Le Roman Comique

Chapter 17

Chapter 173,230 wordsPublic domain

Il vous souviendra, s'il vous plaît, que, dans le precedent chapitre, l'un de ceux qui avoient enlevé le curé de Domfront avoit quitté ses compagnons etoit allé au galop je ne sais où. Comme il pressoit extremement son cheval dans un chemin fort creux et fort etroit, il vit de loin quelques gens de cheval qui venoient à lui. Il voulut retourner sur ses pas pour les eviter et tourna son cheval si court et avec tant de precipitation, qu'il se cabra et se renversa sur son maître. La Rappinière et sa troupe (car c'etoient ceux qu'il avoit vus) trouvèrent fort etrange qu'un homme qui venoit à eux si vite eût voulu s'en retourner de la même façon; cela donna quelque soupçon à la Rappinière, qui de son naturel en etoit fort susceptible, outre que sa charge l'obligeoit à croire plutôt le mal que le bien; son soupçon s'augmenta beaucoup quand, etant auprès de cet homme, qui avoit une jambe sous son cheval, il vit qu'il ne paroissoit pas tant effrayé de sa chute que de ce qu'il en avoit des temoins. Comme il ne hasardoit rien en augmentant sa peur, et qu'il sçavoit faire sa charge mieux que prevôt du royaume, il lui dit en l'approchant: «Vous voilà donc pris, homme de bien; ah! je vous mettrai en lieu d'où vous ne tomberez pas si lourdement.» Ces paroles etourdirent le malheureux bien plus que n'avoit fait sa chute, et la Rappinière et les siens remarquèrent sur son visage de si grandes marques d'une conscience bourrelée que tout autre moins entreprenant que lui n'eût point balancé à l'arrêter. Il commanda donc à ses archers de lui aider à se relever et le fit lier et garotter sur son cheval. La rencontre qu'il fit un peu après du curé de Domfront dans le désordre que vous avez vu, auprès d'un homme mort et d'un cheval tué d'un coup de pistolet, lui assurèrent[161] qu'il ne s'etoit pas mepris, à quoi contribua beaucoup la frayeur du prisonnier, qui augmenta visiblement à son arrivée. Le Destin le regardoit plus attentivement que les autres, pensant le reconnoître, et ne pouvant se remettre en mémoire où il l'avoit vu; il travailla en vain sa réminiscence durant le chemin, il ne put y retrouver ce qu'il cherchoit. Enfin, ils arrivèrent au Mans, où la Rappinière fit emprisonner le prétendu criminel; et les comédiens, qui devoient commencer le lendemain à représenter, se retirèrent en leur hôtellerie pour donner ordre à leurs affaires. Ils se réconcilièrent avec l'hôte, et le poète, qui etoit liberal comme un poète, voulut payer le souper. Ragotin, qui se trouva dans l'hôtellerie et qui ne s'en pouvoit eloigner depuis qu'il etoit amoureux de l'Etoile, en fut convié par le poète, qui fut assez fou pour y convier aussi tous ceux qui avoient été spectateurs de la bataille qui s'etoit donnée la nuit précédente en chemise entre les comédiens et la famille de l'hôte.

[Note 161: Il faudroit lire assura. Mais je trouve cette faute dans l'édition originale, et je ne crois pas devoir la corriger: c'est une conséquence naturelle de la rapidité avec laquelle travailloit Scarron.]

Un peu devant le souper, la bonne compagnie qui etoit déjà dans l'hôtellerie augmenta d'un operateur et de son train, qui etoit composé de sa femme, d'une vieille servante maure, d'un singe[162] et de deux valets. La Rancune le connoissoit il y avoit long-temps; ils se firent force caresses, et le poète, qui faisoit aisement connoissance, ne quitta point l'operateur et sa femme qu'à force de compliments pompeux, et qui ne disoient pourtant pas grand chose, s'il ne leur eût fait promettre qu'ils lui feroient l'honneur de souper avec lui[163]. On soupa; il ne s'y passa rien de remarquable; on y but beaucoup et on n'y mangea pas moins. Ragotin y reput ses yeux du visage de l'Etoile, ce qui l'enivra autant que le vin qu'il avala, et il parla fort peu durant le souper, quoique le poète lui donnât une belle matière à contester, blâmant tout net les vers de Theophile, dont Ragotin etoit grand admirateur[164]. Les comédiennes firent quelque temps conversation avec la femme de l'operateur, qui etoit Espagnole et n'etoit pas desagreable. Elles se retirèrent ensuite dans leur chambre, où le Destin les conduisit pour achever son histoire, que la Caverne et sa fille mouroient d'impatience d'entendre. L'Etoile cependant se mit à etudier son rôle, et le Destin, ayant pris une chaise auprès d'un lit où la Caverne et sa fille s'assirent, reprit son histoire en cette sorte:

