Le Râmâyana - tome second Poème sanscrit de Valmiky
Chapter 24
Çatroughna, environné des ministres, annonça donc au saint archibrahme que les éléments du sacrifice étaient prêts. Ensuite, quand apparut, dans un moment propice, au temps où l'astérisme Poushya était dans sa jonction, l'aube sans tache, l'auguste Vaçishta, environné des brahmes, fit asseoir Râma le magnanime avec Sîtâ dans un trône de pierreries donné par un des Maharshis et tournant sa face à l'orient. Le prêtre alors, suivant les rites et conformément aux règles consignées dans les Çâstras, annonça aux brahmes le sacre qu'on allait conférer à ce noble prince issu de Raghou.
Puis, Vaçishta, Vâmadéva, Djâvâli et Vidjaya, Kaçyapa, Gautama, le brahme Kâtyâyana, Viçvâmitra à l'éblouissante splendeur et les autres chefs des brahmanes donnent le sacre au monarque des hommes avec l'eau bien limpide et parfumée, comme les Vasous eux-mêmes avaient sacré jadis Indra aux mille yeux.
Râma fut consacré en présence de toutes les Divinités réunies là dans les airs, avec le suc de toutes les herbes médicinales, au milieu des ritouidjes, des brahmes, des jeunes vierges, des principaux officiers de l'armée et des _notables_ commerçants, tous joyeux et rangés suivant l'ordre. Sacré, il rayonna d'une splendeur nonpareille. Çatroughna lui-même portait le magnifique parasol blanc; Sougrîva, le monarque des singes, tenait le blanc chasse-mouche et le blanc éventail. Le souverain des Rakshasas, Vibhîshana, plein de joie, saisit, pour éventer Râma, un autre beau chasse-mouche avec un autre incomparable éventail, semblable à l'astre des nuits.
Engagé à lui faire ce don par le roi des Dieux, le Vent donna au Raghouide une guirlande d'or, composée de cent lotus et flamboyante de sa nature. Le monarque des Yakshas, qui vint lui-même à cette assemblée, fit présent à Râma d'un collier de perles, entremêlé de gemmes et de pierres fines; et ce fut encore à l'invitation de Mahéndra. Le Kakoutsthide fut loué par les sept rishis, qui l'exaltèrent avec des bénédictions pour la victoire.
Ces louanges portaient aux oreilles une suave mélodie: les musiciens des Dieux chantèrent et les Apsaras dansèrent elles-mêmes pour honorer la fête où fut sacré le sage Râma. Pendant l'inauguration du monarque, la terre se couvrait de moissons, les fruits avaient plus de saveur et les bouquets de fleurs exhalaient une senteur plus exquise. Râma, _pour les honoraires du sacre_, donna aux brahmes cent fois cent taureaux, mille vaches laitières multiplié par mille et, de plus, trente kotis d'or. Il donna aux brahmes dans sa joie des chars, des joyaux, des vêtements, des lits, des siéges et beaucoup de villages à plusieurs fois.
L'éminent héros donna lui-même à Sougrîva une guirlande d'or magnifique, enrichie de pierreries et semblable aux rayons du soleil. Le présent que reçut Angada, fils de Bâli, fut une paire de bracelets d'un beau travail, ornés d'admirables diamants, entremêlés de lapis et d'autres pierreries. Râma fit cadeau à sa Vidéhaine d'un superbe collier en perles d'un brillant égal aux rayons de la lune, et dont les plus fines pierreries augmentaient encore la richesse.
En ce moment la Mithilienne, cette noble fille du roi Djanaka, se mit à détacher de son cou un collier et tourna les yeux vers le singe Hanoûmat. Elle regarda tous les quadrumanes et son époux à plusieurs fois. Le Raghouide, ayant vu ces gestes: «Noble dame, dit-il à son épouse, donne ce collier au guerrier dont tu fus le plus contente, à celui dans qui tu as trouvé toujours du courage, de la vigueur et de l'intelligence.»
_À ces mots_, la dame aux yeux noirs donna le collier au fils du Vent. Et le prince des singes, Hanoûmat, resplendit, avec ce collier, tel qu'une montagne avec une _ceinture de_ nuées blanches, dont les rayons de la lune jaunissent le sommet.
