Chapter 12
Dom Carlos fut si ravi d'apprendre des nouvelles de sa dame, dont il etoit veritablement amoureux, qu'il baisa cent fois la lettre, et revint trouver, à la porte du jardin, celui qui la lui avoit donnée, pour le recompenser d'un diamant qu'il avoit au doigt. Il se promena encore quelque temps dans le jardin, ne se pouvant assez etonner de cette princesse Porcia, dont il avoit souvent ouï parler comme d'une jeune dame fort riche, et pour être de l'une des meilleures maisons du royaume; et, comme il etoit fort vertueux, il conçut une telle aversion pour elle, qu'il resolut, au peril de la vie, de faire tout ce qu'il pourroit pour se tirer hors de sa prison. Au sortir du jardin il trouva une demoiselle demasquée, car on ne se masquoit plus dans le palais, qui lui venoit demander s'il auroit agreable que sa maîtresse mangeât ce jour-là avec lui. Je vous laisse à penser s'il dit qu'elle seroit la bienvenue. On servit quelque temps après pour souper ou pour dîner, car je ne me souviens plus lequel ce doit être. Porcia y parut plus belle, je vous ai tantôt dit que la Citherée, il n'y a point d'inconvenient de dire ici, pour diversifier, plus belle que le jour ou que l'aurore. Elle fut toute charmante tandis qu'ils furent à table, et fit paroître tant d'esprit à l'Espagnol, qu'il eut un secret deplaisir de voir en une dame de si grande condition tant d'excellentes qualités si mal employées. Il se contraignit le mieux qu'il put pour paroître de belle humeur, quoiqu'il songeât continuellement en son inconnue et qu'il brûlât d'un violent desir de se revoir à sa grille. Aussitôt que l'on eut desservi, on les laissa seuls; et, dom Carlos ne parlant point, ou par respect, ou pour obliger la dame de parler la première, elle rompit le silence en ces termes: «Je ne sais si je dois esperer quelque chose de la gaîté que je pense avoir remarquée sur votre visage, et si le mien, que je vous ai fait voir, ne vous a point semblé assez beau pour vous faire douter si celui que l'on vous cache est plus capable de vous donner de l'amour. Je n'ai point deguisé ce que je vous ai voulu donner, parce-que je n'ai point voulu que vous vous pussiez repentir de l'avoir reçu, et, quoiqu'une personne accoutumée à recevoir des prières se puisse aisément offenser d'un refus, je n'aurai aucun ressentiment de celui que j'ai dejà reçu de vous, pourvu que vous le repariez en me donnant ce que je crois mieux meriter que votre Invisible. Faites-moi donc savoir votre dernière resolution, afin que, si elle n'est pas à mon avantage, je cherche dans la mienne des raisons assez fortes pour combattre celles que je pense avoir eues de vous aimer.» Don Carlos attendit quelque temps qu'elle reprît la parole, et, voyant qu'elle ne parloit plus, et que, les yeux baissés contre terre, elle attendoit l'arrêt qu'il alloit prononcer, il suivit la resolution qu'il avoit dejà prise de lui parler franchement et de lui ôter toute sorte d'esperance qu'il pût jamais être à elle. Voici comme il s'y prit: «Madame, devant que de repondre à ce que vous voulez savoir de moi, il faut qu'avec la même franchise que vous voulez que je parle, vous me decouvriez sincèrement vos sentimens sur ce que je vais vous dire. Si vous aviez obligé une personne à vous aimer, ajouta-t-il, et que, par toutes les faveurs que peut accorder une dame sans faire tort à sa vertu, vous l'eussiez obligé à vous jurer une fidelité inviolable, ne le tiendriez-vous pas pour le plus lâche et le plus traître de tous les hommes s'il manquoit à ce qu'il vous auroit promis? et ne serois-je pas ce lâche et ce traître, si je quittois pour vous une personne qui doit croire que je l'aime?» Il alloit mettre quantité de beaux arguments en forme pour la convaincre, mais elle ne lui en donna pas le temps; elle se leva brusquement, en lui disant qu'elle voyoit bien où il en vouloit venir; qu'elle ne pouvoit s'empêcher d'admirer sa constance, quoiqu'elle fût si contraire à son repos; qu'elle le remettoit en liberté, et que, s'il la vouloit obliger, il attendroit que la nuit fût venue pour s'en retourner de la même façon qu'il etoit venu. Elle tint son mouchoir devant ses yeux tandis