Le Rideau levé; ou l'Education de Laure

Chapter 7

Chapter 74,052 wordsPublic domain

Le temps que je passai chez ma tante fut trop tôt écoulé; je fus rappelée par ma mère: il fallut nous séparer. Nous ne nous quittâmes pas sans regret, et nous ne pûmes en venir à cette séparation sans verser bien des larmes. Ma tante en fut touchée et me promit qu'elle ferait tout ce qui dépendrait d'elle pour me ravoir encore. Elle et ma cousine, qui pouvaient jouir d'une agréable liberté, me plaignaient, n'envisageant pour moi que des jours bien tristes et remplis d'ennui avec une mère dévote qui ne voyait personne. Je le croyais comme elles; mais nous avions toutes tort.

Arrivée chez ma mère, je mis à profit tout ce que j'avais appris du hasard et d'Isabelle: comme elle, je me procurais tous les jours les sensations les plus délicieuses du plaisir; souvent même j'en redoublais la dose. Mon imagination échauffée n'était emplie que des idées qui y avaient rapport. Je ne pensais qu'aux hommes, je fixais mes regards et mes désirs sur tous ceux que je voyais: les yeux, attachés sur l'endroit où je savais que reposait l'idole que j'aurais encensée, animaient mes désirs dont le feu se répandait jusqu'aux extrémités de mon corps. Ce fut dans cet instant que Vernol revint passer ses vacances chez ma mère; il avait un an et demi de plus que moi. Ah! que je le trouvai beau; j'en fus surprise; jusque-là ses charmes m'avaient échappé. Il est vrai que l'âge à peu près égal de l'enfance nous avait toujours donné beaucoup d'amitié l'un pour l'autre; mais dans ce moment ce fut tout autre chose: il réunit tous mes désirs, une ardeur dévorante s'empara de tous mes sens, je ne vis plus que lui, toutes mes idées s'y concentrèrent. Depuis longtemps je souhaitais d'examiner de près, et de toucher, ce que je n'avais fait qu'entrevoir à Courbelon. Je sentais que j'étais trop jeune pour me flatter de devenir l'objet des desseins d'un homme plus âgé, et, me persuadant que leur instrument grossissait à la mesure de leurs années, les douleurs d'Isabelle m'effrayaient.

D'ailleurs je ne voyais personne qui pût jeter les yeux sur moi ni arrêter les miens; cependant, j'étais dans une vive impatience et je fis de Vernol le but où je désirais atteindre.

Sa chambre était derrière celle de ma mère où je couchais.

Quand cette bonne dévote allait à l'église, où elle passait deux ou trois heures tous les matins, je fermais exactement la porte après elle. On croyait que nous dormions et l'on nous laissait en paix. Mais, continuellement éveillée par mes désirs, j'allais en chemise près de lui et je lui faisais mille agaceries pendant qu'il était dans son lit. Tantôt je l'embrassais, je le chatouillais, tantôt je tirais ses couvertures, ses draps; je le mettais presque nu; je lui donnais de petits coups sur ses fesses d'ivoire; il sautait après moi, me poussait sur son lit, me baisait et rendait sur mon cul les coups légers que je lui avais donnés. Nous avions répété deux matinées ce badinage lorsque, la troisième, en me jetant à la renverse sur son lit, ma chemise, à qui j'avais prêté un peu de secours, se trouva toute relevée et mes jambes en l'air; il aperçut aussitôt mon petit conin, il m'écarta les cuisses, il y porta la main, et ne pouvait se lasser de le regarder et d'y toucher; je le laissais faire.

-- Ah! Rose, me dit-il, que nous sommes bien différents l'un de l'autre!

-- Comment! lui répondis-je, quelle différence y a-t-il donc? Je lui fis cette question avec l'air de la plus innocente simplicité.

-- Tiens, vois, me dit-il en troussant sa chemise et me montrant son petit outil qui était devenu gros et raide, et que je n'avais qu'entrevu jusque-là.

Je pris cette lance en main, je la considérai, je la caressai, j'en découvrais, j'en aiguisais la pointe, et j'eus enfin la satisfaction d'en faire l'examen le plus attentif. Vernol, impatient d'en faire un pareil, me dit:

-- Rose, laisse-moi donc te regarder encore.