Ainsi honorés, leurs désirs accomplis, gratifiés de magnifiques pierres fines, mis aux premières places avec politesse, comblés de biens et d'hommages, partirent, ayant séjourné là _quelques heures_, tous les ours, les Rakshasas et les singes, l'âme peinée de quitter Râma.
Le héros né de Raghou dit au fils du Vent sur le point de partir lui-même: «Hanoûmat, prince des singes, je ne t'ai pas récompensé comme il faut. Choisis donc une grâce; car le service que tu m'as rendu est bien grand.» À ces mots, des larmes de joie troublant ses yeux, celui-ci dit à Râma: «Que mon âme reste jointe à mon corps, sire, aussi longtemps qu'il sera parlé de Râma sur la terre; je demande cette grâce, si tu veux m'en accorder une.»
À peine eut-il articulé ces mots que Râma lui fit cette réponse: «Qu'il en soit ainsi! La félicité descende sur toi! Jouis de la vie, sans maladie, sans vieillesse, toujours vigoureux et jeune, aussi longtemps que la terre soutiendra les mers et les montagnes!»
La Mithilienne alors de lui faire aussi une grâce non-pareille: «Que les différentes choses à manger, fils de Mâroute, se présentent d'elles-mêmes à toi sur la terre! Que les choeurs des Apsaras, les Gandharvas, les Dânavas et les Dieux t'honorent comme un Immortel en tous lieux où tu seras. Que partout il naisse pour l'amour de toi ou ruisselle à ton gré, quadrumane sans péché, des fruits pareils à l'ambroisie et des ondes limpides!»
«Ainsi soit-il!» reprit le singe, qui partit les yeux mouillés de larmes; et tous ses compagnons de s'en aller, comme ils étaient venus, à leurs différentes habitations, s'entretenant tout le voyage, tant ils aimaient Râma, des grandes aventures de ce noble Raghouide.
Après le départ de tous les singes, l'homicide _généreux_ des ennemis tint ce langage au vertueux Lakshmana, qui toujours lui fut si dévoué: «Gouverne avec moi, ô toi qui sais le devoir, cette terre qu'ont habitée les rejetons des monarques nos ancêtres, et porte, comme roi de la jeunesse, ce timon _des affaires_, qui n'a rien de supérieur à ta force et que nos aïeux ont jadis porté.»
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Chaque jour, l'auguste et vertueux Râma étudiait lui-même avec ses frères toutes les affaires de son vaste empire. Pendant son règne plein de justice, toute la terre, couverte de peuples gras et joyeux, regorgea de froment et de richesses. Il n'y avait pas de voleur dans le monde, le pauvre ne touchait à rien, et jamais on n'y vit des vieillards rendre les honneurs funèbres à des enfants. Tout vivait dans la joie: la vue de Râma enchaîné au devoir maintenait le sujet dans son devoir, et les hommes ne se nuisaient pas les uns aux autres.
Tant que Râma tint les rênes de l'empire, on était sans maladie, on était sans chagrin, la vie était de cent années, chaque père avait un millier de fils. Les arbres, invulnérables aux saisons et couverts sans cesse de fleurs, donnaient sans relâche des fruits; le Dieu du ciel versait la pluie au temps opportun et le vent soufflait d'une haleine toujours caressante.
Tant que Râma tint le sceptre de l'empire, les classes vivaient renfermées dans leurs devoirs et dans leurs occupations respectives; les créatures s'adonnaient à la pratique de la vertu.
Doué de tous les signes heureux, dévoué à tous ses devoirs, c'est ainsi que Râma, dans lequel étaient réunies toutes les qualités, gouvernait la monarchie du monde. Devenu maître de tout l'empire et victorieux de ses ennemis, ce prince, à la haute renommée, offrit mainte espèce de grands sacrifices, où les brahmes furent comblés de riches honoraires.
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Ce poëme fortuné, qui donne la gloire, qui prolonge la vie, qui rend les rois victorieux, est l'oeuvre primordiale que jadis composa Valmîki.
