Le roman d'un jeune homme pauvre (Play)
Chapter 11
MAXIME, MADAME VAUBERGER.
Elle entre doucement, portant quelques plats sur un plateau. Elle pose le plateau sur la cheminée, approche une petite table et la couvre d'une nappe.
MAXIME, s'éveillant à demi.
Triste sommeil! Je fais de vrais rêves de naufragé... je ne vois que des mirages de festins, de banquets! (Apercevant le plateau.) Tiens! (Il voit madame Vauberger.) Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que vous faites?
MADAME VAUBERGER, affectant la surprise.
Est-ce que Monsieur n'a pas demandé à dîner?
MAXIME.
Pas du tout.
MADAME VAUBERGER.
Edouard m'a pourtant dit que Monsieur...
MAXIME.
Edouard s'est trompé: c'est quelque locataire à côté; voyez.
MADAME VAUBERGER.
Il n'y a pas de locataire sur le palier de Monsieur... Je ne comprends pas...
MAXIME.
Enfin, ce n'est pas moi! Qu'est-ce que cela veut donc dire?... Vous me fatiguez! Emportez cela!...
MADAME VAUBERGER. Elle replie tristement la nappe, et reprend timidement après une pause.
Monsieur a probablement dîné?
MAXIME.
Probablement.
MADAME VAUBERGER.
C'est dommage, car le dîner est prêt... il va être perdu, et le petit va être grondé par son père... Si Monsieur n'avait pas dîné, par hasard, il m'aurait vraiment bien obligée...
MAXIME, violemment.
Allez-vous-en, vous dis-je! sortez!... (Il se lève et s'approche d'elle avec douceur.) Louison... je vous comprends... je vous remercie: mais je suis un peu souffrant ce soir: je n'ai pas faim.
MADAME VAUBERGER, avec émotion. Elle se rapproche, portant le plateau qu'elle dépose doucement sur la table devant Maxime.
Ah! monsieur Maxime! si vous saviez comme vous me mortifiez! Eh bien, vous me paierez mon dîner, là; vous me mettrez de l'argent dans la main quand il vous en reviendra; mais vous pouvez être bien sûr que quand vous me donneriez cent mille francs, ça ne me ferait pas autant de plaisir que de vous voir manger mon pauvre dîner! Ce serait une fière charité que vous me feriez, allez! vous devez pourtant bien comprendre ça, monsieur Maxime, vous qui avez de l'esprit.
MAXIME.
Eh bien, ma chère Louison, que voulez-vous? je ne peux pas vous donner cent mille francs... mais je vais manger votre dîner. (Il s'asseoit brusquement devant la table.)
MADAME VAUBERGER.
Oh! merci, monsieur Maxime, merci... vous avez bon coeur.
MAXIME.
Et bon appétit aussi, Louison, je vous jure... mais laissez-moi, n'est-ce pas?...
MADAME VAUBERGER
Oui, monsieur Maxime... merci, Monsieur.
MAXIME, la rappelant.
Louison... donnez-moi votre main... soyez tranquille, ce n'est pas pour y mettre de l'argent... (Lui prenant la main.) Là... à revoir. (Madame Vauberger sort en pleurant.)