Le Rideau levé; ou l'Education de Laure

Chapter 6

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-- Non, lui répéta-t-elle, cela ne sera pas; je vous en ai dit cent fois les raisons, c'est une nécessité de s'y conformer.

Comme je pouvais entendre aussi facilement que je voyais, aucun des mots, aucune des expressions ne furent perdus:

-- Viens, mon cher, dit Justine en le prenant par son instrument, viens mettre ton vit dans mon con, ils se connaissent et tu ne risques rien avec moi.

Mais elle manqua son coup car, le tenant toujours par là, elle lui donna deux ou trois secousses: aussitôt je vis Courbelon se pencher sur son épaule, tenant un téton, la baiser et répandre une liqueur blanche que je n'avais pas encore vue, avec des convulsions qui marquaient un vif sentiment de plaisir. J'étais dans un état que je ne concevais pas moi-même. Depuis quelque temps je chatouillais le haut de ma petite fente de la même manière que j'avais vu Courbelon le faire à Isabelle et à Justine. J'étais dans cette agréable occupation, qui ne me procurait encore qu'un doux plaisir, quand l'une et l'autre, sans doute vivement animées par les caresses que Courbelon leur avait faites, le mirent dans la même position où elles étaient elles-mêmes: pas le moindre vêtement depuis la tête jusqu'aux genoux. Cette perspective nouvelle m'attacha avec une curiosité délicieuse, et d'autant plus particulièrement que j'avais fort désiré le voir ainsi: il semblait que leurs plaisirs fussent d'accord avec mes souhaits. Chacune le baisait, le caressait, lui prenait le vit qui s'était ramolli, chatouillait ses couilles et ses fesses; il les baisait à son tour, maniait, suçait leurs tétons, les renversait, les examinait, les branlottait et leur enfonçait le doigt. Je vis enfin cet instrument reprendre toute sa vigueur et les menacer toutes deux; il ressemblait à un épieu qu'on va plonger dans le corps d'une bête féroce. J'apercevais bien que Courbelon en voulait à ma cousine; mais Justine le saisissant, ils tombèrent l'un sur l'autre sur le pied du lit; je crus qu'il lui enfoncerait l'estomac; rien ne la fit reculer.

-- Attends au moins, lui dit-il, que nous augmentions nos plaisirs et que nous en jouissions tous ensemble.

Il fit mettre Isabelle sur le lit, les genoux et les cuisses écartés, entre lesquels Justine plaça ses jambes à terre et fort ouvertes. Comme rien ne gênait plus mes regards, j'aperçus le vit de Courbelon entrer dans son con, qui, par ses mouvements, paraissait, s'y renfonçait et faisait un écart qui me surprenait. Il me semblait inconcevable qu'un membre aussi gros pût y entrer, à moi qui avais essayé d'introduire mon doigt dans le mien et qui n'avais pas osé l'y pousser à cause de la douleur. Mais cet exemple me fit passer outre, et je l'enfonçai avec tout le courage dont j'avais le modèle devant les yeux; je m'y déterminai d'autant plus facilement que, tandis que Courbelon avait son vit dans le con de Justine, il avait mis son doigt dans celui d'Isabelle en lui disant qu'elle avait la plus charmante motte et le plus joli conin du monde, et en lui recommandant de branler son clitoris; ce que fit ma cousine pendant qu'il faisait aller et venir le doigt dans son con, comme son vit allait et venait dans celui de Justine. Fidèle à les imiter en partie, je m'armai de ma fermeté et je poussai dans le mien le doigt de la main gauche que j'y enfonçai tant que je pus, et que j'agitais de la même manière tandis que de la droite je me branlais comme faisait Isabelle. Une sensation délicieuse s'accroissait par degrés; je ne fus plus surprise que ma cousine se plaisait à la répéter. Je ne tardai pas à les voir tous trois dans les plus vifs transports. Isabelle se laissa aller sur le dos, donnant de temps en temps des coups de cul. Courbelon, témoin de son plaisir, lui criait:

-- Ah! ma chère, tu décharges!

Il achevait à peine ces mots qu'il tomba lui-même presque sans mouvement sur Justine en faisant de grands soupirs et prononçant avec énergie des foutre et des sacre qui peignaient ses sensations. Justine elle-même, après des élancements vifs et réitérés et des serrements de cul précipités, resta comme anéantie, la tête et les bras penchés, en faisant chorus avec Courbelon.