[Note 162: Comme aujourd'hui, les charlatans et saltimbanques aimoient à s'entourer d'un attirail bizarre, destiné à capter l'attention du populaire. Le singe, en particulier, étoit recherché pour cet usage. On connoît le fameux singe de Brioché, Fagotin, dont a parlé La Fontaine, et que Cyrano, dit-on, tua d'un coup d'épée. Voy. Éd. Fournier, Variét. hist., P. Jannet, t. 1, p. 277, etc. Il étoit d'usage aussi que les opérateurs eussent avec eux un Marocain, nègre vrai ou faux, plus souvent faux que vrai, qui remplissoit les fonctions de valet et leur servoit à attirer la foule.]

[Note 163: On peut voir dans l'Histoire de Barry, de Filandre et d'Alison (1704, in-12), les relations intimes qui existoient alors entre les comédiens et les opérateurs, et la familiarité dans laquelle ils vivoient ensemble, comme gens de métier analogue.]

[Note 164: «Dans ma jeunesse, dit Saint-Evremont, on admiroit Théophile, malgré ses irrégularités et ses négligences.... Je l'ai vu décrié depuis par tous les versificateurs» (Quelques observations sur le goût et le discernement des François). Cette remarque est d'accord avec le passage de Scarron; seulement, il est naturel que Ragotin admire beaucoup ce poète, en sa double qualité de provincial arriéré et d'esprit fort.]

Vous m'avez vu jusques ici fort amoureux et bien en peine de l'effet que ma lettre auroit fait dans l'esprit de Leonore et de sa mère; vous m'allez voir encore plus amoureux et le plus desesperé de tous les hommes. J'allois voir tous les jours mademoiselle de la Boissière et sa fille, si aveuglé de ma passion que je ne remarquois point la froideur que l'on avoit pour moi, et considerois encore moins que mes trop frequentes visites pouvoient leur être à la fin incommodes. Mademoiselle de la Boissière s'en trouvoit fort importunée depuis que Saint-Far lui avoit appris qui j'etois; mais elle ne pouvoit civilement me defendre sa maison après ce qui m'etoit arrivé pour elle. Pour sa fille, à ce que je puis juger par ce qu'elle a fait depuis, je lui faisois pitié, et elle ne suivoit pas en cela les sentimens de sa mère, qui ne la perdoit jamais de vue, afin que je ne pusse me trouver en particulier avec elle. Mais, pour vous dire le vrai, quand cette belle fille eût voulu me traiter moins froidement que sa mère, elle n'eût osé l'entreprendre devant elle. Ainsi je souffrois comme une âme damnée, et mes frequentes visites ne me servoient qu'à me rendre plus odieux à ceux à qui je voulois plaire. Un jour que mademoiselle de la Boissière reçut des lettres de France qui l'obligeoient à sortir, aussitôt qu'elle les eût lues elle envoya louer un carrosse et chercher le seigneur Stephano pour s'en faire accompagner, n'osant pas aller seule depuis la fâcheuse rencontre où je l'avois servie. J'etois plus prêt et plus propre à lui servir d'ecuyer que celui qu'elle envoyoit chercher; mais elle ne vouloit pas recevoir le moindre service d'une personne dont elle se vouloit defaire. Par bonheur Stephano ne se trouva point, et elle fut contrainte de temoigner devant moi la peine où elle etoit de n'avoir personne pour la mener, afin que je m'y offrisse, ce que je fis avec autant de joie qu'elle avoit de depit d'être reduite de me mener avec elle. Je la menai chez un cardinal qui etoit lors protecteur de France[165], et qui lui donna heureusement audience aussitôt qu'elle la lui eut fait demander. Il falloit que son affaire fût d'importance et qu'elle ne fût pas sans difficulté, car elle fut long-temps à lui parler en particulier dans une espèce de grotte, ou plutôt une fontaine couverte, qui etoit au milieu d'un fort beau jardin. Cependant tous ceux qui avoient suivi ce cardinal se promenoient dans les endroits du jardin qui leur plaisoient le plus.

