Chapter 4
ELISE, ALCIONNE.
ELISE.
O ma soeur! vous voyez mes yeux moüillez de pleurs, Ils ne sont point causez par nos communs malheurs. J'ay pleuré comme vous une perte commune; Mais le Ciel ennemy me cause une infortune, A moy seule funeste, à moy seule à pleurer, Et que tout son pouvoir ne sçauroit reparer.
ALCIONNE.
Le sujet de vos pleurs ne se peut-il apprendre; Et le temps, & la part qu'une soeur y peut prendre, Une soeur qui voudroit tous vos maux partager, Ne pourront-ils du moins vostre esprit soulager;
ELISE.
Le temps, & la raison quand on pert ce qu'on aime, Servent de peu de chose en ce malheur extréme, Et qui peut esperer de s'en voir soulagé, A merité le mal dont il est affligé,
ALCIONNE.
He quoy ma chere soeur, avez vous quelque affaire, Ou quelque déplaisir que vous me deviez taire;
ELISE.
Ce jeune Cavalier, ce vaillant estranger, Qui secouant mon Pere en un mortel danger, Dans ce fameux combat où d'un Prince rebelle, Rhodes contre Pisandre entreprit la querelle, Alcandre, Ha! ce beau nom est tout ce qui de luy, Peut-estre resteroit sur la terre aujourd'huy, S'il [ne] vivoit encore en l'amoureuse idée, Que pour ce cher amant ma memoire a gardée,
ALCIONNE.
Et quoy le brave Alcandre?...
ELISE.
Est le Prince charmant, Que mesme apres sa mort j'ayme si tendrement, Peut-estre blasmez vous ma foible resistance; Mais si jamais l'amour vous met sous sa puissance, Si vous sçauez jamais ce que c'est que d'aymer, Vous me plaindrez ma soeur, au lieu de me blasmer.
ALCIONNE.
Pour estre sans amour, on n'est pas sans tendresse, Et je n'ay jamais crû l'amour une foiblesse, Mais ce vaillant Alcandre en Cypre parvenu, Jusqu'où peut s'eslever un merite connu, Et puis que vous l'aymiez d'une ardeur non commune, Heureux dans son amour plus que dans sa fortune, Pourquoy s'esloigna-t'il? & s'il vous fut si cher, L'avez vous dû souffrir?
ELISE.
J'eusse peu l'empescher; Mais loin de m'opposer au voyage d'Alcandre, Mon seul commandement le luy fit entreprendre, Vous sçaurez les raisons de son esloignement, Et de nos feux cachez le triste évenement.
ALCIONNE.
Ne me differez pas cette faveur extrême,
ELISE.
Je ne refuse rien aux personnes que j'ayme. Mon Alcandre estoit donc un Prince malheureux, Mais qui n'eut pas d'abord un destin rigoureux, D'une illustre Princesse il receut la naissance, Et monta sur le Throsne au sortir de l'enfance, Sa mere eut de l'amour pour un Prince estranger, Aymable; mais ingrat; infidelle, & leger, Et dont elle se vit depuis abandonnée, Bien qu'unie avec luy par un saint himenée; Mais qui peut s'asseurer d'un esprit inconstant? Ce Prince abandonna celle qui l'aymoit tant, Et luy laissant un fils, cher; mais funeste gage, Alla peut-estre ailleurs offrir son coeur volage. Elle espera long-temps de le voir de retour, Que n'espere-t'on point, quand on brusle d'amour? Mais de son vain espoir enfin desabusée, Et d'un perfide espoux se voyant mesprisée, Elle laissa tout faire à sa juste douleur, Et preste de finir sa vie, & son malheur, Assembla ses sujets, & leur fit reconnaistre, Le Fils de son ingrat pour leur souverain Maistre, Elle meurt, & mourant cache mesme à son fils, De son Pere inconstant le nom, & le païs, Elle ne voulut pas qu'apres sa foy faussée, Un infidelle Espoux d'une Reine laissée, Sçeust qu'il en eust un fils; que ce fils fust un Roy, Et qu'il fist gloire ainsi d'avoir manqué de foy. Son fils donc luy succede, & son adolescence, Des Rois les plus prudens égalle la prudence, Il est brave, il est juste, & de son peuple aymé; Il est de ses voisins craint autant qu'estimé. Mon malheureux portrait le ravit, & l'enflâme, Il me fait demander à mon Pere pour femme, Mon Pere le refuse, & mesme avec dédain, Luy mande sur le bruit de son Pere incertain, Qu'on peut luy reprocher que la Reine sa Mere, Fut femme sans espoux, & qu'il est fils sans Pere, Alcandre refusé; mais Alcandre amoureux, Loin de se rebuter d'un refus rigoureux, Vint en Cypre où l'amour me fit bien-tost connoistre, Le feu que dans son coeur ma beauté faisoit naistre, Vous vouliez tout sçavoir, & je vous ay tout dit.