Ces témoignages d'un plaisir si violent m'animèrent à un tel point et portèrent le mien à un si prodigieux degré qu'à mon tour je me laissai tomber sur les meubles en ressentant un plaisir incroyable. Quel excès de délices quand on éprouve pour la première fois une volupté si grande, qu'on n'a jamais connue et dont on n'a pas d'idée!

On n'est plus rien, on est tout à cette suprême félicité, on ne sent qu'elle.

Le temps que j'avais employé à la savourer leur en avait assez donné pour se mettre en train de se rhabiller. Dès qu'ils le furent, Courbelon, après les avoir embrassées, reprit la route par laquelle il était venu, et quelques instants après Isabelle et Justine sortirent de la chambre. J'attendis encore un peu; je parvins enfin à me dégager, et, prenant le même chemin que Courbelon, je revins au logis dans l'appartement de ma tante, qui rentra peu de temps après avec ma cousine qui était allée la rejoindre.

Depuis ce moment, je ne pensais, je ne rêvais plus qu'à ce que j'avais vu; toutes leurs paroles étaient parvenues à mes oreilles; aucune de leurs actions ne m'avait échappé; j'y réfléchissais sans cesse. Le même soir, quand je fus au lit avec Isabelle, je fis semblant de me livrer au sommeil; elle ne tarda pas à tomber dans un profond assoupissement; j'en fis bientôt autant; mais le lendemain il n'en fut pas de même. Dès que nous fûmes couchées, je fis comme la veille; ma cousine me croyant endormie, je sentis qu'elle recommençait son petit manège. J'étais au fait, je me retournai et, passant ma cuisse sur la sienne, je mis ma main où je savais bien qu'était son doigt; je la glissai par-dessous et, le soulevant, je pris toute sa motte. Je l'embrassai, je baisai ses tétons et j'enfonçai mon doigt dans son con. Je l'en retirai pour chatouiller. l'endroit où j'avais trouvé le sien; elle écartait les cuisses et me laissait faire, lorsque je l'entendis pousser les derniers soupirs; je la trouvai toute mouillée. Le même désir me tourmentait, je pris la sienne dont je couvris ma motte, j'employai son doigt à faire son office et je me trouvai peu de moments après au point de lui rendre soupirs pour soupirs. Elle ne fut pas peu surprise de tout ce que j'avais fait; elle me croyait dans l'ignorance la plus profonde: elle n'avait eu garde de m'instruire, croyant qu'ayant été élevée par une mère dévote je ne fusse assez enfant pour en parler à ma tante, ou à ma mère à mon retour chez elle:

-- Comment, Rose, comment sais-tu tout cela? Je suis bien étonnée de tes connaissances; à ton âge je n'en savais pas tant.

-- Je le crois, ma chère cousine; je te le dirai, à condition que tu ne seras point fâchée contre moi et que tu m'aimeras toujours.

Je me repentis au moment même de ce que j'avais dit, et je ne voulais plus continuer lorsque Isabelle, me prenant dans ses bras et me caressant, me pressa de lui tout avouer.

-- Tu ne m'en voudras donc pas? Tiens, ma chère cousine, sois assurée de ma discrétion. Je te promets de n'ouvrir jamais la bouche à personne de ce que je sais, et surtout à ma tante ni à ma mère. Mets ta confiance en moi comme en toi-même.

Je lui redis alors tout ce dont j'avais été témoin, et de quelle manière je l'avais été... L'effroi la saisit:

-- Ah! ma bonne amie, ma chère Rose, gardes-en, je te conjure, le secret; ne me trahis pas, tu me perdrais.

Je le lui jurai de nouveau. Nous convînmes qu'il ne fallait pas même en parler à Justine. Elle me donna cent baisers en me faisant autant de questions sur ce que j'avais vu, entendu, et sur l'effet que j'en avais éprouvé. Je lui rendis compte de tout. Je la tranquillisai pour lors en lui disant que tout ce que je lui avais appris de moi-même m'engageait à garder un secret qui était devenu le mien.