[Note 165: Tous les pays avoient à la cour de Rome des cardinaux protecteurs, c'est-à-dire chargés d'y représenter leurs intérêts spirituels.]

Me voilà donc dans une grande allée d'orangers, seul avec la belle Leonore, comme j'avois tant souhaité de fois, et pourtant encore moins hardi que je n'avois jamais eté. Je ne sais si elle s'en aperçut et si ce fut par bonté qu'elle parla la première: «Ma mère, me dit-elle, aura bien du sujet de quereller le seigneur Stephano de nous avoir aujourd'hui manqué et d'être cause que nous vous donnons tant de peine.--Et moi je lui serai bien obligé, lui repondis-je, de m'avoir procuré, sans y penser, la plus grande felicité dont je jouirai jamais.--Je vous ai assez d'obligation, repartit-elle, pour prendre part à tout ce qui vous est avantageux: dites-moi donc, je vous prie, la felicité qu'il vous a procurée, si c'est une chose qu'une fille puisse sçavoir, afin que je m'en rejouisse.--J'aurois peur, lui dis-je, que vous ne la fissiez cesser?--Moi! reprit-elle. Je ne fus jamais envieuse, et, quand je le serois pour tout autre, je ne le serois jamais pour une personne qui a mis sa vie en hasard pour moi.--Vous ne le feriez pas par envie, lui repondis-je.--Et par quel autre motif m'opposerois-je à votre felicité? reprit-elle.--Par mepris, lui dis-je.--Vous me mettez bien en peine, ajouta-t-elle, si vous ne m'apprenez ce que je mepriserois, et de quelle façon le mepris que je ferois de quelque chose vous la rendroit moins agreable?--Il m'est bien aisé de m'expliquer, lui repondis-je, mais je ne sais si vous voudriez bien m'entendre.--Ne me le dites donc point, me dit-elle: car, quand on doute si on voudra bien entendre une chose, c'est signe qu'elle n'est pas intelligible ou qu'elle peut deplaire.» Je vous avoue que je me suis etonné cent fois comment je lui pouvois repondre, songeant bien moins à ce qu'elle me disoit qu'à sa mère, qui pouvoit revenir et me faire perdre l'occasion de lui parler de mon amour. Enfin je m'enhardis, et, sans employer plus de temps en une conversation qui ne me conduisoit pas assez vite où je voulois aller, je lui dis, sans repondre à ses dernières paroles, qu'il y avoit long-temps que je cherchois l'occasion de lui parler pour lui confirmer ce que j'avois pris la hardiesse de lui ecrire, et que je ne me serois jamais hasardé à cela si je n'avois sçu qu'elle avoit lu ma lettre. Je lui redis ensuite une grande partie de ce que je lui avois ecrit, et ajoutai qu'etant prêt de partir pour la guerre que le pape faisoit à quelques princes d'Italie[166], et etant resolu d'y mourir, puisque je n'etois pas digne de vivre pour elle, je la priois de m'apprendre les sentimens qu'elle auroit eus pour moi si ma fortune eût eu plus de rapport avec la hardiesse que j'avois eue de l'aimer. Elle m'avoua en rougissant que ma mort ne lui seroit pas indifferente. «Et si vous êtes homme à faire quelque chose pour vos amis, ajouta-t-elle, conservez-nous en un qui nous a eté si utile; ou du moins, si vous êtes si pressé de mourir par une raison plus forte que celle que vous me venez de dire, differez votre mort jusques à tant que nous soyons revenus en France, où je dois bientôt retourner avec ma mère.» Je la pressai de me dire plus clairement les sentimens qu'elle avoit pour moi. Mais sa mère se trouva lors si près de nous qu'elle n'eût pu me repondre quand elle l'eût voulu. Mademoiselle de la Boissière me fit une mine assez froide, à cause peut-être que j'avois eu le temps d'entretenir Leonore en particulier, et cette belle fille même me parut en être un peu en peine. Cela fut cause que je n'osai être que fort peu de temps chez elles. Je les quittai le plus content du monde, et tirant des consequences fort avantageuses à mon amour de la reponse de Leonore.