qu'elle parla, comme pour cacher ses larmes, et laissa l'Espagnol un peu interdit, et pourtant si ravi de joie de se voir en liberté, qu'il n'eût pu la cacher quand il eût eté le plus grand hypocrite du monde; et je crois que, si la dame y eût pris garde, elle n'eût pu s'empêcher de le quereller. Je ne sais si la nuit fut longue à venir, car, comme je vous ai dejà dit, je ne prends plus la peine de remarquer ni le temps, ni les heures. Vous saurez seulement qu'elle vint, et qu'il se mit en un carrosse fermé, qui le laissa en son logis après un assez long chemin. Comme il etoit le meilleur maître du monde, ses valets pensèrent mourir de joie quand ils le virent et l'étouffer à force de l'embrasser. Mais ils n'en jouirent pas long-temps; il prit des armes, et, accompagné de deux des siens qui n'etoient pas gens à se laisser battre, il alla bien vite à sa grille, et si vite, que ceux qui l'accompagnoient eurent bien de la peine à le suivre. Il n'eut pas plus tôt fait le signal accoutumé, que sa deïté invisible se communiqua à lui. Ils se dirent mille choses si tendres que j'en ai les larmes aux yeux toutes les fois que j'y pense. Enfin l'Invisible lui dit qu'elle venoit de recevoir un deplaisir sensible dans la maison où elle etoit; qu'elle avoit envoyé querir un carrosse pour en sortir; et, parcequ'il seroit long-temps à venir et que le sien pourrait être plus tôt prêt, qu'elle le prioit de l'envoyer querir pour la mener en un lieu où elle ne lui cacheroit plus son visage. L'Espagnol ne se fit pas dire la chose deux fois; il courut comme un fou à ses gens, qu'il avoit laissés au bout de la rue, et envoya querir son carrosse. Le carrosse venu, l'Invisible tint sa parole et se mit dedans avec lui. Elle conduisit le carrosse elle-même, enseignant au cocher le chemin qu'il devoit prendre, et le fit arrêter auprès d'une grande maison, dans laquelle il entra à la lueur de plusieurs flambeaux, qui furent allumés à leur arrivée. Le cavalier monta avec la dame par un grand escalier dans une salle haute, où il ne fut pas sans inquietude, voyant qu'elle ne se demasquoit point encore. Enfin, plusieurs demoiselles richement parées les etant venus recevoir, chacune un flambeau à la main, l'Invisible ne le fut plus, et, ôtant son masque, fit voir à dom Carlos que la dame de la grille et la princesse Porcia n'etoient qu'une même personne. Je ne vous representerai point l'agreable surprise de dom Carlos. La belle Neapolitaine lui dit qu'elle l'avoit enlevé une seconde fois pour savoir sa dernière resolution; que la dame de la grille lui avoit cedé les pretentions qu'elle avoit sur lui, et ajouta ensuite cent choses aussi galantes que spirituelles. Dom Carlos se jeta à ses pieds, embrassa ses genoux, et lui pensa manger les mains à force de les baiser, s'exemptant par là de lui dire toutes les impertinences que l'on dit quand on est trop aise. Après que ses premiers transports furent passés, il se servit de tout son esprit et de toute sa cajolerie pour exagerer l'agreable caprice de sa maîtresse, et s'en acquitta en des façons de parler si avantageuses pour elle, qu'elle en fut encore plus assurée de ne s'être point trompée en son choix. Elle lui dit qu'elle ne s'etoit pas voulu fier à une autre personne qu'à elle-même d'une chose sans laquelle elle n'eût jamais pu l'aimer, et qu'elle ne se fût jamais donnée à un homme moins constant que lui. Là-dessus les parents de la princesse Porcia, ayant eté avertis de son dessein, arrivèrent. Comme elle etoit une des plus considerées personnes du royaume et dom Carlos homme de condition, on n'avoit pas eu grand'peine à avoir dispense de l'archevêque pour leur mariage. Ils furent mariés la même nuit par le curé de la paroisse, qui etoit un bon prêtre et grand predicateur, et, cela etant, il ne faut pas demander s'il fit une belle exhortation. On dit qu'ils se levèrent bien tard le lendemain, ce que je n'ai pas grand'peine à croire. La nouvelle en fut bientôt divulguée, dont le vice-roi, qui etoit proche parent de dom Carlos, fut si aise, que les rejouissances publiques recommencèrent dans Naples, où l'on parle encore de dom Carlos d'Aragon et de son amante invisible.