Il sera délivré du péché, l'homme, qui pourra tenir dans le monde son oreille sans cesse occupée au récit de cette histoire admirable _ou variée_ du Raghouide aux travaux infatigables. Il aura des fils, s'il veut des fils; il aura des richesses, s'il a soif de richesses, l'homme qui écoutera lire dans le monde ce que fit Râma.
La jeune fille qui désire un époux obtiendra cet époux, la joie de son âme: a-t-elle des parents bien-aimés qui voyagent dans les pays étrangers, elle obtiendra qu'ils soient bientôt réunis avec elle. Ceux qui dans le monde écoutent ce poëme, que Valmîki lui-même a composé, acquièrent _du ciel_ toutes les grâces, objets de leurs désirs, telles qu'ils ont pu les souhaiter.
FIN DU RAMAYANA.
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INDEX
DE QUELQUES NOMS OU MOTS IGNORÉS OU PEU CONNUS DES PERSONNES QUI NE SONT PAS ENCORE BIEN FAMILIARISÉES AVEC L'ANTIQUITÉ, LA LITTÉRATURE ET L'HISTOIRE DE L'INDE.
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A
AGNIHOTRA, le feu sacré en général.
ANDJALI, salut ou marque de respect: mettre les deux mains jointes ensemble, les paumes ouvertes, en forme de coupe et les porter au front.
ANKA, la partie du corps qui est comprise entre la hanche gauche et l'aisselle du même côté.
APSARA, nymphes du Paradis, les bayadères du ciel.
ASTA, montagne à l'occident, derrière laquelle le soleil est supposé descendre se coucher.
ASOURA, ennemis des Dieux, les plus grands des Démons, en hostilité continuelle avec les Souras ou les Dieux.
B
BHAGAVAT, _vénérable_, _adorable_, appellation commune à tous les Dieux, mais principalement consacrée à Brahma.
BRAHMA, la première personne de la Trinité indienne, ou la puissance créatrice personnifiée de l'Être irrévélé dans sa manifestation par les merveilles du monde.
Ç
ÇAKRA, _validus_, _robore_ ou _vi præditus_. V. Indra.
ÇÂSTRA, ouvrages de sciences ou de littérature en général, mais plus ordinairement de théologie, de philosophie, de politique et de jurisprudence.
ÇATAGHNÎ, machine de guerre. Les racines du mot veulent dire _qui tue cent_ hommes. L'opinion générale est que la _çataghnî_ était une arme à feu.
ÇÎVA, troisième personne de la Trinité indienne, la puissance destructive et reproductive personnifiée de l'Être irrévélé dans sa manifestation par les choses créées.
D
DAÇAGRÎVA, c'est-à-dire _decem habens colla_, un surnom de Râvana.
G
GANDHARVA, musiciens célestes, Demi-Dieux, qui habitent le ciel d'Indra et composent l'orchestre à tous les banquets des principales Divinités.
GAROUDA, volatile merveilleux, moitié homme et moitié oiseau, la monture de Vishnou. C'est le vautour indien, grand destructeur de serpents, exalté jusqu'à la condition divine.
H
HRISHIKÉÇA, un nom de Vishnou et par conséquent de Krishna ou Vishnou incarné.
I
INDRA, le roi des Dieux, le rassembleur de nuages, le _Jupiter tonans_ de la mythologie indienne; nom propre qui devient un nom commun: l'_Indra des hommes_, l'_Indra des quadrupèdes_, l'_Indra des oiseaux_, pour dire le roi de ceux-ci ou de ceux-là.
IKSHWÂKOU, le fondateur de la ville d'Ayodhyâ, la moderne Ouddé, et le premier roi de la race solaire, d'où vint à Râma, son descendant, le nom d'Ikshwâkide.
K
KAKOUTSTHA, un des rois de la race solaire, le fils de Bhagîratha et le père de Raghou. Nous avons formé de ce nom le patronymique Kakoutsthide pour son descendant Râma.
KINNARA, un ordre des musiciens du ciel.
KOUVÉRA, le roi des demi-dieux appelés Yakshas, le dieu des richesses et le frère aîné du tyran Râvana.
KSHATRYA, un homme de la seconde caste, celle des guerriers et des rois.
L
LOHITÂNGA, la planète de _Mars_.
M
MÂDHAVA, le deuxième mois de l'année, avril-mai, un des mois du printemps.