[Note 166: Cette guerre n'étoit en réalité qu'une lutte entre les Farnèse, représentés par Odoardo Farnèse, prince de Parme, et les Barberini, représentés par Urbain VIII. Lorsque le pape eut essayé d'attaquer Parme et Plaisance (1641), les princes italiens rassemblèrent une armée dans le Modenois pour arrêter ses envahissements. Après des péripéties diverses, la paix se fit par la médiation de la France.]

Le lendemain, je ne manquai pas de les aller voir, suivant ma coutume. On me dit qu'elles etoient sorties, et on me dit la même chose trois jours de suite que j'y retournai sans me rebuter. Enfin le seigneur Stephano me conseilla de n'y aller plus, parceque mademoiselle de la Boissière ne permettroit pas que je visse sa fille, ajoutant qu'il me croyoit trop raisonnable pour m'aller faire donner un refus. Il m'apprit la cause de ma disgrace: la mère de Leonore l'avoit trouvée qui m'ecrivoit une lettre, et, après l'avoit fort maltraitée, elle avoit donné ordre à ses gens de me dire qu'elles n'y etoient pas, toutes les fois que je les viendrois voir. Ce fut alors que j'appris le mauvais office que m'avoit rendu Saint-Far, et que depuis ce temps-là mes visites avoient fort importuné la mère. Pour la fille, Stephano m'assura de sa part que mon merite lui eût fait oublier ma fortune si sa mère eût été aussi peu interessée qu'elle.

Je ne vous dirai point le desespoir où me mirent ces fâcheuses nouvelles; je m'affligeai autant que si on m'eût refusé Leonore injustement, quoique je n'eusse jamais esperé de la posseder; je m'emportai contre Saint-Far, et je songeai même a me battre contre lui; mais enfin, me remettant devant les yeux ce que je devois à son père et à son frère, je n'eus recours qu'à mes larmes. Je pleurai comme un enfant, et je m'ennuyai partout où je ne fus pas seul. Il fallut partir sans voir Leonore. Nous fîmes une campagne dans l'armée du pape, où je fis tout ce que je pus pour me faire tuer. La fortune me fut contraire en cela comme elle avoit toujours eté en autres choses. Je ne pus trouver la mort que je cherchois, et j'acquis quelque reputation que je ne cherchois point, et qui m'auroit satisfait en un autre temps; mais, pour lors, rien ne me pouvoit satisfaire que le souvenir de Leonore. Verville et Saint-Far furent obligés de retourner en France, où le baron d'Arques les reçut en père idolâtre de ses enfans. Ma mère me reçut fort froidement; pour mon père, il se tenoit à Paris chez le comte de Glaris, qui l'avoit choisi pour être le gouverneur de son fils. Le baron d'Arques, qui avoit sçu ce que j'avois fait dans la guerre d'Italie, où même j'avois sauvé la vie à Verville, voulut que je fusse à lui en qualité de gentilhomme. Il me permit d'aller voir mon père à Paris, qui me reçut encore plus mal que n'avoit fait sa femme. Un autre homme de sa condition, qui eût eu un fils aussi bien fait que moi, l'eût presenté au comte Ecossois; mais mon père me tira hors de son logis avec empressement, comme s'il eût eu peur que je l'eusse deshonoré. Il me reprocha cent fois, durant le chemin que nous fîmes ensemble, que j'etois trop brave, que j'avois la mine d'être glorieux et que j'aurois mieux fait d'apprendre un metier que d'être un traîneur d'epée. Vous pouvez penser que ces discours-là n'etoient guère agreables à un jeune homme qui avoit eté bien elevé, qui s'etoit mis en quelque reputation à la guerre, et enfin qui avoit osé aimer une fort belle fille, et même lui decouvrir sa passion. Je vous avoue que les sentimens de respect et d'amitié que l'on doit avoir pour un père n'empêchèrent point que je ne le regardasse comme un très fâcheux vieillard. Il me promena dans deux ou trois rues, me caressant de la sorte que je vous viens de dire, et puis me quitta tout d'un coup, me defendant expressement de le revenir voir. Je n'eus pas grand'peine à me resoudre de lui obéir. Je le quittai et m'en allai voir M. de Saint-Sauveur, qui me reçut en père. Il fut fort indigné de la brutalité du mien, et me promit de ne me point abandonner. Le baron d'Arques eut des affaires qui l'obligèrent d'aller demeurer à Paris. Il se logea à l'extremité du faubourg Saint-Germain, en une fort belle maison que l'on avoit bâtie depuis peu avec beaucoup d'autres qui ont rendu ce faubourg-là aussi beau que la ville[167].