-- Mais raconte-moi donc, Isabelle, par quelles circonstances tu en es venue là avec Courbelon et Justine.

-- Je le veux bien, ma petite cousine, après ce que tu sais, je n'ai rien à te refuser ni à te cacher, et je compte toujours sur tes promesses. Ecoute-moi. Un mois ou cinq semaines avant ton arrivée ici, j'étais un jour sortie avec ma mère; mais, ayant oublié quelque chose dans ma chambre et n'étant pas éloignée de la maison, j'y revins pour la chercher; après l'avoir prise, je fus à la chambre de Justine, je ne puis te dire pourquoi; la porte apparemment n'était pas bien fermée, ou elle n'y avait pas pensé; je la poussai, elle s'ouvrit. Je ne fus jamais plus surprise, et je restai dans l'étonnement et comme pétrifiée de trouver Courbelon sur elle; il en descendit aussitôt, et j'aperçus son outil qu'il tâchait de cacher, dans le même temps qu'il abattait les jupes de Justine qui étaient toutes levées. Elle était bien heureuse que ma mère ne fût pas à ma place. Je voulus à l'instant m'en aller; mais cette fille, craignant que je ne dise à ma mère ce que j'avais vu, accourut après moi, se mit à mes genoux en me conjurant de n'en pas parler. Elle me pressa tant, en me baisant les mains, que je lui promis tout ce qu'elle voulut, et je lui tins parole. Je t'avoue, ma chère Rose, que cette aventure me donna matière à bien des pensées. Depuis ce jour-là, Justine m'amenait souvent dans sa chambre sous prétexte de m'apprendre à broder; mais elle m'entretenait toujours sur le sujet de ce que j'avais vu en m'apprenant des choses bien nouvelles pour moi; elle découvrait ma gorge, elle prenait mes tétons, elle me peignait le plaisir sous les attraits les plus séduisants: je convins que j'en trouvais à l'entendre. Enfin, un jour que cette conversation m'avait fort animée, et ma curiosité fortement excitée, je sentis le feu sur mes joues, mon sein était agité; les questions que je lui faisais firent connaître à Justine que le moment était favorable; elle me prit entre ses bras, m'enleva et me porta sur son lit; elle me troussa: je m'en défendais faiblement; elle continuait toujours, en me disant qu'un jeune et aimable cavalier serait bien heureux à sa place s'il voyait et touchait les beautés, les grâces et la fraîcheur qu'elle venait de découvrir que sa machine s'enflerait et qu'il mourrait de plaisir en m'en faisant connaître et ressentir de bien vifs. Ses flatteries, ses peintures et ses caresses m'ayant subjuguée, je me laissai faire par elle tout ce qu'elle voulut. Elle posa le bout du doigt de la main gauche entre les lèvres de mon ouverture, qu'elle chatouillait tandis que, de la droite, elle en frottait le haut.

-- Ma chère cousine, lui dis-je, pourquoi n'emploies-tu pas les termes et les noms que tu sais? Je les ai tous entendus de Courbelon et de Justine.

-- Tu as raison, Rose, je n'en ferai plus de difficulté.

