Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 33
MARGUERITE, MADEMOISELLE HELOUIN.
MARGUERITE.
Je viens d'assister à une scène touchante.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Comment?
MARGUERITE.
Oui! M. Laubépin et M. Maxime se sont embrassés avec une effusion!
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah?
MARGUERITE.
Et maintenant ils causent ensemble avec un feu!... Ne seriez-vous pas curieuse, Mademoiselle, de savoir ce que disent ces deux mystérieux personnages1 [1. Marguerite assise, mademoiselle Hélouin.]?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Non; car je m'en doute.
MARGUERITE.
Ah! (Elle la regarde.)
MADEMOISELLE HELOUIN.
Mon Dieu! ma chère enfant, vous allez peut-être me reprocher de n'avoir pas parlé plus tôt!... mais à tort ou à raison, je m'étais fait un devoir jusqu'ici de garder à M. Odiot son secret...
MARGUERITE.
Son secret?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Et ce n'est qu'en voyant ses projets se développer trop clairement que je me décide à rompre un silence qui deviendrait coupable... Cependant, Mademoiselle, c'est à vous seule jusqu'à présent que je crois devoir...
MARGUERITE.
Parlez.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Pendant le séjour que vous fîtes à Paris, il y a quatre ans, vous savez que j'allai voir d'anciennes amies dans la pension où j'avais été élevée.
MARGUERITE.
Oui. Eh bien?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Eh bien, j'eus l'occasion d'y rencontrer plusieurs fois au parloir M. Odiot, dont le père s'appelait alors le marquis de Champcey d'Hauterive.
MARGUERITE.
Ah!
MADEMOISELLE HELOUIN.
On disait déjà, dès cette époque, que cette famille était à demi ruinée; maintenant elle l'est tout à fait; le père est mort, et le fils a été mis, par un vieil ami de sa famille, en situation de recouvrer une belle fortune par des moyens que je vous laisse le soin d'apprécier.
MARGUERITE, douloureusement.
Oh! (Après une pause.) Mais, Mademoiselle, si je vous comprends bien, la conduite de ce jeune homme ne semble guère justifier... je le vois à peine... il nous fuit.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah! son ami Laubépin, qui vous connaît bien, ma pauvre enfant, n'aura pas manqué de lui dicter la discrétion politique, la réserve calculée, qui vous touchent si fort...
MARGUERITE, se levant.
C'est bien, Mademoiselle, c'est assez, je vous remercie. (Entre Bévallan donnant le bras à madame Laroque.)