Le Roman Comique

Chapter 23

Chapter 233,141 wordsPublic domain

[Note 206: Les Nouvelles de Cervantes avoient été traduites et publiées pour la première fois probablement en 1615 (le privilége est de novembre 1614),--les six premières par Rosset, et les six autres par d'Audiguier. Pour donner une idée de la vogue des romans espagnols et de la rapidité avec laquelle on les traduisoit pour satisfaire à l'avide curiosité des lecteurs françois, j'ajouterai que la première édition espagnole de Persilès et Sigismonde est de 1617, et que le privilége pour la traduction françoise est de la même année.]

[Note 207: C'est ce que Scarron lui-même a essayé, et souvent avec succès, dans les histoires tirées de l'espagnol qu'il fait raconter aux personnages de son roman, et dans ses Nouvelles tragi-comiques, qu'il avoit peut-être composées ou traduites avec l'intention de les encadrer également dans un récit de plus longue haleine. On voit que ce genre de travail n'étoit pas seulement chez Scarron le résultat d'un goût naturel et instinctif, mais aussi celui de la réflexion. D'autres écrivains, au XVIIe siècle, ont également essayé, avec plus ou moins de succès, de remplacer le roman héroïque par la nouvelle bourgeoise et familière (V. notre Notice en tête du volume).]

[Note 208: Contrairement, en effet, aux Cyrus, aux Polexandre, etc., l'Astrée retraçoit surtout des aventures de bergers: de sorte qu'à la rigueur il se rattachoit en quelque point, par le sujet, sinon par le ton, au roman familier et bourgeois. Il est vrai qu'en réalité les bergers qu'il met en scène n'étoient point de ces bergers nécessiteux «qui, pour gagner leur vie, conduisent les troupeaux aux pâturages», mais plutôt de vrais gentilshommes, qui n'avoient pris cette condition «que pour vivre plus doucement et sans contrainte.» (Préface de l'Astrée.) Il y a aussi des chevaliers, des hommes du monde, des princesses sous la figure de nymphes, comme Lindamor, Bélisard, Galathée.]

[Note 209: Cassandre et Cléopâtre sont des romans de La Calprenède, dont le premier a 10 volumes in-8, et le second 12 tomes en 23 volumes. C'est de la Cléopâtre que madame de Sévigné écrivoit à madame de Grignan, le 5 juillet 1671, qu'elle s'y laissoit «prendre comme à de la glu», et que cette lecture l'entraînoit «comme une petite fille.» Le Cyrus de Mlle de Scudéry ne dépassait pas dix in-octavo. Le Polexandre de Gomberville est le moins long. Scarron s'est déjà moqué de la longueur de ces romans, et Boileau a fait de même, dans son dialogue des Héros de romans.]

Cependant le conseiller disoit à Destin et aux comediennes qu'il avoit essayé de faire des nouvelles à l'imitation des Espagnols, et qu'il leur en vouloit communiquer quelques unes. Inezilla prit la parole, et dit en françois qui tenoit plus du gascon que de l'espagnol, que son premier mari avoit eu la reputation de bien ecrire dans la cour d'Espagne; qu'il avoit composé quantité de nouvelles qui y avoient eté bien reçues, et qu'elle en avoit encore d'ecrites à la main qui reussiroient en françois si elles etoient bien traduites. Le conseiller etoit fort curieux de cette sorte de livres; il temoigna à l'Espagnole qu'elle lui feroit un extrême plaisir de lui en donner la lecture, ce qu'elle lui accorda fort civilement. «Et même, ajouta-t-elle, je pense en sçavoir autant que personne du monde; et, comme quelques femmes de notre nation se mêlent d'en faire, et des vers aussi[210], j'ai voulu l'essayer comme les autres, et je vous en puis montrer quelques unes de ma façon.» Roquebrune s'offrit temerairement, selon sa coutume, à les mettre en françois. Inezilla, qui etoit peut-être la plus deliée Espagnole qui jamais ait passé les Pyrenées pour venir en France, lui repondit que ce n'etoit pas assez de bien sçavoir le françois, qu'il falloit sçavoir egalement l'espagnol, et qu'elle ne feroit point difficulté de lui donner de ses nouvelles à traduire quand elle sçauroit assez de françois pour juger s'il en etoit capable. La Rancune, qui n'avoit point encore parlé, dit qu'il n'en falloit point douter, puisqu'il avoit eté correcteur d'imprimerie. Il n'eut pas plutôt lâché la parole qu'il se ressouvint que Roquebrune lui avoit prêté de l'argent. Il ne le poussa donc point selon sa coutume, le voyant dejà tout defait de ce qu'il avoit dit, et avouant avec grande confusion qu'il avoit veritablement corrigé quelque temps, chez les imprimeurs[211], mais que ce n'avoit eté que ses propres ouvrages. Mademoiselle de l'Etoile dit alors à la dona Inezilla que, puisqu'elle sçavoit tant d'historiettes, elle l'importuneroit souvent de lui en conter. L'Espagnole s'y offrit à l'heure même. On la prit au mot; tous ceux de la compagnie se mirent à l'entour d'elle, et alors elle commença une histoire, non pas du tout dans les termes que vous l'allez lire dans le suivant chapitre, mais pourtant assez intelligiblement pour faire voir qu'elle avoit bien de l'esprit en espagnol, puisqu'elle en faisoit beaucoup paroître en une langue dont elle ne sçavoit pas les beautés.