Enfin, après quelque temps de ce badinage, je ressentis cet extrême plaisir qu'elle m'avait si bien dépeint; mais elle m'assura que j'en trouverais bien davantage avec un joli homme, jeune et galant. Depuis ce temps, elle répéta souvent, à ma satisfaction, ce jeu charmant; elle enfonça même un jour son doigt; j'éprouvai quelque douleur qui fut bientôt apaisée. Elle sut enfin m'engager de lui rendre le plaisir qu'elle me donnait. J'y trouvais beaucoup d'agrément et je m'en contentais. Mais, huit à dix jours avant ton arrivée, ma mère étant sortie seule, nous reprîmes nos jeux et nos plaisirs; et sous divers moyens que Justine employa nous nous mîmes toutes deux totalement nues. Courbelon, caché derrière un rideau, avait été témoin de toutes nos folies: c'était une partie liée entre Justine et lui, mais je l'ignorais. Elle riait depuis le commencement, de tout son coeur. Surprise de ses ris qui me paraissaient quelquefois hors de propos je la pressai de m'en dire le sujet; elle m'avoua que Courbelon nous voyait. Il sortit aussitôt de dessous le rideau, nu comme nous étions, et son vit était d'une grosseur et d'une raideur étonnantes. Effrayée, palpitante, honteuse, je ne pouvais plus fuir dans l'état où j'étais qu'en me cachant sous le même rideau; j'y courus, mais ils m'arrêtèrent tous deux, et je n'osai lui rien dire après ce qu'il nous avait vues faire. Courbelon me prit entre ses bras, se jeta à mon cou, m'embrassa, porta ses mains et ses lèvres partout où il put: tout était à sa disposition et Justine l'aidait. Enfin la surprise et la honte firent place au désir. Il mit son vit dans ma main; je ne pouvais l'empoigner; le feu de ses baisers, de ses attouchements, ce spectacle si nouveau pour moi et l'exemple de Justine qui le caressait sans scrupule firent couler le plaisir dans tous mes membres et m'avaient mise dans une situation à ne pouvoir rien lui refuser. Les plaisirs qu'il me donna avaient une pointe de vivacité que je n'avais point sentie par les mains de Justine, avec laquelle je désirai qu'il fit la même chose. Mais ils allèrent bien plus loin: elle l'attira sur elle au pied de son lit et, me tenant d'une main, elle me fit voir le vit de Courbelon qui se perdait dans son con, et la vivacité de leurs transports me fit juger de l'excès de leurs plaisirs. C'est hier la sixième fois que je me suis trouvée avec lui, cela n'arrivant pas souvent, crainte d'être découverte. Je fus enchantée de ton arrivée, chère Rose, dans l'espérance que j'en aurais plus de liberté, car je t'avoue que j'ai eu un violent désir que Courbelon m'en fît autant qu'à Justine. Je crains, il est vrai, les enfants, dont elle me fait peur, et le mal que la grosseur de son vit me pronostique; mais puisqu'elle le reçoit avec empressement j'imagine que ma crainte n'est pas trop fondée et que la douleur doit être bien moindre que le plaisir, du moins Courbelon me le dit de même. Cependant, Justine s'oppose toujours au désir que nous en avons par diverses raisons dont elle ne peut me persuader puisqu'elle s'y expose.

(Fin du récit d 'Isabelle)

Je la pressai autant qu'il fut en mon pouvoir de le satisfaire. Je combattais les raisons de cette fille par toutes celles qui me vinrent à l'idée, dans un âge où je n'avais pas d'expérience ni grandes ressources à donner; mais soit que son imagination, sa curiosité et ses désirs fussent d'accord avec mes raisonnements, elle me parut facilement s'y rendre. Je lui fis promettre en même temps de me faire le détail du plaisir qu'elle aurait eu. Elle m'en donna sa parole, en me recommandant toujours ce que nous appelâmes dès lors notre secret. Depuis ce moment nous ne nous quittions presque plus.

Quelques jours après, nous fûmes invitées d'une noce des parents de Justine. Ces sortes d'invitations sont assez en usage dans les petites villes de province. Elle ne manqua pas de s'y rendre une des . premières, avant que nous y allassions. Isabelle me dit en riant que cette occasion était bien favorable pour la tromper, car je l'entretenais tous les jours dans le projet d'en passer sa fantaisie. Je saisis d'abord cette idée et je lui dis qu'en effet ma tante, croyant que nous irions ensemble, ne manquerait pas, de son côté, d'aller chez quelques-unes de ses amies; qu'il fallait qu'elle fût et se tînt dans la chambre de Justine; que sans doute Courbelon ne manquerait pas de venir à la danse comme font ordinairement les jeunes gens, même sans être invités; que l'espérance de la trouver l'y amènerait plus sûrement; qu'aussitôt que je le verrais, je lui dirais qu'elle avait à lui parler et qu'il se rendît dans la chambre de cette fille, où elle serait à l'attendre.

-- Non, non, je ne le veux pas, me dit-elle en rougissant.

Mais je la pressai, je mêlai mes caresses à mes engagements; et soit qu'elle fût bien aise qu'ils voilassent ses désirs, ou soit que je la déterminai, elle y consentit. Je n'avais pas fini de m'habiller que ma tante était déjà partie.

