Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 36
LES MEMES, ALAIN, CHRISTINE, au fond; elle a le costume des paysannes bretonnes, des sabots.
ALAIN.
Avance donc, petite!
MADAME LAROQUE.
Eh bien, qu'y a-t-il, Alain?
ALAIN.
Madame, c'est cette fillette qui veut absolument parler aux gens du château, à ce qu'elle dit.
MADAME LAROQUE.
Que veut-elle? Approche, mon enfant.
BEVALLAN.
Approche donc, jeune pastourelle... Elle est gentillette, cette petite.
MADAME LAROQUE.
Approche, mon enfant? Comment t'appelles-tu?
CHRISTINE.
Christine Oyadec, Madame... la fille du père Oyadec, l'aveugle.
MADAME LAROQUE.
Ah! Eh bien, que veux-tu?
CHRISTINE, regardant autour d'elle avec curiosité.
Madame... j'étais venue... pour la chose d'hier au soir.
MADAME LAROQUE.
Qu'est-ce que c'est que la chose d'hier au soir?
CHRISTINE.
Madame ne sait donc pas?
MADAME LAROQUE.
Mais non, je ne sais pas... Parle donc... tu m'intéresses... j'adore ces scènes champêtres.
CHRISTINE.
C'est que... Madame... nous avons un chien.. un vieux chien qui s'appelle Bidoux... le vieux Bidoux...
MADAME LAROQUE.
Eh bien, quoi,... Bidoux? qu'est-ce qu'il a fait?
CHRISTINE.
C'est lui, Madame, qui conduit mon pauvre bonhomme de grand-père quand il va chercher son pain...
BEVALLAN, riant.
Ah, très-touchant!... Le Convoi du pauvre!...
CHRISTINE.
Et, comme nous étions assis tous trois, à la brune, grand-père, Bidoux et moi, sur le bord de l'eau, voilà que les petits garçons du village, qui sont tous des mauvais gas... Ah, Madame! quels mauvais gas ça fait!
MADAME LAROQUE.
Ils ont jeté ton chien à l'eau, ces petits misérables?
CHRISTINE.
Oui, Madame... juste sous l'écluse, et la pauvre bête s'en allait se périr sous les roues du moulin, quand voilà un monsieur qui passait... (Elle s'arrête tout à coup en apercevant Maxime qui reparaît avec Laubépin.)