[Note 210: Il n'y a pas beaucoup de ces femmes dont l'histoire littéraire ait conservé les noms. Voici les plus célèbres qui eussent paru jusqu'à cette époque: Mariana de Carbajal y Saavedra avoit publié, en 1633, huit Nouvelles amusantes; Maria de Zayas donna au public, en 1637 et 1647, deux recueils, dont l'un intitulé Contes, et l'autre Bals (Saraos). Pour la poésie, les seuls noms à peu près qu'on puisse indiquer, après celui de sainte Thérèse, sont ceux de Narvaëz et de dona Christovalina, qu'on trouve citées dans les Fleurs des plus fameux poètes de l'Espagne (1605), par P. Espinosa. Ajoutons-y deux Portugaises: Violante del Cielo, qui publia ses Rimes en 1646, et Bernarda Ferreira, auteur de l'Espagne délivrée, sorte de poème épique, dont la première partie avoit paru en 1618.]

[Note 211: On ne voit pas trop, en somme, ce que cet aveu avoit d'humiliant. Roquebrune auroit pu penser, pour se consoler, que Lascaris, Etienne Dolet, Juste-Lipse, Erasme, Mélanchton, Scaliger, et d'autres non moins célèbres, avoient fait ce métier avant lui; mais c'étoit là une ressource à laquelle avoient souvent recours, pour vivre, les pauvres écrivains et les poètes crottés. «Pour le jour, lit-on dans l'Histoire du poète Sibus, il le passoit ou à porter ses ouvrages au tiers et au quart, ou à corriger les fautes dans une imprimerie.» (Rec. en prose de Sercy, 2e vol.) C'est pour cela que le glorieux Roquebrune est honteux de la révélation de la Rancune.]

CHAPITRE XXII.

A trompeur trompeur et demi[212].

