Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 21
LES MEMES, excepté MAXIME.
MARGUERITE.
Monsieur de Bévallan, je ne vous comprends pas... vous voulez donc qu'il se tue?
BEVALLAN, se rapprochant un peu.
Laissez donc, Mademoiselle!
MADAME LAROQUE.
Comment! Mais s'il y a du danger, je n'entends pas du tout, moi!...
BEVALLAN.
Aucun danger, Madame... D'ailleurs, c'est sur l'herbe... et puis, franchement, il mérite une petite leçon!
MADAME LAROQUE.
Et pourquoi donc?
BEVALLAN.
Il est trop avantageux. -- Ne veut-il pas nous faire croire qu'il est l'ami du prince de Villa-Franca, à présent!
MADAME LAROQUE.
Mais il n'a pas dit un mot de ça!... c'est vous qui le poussez!... Ah çà, s'il y a du danger, je veux qu'on le rappelle! (Elle va vers la fenêtre, où Marguerite l'accompagne1 [1. Madame Laroque, Marguerite, près de la fenêtre, Bévallan un peu en retour, mademoiselle Hélouin.].)
BEVALLAN, à la fenêtre.
Soyez donc tranquille, Madame!... Tenez, la voilà... voyez... c'est un vrai mouton... Ah! par exemple, s'il la touche!... Voyons, je parie dix louis contre un qu'il ne peut pas se mettre en selle? Personne ne tient?
MARGUERITE.
Moi, si vous voulez.
BEVALLAN.
Soit, Mademoiselle...
MADAME LAROQUE.
Monsieur de Bévallan, je n'aime pas du tout cette plaisanterie... je suis au martyre!...
BEVALLAN.
Ah! il met le pied à l'étrier... Bon! paf! patapan! en voilà une ruade! Elle ne lui fera pas de mal, allez! seulement, il ne montera pas, voilà tout!... il ne montera pas! paf! encore!... vous avez perdu, Mademoiselle.
MARGUERITE, tout à coup.
J'ai gagné.
BEVALLAN.
Comment! en selle... sans toucher l'étrier! Eh bien, alors c'est un clown! c'est un clown! faites-lui de la musique! il va danser!
MARGUERITE.
Vous avez beau dire: il est notre maître... (Elle applaudit, et les autres femmes battent aussi des mains.)
BEVALLAN, applaudissant.
Oui, ma foi, c'est très-bien! bravo! bravo!... (Se retournant.) Il me déplaît passablement, ce monsieur!
MADAME LAROQUE, à Bévallan.
Je ne sais pas pourquoi, mais je l'adore, moi, ce garçon-là.
BEVALLAN.
N'est-ce pas? Il est adorable! adorable!...
MARGUERITE, rêveuse, à part.
Qu'est-ce que c'est que ce jeune homme?
MADEMOISELLE HELOIN, de même.
Quand donc ai-je rêvé que j'étais marquise?
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE DEUXIEME
IIIe TABLEAU
Une espèce de rond-point, ou de carrefour dans le parc du château de Laroque. La futaie est percée par plusieurs allées; sous les arbres, au fond, un dolmen très-apparent. Un banc de pierre au pied d'un arbre à gauche. Chaises et bancs rustiques.