CHAPITRE X.
Comment Ragotin eut un coup de busc sur les doigts.
L'histoire de Ragotin fut suivie de l'applaudissement de tout le monde. Il en devint aussi fier que si elle eût eté de son invention; et, cela ajouté à son orgueil naturel, il commença à traiter les comediens de haut en bas, et, s'approchant des comediennes, leur prit les mains sans leur consentement, voulut un peu patiner, galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l'honnête homme. Mademoiselle de l'Etoile se contenta de retirer ses mains blanches d'entre les siennes, crasseuses et velues, et sa compagne, mademoiselle Angelique, lui dechargea un grand coup de busc sur les doigts. Il les quitta sans rien dire, tout rouge de depit et de honte, et rejoignit la compagnie, où chacun parloit de toute sa force sans entendre ce que disoient les autres. Ragotin en fit taire la plus grande partie, tant il haussa sa voix pour leur demander ce qu'ils disoient de son histoire. Un jeune homme, dont j'ai oublié le nom, lui repondit qu'elle n'étoit pas à lui plutôt qu'à un autre, puisqu'il l'avoit prise dans un livre; et, en disant cela, il en fit voir un qui sortoit à demi hors de la pochette de Ragotin, et s'en saisit brusquement. Ragotin lui egratigna toutes les mains pour le ravoir; mais, malgré Ragotin, il le mit entre les mains d'un autre, que Ragotin saisit aussi vainement que le premier, le livre ayant dejà convolé en troisième main. Il passa de la même façon en cinq ou six mains différentes, auxquelles Ragotin ne put atteindre, parcequ'il etoit le plus petit de la compagnie. Enfin, s'etant allongé cinq ou six fois fort inutilement, ayant dechiré autant de manchettes et egratigné autant de mains, et le livre se promenant toujours dans la moyenne region de la chambre, le pauvre Ragotin, qui vit que tout le monde s'eclatoit de rire à ses depens, se jeta tout furieux sur le premier auteur de sa confusion, et lui donna quelques coups de poing dans le ventre et dans les cuisses, ne pouvant pas aller plus haut. Les mains de l'autre, qui avoient l'avantage du lieu, tombèrent à plomb cinq ou six fois sur le haut de sa tête, et si pesamment qu'elle entra dans son chapeau jusques au menton, dont le pauvre petit homme eut le siège de la raison si ebranlé qu'il ne savoit plus où il en etoit. Pour dernier accablement, son adversaire, en le quittant, lui donna un coup de pied au haut de la tête qui le fit aller choir sur le cul, aux pieds des comediennes, après une retrogradation fort precipitée. Representez-vous, je vous prie, quelle doit être la fureur d'un petit homme, plus glorieux lui seul que tous les barbiers du royaume[119], en un temps où il se faisoit tout blanc de son epée[120], c'est-à-dire de son histoire, et devant des comediennes dont il vouloit devenir amoureux: car, comme vous verrez tantôt, il ignoroit encore laquelle lui touchoit le plus au coeur. En verité, son petit corps, tombé sur le cul, temoigna si bien la fureur de son ame par les divers mouvemens de ses bras et de ses jambes, qu'encore que l'on ne pût voir son visage, à cause que sa tête etoit emboîtée dans son chapeau, tous ceux de la compagnie jugèrent à propos de se joindre ensemble et de faire comme une barrière entre Ragotin et celui qui l'avoit offensé, que l'on fit sauver, tandis que les charitables comediennes relevèrent le petit homme, qui hurloit cependant comme un taureau dans son chapeau, parcequ'il lui bouchoit les yeux et la bouche et lui empêchoit la respiration. La difficulté fut de le lui ôter. Il etoit en forme de pot de beurre, et, l'entrée en etant plus etroite que le ventre, Dieu sait