Je m'en fus donc seule. Effectivement, je trouvai Courbelon qui était arrivé; je m'approchai de lui et je parvins à lui dire, sans affectation et sans qu'on s'en aperçût, ce que j'avais projeté; il ne tarda pas à disparaître. Quelques instants après je ne le vis plus. Je regrettais de n'être pas encore à mon poste. Mais comme je me flattais qu'Isabelle me rendrait compte de tout ce qui se serait passé, je me consolai et je participai de mon mieux aux plaisirs de la fête où j'étais puisque je ne pouvais être de celle de ma cousine.

Justine m'avait demandé, lorsque j'entrai, pour quelle raison Isabelle n'était pas avec moi. J'imaginai de lui dire que ma tante avait voulu sortir avec elle, mais qu'elle ne tarderait pas à venir prendre sa part du divertissement et me rejoindre. Elle prit d'abord mon conte le mieux du monde; cependant, voyant que Courbelon n'y était plus depuis longtemps et que ma cousine n'arrivait point, elle prit de la défiance et, sans s'expliquer avec moi, elle ne put s'empêcher de me dire qu'elle avait lieu d'être surprise du départ de l'un et du retard de l'autre. A peine venait-elle de me tenir ce propos que Courbelon arriva, et ma cousine peu après. Justine disparut à son tour; je le fis remarquer à Isabelle à qui j'avais répété ce qu'elle m'avait dit. Elle soupçonna dans l'instant que cette fille était retournée au logis, ce qui lui donna de l'inquiétude. Justine revint et ne fit rien paraître; mais elle avait fait des recherches et pris des informations qui l'instruisirent autant qu'elle le désirait. Nous rentrâmes chez ma tante. Il me tardait que nous fussions couchées pour questionner en liberté ma cousine.

Je lui dis que j'étais fatiguée de la danse; Isabelle en dit autant, quoiqu'elle n'eût point pris part à cet exercice: elle l'avait toujours refusé sous quelque prétexte, qui n'était pas néanmoins le véritable. Nous fûmes donc nous mettre au lit. Quand je la tins dans mes bras, je voulus mettre ma main où elle avait reçu les plus grands coups; mais elle la repoussa en me disant qu'elle y souffrait trop de douleur.

Il ne m'en fallut pas davantage pour la sommer de sa parole et la presser de me la tenir:

-- Ah! ma chère Rose, ma curiosité a été bien mal satisfaite. Courbelon est venu comme les autres fois. J'avais l'oreille au guet, je fus lui ouvrir, il s'est jeté à mon cou.

Après bien des baisers et des caresses, il m'a prise dans ses bras et m'a portée sur le pied du lit en promenant ses mains partout où il a voulu, d'autant que je m'y prêtais sans feindre aucune résistance. Enfin, m'ayant penchée sur le lit, il m'a enfoncé son vit qu'il avait mouillé de salive; mais quelle douleur ne m'a-t-il pas faite; ce vit, d'une grosseur énorme, me déchirait; je n'osai crier, j'en versais des larmes. Il tâchait de me consoler en m'embrassant et en m'assurant qu'une seconde fois je n'aurais plus que du plaisir. Il me trompait: il y revint et ma douleur fut aussi vive, je souffrais tout ce qu'on peut endurer. Il s'y présenta une troisième fois; je ne voulais plus y consentir; il me pressa si fort, en y joignant tant de baisers et de caresses, que je ne pus lui refuser. Il s'y prit si doucement et avec tant de précautions que je croyais ne plus endurer un tel tourment, mais il fut presque le même. Ces vives souffrances que j'ai ressenties, jointes à la crainte des enfants qui s'est retracée plus fortement à mon imagination, m'éloignent d'une pareille épreuve. Il m'en reste même une cuisson si grande que je ne puis encore y toucher sans renouveler mes douleurs, et c'est ce qui m'a fait refuser de participer à la danse.

-- Sans doute, chère cousine, qu'étant bien plus jeune que Justine, tu es beaucoup plus étroite.

-- C'est bien ce que me disait Courbelon, en m'assurant que le temps et l'usage m'élargiraient. Mais en attendant je n'en souffre pas moins.

Il fallut donc rester tranquilles et nous nous endormîmes.

