Le Rideau levé; ou l'Education de Laure
Chapter 8
La fraîcheur qu'ils sentirent en sortant leur donna sur la crête, leur humilité momentanée nous laissa le temps de nous essuyer et, nous étant couvertes simplement de robes légères et transparentes qui ne gênaient presque point la vue ni les larcins, et que mon papa tira d'une armoire cachée par une glace mobile, nous nous étendîmes sur les bergères. A peine y étions-nous qu'il fit descendre du plancher, par un autre cordon, une table servie de mets délicats, de vins et de liqueurs semblables à celles dont nous nous étions si bien coiffés, et qui nous achevèrent. Tout y était propre à augmenter l'ardeur qui nous dévorait déjà.
Vernol était dans une impatience prodigieuse; mais, ce que je n'aurais pas attendu de celle de Rose, elle ne perdit rien de sa gaieté. Pour moi, dont la volupté était plus délicate, je jouissais par les yeux, par les mains; mais j'étais moins empressée d'arriver au but, que j'envisageais avec plus de satisfaction en exaltant le désir, et je me trouvais en cela d'accord avec mon papa. Vernol et Rose furent donc obligés de modérer leur impatience, ce qui fut plus facile à Rose qui, par nos caresses et nos attouchements, avait déjà, de son aveu, ressenti trois fois les délices du plaisir. Enfin, elle appela ce service le souper de noce; l'hymen n'y présidait guère, mais qu'importe, la volupté y régnait; elle seule nous suffisait et nous enchantait. On la voyait au milieu de la table, couronnée par le dieu des jardins, tenant son sceptre en main; dans les quatre coins il y avait des groupes entrelacés et dans les attitudes qui annonçaient le plus doux des moments. Entre eux, de vieux satyres jaloux présentant leurs offrandes, que des nymphes chassaient et que les plaisirs fuyaient: tout inspirait, tout animait. Rose, le verre et la bouteille en mains, sa robe ouverte, développant ses appas et ses grâces, répandait la flamme dans nos veines; ce qu'elle nous versait devenait un torrent de feu.
Je désirais enfin moi-même avec violence, rien ne m'eût effrayée. Nos attraits, presque toujours à découvert, produisaient le même effet, et nous voyions sans cesse à nos yeux des signes palpables de leur pouvoir. Enfin, chère Eugénie, parlons sans figure: ils ne débandaient point.
Rose, ne pouvant plus y tenir, s'écria:
-- Vernol, prends ta femme. Pour moi, me jetant entre les bras de mon papa, je tiens mon mari.
Elle s'était déjà saisie de son vit qu'elle fixait depuis longtemps, déjà Vernol me tenait embrassée et sa main s'était emparée de mon con, lorsque mon papa nous arrêta:
-- Attendez, mes enfants, il y a une condition à laquelle j'attache ma complaisance; il est juste que j'en sois payé.
Si Vernol le met à Laure, je veux imiter cet homme de cour qui, faisant coucher avec sa femme un page qu'elle aimait, faisait en le cul de ce page la même opération qu'il faisait dans le con de la dame. Il faut, de même, que pendant qu'il foutra Laure son cul soit à ma disposition.
Je me persuadai dans l'instant que les beautés de Vernol lui avaient inspiré des désirs, comme elles avaient fait naître les miens; j'en fus enchantée, j'en devenais plus libre de me livrer à mes désirs, et cette pensée me dégagea d'une entrave qui, jusque-là, m'avait donné quelque gêne. J'animai nos jeux avec les transports de la joie; je tâchai d'y ajouter de ma part tout ce qui pouvait les rendre plus charmants: je me saisis de Vernol, j'arrachai sa robe, je présentai son cul, j'écartai ses fesses charmantes, son vit m'enfonçait le ventre.
-- Non, Vernol, non, ne te flatte pas de me le mettre dans cette condition.
Rose, qui avait vu que mon papa me l'avait mis de même, s'écria qu'il n'avait pas à balancer, et jura qu'elle le tiendrait plutôt.
-- Quoi, dit Vernol, quel serait donc l'obstacle qui pourrait m'arrêter? Depuis longtemps, je suis à la torture; que ne ferais-je pas, belle Laurette, pour jouir de vous et mourir dans vos bras?
