Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)

Chapter 23

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ALAIN, seul un moment, puis BEVALLAN et MADEMOISELLE HELOUIN arrivant par le fond à droite.

ALAIN, seul.

Ah! brave jeune homme!... lui et mademoiselle, deux vraies créatures du bon Dieu! seulement ils ne peuvent pas se souffrir tous les deux... Quand l'un va à droite, l'autre va à gauche; quand l'un dit blanc, l'autre dit noir... En tout cas ça serait impossible! ainsi tout est pour le mieux... (Apercevant Bévallan et Mademoiselle Hélouin. ) Bon, voilà les autres... Encore ensemble. (Bévallan et Mademoiselle Hélouin entrent en scène par la droite, deuxième plan; Alain sort à droite, premier plan.)

BEVALLAN.

C'est de la barbarie, Mademoiselle, de la barbarie, tout bonnement!

MADEMOISELLE HELOUIN, riant.

M. de Bévallan, quel homme êtes-vous donc, voyons? car je n'y comprends plus rien.

BEVALLAN, légèrement.

Quel homme je suis, Mademoiselle? mais je suis un aimable scélérat.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Scélérat, je le crois; mais... aimable; si on entend par là digne d'être aimé, c'est une autre question.

BEVALLAN.

Mais c'est abominablement dur, cela, Mademoiselle! Savez-vous que vous m'affligez sérieusement.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Enfin, voyons, Monsieur, pourquoi me faites-vous la cour?

BEVALLAN.

Parce que je vous aime.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Et c'est pour la même raison que vous voulez épouser Marguerite.

BEVALLAN.

Mademoiselle Marguerite!... Et où prenez-vous que je veuille l'épouser?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Comment! vous demandez sa main tous les huit jours.

BEVALLAN.

Eh! mon Dieu! c'est... par... contenance! pour avoir un pied dans le château.

MADEMOISELLE HELOUIN.

Oh! persuadez-moi cela.

BEVALLAN.

Ah! Mademoiselle, je vois avec peine que vous ne connaissez pas le coeur de l'homme.

MADEMOISELLE HELOUIN.

C'est qu'au contraire j'ai grand'peur de le connaître, le coeur de l'homme!

BEVALLAN.

Vous ne connaissez pas le mien, en tout cas. Eh! mon Dieu! Certainement, je ne le nie pas... la raison me conseillerait d'épouser mademoiselle Marguerite, mais le coeur n'est peut-être pas du même avis... et quand le coeur parle contre la raison, il court grand risque de triompher, Mademoiselle, surtout chez moi, qui ai toujours été le jouet de mes sentiments, qui suis un homme d'inspiration! Car on ne me connaît réellement pas. Je suis au fond d'une naïveté presque incroyable pour mon âge! J'ai encore toute l'ardeur irréfléchie, toute la démence de la vingtième année. Enfin, je suis capable, moi, encore aujourd'hui, d'enlever une jeune fille par une fenêtre et de me sauver avec elle dans les savanes d'Amérique, dans les pampas!

MADEMOISELLE HELOUIN.

Eh bien, je ne crois pas ça.

BEVALLAN.

Vous ne croyez pas ça?

MADEMOISELLE HELOUIN.

Du tout.

BEVALLAN.

Mais enfin, au nom du ciel, que faudrait-il faire pour vous convaincre...

MADEMOISELLE HELOUIN.

Il faudrait le faire. (Bévallan paraît un peu décontenancé; elle part d'un éclat de rire.) Bonjour, monsieur de Bévallan, je vais faire ma provision de fleurs pour ce soir... A revoir, Monsieur. (Elle sort à droite.)

BEVALLAN, seul.

Elle est très-amusante; elle me pique, ma foi! Je vais me faufiler par là et la rejoindre dans le jardin. (Il sort par le fond.)