, gaiement.

Ah! mon Dieu!... ne dites donc pas cela au moment où je pars, Mademoiselle! Ah! c'est cruel! (Il regarde sa montre.) car, je pars... je n'ai que le temps de dire adieu à votre mère...

MARGUERITE.

Eh bien, savez-vous ce que je vais faire pour vous remercier? Je vais prendre mon cheval et vous accompagner un peu sur la route.

LAUBEPIN.

Ah bah! mon enfant!

MARGUETITE.

Cela va me promener...

LAUBEPIN.

Non! laissez donc, je ferais trop de jaloux.

MARGUERITE.

Je le veux! D'ailleurs, cela m'arrange, je vous assure... Je vous conduirai jusqu'à Elven...

LAUBEPIN, avec intention, à part.

A Elven?

MARGUERITE.

Oui... et puis, je reviendrai par les ruines du vieux château... à travers les bois... et cela me fera une promenade ravissante.

LAUBEPIN, qui semble préoccupé.

Eh bien, dame! ma chère enfant... ce que femme veut...

MARGUERITE.

Eh bien, partons! (Elle prend le bras de Laubépin.)

LAUBEPIN.

Partons!... Oh! les ruines, les vieux châteaux!... Prenez garde, mon enfant, c'est hanté quelquefois... (Chantant gaiement en vieillard.)

Prenez garde,

Prenez garde...

La Dame Blanche vous regarde...

FIN DU TROISIEME TABLEAU.

IVe TABLEAU

L'intérieur d'une salle octogonale dans la vieille tour d'Elven. Architecture sombre et sévère. Les voûtes de la salle sont en partie effondrées. En face du public, dans la profonde embrasure d'une fenêtre ruinée, un pan de la muraille est presque entièrement écroulé; une large brèche, revêtue de lierre, laisse apercevoir la cime de quelques arbres qui croissent dans les fossés, et plus loin un haut donjon à demi ruiné qui se détache sur le ciel et sur la masse des bois lointains. Cette brèche ne s'ouvre point au niveau de l'aire de la salle: quelques pierres restées debout, et semblant former les assises d'une ancienne fenêtre, permettent de monter sur une espèce de balcon ou de plate-forme extérieure qui est praticable, et qui surplombe le précipice. A droite un escalier de deux ou trois marches, au bas duquel on voit la porte étroite et massive de la tour. Le soir commence.