Le prince corsaire

Chapter 16

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OROSMANE, ELIZE, AMINTAS.

OROSMANE. dormant.

A moy, cruelle Elize;

ELISE.

O Dieux! il m'a nommée!

OROSMANE.

Apres la foy promise? Helas!

ELISE.

N'écoûtons point un songe souborneur Qu'un Demon tutelaire oppose à ma fureur. Achevons....

AMINTAS.

Ha! Madame, & que voulez-vous faire?

ELISE.

Amintas contre moy proteger le Corsaire? Amintas m'épier?

OROSMANE.

Ma Princesse, est-ce vous? Et puis-je donc encore embrasser vos genoux?

ELISE.

Où suis-je? ô Dieux! que voy-je? & que viens-je d'entendre? Dois-je croire à mes yeux? est-ce une ombre? est-ce Alcandre?

OROSMANE.

Oüy, Princesse, je suis cét Amant trop heureux, Si dans les longs malheurs d'un exil rigoureux, La seule Deïté de mon coeur adorée, M'a conservé la foy qu'elle m'avoit jurée: Mais je suis des Amans le plus infortuné, Si je n'ay plus un coeur que vous m'avez donné.

ELISE.

Helas! ce qu'à l'instant pour vanger mon Alcandre, Mon bras contre luy-méme étoit prest d'entreprendre, M'empesche de douter, que ma fidelité Ne soit tousiours pour toy ce qu'elle avoit esté. Dieux! si dans la fureur dont j'estois prevenuë, Vostre puissante main ne m'avoit retenuë. Si la mienne eut donné par un barbare effort, A tout ce qui m'est cher, une sanglante mort, En quel abysme affreux te serois-tu jettée, Amante trop credule, & trop précipitée? Et quel crime une erreur maistresse de nos sens, Ne peut faire commettre aux feux plus innocens?

OROSMANE.

Si vous m'aymez encore, ô divine Princesse! De tous ces longs malheurs qui me suivoient sans cesse, Je ne conserve pas le moindre souvenir, Je perds mesme la peur de tous maux avenir, Et puis qu'enfin le Ciel permet que je vous voye, Je ne m'en plaindray plus quelque mal qu'il m'envoye.

ELISE.

Ne craignons rien du Ciel apres un bien si doux, Ce ne peut estre en vain qu'il s'est changé pour nous Nos fidelles amours si long-temps tourmentées, Nos peines, nos douleurs à la fin surmontées, Témoignent que le Ciel en nous faisant souffrir, N'a voulu qu'éprouver ce qu'il vouloit cherir.

AMINTAS.

Un malheureux amant, trop heureuse Princesse, Ne peut plus estre icy qu'un objet de tristesse, La sienne troubleroit vos mutuels plaisirs. Et toy puissant obstacle à mes justes desirs, Et de qui le bonheur acheve mon desastre, Par quel charme secret, quel ascendant, quel Astre As-tu pû suborner mon coeur à me trahir, A t'aimer malgré moy, toy qu'il devroit haïr? Je te devois la vie; Elise peut t'apprendre, En quelle occasion je viens de te le rendre. Je veux briser tes fers, puisque je l'ay promis: Mais, ô le plus mortel de tous mes ennemis, Il faut que j'obeïsse au sort qui me maistrise; Il faut qu'encore un coup je te dispute Elise, Et quoy que sans espoir de jamais l'acquerir, Que je l'afflige au moins ne pouvant l'attendrir.

ELISE.

Ha! n'attens rien de moy par une telle voye, Ny d'Alcandre ennemy que jamais je te voye.

AMINTAS.

N'esperez pas aussi qu'Amant desesperé, Je laisse mon Rival dans un calme asseuré.

ELISE.

Il t'offre une amitié qui n'est point méprisable.

AMINTAS.

C'est son défaut pour moy d'estre trop estimable; C'est par ce qu'elle a peu la vostre meriter, Que mon coeur s'en éloigne, & ne peut l'accepter. Oüy, dangereux Rival, il faut que je t'estime, Quand un juste sujet à ta perte m'anime, Et que mon coeur n'ait rien tant à craindre que moy Dans le dessein que j'ay de me battre avec toy; Mais le temps que je perds à ma plainte frivolle, Se peut mieux employer à tenir ma parolle.