Je me rendis à sa demande et je me recouchai. Il releva mes jambes, les écarta et ne mit pas moins d'attention dans sa recherche et dans ses détails que j'en avais eu dans la mienne; mais il ignorait l'usage de ce qu'il voyait. Il était à genoux sur le lit, penché sur moi; je passai ma main entre ses cuisses et je repris son joli bijou; je m'amusai à coiffer et décoiffer sa tête rouge comme le corail. Le plaisir que je lui faisais, dont je m'apercevais, augmentait le mien: j'étais dans l'impatience; je me relevai et le renversai à son tour, je le découvris tout entier; je le baisais, je le mangeais, je caressais ses petites olives; enfin, à force de hausser et baisser ma main sur ce charmant bijou, il répandit cette liqueur que j'avais vu rendre à Courbelon par la main de Justine. Cette situation si nouvelle pour lui, l'étonnement joint au plaisir excessif dont il paraissait jouir, étaient un délicieux spectacle pour moi; sa main, placée entre mes cuisses, était restée sans mouvement. Je me recouchai sur le lit, je la pris et je lui fis faire un exercice qui lui était inconnu, et que je souhaitais vivement. Je tombai bientôt moi-même dans l'extase où je l'avais mis peu auparavant.

Tout cela lui paraissait bien extraordinaire; je l'avais conduit de surprises en surprises; elles me réjouissaient et m'enchantaient. Je recommençai mes caresses, je repris son instrument, je le baisai, je le suçai, je le mis tout entier dans ma bouche, je l'aurais avalé: il ne tarda pas à reparaître dans l'état charmant où il avait été. Jusque-là, je n'avais pas osé lui apprendre à le mettre où je le souhaitais; mais de plus en plus animée, j'arrachai sa chemise, je quittai la mienne; rien ne me cachait ses charmes naturels; je les contemplais, je les couvrais de mes mains et de mes lèvres; il me rendait les mêmes caresses à son tour.

Son petit vit était dans toute sa dureté; je me mis sur lui; je le conduisis moi-même dans mon petit conin. Ah! qu'il fut bientôt au fait: j'étais encore étroite, mais il n'était pas gros; nous poussions tous les deux; enfin, m'asseyant sur lui, je parvins aussitôt à me l'enfoncer tout entier, et j'eus l'agréable satisfaction de le sentir pour la première fois introduit où je le désirais avec tant de passion. C'est ainsi que nos pucelages, quoiqu'ils ne fussent pas bien intacts, furent enlevés l'un par l'autre. Quelle volupté nous ressentions! Vernol ne savait plus où il en était. Nous jouissions de cette félicité pure qui se sent sans pouvoir l'exprimer ni la concevoir. Nos plaisirs étaient à leur comble. Il en éprouva le premier l'excès: il déchargeait, ses bras qui m'entrelaçaient se relâchèrent, je précipitai mes mouvements, je l'atteignis, et, me laissant aller sur lui, il connut que je jouissais des mêmes délices. Serrés, collés l'un sur l'autre, nous savourions ce voluptueux anéantissement qui n'est pas moins enchanteur que le plaisir qui nous l'avait procuré. Mais, plus tôt rétablie que lui, je me vis forcée de l'engager à se servir encore de sa main et de son doigt.

Nous répétions tous les jours cet agréable exercice; j'allais dans son lit ou il venait dans le mien; partout où nous pouvions nous réunir en sûreté pendant le jour, nous le recommencions ou nous n'en prenions que l'ombre. La nuit que nous ne pouvions être ensemble, toute pleine de son image je lui consacrais les plaisirs qu'elle faisait naître; il en faisait autant de son côté, nous nous en rendions compte le matin et nous réalisions les illusions nocturnes.

Etonné dès les premiers jours de tout ce que je lui avais appris, il avait désiré que je lui dise par quel moyen j'en avais eu connaissance; mais ne croyant pas à propos de lui rendre compte d'abord de ce que j'avais vu chez ma cousine, je fixai ses idées sur des exemples généraux.

Cependant, ayant ensuite reconnu sa discrétion, je lui racontai tout, et nous tâchions d'en réaliser le souvenir et d'en imiter l'exemple.