Le lendemain, Justine fut attirer Isabelle dans sa chambre et lui dit qu'elle s'était aperçue que Courbelon y était venu la veille, qu'elle avait trouvé à la porte du petit escalier, qui n'était pas fermée comme elle le faisait ordinairement, un morceau du bouquet qu'il avait ce jour-là; qu'elle avait très bien distingué que son lit avait été foulé, et qu'enfin elle avait appris qu'au lieu d'être sortie avec sa mère, comme je lui avais dit, elle était restée et n'avait quitté la maison que deux heures après moi; qu'elle jugeait bien ce qui s'était passé, qu'elle l'engageait de le lui avouer; qu'elle ne devait pas avoir de crainte ni faire de mystère avec elle puisqu'elle n'avait rien à redouter de sa part, étant pour le moins aussi intéressée qu'elle à ce que personne n'en sût rien. Isabelle s'en défendit d'abord; mais les marques étaient si claires pour Justine qu'à la fin elle lui avoua que Courbelon était venu et lui avait fait les caresses dont il usait ordinairement. Justine lui soutint qu'assurément il lui avait mis; que tout lui démontrait qu'elle n'en devait pas douter. Ma cousine ne voulut point en convenir, mais cette fille lui dit qu'elle le connaîtrait bientôt. Comme elle était forte, elle la prit dans ses bras et la coucha sur le lit; Isabelle, ne pouvant lui résister et se persuadant qu'elle y connaîtrait quelque chose, craignant encore que, pour s'en assurer, elle ne renouvelât ses douleurs, lui fit l'aveu de tout ce qu'elle m'avait raconté.

Justine, qui redoutait infiniment les suites de cette aventure, ou vivement piquée contre Courbelon, apporta depuis tant de difficultés et d'obstacles à leurs entrevues que ma cousine et lui ne pouvaient plus se voir avec la facilité qu'elle leur avait procurée, et, peut-être alors jalouse de lui, elle ne lui permit plus de revenir; elle parvint, enfin, par toutes les voies et les moyens qu'elle put imaginer à rompre cette liaison, d'autant plus aisément qu'elle y employait la vigilance la plus grande. Courbelon, jugeant qu'il ne pourrait jamais surmonter les obstacles qu'opposait une surveillante aussi éclairée et au fait de cette allure, se brouilla avec elle; et comme, dans cette circonstance, il fut obligé quelque temps après de se rendre dans une autre province, il oublia bientôt Isabelle et Justine qui, elle-même, peu après son départ, se retira de chez ma tante et quitta la ville où nous étions. C'est ce qui m'a fait penser, depuis, qu'elle était allée dans le même lieu où s'était rendu Courbelon, pour qui elle aurait tout sacrifié.

Dans les premiers temps, Isabelle n'endura pas sans chagrin le déplaisir de ne le plus voir; elle me faisait part de tout ce que son humeur lui inspirait. Je la consolais du mieux qu'il m'était possible; j'y parvins à la longue, et les plaisirs que nous nous procurions ensemble lui firent supporter avec plus d'aisance, et même oublier à la fin, cette perte qui m'avait aussi fort déplu. Je désirais être quelque jour de leurs parties; je projetais d'y engager ma cousine, et je m'en flattais d'autant mieux qu'elle avait pris pour moi une forte inclination qui ne servit pas peu, depuis, à dissiper son chagrin. Ces contretemps détruisirent mes desseins, et la nécessité fit que je n'y pensai bientôt plus.

Nous passâmes encore quatre mois ensemble, pendant lesquels elle m'instruisit de tout ce qu'elle avait appris de Courbelon et de Justine, qui l'avaient rendue très habile.

Les réflexions que j'ai faites depuis sur cette aventure et sur les réponses d'Isabelle aux différentes questions que je lui faisais m'ont fait voir que Courbelon avait jeté ses desseins sur ma cousine ensuite du jour où elle l'avait trouvé sur Justine, et que, sous le prétexte de mieux engager Isabelle à garder le secret, il avait fait entendre à cette fille que le moyen le plus assuré était de l'admettre en tiers dans leurs plaisirs, autant que la petite oie pourrait s'étendre; qu'enfin il avait su l'en convaincre et la faire donner dans le panneau qu'il leur tendait; sans quoi la jalousie que nous soupçonnions à Justine s'y serait difficilement prêtée.