-- En ce cas, dit mon papa, Rose sera aussi de la partie.
Dans le moment, la table fut enlevée et le bassin recouvert; un coussin épais en remplissait l'étendue et était enveloppé d'un satin couleur puce, si propre à relever la blancheur. Cette niche était le vrai sanctuaire de la volupté.
Nous fûmes à l'instant débarrassés de tout ce qui nous était étranger, et nous montâmes sur cet autel avec les seuls ornements de la nature, tels qu'ils étaient nécessaires pour offrir nos voeux à la divinité que nous allions encenser et pour les sacrifices que nous allions lui faire. Les glaces répétaient de tous côtés nos différents attraits. J'admirais ceux de Vernol. Ce beau garçon me prit dans ses bras, il me couvrit de baisers et de caresses; il bandait de toute sa force. Je tenais son vit; mon papa maniait ses fesses d'une main et, de l'autre, les tétons ou le con de Rose qui nous caressait tous trois. Cédant enfin à notre fureur amoureuse, Vernol me renversa, écarta mes cuisses, baisa ma motte, mon con, y mit sa langue, suça mon clitoris, se coucha sur moi et me fit entrer son vit jusques aux gardes. Mon papa se mit aussitôt sur lui. Rose était sur les genoux, appuyée sur les coudes, son con tourné de mon côté; elle entrouvrit les fesses de Vernol, en mouilla l'entrée et conduisit le vit de mon papa dans la route qu'elle lui avait préparée. Pendant qu'ils agissaient, elle chatouillait les couilles de l'un et de l'autre. Je tenais son con, j'y mettais le doigt, je la branlais; bientôt ma main fut toute mouillée, ses transports, qui parurent les premiers, nous excitèrent vivement:
Vernol la suivit de près; mon papa s'en aperçut, il hâta sa course qui m'était favorable; je doublai mes mouvements, et nous tombâmes presque aussitôt dans la même extase: nos trois individus unis n'en faisaient pour ainsi dire plus qu'un, que Rose couvrait de ses baisers.
Revenus à nous-mêmes, nos caresses remplacèrent nos transports et remplissaient le temps que le plaisir nous laissait à parcourir; elles nous remirent bientôt en état de le ramener à nous. Vernol avoua qu'il n'en avait jamais ressenti de pareil.
-- Il faut l'avoir connu, dit mon papa, pour pouvoir en juger. Viens, ma chère Laurette, viens l'éprouver à ton tour. Vernol, moins fourni que moi, ne te procurera que des douceurs. Belle comme tu es, de quelque côté que ce soit il n'a rien à perdre. Nous bandons, viens dans mes bras. Rose fera pour lui ce qu'elle a fait pour moi, et branlera ton clitoris en arrière, par-dessous les cuisses.
Je me jetai sur lui, je le mangeai de caresses. Rose introduisit son vit dans mon con; elle ouvrit mon cul, elle mit le vit de Vernol dans sa bouche, elle en mouilla la tête ainsi que le passage où il devait entrer, et le conduisit elle-même.
Placée comme elle était la première fois, elle me branlait et caressait les fesses de Vernol, tandis que mon papa, le doigt dans son con, la branlait aussi. Le sublime. plaisir annonça bientôt sa présence, nous volions après lui, nous le saisîmes. Ah! qu'il était grand! Nous déchargions tous, nous étions inondés, le foutre ruisselait. Livrée aux plus vives sensations, j'étais dans un état convulsif. Après avoir été agitée comme un nageur qui se débat, un calme, non moins voluptueux que le plaisir, lui succéda. Ce resserrement, ce frottement dans toutes les parties délicates et sensibles, où se trouve le trône de la suprême volupté, me la fit connaître dans l'extrémité de son dernier période. Je ne pus mettre la parallèle avec cette journée, que celle où j'avais fait le sacrifice volontaire de mon pucelage.