si une tête qui y etoit entrée de force, et dont le nez etoit très grand, en pouvoit sortir comme elle y etoit entrée! Ce malheur-là fut cause d'un grand bien, car vraisemblablement il etoit au plus haut point de sa colère, qui eût sans doute produit un effet digne d'elle, si son chapeau, qui le suffoquoit, ne l'eût fait songer à sa conservation plutôt qu'à la destruction d'un autre. Il ne pria point qu'on le secourût, car il ne pouvoit parler; mais, quand on vit qu'il portoit vainement ses mains tremblantes à sa tête pour se la mettre en liberté, et qu'il frappoit des pieds contre le plancher, de rage qu'il avoit de se rompre inutilement les ongles, on ne songea plus qu'à le secourir. Les premiers efforts que l'on fit pour le decoiffer furent si violens qu'il crut qu'on lui vouloit arracher la tête. Enfin, n'en pouvant plus, il fit signe avec les doigts que l'on coupât son habillement de tête avec des ciseaux. Mademoiselle de la Caverne detacha ceux de sa ceinture, et la Rancune, qui fut l'operateur de cette belle cure, après avoir fait semblant de faire l'incision vis-à-vis du visage (ce qui ne lui fit pas une petite peur), fendit le feutre par derrière la tête depuis le bas jusqu'en haut. Aussitôt que l'on eut donné l'air à son visage, toute la compagnie s'eclata de rire de le voir aussi bouffi que s'il eût eté prêt à crever, pour la quantité d'esprits qui lui etoient montés au visage, et, de plus, de ce qu'il avoit le nez ecorché. La chose en fût pourtant demeurée là, si un mechant railleur ne lui eût dit qu'il falloit faire rentraire son chapeau. Cet avis hors de saison ralluma si bien sa colère, qui n'etoit pas tout à fait eteinte, qu'il saisit un des chenets de la cheminée, et, faisant semblant de le jeter au travers de toute la troupe, causa une telle frayeur aux plus hardis, que chacun tâcha de gagner la porte pour eviter le coup de chenet; tellement qu'ils se pressèrent si fort qu'il n'y en eut qu'un qui put sortir, encore fut-ce en tombant, ses jambes eperonnées s'etant embarrassées dans celles des autres. Ragotin se mit à rire à son tour, ce qui rassura tout le monde. On lui rendit son livre, et les comediens lui prêtèrent un vieil chapeau. Il s'emporta furieusement contre celui qui l'avoit si maltraité; mais, comme il etoit plus vain que vindicatif, il dit aux comediens, comme s'il leur eût promis quelque chose de rare, qu'il vouloit faire une comedie de son histoire, et que, de la façon qu'il la traiteroit, il etoit assuré d'aller d'un seul saut où les autres poètes n'etoient parvenus que par degrés. Le Destin lui dit que l'histoire qu'il avoit contée etoit fort agreable, mais qu'elle n'etoit pas bonne pour le theâtre. «Je crois que vous me l'apprendrez! dit Ragotin; ma mère etoit filleule du poète Garnier[121], et moi, qui vous parle, j'ai encore chez moi son ecritoire.» Le Destin lui dit que le poète Garnier lui-même n'en viendroit pas à son honneur. «Et qu'y trouvez-vous de si difficile? lui demanda Ragotin.--Que l'on n'en peut faire une comedie dans les règles, sans beaucoup de fautes contre la bienseance et contre le jugement, repondit le Destin.