ALCIONNE.
Je ne vous quitte pas d'un plus ample recit, Je veux sçavoir comment vous eustes connoissance, Du secret important de sa haute naissance, Mais ne seroit-ce point aigrir vostre douleur?
ELISE.
Un malheureux se plaist à conter son malheur, Il m'aymoit donc ma soeur, & ne me l'osoit dire? Mais sa langueur enfin découvrit son martyre, Et les tristes soûpirs de son coeur enflâmé, Le firent soupçonner d'aymer sans estre aymé. La pitié par l'estime est souvent excitée, De son mal dangereux la Cypre est attristée; En luy l'Estat perdoit un guerrier genereux, Mon Pere luy devoit plus d'un combat heureux, Et la cour autrefois pleine de barbarie, Devoit sa politesse à sa galanterie; Pour moy je luy devois des soins, & des respects, Que sa condition ne rendoit point suspects, La pitié de son mal dans son mal m'interesse, Je veux sçavoir le nom de sa fiere Maistresse; Je le presse en secret de me le découvrir, Si j'avois, me dit-il, quelque espoir de guerir, Vous ne sçauriez jamais que par la mort d'Alcandre La cause de son mal que vous voulez apprendre, Le malheureux vous ayme; à ce mot eschappé, Déja de vos beaux yeux les foudres l'ont frappé, Il voit d'un fier dédain s'armer vostre visage, Et dans ce fier dédain de sa mort le presage; Mais ayant obeï si vous l'en haïssez, Daignez connoistre au moins ce que vous punissez, Il est Prince Madame, & les Roys de sa race, N'ont point mis dans son coeur sa temeraire audace Un feu respectueux, une immuable foy, Font vivre son espoir plus que le nom de Roy; Mais si cét humble adveu de sa flâme insensée, Paroist un nouveau crime à vostre ame offensée, Un regard menaçant de vos yeux en courroux, Le feront à l'instant expirer devant vous, Lors que j'allois punir ce discours temeraire, Sa qualité de Roy suspendit ma colere, Je la sentis s'éteindre au lieu de s'allumer, Peut-on long temps haïr ce que l'on doit aymer; L'union de deux coeurs dans le Ciel déja faitte, Leur inspire à s'aymer une pante secrette; Elle previent leur choix, & tel est son pouvoir, Que l'on s'ayme souvent avant que de se voir, J'escoutay donc ma soeur tout ce qu'il voulut dire, Il m'apprit que l'amour le mit sous mon Empire, Sur mon simple portrait, sur le bruit de mon nom, Que vous diray-je encore; il obtint son pardon.
ALCIONNE.
L'orgueil qu'un sang illustre à nos ames inspire, En vain malgré l'amour veut garder son Empire, Les soupirs d'un amant agreable à nos yeux, Triomphent tost ou tard d'un coeur imperieux, Et selon qu'un amant est capable de plaire, Il se rend le destin favorable ou contraire,
ELISE.