Il fallut enfin se reposer; nous nous assîmes, et nous les engageâmes de reprendre pour quelques instants leurs habits; mais nous ne fûmes guère plus tranquilles: dans l'état où nous étions, nos yeux, nos mains, nos bouches, nos langues, tout rappela les désirs; nous parlions foutaise; nos tétons, nos fesses, nos cons étaient maniés, baisés; nous les rendions, ces caresses, des vits et des couilles en étaient les objets. Bientôt les effets en parurent avec fierté, nous les ressentîmes aussi; nous bandions tous encore, nos clitoris gonflés le démontraient aussi bien que la fermeté de leurs vits; nous courûmes sur les traces du plaisir qui nous avait échappé; nous le ramenâmes à nous pour le laisser fuir encore; mais je voulus que Rose eût une part plus solide que celle qui lui était tombée jusqu'alors; je la fis coucher les genoux élevés; mon papa se mit à côté d'elle et, passant ses cuisses par-dessous ses jambes qu'elle mit en l'air, son vit se trouvait pointé sur le but; je me mis sur elle, sa tête entre mes genoux et entre ceux de Vernol qui me le mettait en levrette. Je mis le vit de mon papa dans son con; il s'y perdait et reparaissait tour à tour; il prenait nos tétons à l'une et à l'autre; je la branlais, elle me rendait le même office; mon con était sur ses yeux; le vit de Vernol qui allait et venait, ses couilles qui se balançaient, formaient un spectacle enchanteur pour elle, qui produisit un tel effet sur ses sens que, dans le même temps que nous mîmes à chercher le plaisir pour le savourer, Rose avait déjà ressenti quatre fois ses attraits; quatre fois ses élancements et ses transports, ses expressions: je me meurs, je décharge, nous en donnèrent des preuves certaines. Enfin, nos fouteurs de dessous se réunissant, Rose reçut, dans un cinquième et copieux épanchement de sa part, le foutre dont mon papa l'inonda. Leur plaisir excitant le nôtre, nous jouîmes presque en même temps qu'eux de ces enchantements que nous nous hâtions d'atteindre.
Rose se mourait: si elle chérissait le plaisir, celui-ci ne la fuyait pas; elle en ressentait les effets des trois et quatre fois contre nous une; son con était une source de foutre; il lui causait un plaisir si vif qu'elle pinçait et mordait toutes les fois qu'elle le répandait. Enfin, elle tomba dans cet état d'anéantissement où l'on ne connaît et ne sent rien que l'excès des sensations délicieuses qu'il procure. Dès qu'elle en fut revenue, elle fit tant d'éloges de cette attitude que je voulus jouir à mon tour de la même perspective. Aussi, dès que nos forces furent rétablies, nous n'y changeâmes presque rien; je pris seulement la place qu'elle occupait, elle se mit sur moi, Vernol la foutait. Ma tête entre leurs cuisses, je voyais tous leurs mouvements, et nous nous branlions l'une et l'autre, pendant que le vit de mon papa fournissait pour moi sa carrière.
Ce quatrième acte fini, nous étions fatigués, brisés, excédés; nous avions grand besoin de réparer nos pertes. Nous nous relevâmes, mon papa fit redescendre la table et nous ranimâmes nos forces par les restaurants que nous prîmes. Le repos nous était bien nécessaire. Dès que la table fut relevée, nous nous couchâmes tous quatre, les uns sur les autres, nos bras et nos cuisses entrelacés, tenant chacun le cher objet de tous nos voeux et le divin moteur de nos plaisirs.
Après une bonne heure de sommeil, Rose, éveillée par un songe voluptueux, nous tira bientôt de l'espèce de léthargie où nous étions plongés. Nos caresses et nos baisers recommencèrent; mais, loin de nous précipiter, nous badinions avec nos désirs pour en allonger la durée, en multipliant la jouissance, en retardant l'approche du plaisir: nous allions jusqu'à lui, nous le repoussions, il nous poursuivait. Rose l'avait déjà saisi deux ou trois fois; à notre tour il nous atteignit aussi: il n'est pas sûr de jouer avec lui. Il fut enfin victorieux, et nous terminâmes cette journée par un cinquième acte dont Rose fut l'héroïne.
Couché sur mon papa qui l'enfilait par le grand chemin, Vernol se présentait à la porte de derrière. J'avais pris l'attitude qu'elle avait tenue; je mis tout en place et je lui rendais les mêmes services que j'en avais reçus, pendant que mon papa me prodiguait des caresses semblables; mais, par un nouveau badinage, Vernol changeait de temps en temps de route: il quittait celle où je l'avais conduit pour aller s'accoler avec mon papa dans le chemin qu'il occupait. Rose trouvait admirable de les avoir ensemble: il était heureux pour elle que la même voie pût se prêter à deux de front; mais, au dernier moment, Vernol reprit le sentier où je l'avais guidé et qu'il avait occupé d'abord.