Hélas! au milieu de nos plaisirs, notre séparation approchait; nous l'envisagions avec douleur. Ce moment vint enfin; il fallut nous quitter; ma peine fut extrême, je ne puis vous la peindre. Depuis trois ans et demi d'absence nous ne nous sommes réunis que depuis quatre ou cinq mois qu'il est revenu tout à fait chez ma mère.

(Fin de l'Histoire de Rose)

Quand elle eut fini son récit où elle était entrée dans un détail plus étendu qu'avec moi, surtout en ce qui regardait Vernol, je repris la parole:

-- Tu ne sais pas, cher papa, ce que Rose m'a dit encore, elle ne te rend pas compte de tout. Ma chère Laure, m'a-t-elle ajouté, je me suis aperçue que Vernol avait pris pour toi la plus forte passion, et même il m'en a fait l'aveu.

Tiens, chère amie, je n'en suis point jalouse, je vous aime tendrement tous deux: tu es belle, il est charmant, je serais enchantée de le voir dans tes bras; oui, ma chère, je l'y mettrais moi-même, je ferais mon bonheur de sa félicité.

Ne la trouves-tu pas folle?

-- Pas tant, Laure, je n'en suis point surpris, dans sa façon d'être.

Nous jugeâmes aisément que Rose aimait le plaisir avec fureur; nous le lui dîmes, elle en convint. Les tableaux qu'elle avait retracés avaient ranimé son tempérament; ils avaient produit le même effet sur nous. Mon papa en présentait des preuves parlantes: elle s'en saisit, et, pour nous prouver le charme séducteur qu'elle y trouvait, elle conduisit elle-même le cher objet qu'elle tenait, et nous fit cent caresses dont nous la payâmes par cette sensation délicieuse après laquelle elle soupirait sans cesse. Comme elle était arrivée la première au but, elle arrêta mon papa et, nous adressant la parole:

-- Achevez d'avoir en moi la même confiance que je vous ai montrée; ce que nous avons fait tous les trois, depuis hier, m'a totalement ouvert les yeux et m'a donné la liberté de vous raconter ce que j'ai fait avec Vernol. Viens donc, papa, viens à côté de ta chère Laurette, à sa place j'en ferais autant avec toi. Mets-lui, et qu'elle partage les plaisirs que tu m'as donnés; sois assuré de la plus inviolable discrétion.

-- Eh bien! Rose, pour te prouver que je n'en doute en aucune manière, tu vas jouer un nouveau rôle.

Il se leva et fut aussitôt chercher le godemiché; il l'attacha à la ceinture de Rose qui était extasiée de cet outil qu'elle ne connaissait pas; il me fit mettre sur elle et le conduisit dans mon con en lui recommandant de se remuer comme ferait un homme, et de me branler en même temps; il l'instruisit de l'effet de la détente lorsqu'elle me verrait prête à décharger. Il se mit ensuite sur moi et m'introduisit son vit dans le cul. Rose remuait la charnière supérieurement; je tenais ses tétons, elle caressait les miens, elle suçait ma langue, je me mourais. Au moment où j'allais perdre connaissance, elle fit décharger le godemiché; mon con en fut inondé, et le foutre que mon papa répandit en même temps dans mon cul excita en moi des transports qui se joignirent aux siens et à ceux de Rose qui, par le frottement du godemiché sur son clitoris, les lui fit partager; enfin je tombai sur elle, morte de plaisir. Mon papa se releva bientôt, et quand je fus revenue de cet évanouissement enchanteur nous sortîmes du lit qu'il était plus de midi.

Dès que nous fûmes debout, elle n'eut rien de plus pressé que de passer à l'examen de cet outil si nouveau pour elle.

Je l'aidai à en désunir toutes les parties: il était parfaitement semblable à un vit; toute la différence consistait dans des ondes transversales depuis la tête jusqu'à la racine pour procurer un frottement plus actif. Il était d'argent, mais couvert des couleurs de la nature, et d'un vernis dur et poli. Il était vide, mince et léger. Dans le milieu de l'espace, il y avait un tuyau du même métal, rond et plus gros qu'une plume, dans lequel il y avait un piston. Ce tuyau se vissait à un autre bout percé et soudé au fond de la tête. Il se trouvait par ce moyen des espaces autour de cette petite seringue, dont elle avait l'effet, et les parois de celui qui imitait le vit. Un morceau de liège, taillé pour boucher exactement ce dernier, avait un trou qui laissait entrer très juste la naissance de la petite pompe, dans lequel on insérait un ressort d'acier en spirale qui repoussait le piston par le moyen d'une détente. Quand Rose l'eut bien tourné et retourné:

-- Il faut encore, me dit-elle, que tu m'apprennes comment on lui fait faire son office.