Une jeune dame de Tolède, nommée Victoria, de l'ancienne maison de Portocarrero[213], s'etoit retirée en une maison qu'elle avoit sur les bords du Tage, à demi-lieue de Tolède, en l'absence de son frère, qui etoit capitaine de cavalerie dans les Pays-Bas. Elle etoit demeurée veuve, à l'âge de dix-sept ans, d'un vieil gentilhomme qui s'etoit enrichi aux Indes[214], et qui, s'etant perdu en mer six mois après son mariage, avoit laissé beaucoup de bien à sa femme. Cette belle veuve, depuis la mort de son mari, s'etoit retirée auprès de son frère, et y avoit vecu d'une façon si approuvée de tout le monde, qu'à l'âge de vingt ans les mères la proposoient à leurs filles comme un exemple, les maris à leurs femmes, et les galans à leurs desirs, comme une conquête digne de leur merite. Mais, si sa vie retirée avoit refroidi l'amour de plusieurs, elle avoit, d'un autre côté, augmenté l'estime que tout le monde avoit pour elle. Elle goûtoit en liberté les plaisirs de la campagne dans cette maison des champs, quand, un matin, ses bergers lui amenèrent deux hommes qu'ils avoient trouvés dépouillés de tous leurs habits et attachés à des arbres où ils avoient passé la nuit. On leur avoit donné à chacun une mechante cape de berger pour se couvrir, et ce fut en ce bel equipage-là qu'ils parurent devant la belle Victoria. La pauvreté de leur habit ne lui cacha point la riche mine du plus jeune, qui lui fit un compliment en honnête homme, et lui dit qu'il etoit un gentilhomme de Cordoue appelé dom Lopez de Gongora; qu'il venoit de Seville, et qu'allant à Madrid pour des affaires d'importance et s'etant amusé à jouer à une demi-journée de Tolède, où il avoit dîné le jour auparavant, que la nuit l'avoit surpris; qu'il s'etoit endormi, et son valet aussi, en attendant un muletier qui etoit demeuré derrière, et que des voleurs, l'ayant trouvé comme il dormoit, l'avoient lié à un arbre, et son valet aussi, après les avoir depouillés jusqu'à la chemise. Victoria ne douta point de la verité de ses paroles: sa bonne mine parloit en sa faveur, et il y avoit toujours de la generosité à secourir un etranger reduit à une si fâcheuse necessité. Il se rencontra heureusement que, parmi les hardes que son frère lui avoit laissées en garde, il y avoit quelques habits: car les Espagnols ne quittent point leurs vieux habits pour jamais quand ils en prennent de neufs[215]. On choisit le plus beau et le mieux fait à la taille du maître, et le valet fut aussi revêtu de ce que l'on put trouver sur-le-champ de plus propre pour lui. L'heure du dîner etant venue, cet etranger, que Victoria fit manger à sa table, parut à ses yeux si bien fait et l'entretint avec tant d'esprit, qu'elle crut que l'assistance qu'elle lui rendoit ne pouvoit jamais être mieux employée. Ils furent ensemble le reste du jour, et se plurent tellement l'un à l'autre que la nuit même ils en dormirent moins qu'ils n'avoient accoutumé. L'etranger voulut envoyer son valet à Madrid querir de l'argent et faire faire des habits, ou du moins il en fit semblant; la belle veuve ne le voulut pas permettre, et lui en promit pour achever son voyage. Il lui parla d'amour dès le jour même, et elle l'ecouta favorablement. Enfin, en quinze jours, la commodité du lieu, le merite egal en ces deux jeunes personnes, quantité de sermens d'un côté, trop de franchise et de credulité de l'autre, une promesse de mariage offerte et la foi reciproquement donnée en presence d'un vieil ecuyer et d'une suivante de Victoria, lui firent faire une faute dont jamais on ne l'eût crue capable, et mirent ce bienheureux etranger en possession de la plus belle dame de Tolède. Huit jours durant, ce ne fut que feu et flammes entre les jeunes amans. Il fallut se separer: ce ne furent que larmes. Victoria eût eu droit de le retenir; mais, l'etranger lui ayant fait valoir qu'il laissoit perdre une affaire de grande importance pour l'amour d'elle, lui protestant que le gain qu'il avoit fait de son coeur lui faisoit negliger celui d'un procès qu'il avoit à Madrid, et même ses pretentions de la Cour, elle fut la première à hâter son départ, ne l'aimant pas assez aveuglement pour preferer le plaisir d'être avec lui à son avancement. Elle fit faire des habits à Tolède pour lui et pour son valet, et lui donna de l'argent autant qu'il en voulut. Il partit pour Madrid monté sur une bonne mule, et son valet sur une autre, la pauvre dame veritablement accablée de douleur quand il partit, et lui, s'il ne fut pas beaucoup affligé, le contrefaisant avec la plus grande hypocrisie du monde. Le jour même qu'il partit, une servante, faisant la chambre où il avoit couché, trouva une boîte de portrait enveloppée dans une lettre. Elle porta le tout à sa maîtresse, qui vit dans la boîte un visage parfaitement beau et fort jeune, et lut dans la lettre ces paroles, ou d'autres qui voulaient dire la même chose:

[Note 212: Traduit de la deuxième nouvelle des Alivios de Cassandra, de don Alonzo Castillo Solorzano, intitulée: A un engano otro mayor. V. notre Notice.]

