Le prince corsaire

Chapter 12

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NICANOR, AMINTAS.

NICANOR.

La fortune est pour nous, cessons de nous en plaindre, Ce fier Corsaire est pris; nous n'avons plus à craindre; La tempeste a brisé son vaisseau contre un banc; Tu te voy son vainqueur, sans répandre de sang; La Princesse est à toy; la Cypre est secouruë, Réjoüy-toy, mon fils.

AMINTAS.

O disgrace impreveuë!

NICANOR.

Tu soûpire.

AMINTAS.

La joye a ses excez, Seigneur, Surprend, & nous trouble autant que la douleur.

NICANOR.

Sa flotte ne sçait point quelle perte elle a faite: Si nous sçavons bien vaincre, elle est déja défaite,

AMINTAS.

Mais sur nostre parole, Orosmane est venu, A-t'on pû l'arrester?

NICANOR.

Pourquoy ne l'a-t'on pû? Sa flotte nous surprend; assiege; attaque; vole. Ne nous monstre-t'il pas à manquer de parole? Lors que les deux guerriers au combat déja prests, Le fer doit terminer les divers interests, La moindre hostilité cesse de part & d'autre.

AMINTAS.

Son manquement de foy n'excuse pas le nostre.

NICANOR.

Il a pris Amatonte, & cette hostilité, Nous rend nostre parole, & finit tout traitté. Il faut que le trépas de ce Roy des Corsaires Nous vange, & tant de Roy qu'il s'est fait tributaires. Je veux faire perir par le feu, par le fer, Ces ennemis communs, ces Tirans de la mer, Et toy, va donner ordre à garder le Corsaire.

AMINTAS.

Pour son salut plustost tout ozer, & tout faire.

Fin du troisiéme Acte.

ACTE IV.

SCENE PREMIERE.

OROSMANE.

Maistre absolu de l'Empire de l'onde, Par mille beaux exploits, De mon Thrône flottant j'ay fait trembler des Roys, Et ma puissance vagabonde, En a veu soûmis à ses loix, Qui voyoient à leurs pieds tout le reste du monde. De ce lieu si voisin des Cieux, Où le destin capricieux. Avoit ma fortune portée, En un moment elle tombe aux Enfers, Et languit sous d'indignes fers, Quand loin de la voir arrestée, Je ne la croyois limitée, Que des bornes de l'Univers. J'ay veu cent fois au fort de la tempeste, L'onde aux Cieux se méler; Le foudre étincelant, fendre, abbatre, brûler, Des voiles, des masts sur ma teste. Je l'ay veu des rocs ébranler, Et faire mille éclats du débris de leur faiste. Cent fois dans ma noble fureur, Portant la guerre & la terreur, Aussi loin qu'alloit mon courage, J'ay veu la mort s'opposer à mes pas; Mais qu'un visage plein d'appas, Fait souvent trembler d'avantage, Que le foudre, que le naufrage, Que la guerre, & que le trépas!