Elle trouva ce dénouement divin et supérieur à tout ce qu'elle avait éprouvé jusqu'alors; aussi s'écria-t-elle, dans son enthousiasme:
-- Que je serais heureuse, et que la mort me serait douce si je perdais la vie dans un moment si délicieux!
Nous rîmes de son idée, et nous la trouvâmes bien analogue à son tempérament et à sa façon de penser.
Avant de reprendre nos vêtements, mon père découvrit de nouveau le bassin; je fus enchantée de ce soin; je m'y plongeai dans l'instant, ils m'y suivirent aussitôt. Je retirai l'éponge et j'introduisis de l'eau dans le lieu qu'elle avait occupé. Cette première ablution faite, nous la renouvelâmes et nous y rimes couler une essence qui nous embaumait. Ce second bain porta le calme et la fraîcheur dans tous nos sens. L'heure s'avançait, nous nous hâtâmes d'en sortir.
Après nous être rhabillés, nous rimes encore quelques tours dans les jardins. Enfin, nous remontâmes en voiture sur les huit heures, et nous rentrâmes en ville une heure après.
Depuis ce jour, et dans les premiers temps qui le suivirent, Rose ne cessait de me presser de répéter cette scène.
Je m'y prêtai d'abord. Peu après je ne me rendais que par complaisance pour elle qui, sur la fin, en était seule le coryphée. Enfin, elle me devint insipide, je l'aurais trouvée même à charge si mon papa n'eût été de la partie. Cette dégradation ne lui avait point échappé, il en fut enchanté.
Mon ivresse pour Vernol, que mes yeux et mes sens avaient seuls produite et où le coeur n'avait point de part, se dissipait tous les jours: soustraction faite de sa figure et de sa douceur, on ne trouvait plus rien en lui; elle s'éteignit totalement et ne me laissa que des regrets; je revins tout entière au penchant de mon coeur et à mon attachement qui, loin de diminuer, avait pris de nouvelles forces. Je regardais mon père comme un homme extraordinaire, unique, un vrai philosophe au-dessus de tout, mais en même temps aimable et fait pour toucher réellement un coeur; je l'aimais, je l'adorais. Ah! chère Eugénie, ce sont les qualités de l'âme qui, seules, nous fixent, nous enchaînent indépendamment des sens et coupent les ailes de notre inconstance naturelle. Les hommes qui réfléchissent n'y résistent point quand ils les rencontrent, et toute leur infidélité leur cède: enfin, j'étais le seul objet de sa tendre affection, comme il l'était de celle de mon coeur. Les événements qui suivirent achevèrent d'anéantir ces liaisons que j'avais déjà commencé de rompre.
Une aventure où Rose brisa plusieurs lances avec trop d'effronterie et d'imprudence acheva de m'aliéner d'elle et de Vernol, lorsqu'ils m'en eurent fait un détail que je sus tirer d'eux. Je fus convaincue que la délicatesse des sentiments n'habitait point leurs coeurs, et qu'ils n'avaient l'un et l'autre que ceux de la passion la plus effrénée et la plus indiscrète. Cette manière d'être et de penser n'étant point uniforme avec la mienne, je fus entièrement décidée sur leur compte.
Je t'ai déjà dit que je ne les voyais plus aussi souvent, ce qui les engageait à chercher de leur côté tous les amusements qu'ils pouvaient se procurer: la promenade en faisait partie. Vernol, conduisant un jour Rose dans un jardin public, rencontra quatre de ses camarades de collège, dont le plus âgé avait à peine vingt ans. Reconnaissance, essor de joie, embrassades, questions multipliées: d'où viens-tu?
Que fais-tu? Où vas-tu? Quelle est cette belle? La réponse à la dernière demande donna lieu à nos jeunes gens de faire des révérences et des compliments qui, sûrement, ne déplaisaient point à Rose. Satisfaits sur les autres points, ils se déterminèrent à engager Vernol d'être de leur partie.
Il était question d'aller hors de la ville se régaler d'une collation dans quelque endroit commode; ils n'essuyèrent point de refus de la part de Vernol, et encore moins de Rose: ils partent.
