Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)

Chapter 25

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MAXIME, MADEMOISELLE HELOUIN, revenant à droite et portant des fleurs.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Ah! vous voilà, Monsieur? quel miracle!

MAXIME, saluant.

Mademoiselle!

MADEMOISELLE HELOUIN.

Vous dessinez? moi, je viens de cueillir quelques fleurs pour me coiffer ce soir... Vous savez que nous avons un bal ce soir chez madame de Castennec?

MAXIME.

Je l'ignorais.

MADEMOISELLE HELUOIN.

Au fait, vous ne savez rien de ce qui se passe, vous. (Elle pose ses fleurs sur le banc, à gauche, et en garde seulement quelques-unes dont elle s'occupe à détacher les feuilles fanées tout en parlant.)

MAXIME.

Je suis si souvent absent! mon métier m'y oblige.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Oh! et puis vous êtes sauvage!

MAXIME.

Je ne suis pas sauvage; seulement, je me tiens à ma place... pour qu'on ne soit jamais tenté de m'y remettre.

MADEMOISELLE HELOUIN, étonnée de sa froideur.

Monsieur Maxime?

MAXIME.

Mademoiselle?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Qu'est-ce que j'ai dit, ou qu'est-ce que j'ai fait qui vous ait déplu?

MAXIME.

Mais, rien, Mademoiselle, pourquoi?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Parce que vous paraissiez autrefois avoir un peu d'amitié pour moi.

MAXIME, plus ouvert.

J'en ai toujours, Mademoiselle... et ce sentiment de ma part est tout naturel... notre état de fortune n'est-il pas le même, ou à peu près? Nous sommes tous deux déshérités des biens de ce monde... isolés... sans appui, sans amis: pour une femme cette situation, je le sais, a plus d'ennuis, plus de dangers encore qu'elle n'en a pour moi! Aussi, vous pouvez compter sur la sympathie très-sincère, et je regrette seulement de ne pouvoir vous en offrir d'autre témoignage que quelques conseils... qui peut-être seraient mal reçus.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Je vous assure que non! parlez, je vous en prie.

MAXIME, avec bonté.

C'est que c'est terrible, ce que j'ai à vous dire!

MADEMOISELLE HELOUIN.

C'est égal, parlez.

MAXIME.

Eh bien, mademoiselle, vous êtes charmante, mais vous avez un défaut.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Un seul? Mais vous m'enchantez!

MAXIME.

Un seul.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Nommez-le?

MAXIME.

Le faut-il?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Je vous en supplie!

MAXIME.

Eh bien, vous êtes un peu...

MADEMOISELLE HELOUIN, gracieusement.

Quoi?

MAXIME.

Coquette, n'est-ce pas?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Je ne m'en suis jamais aperçue.

MAXIME.

Eh bien, faites-y attention... vous verrez! (Mademoiselle Hélouin, un peu intimidée, baisse la tête. -- Il continue avec grâce et bonté.) Mademoiselle, c'est là un travers... bien léger... et bien innocent... mais, hélas! nous sommes condamnées à la perfection, nous deux... ce qui serait innocent chez d'autres, chez nous est coupable... En ce monde, tous les malheureux sont des suspects...

MADEMOISELLE HELOUIN, relevant la tête après une pause.

Vous êtes bon, monsieur Maxime... Vous êtes un véritable ami.

MAXIME.

J'essaie, Mademoiselle.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Mais un ami, comment?

MAXIME.

Véritable, vous l'avez dit.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Sérieusement?... un ami qui m'aime... Voyons. (Elle effeuille les pétales d'une fleur d'oranger.) Un peu?

MAXIME, devinant.

Mais sans doute.

MADEMOISELLE HELOUIN, très-coquette.

Beaucoup?

MAXIME, surpris du ton de mademoiselle Hélouin, lève la tête.

Non! (Mademoiselle Hélouin jette avec dépit la fleur d'oranger. -- Madame Aubry paraît à gauche.)