Ha ma soeur! ce n'est pas ce qui nous rend heureux, La fortune peut tout dans l'Empire amoureux, Et souvent son caprice a fait des miserables, Des plus rares beautez des aimans plus aymables. Que le calme est à craindre aux plus heureux Amans! Que leur sort est sujet à de grands changemens! Le Soleil a deux fois enrichy les campagnes, Et deux fois a fondu la neige des montagnes, Depuis qu'amour fait voir entre ce Prince, & moy, Les plus rares effects d'une constante foy, Helas! dequoy nous sert d'avoir esté fidelles? En avons nous moins eu de traverses cruelles? Un Prince que le Ciel avoit fait si charmant, Si constant à m'aymer, que j'aymay constamment, Par un indigne sort, sous une main barbare, Tombe, & me laisse aux maux que sa mort me prépare. Ha! sa perte m'apprend que la fidelité, Est une vertu vaine, & sans utilité, Mais il est temps, ma soeur, d'aller où nous appelle De nos propres sujets, l'assemblée infidelle; Allons voir Nicanor, d'un prétexte pieux Deguiser les desseins d'un coeur ambitieux; Et son fils Amintas qu'un mesme esprit inspire, Couvrir de son amour son dessein pour l'Empire, Mais leur ambition outre l'ordre du Roy, Aura besoin encore, & de vous, & de moy, Si vous voulez ma soeur estre d'intelligence, Et comme moy contre-eux vous armer de constance, Nous les obligerons ces Tyrans odieux, De recourir au crime, & d'offenser les Dieux, Et peut-estre le Ciel qu'irrite le Coupable, D'ennemy qu'il nous est, deviendra favorable.
Fin du premier Acte.
ACTE II.
SCENE PREMIERE.
NICANOR, ELISE, ALCIONNE, AMINTAS.
NICANOR.
Madame, je veux bien icy vous repeter, Ce que dans le conseil je viens de protester, Que mon fils Amintas vous ayme, & vous adore, Et qu'il mourra plustost du feu qui le devore, Que de se prevaloir des volontez du Roy, Pour un bien qu'il n'attend que de sa seule foy.
ELISE.
Je vous l'ay déja dit, & je vous le repete, J'ay du ressentiment de sa flâme discrette, Et c'est de tout mon coeur que je voudrois aymer, Celuy dont la vertu ne peut trop s'estimer: Mais j'atteste les Dieux que je ne le puis faire, Et s'il n'est point aymé, que c'est sans me déplaire.
NICANOR.
Cependant Orosmane à la coste paroist, Vous sçavez ce qu'il peut, hazardeux comme il est, Entre un ennemy que la Cypre aprehende, Que nous avons besoin d'un Roy qui la deffende, Et vous sçavez aussi que Pisandre en mourant....
ELISE.
Je sçay tout, & de plus, qu'il est indifferent, De la quelle des soeurs, d'Elise, ou d'Alcionne, Vostre fils Amintas reçoive la couronne, Ma soeur peut comme moy couronner Amintas.
NICANOR.
Mais il n'aime que vous,
ELISE.
Mais je ne l'ayme pas.
NICANOR.
Amintas ne veut point de Sceptre sans Elize.
ALCIONNE.
Je veux encore moins d'Amintas qu'on mesprise.
ELISE. se tournant vers Alcionne.
Ha je l'ay refusé; mais sans le mespriser.
ALCIONNE.
Et sans mépris aussi je le puis refuser, Je le separe assez des hommes du vulgaire: Je trouve assez en luy ce qui me pourroit plaire; J'estime sa vertu; j'admire sa valleur: Mais à vostre refus il m'offriroit son coeur, Et quoy que son amour puisse estre son excuse, Je ne puis accepter ce qu'un autre refuse,
NICANOR.
Vous pourrez entre vous terminer cés debats, Mais mon fils doit regner.
ELISE.
Et ne regne t'il pas, Puis que vous dont il tient la vie, & la lumiere, Avez sur cét Estat une puissance entiere? Du moins tout sans reserve y dependroit de vous, Si vous pouviez aussi nous marier sans nous: Mais à l'ordre du Roy qui du Sceptre dispose, De grace examinons s'il manque quelque chose, L'intention du Roy (vous en serez d'accord) Est que l'une de nous soit Reine apres sa mort, Et s'il veut qu'Amintas ait part en la Couronne, C'est comme espoux d'Elise, ou celuy d'Alcione: Mais de l'aymer jamais mon coeur est esloigné; Il dédaigne ma soeur; il en est dédaigné, Perdrons nous elle & moy pour cette antipathie, Cypre, que nos ayeux nous ont assujettie? Et pourra-t'il regner vostre fils Amintas, Puisque ma soeur ny moy ne l'espouserons pas?