[Note 213: La maison de Portocarrero, une des plus considérables d'Espagne, s'étoit divisée en plusieurs branches importantes, sur lesquelles on peut consulter le Dict. généal. de La Chesnaie des Bois, et le Nobiliario genealogico de Espana de Haro (2e vol.).]

[Note 214: C'est-à-dire en Amérique, car on sait que, lorsque Christophe Colomb découvrit ce continent, il le prit d'abord pour une prolongation des Indes, et que l'usage subsista long-temps de confondre ces deux noms. Scarron, ici, a probablement en vue le Mexique ou le Pérou, qui étoient des possessions espagnoles.]

[Note 215: A cause, probablement, de l'habitude où sont beaucoup de peuples méridionaux, les Italiens aussi bien que les Espagnols, de garder long-temps leurs domestiques et de ne s'en point séparer, même quand l'âge les a rendus impropres au service, ce qui leur fournit un usage tout prêt pour leurs vieux habits.]

Monsieur mon cousin,

Je vous envoie le portrait de la belle Elvire de Silva. Quand vous la verrez, vous la trouverez encore plus belle que le peintre ne l'a sçu faire. Dom Pedro de Silva, son père, vous attend avec impatience. Les articles de votre mariage sont tels que vous les avez souhaités, et ils vous sont fort avantageux, à ce qu'il me semble. Tout cela vaut bien la peine que vous hâtiez votre voyage.

De Madrid, ce, etc.

Dom Antoine de Ribera.

La lettre s'adressoit à Fernand de Ribera, à Seville. Representez-vous, je vous prie, l'etonnement de Victoria à la lecture d'une telle lettre, qui, selon toutes les apparences du monde, ne pouvoit être ecrite à un autre qu'à son Lopez de Gongora. Elle voyoit, mais trop tard, que cet etranger qu'elle avoit si fort obligé, et si vite, lui avoit deguisé son nom; et, par ce deguisement-là, elle devoit être toute assurée de son infidelité. La beauté de la dame du portrait ne la devoit pas moins mettre en peine, et ce mariage dont les articles etoient dejà passés achevoit de la desesperer. Jamais personne ne s'affligea tant; ses soupirs la pensèrent suffoquer, et elle pleura jusqu'à s'en faire mal à la tête. «Miserable que je suis! disoit-elle quelquefois en elle-même, et quelquefois aussi devant son vieil ecuyer et sa suivante, qui avoient eté temoins de son mariage; ai-je eté si long-temps sage pour faire une faute irreparable! et devois-je refuser tant de personnes de condition de ma connoissance qui se fussent estimés heureux de me posseder, pour me donner à un inconnu, qui se moque peut-être de moi après m'avoir rendue malheureuse pour toute ma vie! Que dira-t-on dans Tolède, et que dira-t-on dans toute l'Espagne? Un jeune homme lâche et trompeur sera-t-il discret? Devois-je lui temoigner que je l'aimois devant que de sçavoir si j'en etois aimée? M'auroit-il caché son nom s'il avoit eté sincère, et dois-je esperer, après cela, qu'il cache les avantages qu'il a sur moi? Que ne fera point mon frère contre moi, après ce que j'ai fait moi-même? et de quoi lui sert l'honneur qu'il acquiert en Flandre, tandis que je le deshonore en Espagne? Non, non, Victoria, il faut tout entreprendre, puisque nous avons tout oublié; mais, devant que d'en venir à la vengeance et aux derniers remèdes, il faut, essayer de gagner par adresse ce que nous avons mal conservé par imprudence. Il sera toujours assez à temps de se perdre quand il n'y aura plus rien à esperer.»