--Un homme comme moi peut faire des règles quand il voudra[122], dit Ragotin. Considerez, je vous prie, ajouta-t-il, si ce ne seroit pas une chose nouvelle et magnifique tout ensemble de voir un grand portail d'eglise au milieu d'un theâtre devant lequel une vingtaine de cavaliers, tant plus que moins, avec autant de demoiselles, feroient mille galanteries. Cela raviroit tout le monde. Je suis de votre avis, continua-t-il, qu'il ne faut rien faire contre la bienseance ou les bonnes moeurs, et c'est pour cela que je ne voudrois pas faire parler mes acteurs au dedans de l'eglise.» Le Destin l'interrompit pour lui demander où ils pourroient trouver tant de cavaliers et tant de dames. «Et comment fait-on dans les collèges, où l'on donne des batailles? dit Ragotin. J'ai joué à La Flèche[123] la déroute du Pont-de-Cé[124], ajouta-t-il; plus de cent soldats du parti de la reine-mère parurent sur le theâtre, sans ceux de l'armée du roi, qui etoient encore en plus grand nombre; et il me souvient qu'à cause d'une grande pluie qui troubla la fête, on disoit que toutes les plumes de la noblesse du pays, que l'on avoit empruntées, n'en releveroient jamais.» Destin, qui prenoit plaisir à lui faire dire des choses si judicieuses, lui repartit que les collèges avoient assez d'ecoliers pour cela, et, pour eux, qu'ils n'etoient que sept ou huit quand leur troupe etoit bien forte. La Rancune, qui ne valoit rien, comme vous savez, se mit du côté de Ragotin pour aider à le jouer, et dit à son camarade qu'il n'etoit pas de son avis; qu'il etoit plus vieil comédien que lui; qu'un portail d'eglise seroit la plus belle decoration de theâtre que l'on eût jamais vue, et, pour la quantité necessaire de cavaliers et de dames, qu'on en loueroit une partie, et l'autre seroit faite de carton. Ce bel expedient de carton de la Rancune fit rire toute la compagnie; Ragotin en rit aussi et jura qu'il le sçavoit bien, mais qu'il ne l'avoit pas voulu dire. «Et le carrosse, ajouta-t-il, quelle nouveauté seroit-ce en une comedie! J'ai fait autrefois le chien de Tobie[125], et je le fis si bien que toute l'assistance en fut ravie. Et, pour moi, continua-t-il, si l'on doit juger des choses par l'effet qu'elles font dans l'esprit, toutes les fois que j'ai vu jouer Pyrame et Thisbé, je n'ai pas été tant touché de la mort de Pyrame qu'effrayé du lion[126].» La Rancune appuya les raisons de Ragotin par d'autres aussi ridicules, et se mit par là si bien en son esprit, que Ragotin l'emmena souper avec lui. Tous les autres importuns laissèrent aussi les comediens en liberté, qui avoient plus envie de souper que d'entretenir les faineans de la ville.
[Note 119: Nous avons déjà vu plus haut (ch. 4): «La Rappinière, qui avoit de la mauvaise gloire autant que barbier de la ville.» «Les barbiers ne sont pas les gens du monde les moins susceptibles de vanité», lit-on dans Gil-Blas (l. 2, ch. 7). On disoit, en façon de proverbe: «Glorieux comme un barbier.» Les barbiers, on le sait, remplissoient alors les fonctions de chirurgiens (ce ne fut qu'en décembre 1637 que la branche spéciale des barbiers perruquiers fut distraite de celle des barbiers chirurgiens). Or, les chirurgiens passoient pour gens fort glorieux, et l'on trouve des traces de cette accusation dans plus d'un livret satirique de l'époque: «Que ne dirai-je pas des chirurgiens, lit-on dans les Caquets de l'Accouchée, qui donnent des offices de contrôleurs, ou semblables, qui valent quinze à seize mil francs, à leurs fils? Et quant à leurs filles, il ne leur manque que le masque que l'on ne les prenne pour damoiselles.» (3e journ., p. 105, éd. Jannet.) Quoique l'origine du proverbe dont il s'agit ici remonte à une antiquité beaucoup plus reculée, il pourroit se faire néanmoins que ces prétentions des chirurgiens n'aient pas été sans influence sur cette façon de parler, et qu'elles aient contribué à l'affermir et à la répandre de plus en plus.]
[Note 120: Où il étoit tout fier, tout glorieux. Cette phrase étoit fort usitée alors; on en peut voir le sens dans les Dictionnaires de Leroux et de Furetière.]
