Le registre d'écrou de la Bastille de 1782 à 1789 Extrait de la Nouvelle Revue du 1er décembre 1880
Part 3
«Le 22 mai.--M. de Villedeuil est venu à cinq heures et demie et est resté demi-heure au gouvernement avec la 3me Comté.
«À deux heures, il y a eu, à la place de l'entrée du faubourg Saint-Antoine, un homme de pendu et cinq fouettés et marqués et au carcan, par suite de l'émeute du mois précédent dans ledit faubourg: il y avait des gardes françaises, des Suisses, de la cavalerie et des hussards qui entouraient la place de l'exécution.
«Les 26, 27 et 28.--Le sieur Réveillon a eu beaucoup de visites ainsi que depuis son arrivée; il a vu souvent le commissaire Lerat, le sieur Abeille, secrétaire du commerce, le sieur Jacmart, le sieur Dumoulin, maître maçon, la dame Jacmart, la dame Abeille et son fils, l'abbé Morellet, l'avocat Tronson du Coudray, M. le président de Gourgues, deux fois le sieur Pontcarré, secrétaire du ministre, le sieur Duval fils, de la police, le sieur Couché, secrétaire de M. de Crosne, le sieur Noroy, de la manufacture des glaces, le sieur Renouf, procureur au Châtelet, le sieur Lachaume, etc.
«Le 28.--À neuf heures du soir, le sieur Reveillon est sorti du château; il y avait, avec l'ordre pour son entrée, celui de sa sortie, contresigné de M. de Villedeuil.
«Le 29.--M. de Crosne est venu avec un conseiller au Parlement, voir le château, conduit par M. le Gouverneur; ils ont monté sur les tours.
«Le 1er juillet.--Un sergent et douze bas-officiers sont arrivés de l'hôtel pour supplément de notre garde.
«Le 7.--À quatre heures du matin, est arrivé un détachement de Salis Samade Suisse, composé de trente hommes et un lieutenant nommé M. Deflue, pour renforcer la garnison de ce château.»
* * * * *
Nous n'avons fait que copier. N'est-ce pas de l'histoire écrite au jour le jour, par une plume qui ne savait rien du lendemain?
III
La dernière page du registre ne contient que ces deux mentions:
«Juillet 1789.--Les 10 et 11. Envoyé à M. de la Mornière chaque jour une lettre de M. de la Corrège.
«Le 12.--Le sieur La Corrège a eu la visite de la fille Geneviève Chevalier.»
* * * * *
Les troubles qui s'étaient déjà produits dans les rues de Paris et les attroupements nombreux qui stationnaient sur la place de la Bastille avaient interrompu les correspondances et les visites.
Le 14 juillet, à cinq heures du soir, la Bastille était prise par le peuple et ses prisonniers délivrés. Il ne restait alors dans cette prison que sept personnes:
1º Jean Bechade la Barte, employé;
2º Bernard Laroche, âgé de 18 ans, employé;
3º Jean La Corrège, employé;
4º Jean Antoine Pujade, négociant;
Tous quatre enfermés au mois de janvier 1787 et accusés d'avoir fabriqué de fausses lettres de change.
5º Le comte de Solages, enfermé en 1782, à Vincennes, sur la demande de son père, pour cause de dissipation et de mauvaise conduite, et transféré à la Bastille le 28 février 1784;
6º Tavernier, accusé de complot contre la vie du roi, enfermé d'abord pendant dix ans aux îles Sainte-Marguerite, puis transféré à la Bastille le 4 août 1759; il était en état de délire. Il fut placé à Charenton peu de temps après sa sortie de la Bastille;
7º Le comte de Whyte de Malleville, enfermé d'abord au château de Vincennes, puis transféré à la Bastille le 29 février 1784. Il était ordinairement en état de délire depuis plusieurs années: il fut aussi placé à Charenton quelques jours après sa sortie de la Bastille.
Paris.--Typographie Georges Chamerot, 19, rue des Saints-Pères.--10429.