Victoria avoit l'esprit bien fort, d'être capable de prendre sitôt une bonne resolution dans une si mauvaise affaire. Son vieil ecuyer et sa suivante la voulurent conseiller. Elle leur dit qu'elle sçavoit bien tout ce qu'on lui pouvoit dire, mais qu'il n'etoit plus question que d'agir. Dès le jour même, un chariot et une charrette furent chargés de meubles et de tapisseries, et Victoria, faisant courir le bruit parmi ses domestiques qu'il falloit qu'elle allât à la cour pour les affaires pressantes de son frère, elle monta en carrosse avec son ecuyer et sa suivante, prit le chemin de Madrid et se fit suivre par son bagage. Aussitôt qu'elle y fut arrivée, elle s'informa du logis de dom Pedro de Silva, et, l'ayant appris, elle en loua un dans le même quartier. Son vieil ecuyer avoit nom Rodrigue Santillane; il avoit eté nourri jeune par le père de Victoria, et il aimoit sa maîtresse comme si elle eût eté sa fille. Ayant force habitudes dans Madrid, où il avoit passé sa jeunesse, il sçut en peu de temps que la fille de dom Pedro de Silva se marioit à un gentilhomme de Seville, qu'on appeloit Fernand de Ribera; qu'un de ses cousins, de même nom que lui, avoit fait ce mariage, et que dom Pedro songeoit dejà aux personnes qu'il mettroit auprès de sa fille. Dès le lendemain, Rodrigue Santillane, honnêtement vêtu, Victoria, habillée en veuve de mediocre condition, et Beatris, sa suivante, faisant le personnage de sa belle-mère, femme de Rodrigue, allèrent chez dom Pedro et demandèrent à lui parler. Dom Pedro les reçut fort civilement, et Rodrigue lui dit avec beaucoup d'assurance, qu'il etoit un pauvre gentilhomme des montagnes de Tolède; qu'il avoit eu une fille unique de sa première femme, qui etoit Victoria, dont le mari etoit mort depuis peu à Seville où il demeuroit; et que, voyant sa fille veuve avec peu de bien, il l'avoit amenée à la cour pour lui chercher condition; qu'ayant ouï parler de lui et de sa fille qu'il etoit prêt de marier, il avoit cru lui faire plaisir en lui venant offrir une jeune veuve très propre à servir de duegna à la nouvelle mariée, et ajouta que le merite de sa fille le rendoit hardi à la lui offrir, et qu'il en seroit pour le moins aussi satisfait qu'il l'avoit pu être de sa bonne mine. Devant que d'aller plus avant, il faut que j'apprenne à ceux qui ne le sçavent pas que les dames en Espagne ont des duegnas auprès d'elles, et ces duegnas sont à peu près la même chose que les gouvernantes ou dames d'honneur que nous voyons auprès des femmes de grand condition. Il faut que je dise encore que ces duegnas ou duègnes sont animaux rigides et fâcheux, aussi redoutés pour le moins que des belles-mères[216]. Rodrigue joua si bien son personnage, et Victoria, belle comme elle etoit, parut, en son habit simple, si agreable et de si bon augure aux yeux de dom Pedro de Silva, qu'il la retint à l'heure même pour sa fille. Il offrit même à Rodrigue et à sa femme place dans sa maison. Rodrigue s'en excusa, et lui dit qu'il avoit quelques raisons pour ne recevoir pas l'honneur qu'il lui vouloit faire; mais que, logeant dans le même quartier, il seroit prêt à lui rendre service toutes les fois qu'il le voudroit employer.

[Note 216: Cette boutade satirique a une signification particulière sous la plume de Scarron, qui n'avoit pas eu à se louer de sa propre belle-mère, Françoise de Plaix, dans ses rapports de famille, pas plus que dans ses affaires d'intérêt: V. Factum, ou Requête, ou tout ce qu'il vous plaira, en tête de la 3e part. de ses vers burlesques. Aussi ne l'a-t-il point ménagée. Les traits contre les belles-mères abondent dans ses oeuvres.

Elle fit, et n'y gagna guère, Des plaintes dont le seul récit, A ce que sa servante a dit, Toucheroit une belle-mère,

dit-il dans son ode burlesque sur Léandre et Héro. Il a également semé les allusions dans une foule d'autres pièces, (A. M. du Laurant, Recommandat.--Impréc. contre celui qui a pris son Juvén., etc.)]