[Note 121: Robert Garnier (1545-1601), poète tragique, étoit lieutenant général criminel au siège présidial et sénéchaussée du Maine; il etoit né dans cette province, à La Ferté-Bernard, et il mourut au Mans.]
[Note 122: Cette réponse en rappelle une qu'on attribue à Malherbe, dont elle semble même la parodie.]
[Note 123: Le collége de La Flèche, bâti sous Henri IV (1603) d'après les dons du monarque, étoit un des plus célèbres parmi ceux que les jésuites possédoient en France. Il étoit devenu bien vite florissant; les étrangers, jusqu'aux Indiens, Tartares et Chinois, y affluoient, et, vers le milieu du XVIIe siècle, il contenoit, sans compter ceux-ci, plus de 1,000 écoliers françois et 120 jésuites. Brumoy, Porée, Ducerceau, etc., y professèrent successivement. Or, les révérends Pères avoient coutume de faire, à certains jours, jouer la comédie à leurs élèves sur un théâtre intérieur. Cet usage commença surtout à l'époque de la jeunesse de Racine par des tragédies latines et chrétiennes (V. Loret, 7 et 21 août 1655). Le plus souvent, les représentations se composoient de pièces écrites par les jésuites eux-mêmes, comme furent plus tard celles du P. Ducerceau et du P. Porée. Ce n'étoient pas seulement les jésuites, mais quelquefois aussi d'autres congrégations religieuses, qui se livroient à ces passe-temps dramatiques. (V. Richecourt, trag.-com., 5 a., v., représentée par les pensionnaires des R. P. bénédictins de Saint-Nicolas, 1628.) On sait, du reste, que la plupart des pièces de notre vieux théâtre furent représentées dans des colléges; ainsi l'Achille de Nicolas Filleul, au collége d'Harcourt, en 1563; la Trésorière, la Mort de César et les Esbahis de Grevin, au collége de Beauvais, en 1558 et 1560; la Cléopâtre et l'Eugène de Jodelle au collége de Boncourt, en 1552. Jean Behourt, principal du collége des Bons-Enfants, à Rouen, fit aussi, vers la fin du XVIe siècle, jouer par ses élèves trois pièces françoises de sa composition. Cet usage avoit laissé des traces au siècle suivant. On peut voir dans Francion (l. 4, vers le commencement) le récit burlesque d'une représentation de ce genre au collége de Lisieux. (Cf. aussi Chappuzeau, Le théâtre franç., l. 1, ch. 8.) Le Ratio studiorum autorisoit ces représentations à certaines conditions, qui n'étoient pas toutes strictement observées.]
[Note 124: Dans la guerre civile qui suivit la mort de Concini, et qui fut soulevée par le mécontentement des grands et de la reine-mère contre le favori Albert de Luynes, les troupes de Marie de Médicis furent mises en pleine déroute au Pont-de-Cé, près d'Angers (1620). On peut voir sur cette drôlerie, comme on surnomma alors la débandade du Pont-de-Cé, de curieux détails dans le Baron de Fæneste (l. 4, ch. 2).]
[Note 125: Peut-être dans la pièce de Thobie, tragi-comédie en 5 actes, sans distinction de scènes, de J. Ouyn (1606), où l'on voit, en effet, le chien au cinquième acte: «Anne, mère de Thobie, sort du logis et avise venir le chien, qui estoit party quand et son fils.»]
[Note 126: Dans Pyrame et Thisbé, tragédie de Théophile (1617), le lion apparoît à la fin de l'acte 4, où Thisbé s'écrie en le voyant:
Hélas! qu'ay-je apperceu? Dieux! l'effroyable beste! Un lion affamé qui cherche ici sa quête.
Ne diroit-on pas, à ce passage, que Scarron avoit vu la fameuse scène du Songe d'une nuit d'été, où Lanavette, Lecoing, Vilbrequin et les autres se préparent à représenter Pyrame et Thisbé, en prenant leurs précautions pour que la mort de Pyrame et les rugissements du lion n'effraient pas trop les dames.]
CHAPITRE XI.
Qui contient ce que vous verrez si vous prenez la peine de le lire.