[Note 167: Ce fut surtout dans la première moitié du XVIIe siècle, sous Louis XIII et Louis XIV, que l'emplacement du Pré-aux-Clercs se recouvrit peu à peu de constructions monumentales, et que le faubourg Saint-Germain se trouva construit comme par enchantement. «On a commencé, dit Sauval, à y bâtir en 1630; et quoique, depuis, tant Louis XIII que Louis XIV aient souvent fait défense de passer certaines limites, on ne laisse pas néanmoins d'avancer toujours... Tous les jours on y entreprend de grands logis et beaux.» (Antiq., l. 8.) Corneille lui-même va nous servir de témoin:

Paris voit tous les jours de ces métamorphoses; Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses: Toute une ville entière, avec pompe bâtie, Semble d'un vieux fossé par miracle sortie, Et nous fait présumer, à ses superbes toits, Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois. (Menteur, II, 5.)

Voir aussi le début de l'Esprit follet de d'Ouville (1642). Ce ne fut que vers 1620 qu'on commença à bâtir le quai Malaquais, sur une partie du terrain occupé jadis par le palais, ou plutôt par les jardins de la reine Marguerite, première femme de Henri IV. Jusque là, en sortant de la porte de Nesle, située à peu près où est maintenant l'Institut, on entroit en pleine campagne, dans le Pré-aux-Clercs. Cet emplacement, où se voyoient à peine quelques rues, composées de maisons éparses que séparoient des prés et des jardins, fut peu à peu sillonné par les rues Jacob, des Saints-Pères, du Bac, de l'Université, de Verneuil, etc.]

Saint-Far et Verville faisoient leur cour, alloient au Cours[168] ou en visite, et faisoient tout ce que font les jeunes gens de leur condition en cette grande ville, qui fait passer pour campagnards les habitans des autres villes du royaume. Pour moi, quand je ne les accompagnois point, je m'allois exercer dans toutes les salles des tireurs d'armes, ou bien j'allois à la comedie, ce qui est cause, peut-être, de ce que je suis passable comedien.

[Note 168: Le mot Cours signifioit alors un «lieu qui sert de rendez-vous au beau monde pour la promenade» (Dictionn. de Furetière). Quand on l'employoit sans autre désignation, pour Paris, il indiquoit le plus célèbre de tous: le Cours-la-Reine, ouvert sous la régence de Marie de Médicis, en 1628, date des Lettres patentes, au lieu où il est encore aujourd'hui, et qui fut bien vite adopté par la mode. V. Le Maire, Paris ancien et moderne, t. 3, p. 386. Le Cours hors la porte Saint-Antoine partageoit avec le Cours-la-Reine les préférences du beau monde. «Les vrais galands seront curieux de dresser un almanach où ils verront..... quand commence le Cours hors la porte Saint-Antoine, et quand c'est que celuy de la Reyne-Mère a la vogue.» (Lois de la galant.)]