NICANOR.
Mon fils peut succeder à Pisandre mon frere,
ELISE.
Ce frere fut son Roy; mais ce Roy fut mon Pere.
AMINTAS.
Puis-je parler Seigneur?
NICANOR.
Oüy parle; mais en Roy.
AMINTAS.
A ces divines soeur qui peuvent tout sur moy, Comment puis-je parler qu'en esclave fidelle, Dont le moindre murmure en feroit un rebelle? Conserver son respect heureux ou malheureux, C'est comme doit agir un Amant genereux, J'ayme Elise, & mon ame à ses fers asservie, N'en sortira jamais qu'en sortant de la vie, Et toute autre beauté par des Sceptres offers, La tenteroit en vain de sortir de ses fers, Pourrois-je donc, Seigneur, espousant Alcionne, A sa soeur que j'adore oster une Couronne? Quand vous l'ordonneriez, vous devrois-je obeïr; Tout d'un temps, puïs-je aymer Elise, & la trahir? Ha! que l'ambition ne nous fasse rien faire, Dont nous puissions rougir, qui luy puisse déplaire N'exigez rien d'un fils, qu'il doive refuser, Et dont un Pere un jour le puisse mépriser.
NICANOR.
Et de ton Pere aussi ne trompe pas l'attente, Mais quel homme inconnu sans ordre se presente?
SCENE SECONDE.
SEBASTE, ELISE, NICANOR, ALCIONNE, AMINTAS.
SEBASTE parlant à Amintas.
Je vous cherchois Seigneur; en ces mots vous verrez, Ce que veut Orosmane, & vous luy répondrez.
NICANOR.
Et que peuvent avoir mon fils, & ce Corsaire, A démesler ensemble?
SEBASTE.
Une importante affaire.
ELISE.
Amintas me regarde, & rougit, & paslit.
ALCIONNE.
Quelque chose le trouble en ce billet qu'il lit,
AMINTAS.
Ce billet est pour vous plus que pour moy, Madame, Que de trouble divers s'eslevent dans mon ame!
ELISE apres avoir leu.
Grands Dieux! & vous souffrez qu'un Pirate, un voleur, Noircy déja d'un crime à mon repos funeste, Attaque mon honneur le seul bien qui me reste; Amintas, vous pourriez douter de ma vertu, Si je ne publiois ce que vous avez tû.
LETTRE.
En vain Prince Amintas tu brusle pour Elize, Et tu veux devenir son espoux, & son Roy: Elle a depuis long-temps disposé de sa foy; Depuis long-temps elle est esprise, D'un Prince digne d'elle, & plus heureux que toy.
Un Prince qui n'est plus, il est vray, m'a servie, Il m'aymoit, je l'aymois, & s'il estoit en vie, Je l'aymerois encore; il seroit mon Espoux, Et je n'aurois jamais que des dédains pour vous, La douleur de sa mort m'avoit déterminée, A ne vivre jamais sous les loix d'himenée; Je change de dessein; mais je me mets à prix, D'Orosmane sans vie, ou d'Orosmane pris, La teste criminelle à ma fureur promise, Vous laisse encor l'espoir d'un Royaume, & d'Elise, Un tel present vous fait son époux, & son Roy, Songez y Prince, ou bien ne songez plus à moy.
AMINTAS.
Ne songer plus en vous? Hà que plustost ma vie, Dans les fers du Pirate à jamais asservie, Asseure son salut, acheve mon malheur, Et que desesperé je meure de douleur, Si le Ciel qui vous fit si charmante, & si belle; Mais aussi qui vous fit si fiere, & si cruelle, Accordoit à mes voeux l'honneur de vous vanger, Quand bien vostre fierté constante à m'outrager, Par d'injustes rigueurs troubleroit ma victoire, Tout ce qui vient de vous fait ma joye, & ma gloire. Je cheris tout en vous jusqu'à vostre fierté; Je ne me plaindrois point d'estre si mal traitté; Et quand vous fausseriez la parolle promise, Je me plaindrois du Ciel sans me plaindre d'Elize.
