Chapter 9
NICANOR, AMINTAS.
NICANOR.
Deffions-nous, mon fils, de cette ame cachée: Quand du commun danger elle paroist touchée, Et nous porte au combat pour le salut de tous, Elle veut seulement se deffaire de nous.
AMINTAS.
Quelque dessein qu'elle ait, cette belle Princesse, Sa volonté tousiours de la mienne Maistresse, Et de mes actions seule, & fatale Loy, Dispose absolument de moy-mesme sans moy. Heureux qu'en ce rencontre elle ne me propose, Qu'une bonne action, à quoy rien ne s'oppose, Et qu'elle ne se sert de son divin pouvoir, Qu'à porter mon courage à faire son devoir.
NICANOR.
Qu'aveuglement tu suis une amour insensée!
AMINTAS.
Vous m'en avez Seigneur, inspiré la pensée.
NICANOR.
On change de dessein selon l'utilité.
AMINTAS.
On ne suit pas ainsi l'exacte probité.
NICANOR.
Ha! ne te pique point de ces vertus frivolles,
AMINTAS.
C'est perdre temps, Seigneur, en de vaines parolles, Tandis que de Paphos tout le peuple estonné, Se croit avec raison de nous abandonné. Donnons pour son salut les ordres necessaires; Envoyons des partis observer les Corsaires. Tandis que vous veillez à deffendre nos Murs, Employez ma valeur aux travaux les plus durs. Rendez-moy digne enfin de ces hautes pensées, Que vos conseils hardis dans mon ame ont laissées,
NICANOR.
Allons donc faire encore des ingrats dans Paphos.