Dans les premiers transports de joie, nos jeunes gens avaient oublié les conventions qu'ils avaient prises ensemble, mais le plus âgé, en même temps le plus rusé par ce que tu vas voir ensuite, ne les avait pas perdues de vue. Il tenait Rose avec un autre sous les bras, les petits propos, les cajoleries, les expressions énigmatiques, allaient leur train. On était encore dans la belle saison; on marchait assez vite. En arrivant, on monte dans une chambre; Rose avait chaud, elle se jeta sur un lit, découvrit sa gorge, et laissait pencher une jambe qu'elle savait avoir bien faite; aussi en reçut-elle des éloges qui l'enivraient. On fit apporter mets, vins et liqueurs de diverses sortes; les têtes commencèrent à s'échauffer: Rose sablait, tous en faisaient autant. Dans cette disposition, les propos, les chansons s'égayèrent, la liberté s'en mêla, les baisers trottaient; le feu prit, et l'incendie se communiqua. Le plus âgé, plus hardi et plus expérimenté que les autres, prit Vernol dans une embrasure et lui fit part des conventions qu'ils avaient faites avant de partir. Vernol ne put s'empêcher d'en rire de tout son coeur. Rose, curieuse à son ordinaire, voulut absolument savoir ce qui lui en donnait lieu: elle l'appela, le pressa; il ne fit pas de difficulté de lui raconter que ses camarades étaient convenus entre eux, avant de les avoir rencontrés, que celui des quatre qui aurait le vit le plus petit paierait pour tous la bonne chère, et que celui qui l'aurait le plus gros ferait présent de ce qui serait bu.
Dans les transports, les éclats de rire et les élans que ce récit fit faire à Rose, elle s'agita de façon, en levant une jambe, qu'elle fît voir presque tout ce qu'elle avait de caché, et, dans ce premier mouvement, elle s'écria:
-- Qui donc en sera le juge?
-- Vous-même, lui dit le plus effronté, croyant bien que Vernol lui avait rendu compte de ce qu'il avait appris.
Rose, animée par le vin et par une idée aussi flatteuse pour elle, répondit que, certainement, elle serait le meilleur juge et plus en état d'en décider qu'aucun d'eux. De ce moment, on ne se gêna plus; les expressions les plus hardies, accompagnées de vin et mêlées de caresses, passaient de bouche en bouche. Rose, comme un vaillant champion, tenait tête à tous; mais elle se préparait d'autres assauts qui l'intéressaient davantage et, voulant en venir au plus tôt à des effets où elle trouvait plus de solidité, elle appela Vernol et, lui passant un bras autour du cou, elle pencha sa tête sur ses tétons qu'elle lui faisait baiser puis, coulant sa main plus bas, elle s'empara de son vit; lui, de son côté, glissant la sienne sous ses jupes se saisit de son con. Ses jupes à demi soulevées ne laissaient rien apercevoir encore, mais, relevant un genou, elle facilita la découverte de ce centre du plaisir. Cette vue les anima de telle sorte qu'ils l'entourèrent, l'un lui prenant une fesse, l'autre une cuisse, un autre les tétons, chacun en tenait un morceau. Rose, faisant relever Vernol, leur demanda, en leur montrant son vit qu'elle tenait, s'ils pouvaient lui faire voir quelque chose de pareil. Chacun mit aussitôt les armes à la main: elle eut alors le spectacle enchanteur à ses yeux de voir à la fois cinq vits bandés, fiers et menaçants, qui lui proposaient le combat quoique certains d'être vaincus.
Rose, aussitôt se relevant et s'asseyant sur le lit, les genoux relevés et écartés, le lieu de la joute totalement à découvert et présentant la bague:
-- Je pourrais, dit-elle, décider la question au coup d'oeil; mais puisque je dois juger je veux y procéder avec tout le scrupule possible, et même y joindre, s'il le faut, une mesure qui m'est propre. Cependant commençons.
Elle les fit ranger tous cinq en leur faisant mettre toutes pièces à découvert et, prenant son lacet, elle les mesura avec la plus grande exactitude, tant en longueur qu'en grosseur, soupesant même avec attention leurs dépendances.