MÂROUTE, le vent, le Dieu du vent. Les Maroutes ou les vents sont au nombre de 49, division du rhumb ou de la boussole indienne.
MOUSHALA, _pistillum_, _teli genus_, dit Bopp.
N
NAÎRRITA, mauvais Génies, Démons. Ce mot est quelquefois employé dans le poëme comme synonyme de _Rakshasa_.
NÂRÂYANA, _l'esprit qui marche sur les eaux_, un nom de Vishnou et de Krishna, mais considéré spécialement comme la divinité qui préexistait avant tous les mondes.
NOÛPOURA, armilles ou bracelets d'or, souvent accompagnés de pierreries, que les femmes portent au-dessus de la cheville du pied.
P
PANAVA, une sorte d'instrument de musique, un petit tambour.
PANNAGAS, Demi-Dieux serpents.
PATTIÇA, espèce d'arme en forme de hache.
PIÇÂTCHAS, espèce de Démons analogues aux vampires.
POURANDARA, _le briseur de villes_. V. Indra.
PRADAKSHINA, salutation respectueuse: tourner autour d'une personne, ayant soin de lui présenter toujours le côté droit.
R
RAGHOU, un roi de la race solaire, un des aïeux de Râma, d'où lui vint ce nom patronymique si usité de _Râghava_ ou de _Raghouide_.
RÂHOU, mauvais Génie, la personnification des éclipses du soleil et de la lune.
RAKSHASA, Démons, espèces de vampires, hantant les cimetières, animant les corps sans vie, dévorant les hommes, troublant les sacrifices, sorte de Titans en guerre avec les Dieux. On donne à leurs femmes le nom de Rakshasî.
ROHINÎ, la personnification du quatrième astérisme lunaire, une des filles de Daksha et l'épouse la plus aimée de Lunus, une des 27 nymphes, personnifications des 27 astérismes lunaires, que Tchandra ou Lunus est censé avoir épousées.
S
SHORÉE, arbre de charpente, le _shorea robusta_.
SOMA, l'asclépiade acide ou le _sarcostema viminalis_, dont le jus est offert aux Dieux dans les sacrifices.
SOUPARNA. V. GAROUDA.
SOURA, Dieu, opposé à Asoura, Démon. Ce mot vient de la racine _sour_, briller, _splendere_.
SWARGA, le ciel d'Indra, le Paradis, le séjour qui attend les bons et les héros après cette vie.
SWAYAMBHOU, c'est-à-dire, l'_être, qui existe par soi-même_, un des noms de Brahma.
T
TCHAKRA, disque acéré, arme de guerre tranchante de tous les côtés: c'est l'arme terrible de Vishnou.
TCHÂRANA, bons Génies, les panégyristes des Dieux.
TILAKA, marque faite avec une terre colorante ou des onguents sur le front et entre les deux sourcils, soit comme ornement, soit comme distinction de secte.
V
VAROUNA, le Neptune indien, le Dieu des eaux.
VÂSOUKÎ, le roi des serpents. Il sert de trône à Vishnou.
VIÇVAKARMA, l'architecte des Dieux, l'artiste des Souras, le Vulcain de la mythologie indienne. Il était fils de Brahma et son nom veut dire _cujuslibet peritus operis_.
VIDYÂDHARA, Demi-Dieux, habitants des airs.
VIROTCHANA, fils de Prahlâda et père de Bali, d'où celui-ci est nommé le Virotchanide.
VISHNOU, la deuxième personne de la Trinité indienne, la puissance conservatrice du monde personnifiée.
VRITRA, Démon qui fut tué par Indra. C'est le loup Fenris des poésies Scandinaves, l'emblème de l'obscurité primitive dissipée aux rayons de la lumière originelle.
Y
YAMA, le Dieu des morts et des enfers, le Pluton indien. Il est le fils du Soleil, d'où il est appelé Vivasvatide.
YÂTOU, au pluriel, Yâtavas, et
YATOUDHÂNA, mauvais Génies, soumis à l'empire de Râvana.
YATOUDHÂNÎ, c'est le féminin de ce mot.
YODJANA, mesure itinéraire, cinq milles anglais de 1,609 mètres chacun.