-- On emplit, lui dis-je, le godemiché d'eau suffisamment échauffée pour en supporter la chaleur sur les lèvres; on le bouche bien avec le morceau de liège, auquel tu vois cet anneau pour le retirer; on emplit ensuite la pompe, par le moyen du piston qu'on attire, de colle de poisson fondue et légèrement teinte de blanc qu'on tient toute préparée:

la chaleur de l'eau se communique aussitôt à cette liqueur qui ressemble autant qu'il est possible à la semence.

La première action de Rose, après ce détail, fut de trousser sa chemise et de l'enfoncer dans son con. Cette folie dans ce moment me fit rire au point que mon papa rentra pour savoir le sujet qui m'y excitait si fort. Il la vit à cet ouvrage, il ne put s'empêcher de m'imiter, et s'adressa à elle:

-- Laisse-le donc, Rose, sa vertu dans ce moment n'existe plus, et nous pouvons faire quelque chose de mieux.

Elle continua donc de s'habiller. Il me prit par la main et sortit:

-- Ma chère Laure, Rose sera la victime de sa passion et de son tempérament; rien ne la retient; elle s'y livre avec fureur, sans mesure ni ménagement; sois assurée qu'elle paiera de sa personne cette imprudence, ainsi que le pauvre Vernol qu'elle a jeté dans le même excès; mais je veux en profiter pour remplir mes desseins.

En effet, inébranlable dans ses réflexions, il fut la retrouver dans ma chambre, et j'entendis:

-- Rose, ce que vous avez dit à Laure, au sujet de votre frère sur la fin de votre histoire, annonce votre amitié pour l'un et pour l'autre; mais peut-on compter sur la discrétion de Vernol comme sur la vôtre? Il est nécessaire qu'elle soit des plus grandes, vous devez le concevoir, songez-y.

-- Oh! ne vous trompez pas sur la confidence que je vous ai faite; elle n'est pas le fruit de l'indiscrétion; mais la manière dont j'ai agi avec lui m'a fait sentir que si j'eusse été Laurette vous eussiez été pour moi ce qu'est Vernol.

L'obscurité à travers laquelle j'entrevoyais la chose s'est totalement dissipée par la façon dont nous vivons depuis hier; j'ai jugé que, dès lors, je pouvais parler sans déguisement et que vous seriez intéressés à garder, à notre sujet, le même secret qu'à votre égard je vous jure pour Vernol et pour moi, y trouvant le même intérêt. Mais, de grâce, qu'il participe à nos plaisirs; il m'a fait l'aveu qu'il était fou de Laurette, et vous vous y trouvez engagé plus que vous ne pensez. Vous serait-il donc possible de nous refuser? Je serai comblée de joie si vous ne vous y opposez pas et si, comme je le désire, la chère Laurette ne le hait pas.

-- Tout me force aujourd'hui à y consentir; ne lui dites cependant rien encore de ce qui s'est passé entre nous, je vous le conseille et vous y engage. Il me croirait dédommagé, et je veux qu'il me paie lui-même du sacrifice que je fais. Prévenez-le seulement de se prêter à tout ce que nous voudrons.

-- Ah! je vous réponds de lui comme de moi-même sur qui vous pouvez compter en tout.

-- Il est cependant nécessaire que vous sachiez, vous et lui, que Laure n'est ma fille que pour le public; car en réalité elle ne l'est pas. Vous voyez cependant qu'elle ne m'en est pas moins chère; mais surtout, que personne ne soit instruit de ce secret que vous deux, je vous le recommande. Allez à présent trouver votre mère avec elle, dites-lui que demain nous irons encore passer le jour à la campagne, et que si elle veut vous y laisser venir avec votre frère nous vous y mènerons. Cependant, promettez-moi d'être tranquilles l'un et l'autre jusqu'à ce que vous veniez, car vous en aurez sûrement besoin.