Le maniement de tous ces vits fit une telle impression sur elle que, se laissant aller sur le dos et donnant deux ou trois coups de cul, elle leur fit connaître qu'elle déchargeait.
Tous voulaient, dans cet instant, monter sur elle, mais elle les arrêta:
-- Je veux avant, dit-elle, prononcer mon jugement.
Le plus âgé fut tenu de payer les vins et les liqueurs; Vernol aurait été chargé du restant s'il n'eût été par tous exempté des obligations de la convention dont il n'était pas. Ce fut au second, presque du même âge que le premier, que cette chance tomba, n'étant guère mieux fourni que Vernol. Il était d'une figure agréable, et Rose, pour dissiper le chagrin qu'il témoignait, lui promit qu'il serait le premier à passer aux épreuves. Elle les désirait avec passion: tous ces vits, toutes ces couilles l'avaient mise en fureur. Ils la prièrent de les y admettre; elle ne se fit pas presser et, se renversant sur le lit, elle tendit la main à celui auquel elle l'avait promis, qui, sautant sur elle, enfonça sur-le-champ son dard dans l'anneau qu'elle présentait; Vernol le suivit et les trois autres à leur tour selon la gradation qu'elle avait observée. Rose, enchantée, arrosée de foutre, nageait dans le plaisir: sans cesse déchargeant, à peine avait-elle le temps de respirer; l'un n'avait pas plus tôt quitté la place que l'autre aussitôt y rentrait.
Enfin, il fallut se reposer un moment. On était fort échauffé: boire, rire et caresser remplirent les entractes.
Rose était toute livrée aux baisers et aux mains fourrageuses de ces cinq fouteurs. Ils ne purent la souffrir plus longtemps couverte du moindre voile; bientôt elle fut mise dans l'état où étaient les trois déesses au jugement de Pâris.
Tous, jeunes et vigoureux, ne la virent pas plus tôt ainsi que leurs désirs se montrèrent plus furieux. Rose aurait cédé volontiers la ceinture de Vénus pour une guirlande de cons afin de les recevoir tous à la fois, à moins que cette ceinture de la mère des Amours ne fût de cette espèce.
Mais, n'en pouvant avoir que deux, elle changea la scène en faisant mettre le plus gros et le plus long couché sur le lit, la tête au pied; elle se mit sur lui, les tétons appuyés sur sa bouche; le moins avantagé se mit sur elle entre leurs cuisses; chacun prit la route qui lui était présentée; de chaque main, elle tenait le vit des deux autres, et réserva Vernol, dont elle prit le hochet entre les lèvres, qu'elle chatouillait et suçait du bout de sa langue.
Enfin Rose, au milieu du foutre qui ruisselait de toutes parts, demeura victorieuse après qu'ils se furent présentés entre eux vingt-deux fois au combat, qu'elle eut arrosé trente-neuf fois par elle-même le champ de bataille. Elle était excédée mais ivre de plaisir.
Je la vis le lendemain; je la trouvai mourante, les yeux languissants et abattus. Surprise de la trouver dans cet état, je la questionnai avec adresse, et je la pressai tant qu'elle et Vernol me firent enfin l'aveu de cette orgie.
Je ne me mêlai pas de leur donner des conseils, je voyais trop combien ils seraient inutiles; je ne daignai pas même les blâmer. Aussi je ne mets pas en doute qu'elle ne l'ait renouvelée aussitôt qu'elle l'a pu; mais je ne me mis plus à même de l'apprendre, et de ce jour je ne les vis plus.
Rose, livrée sans frein à la passion furieuse dont elle faisait l'idole de son bonheur, à la fin y succomba. Ses règles n'avaient point paru; elle ne fut pas longtemps sans essuyer un épuisement total, suivi de vapeurs affreuses. Sa vue s'en ressentit, elle ne ressemblait plus qu'à une ombre ambulante. Sa gaieté fut totalement perdue et un dépérissement, produit par une fièvre lente, la conduisit enfin au tombeau.
Vernol, qu'elle avait jeté dans le même excès, fut saisi d'une fièvre putride dont il eut beaucoup de peine à revenir, et, peu de mois après son rétablissement, la petite vérole lui fit essuyer des ravages qui le défigurèrent totalement. Il fut encore très mal et ne fit que languir depuis.