ELISE.
Non, non Prince, esperez, puis que je le permets, Vengez moy, je tiendray tout ce que je promets, Ce n'est pas je l'advouë, une basse entreprise, Que de vaincre Orosmane, & faire aymer Elise, Vous allez attaquer un prodige en valleur, Heureux dans les combats, & trop pour mon malheur Mais quoy, que la victoire en soit presque impossible, Servez vous donc du temps tandis qu'il est pour vous, Et que vous n'avez point encore de jaloux; Car quand seul vous seriez capable de me plaire, Je ne me donneray qu'au vainqueur du Corsaire, Je vous l'ay déja dit, sa prise ou son trespas, Laissent tout esperer au vaillant Amintas, Allez donc, allez vaincre, & cependant mes larmes, Vont demander aux Dieux le bonheur de vos armes.
[Elle sort.]
AMINTAS.
Avec vostre secours qui me peut resister? A quel hardy dessein ne me puis-je porter? Vous verrez abbatu l'orgueil qui vous outrage, Et vous me plaindrez mort ou loüerez mon courage,
SEBASTE.
Avant qu'avoir vaincu vous triomphez, Seigneur, Je pardonne la fougue à vostre jeune ardeur: Mais si l'excez boüillant d'une amour non commune, Et le prix qu'un combat offre à vostre fortune, Enflamme à tel point vostre coeur amoureux, Qu'il ne peut differer ce combat dangereux, Celuy qu'on traitte icy de voleur, de Corsaire, Et qui se rend pourtant plus d'un Roy tributaire, Ne sera pas long-temps d'Amintas attendu, Seul dans une chaloupe en vos bords descendu, Il viendra contenter le desir qui vous presse, Et vous pourrez ainsi contenter la Princesse, Donnez vostre parolle, & fiez vous en moy, Que vous pourrez bien-tost vous battre avec mon Roy.
NICANOR.
Quoy! la Cypre verroit une telle aventure? J'offenserois ainsi l'honneur, & la nature, J'exposerois un fils si vaillant & si cher, Au hazard d'un combat qu'on luy peut reprocher, D'un combat, dont la fin seroit tousiours honteuse, Quand mesme sa valleur pourroit la rendre heureuse; Dans mille occasions que le temps peut donner, Pour obtenir Elize, & pour te couronner, Tu trouveras assez dequoy te satisfaire, Sans aller te commettre avecque ce Corsaire.
AMINTAS.
Dira-t'on que vous seul ne m'ayez pas permis, De vaincre le plus grand de tous vos ennemis, De meriter la Cipre, à ma valeur promise, Et bien plus que la Cipre, une divine Elize, Sans qui je ne puis vivre, & sans qui mon trépas, Que vous redoutez tant, dependra de mon bras? Car enfin, la perdant, je n'escouteray guere, Ni les sages conseils, ni les ordres d'un Pere; Et quand vous m'opposez ces ordres rigoureux, Vous vous rendez, Seigneur, pour moy plus dangereux, Que ne sera jamais la valleur du Pirate, Qu'Elize, & mon honneur veulent que je combatte.
[Il sort.]
NICANOR.
Va donc, sui ton destin, je ne te retien plus.
SEBASTE.
Vous perdez bien du temps en discours superflus.
AMINTAS.
Allons donc au combat sans tarder davantage.
SEBASTE.
Allons Prince, un vaisseau m'attend pres du rivage Orosmane à la rade en peu de temps sçaura, Ce que vous luy voulez & vous satisfera.
ALCIONNE.
Amintas! ô mon coeur, que me faites vous faire, Vous vous exposez donc à la foy d'un Corsaire? Un Prince comme vous se devroit menager.
AMINTAS.
Elize est offencée, & je la veux venger, Qui n'en est pas aymé, n'est pas digne de vivre, Il faut qu'un prompt trépas de mes soins la delivre, Ou qu'un combat heureux change son coeur ingrat, Et ce bon-heur vaut bien qu'on hazarde un combat.
[Il sort.]