Je n'avais rien perdu de ce discours; Rose vint, m'entraîna, courut chez sa mère et obtint facilement pour elle et pour Vernol ce qu'elle lui demandait. Je la quittai et fus passer le reste de la journée chez une parente. Pendant ce temps-là, mon père fut donner ses soins aux arrangements qu'il projetait.

La nuit, quand je fus dans ses bras, je présumai qu'il me rendrait compte de ce qu'il avait dit à Rose, et de ses desseins. Indécise avec moi-même, je ne voulus pas lui en parler la première, ni lui faire connaître que je l'avais entendu. Le coeur me battait; mais il ne m'en ouvrit pas la bouche.

Le lendemain après-midi, une voiture se rendit à notre porte, nous prit et nous conduisit dans une maison charmante à quelque distance de la ville; je ne la lui connaissais pas. Je jugeai qu'elle appartenait à quelqu'un de ses amis qui la lui prêtait. Vernol avait cherché à relever ses attraits naturels. Rose et moi, nous étions dans un déshabillé galant. Instruit par sa soeur, il avait une politesse plus aisée et quelque chose de plus assuré qui lui était avantageux.

Nous arrivâmes sur les quatre heures, il faisait un temps admirable et très doux. Nous rimes plusieurs tours dans les jardins, qui étaient vraiment dessinés par Vertumne, et non de ces assemblages fantasques où la bizarrerie semble avoir présidé. Ce n'était pas non plus de ces jardins compassés, où la régularité et la symétrie écrasent la nature: nous y jouissions de la beauté de l'horizon, qui semblait d'accord avec la fête. Après cette promenade, où nous avions préludé par les baisers, nous vînmes dans les appartements, que nous parcourûmes; nous trouvâmes, dans un salon où mon papa nous conduisit, une collation servie; il nous présenta plusieurs mets, nous versait à boire et ne nous ménageait pas. Soit délicatesse des vins et des liqueurs, ou soit qu'il eût employé quelque autre moyen qu'il connaissait assez, nos têtes perdirent bientôt leur équilibre et nous jetâmes des fleurs à la folie, qui nous en couronna. Dès qu'il nous vit en cet état, il fut écarter tout son monde de manière à ne le faire revenir que tard, en sorte que nous étions exactement seuls. Il nous conduisit dans un appartement où nous n'avions pas encore été, situé dans le quartier le plus reculé. Il nous fit entrer dans un petit salon illuminé, de toutes parts, de bougies mises dans des girandoles, posées à la hauteur où l'on pouvait facilement atteindre avec la main. Au-dessous d'elles régnaient tout alentour des glaces ordinairement couvertes de rideaux qui, dans ce moment, étaient relevés par des cordons et des glands qui les tenaient en festons, dont les pendants garnissaient les encoignures. Des bergères larges, fort basses et presque sans dossier, sur lesquelles étaient répandus des carreaux, garnissaient le tour jusqu'à la hauteur où les glaces étaient placées. Au-dessus d'elles étaient enchâssés différents tableaux. Dieux! quels objets, chère Eugénie! Clinchetet et l'Arétin n'ont rien produit de plus voluptueux. Des sculptures peu multipliées, les unes en blanc, les autres peintes à la gouache, présentaient de semblables sujets. Dans un des côtés était une niche ornée et éclairée de même, qui renfermait un meuble sur lequel la jouissance et la volupté avaient établi leur trône. Ces peintures, ces sculptures, les vins et les liqueurs que nous avions pris écartèrent et chassèrent loin de nous jusqu'à l'ombre de la contrainte: le délire voluptueux s'empara de nos sens; Bacchus et la Folie menaient le branle. Rose, inspirée par sa divinité chérie, nous donna le ton et commença l'hymne du plaisir. Elle sautait au cou de mon papa, elle embrassait Vernol, elle me baisait et m'engagea de l'imiter. Elle arracha mon mouchoir qu'elle jeta à son frère, elle fit voler le sien sur mon papa, elle leur faisait baiser ses tétons, elle les conduisait sur les miens, nos bouches étaient couvertes de leurs lèvres. Ces jeux, ces baisers qui se répétaient dans les glaces nous échauffèrent à l'excès. Nos joues étaient colorées, nos lèvres brûlantes et vermeilles, nos yeux animés et nos seins palpitants. Vernol, déjà dans un demi-désordre, le teint brillant, les yeux pleins de feu, me paraissait beau comme le jour. Je le regardai dans ce moment comme une jouissance divine dont tous les appas se réunirent en un seul trait, au centre de mes désirs; il ne savait lui-même où il en était: mon papa calculait la gradation. Rose me fit tomber sur une bergère, elle appela Vernol pour l'aider: elle me troussa, me donna de petits coups sur les fesses, et lui fit voir l'objet après lequel il soupirait. Je la pris à mon tour pour la renverser aussi; mais elle ne m'en donna pas le temps; elle s'y jeta d'elle-même et, levant les pieds en l'air, elle mit au jour tous les appas qu'elle avait reçus de la nature, son con, son cul, son ventre, ses cuisses, tout fut à découvert. Nous fûmes aussitôt tous les trois près d'elle lui faire les caresses qu'elle montrait désirer. A peine avions-nous posé nos mains sur ses fesses qu'après deux ou trois mouvements de reins nous l'aperçûmes tortiller l'oeil, et nous vîmes couler la fontaine du plaisir. Nous nous apercevions bien l'une et l'autre que Vernol et mon papa bandaient de tout leur pouvoir. Le sillon relevé que leurs vits faisaient le long de leurs cuisses en portait le plus sûr témoignage. Tout d'un coup, Rose se releva et fut se jeter sur mon père:

-- Cher papa, je t'ai jeté le mouchoir; tu seras mon mari et moi ta femme; donne-moi ta main.

-- Très volontiers, Rose; mais il faut que la dernière cérémonie en soit.

-- Ah! de tout mon coeur. Mais Vernol a eu le mouchoir de Laurette, il faut aussi les unir. Y consens-tu?

-- Soit, comme tu le désires.

Elle accourut prendre nos mains qu'elle mit l'une dans l'autre; elle nous fit embrasser, nos bouches se rencontrèrent; elle porta sa main sur mes tétons et nous fit appeler mari et femme. Nous étions tous quatre vivement émus et très échauffés. Rose brûlait.

-- Qu'il serait délicieux dans ce moment, s'écria-t-elle, d'être dans un bain où nous puissions nous rafraîchir! Le feu me dévore.

Mon papa se leva et fut tirer un cordon qui était à côté de la niche. Aussitôt le dessus du meuble qui y était fut enlevé, et découvrit un bassin à trois robinets qui jetaient à volonté de l'eau chaude, froide ou de senteur.

-- Voilà qui est magnifique, c'est ici le palais des divinités. Je vais, dit Rose, ressembler à une naïade, mais je ne serai pas la seule. En peu d'instants, elle parut avec les seuls ornements des nymphes; elle s'empara de moi, et pressa Vernol et mon papa de l'aider à me mettre dans le même état: en un clin d'oeil, tout disparut de dessus moi. Rose fit un signe à son frère qui se montra bientôt en Sylvain pendant qu'elle et moi nous prêtions notre secours à mon papa. Mes regards furtifs avaient déjà détaillé Vernol: qu'il était bien fait, et qu'il me paraissait agréable! La jeunesse et la fraîcheur brillaient de tous côtés: au milieu de la blancheur et de l'éclat d'une jeune fille, on voyait le trait qui caractérisait un homme. Nous nous plongeâmes tous quatre à la fois dans ce bassin, ils étaient l'un et l'autre rayonnants de gloire. Tous consumés d'un feu dévorant, nous étions semblables à des fournaises sur lesquelles on jette de l'eau et qui n'en deviennent que plus vives. Deux lances en arrêt nous menaçaient tour à tour, mais le combat ne nous effrayait pas: en proie aux mains folâtres et passionnées, aux baisers amoureux et lascifs de nos tritons, nous leur rendions les mêmes caresses, nous badinions avec leurs flèches, ils s'étaient emparés de nos carquois. Dans ce moment, mon papa eut la prudence de plonger l'éponge au fond du mien lorsque j'y pensais le moins. Vernol voulait entrer en lice mais, par une adresse si naturelle aux femmes et si propre à aiguiser les désirs, je l'arrêtai et me sauvai du bassin. Rose me suivit. Bientôt ils furent dehors.