Part 2
«Oui, vous feriez en vain le délicat, »Monsieur l'Abbé, je ne serois pas dupe; »Avouez, croyez-moi, que vous aimez la jupe. »Et sur ce point n'ayons plus d'altercat. »--Mais, Madame, jetez les yeux sur mon rabat... »--Toutes vos raisons sont frivoles... »--Vous êtes incrédule et voulez un éclat? »Eh bien! retenez ces paroles: »Du cotillon je fais si peu d'état, »Que je donnerois cent pistoles »Pour que personne n'en portât!»
LA FENTE
CONTE
Orante avoit fait emplette D'un quarteau de vieux Rota; Sa chambrière Pâquette, Un beau matin le goûta Et le trouva bon sans doute. Elle y revint: Jean l'aida. Verre à verre, goutte à goutte La feuillette se vida. Au bout d'une quarantaine Il advint que le Patron, Qui croit la feuillette pleine, Va pour en prendre l'étrenne. L'eut-il? Vous savez que non. Abusé dans son attente, D'abord il est stupéfait, Puis songeant que le vin tente Et se doutant du méfait, Il appelle sa servante Et lui dit ce qu'elle sait. Pourtant elle s'émerveille: Jamais, jamais on n'a vu Une aventure pareille! --«Certe, qui l'auroit prévu?» Répondit-elle à son maître, «D'où peut provenir cela? »Quelque fente aura peut-être »Causé cet accident-là; »Nous pourrons le reconnoître.» Elle va prendre un flambeau. L'allume, vient, fait sa ronde: Rien ne manquoit au tonneau. --«Morgué! le tour est nouveau; »Voyons par-dessous», dit-elle. Au même instant la donzelle, En se baissant, met au jour Ce qui plaît dans une belle, Morceau digne de l'amour. Et pour parler sans détour, Le parois de sa Chapelle Que couvroit un jupon court. --«C'est assez», lui dit Orante, En lorgnant le défilé, «Viens que je bouche la fente »Par où mon vin a coulé.»
LE REPENTIR SINCÈRE
Avec la brune et la blonde Un Prieur Bénédictin Prit tant d'ébats, qu'un matin Il gagna le mal immonde. Voyant son chose maigri, L'horreur du crime le frappe; «Fin,» dit-il, «qui m'y rattrape... »Avant que je sois guéri!»
L'ARMURE DE VÉNUS
Vénus manioit près de Mars Son casque, son glaive, ses dards, Armes de défense et d'attaque. Mais le Dieu lui cria soudain: «Belle, j'en ai sous ma casaque »De plus propres pour votre main.»
A MA MAITRESSE
_Qui, la veille en dinant chez moi, avait paru désirer un serin que j'avais._
Reçois la cage et le serin charmant Dont tu louois hier l'agréable ramage: Il en reste encore un à ton fidèle amant; Mais c'est à toi de lui donner la cage.
_Les Désolations et les Consolations._
VAUDEVILLE
Cloris avec un gros Seigneur, L'hiver dernier, perdit sa fleur; C'est ce qui la désole. Mais alors elle n'avoit rien, Et maintenant elle a du bien; C'est ce qui la console. Lise avoit Lindor pour amant, Sa mère la met au Couvent; C'est ce qui la désole. Un Directeur qui vaut de l'or, Près d'elle remplace Lindor; C'est ce qui la console. Lisimon est bien convaincu Que son voisin le fait cocu; C'est ce qui le désole. En secret le drille malin Rend la pareille à son voisin; C'est ce qui le console.
ÉLÉGIE
Au diable soit la donzelle Qui, me prenant par la main, Me fit rebrousser chemin, Et me conduisit chez elle! Sot que je fus ce jour-là! En arrivant dans sa chambre, Sur un lit parfumé d'ambre Ses charmes elle étala. Las! j'en perdis la parole. Que faire? j'étois vaincu: Jean Chouart joua son rôle; Barbe gagna son écu, Moi, je gagnai la vérole.
ÉPIGRAMME
L'épousé, la première nuit, Rassuroit sa femme farouche. «Mordez-moi,» dit-il, «s'il vous cuit, »Voilà mon doigt en votre bouche.» Elle y consent, il s'escarmouche; Et quand il l'eut bien déhousée; «Or ça,» dit-il, «tendre Rouzée, »Vous ai-je fait du mal ainsi? »--Ah donc!» répondit l'épousée. «Je ne vous ai pas mors aussi!»
LE TRIOMPHE DE LA MAROTTE
OU
L'ESPRIT DE MES CONFRÈRES
CHANSON
Sur l'air: _O reguingué, ô lon lan la._
Entre les différents états Qui font vivre l'homme ici-bas, On ne démêle qu'altercas, Peines d'esprit, vains embarras: Chez le Héros, chez le Pagnote, Tout n'est que sottise et marotte.
La débauche plaît au Rentier, Le faux point d'honneur au Guerrier, L'opulence entiche un Caissier, L'amour-propre le monde entier; Petits-Maîtres, Gens de maltote, Chacun a son bien de marotte.
Mais laissant au joug de leurs fers Tant de personnages divers, L'Église fournit à mes vers De quoi blasonner ses travers; Le plus mince porte-calotte Donne prise à quelque marotte.
Le Pape avec les Cardinaux, Vénérables Grippeminauds, Pasteurs quelque peu larronneaux, Font voir en tondant leurs troupeaux, Malgré les statuts de la rote, L'appât du lucre pour marotte.
Un Évêque dûment renté, Plein d'embonpoint et de santé; Au séjour de la volupté, Dans une sainte oisiveté, Sur le duvet qui le dorlotte Laisse appercevoir sa marotte.
J'aime un Chanoine fortuné Qui, dans son fauteuil cantonné, Prémédite après déjeuner L'assortiment de son dîner, Et qui baptise d'Ostrogote La loi contraire à sa marotte.
Abbés charmants, petits collets, Pour qui la mitre a tant d'attraits, Aussi souples que des valets, En rôdant autour des Palais, J'opine ce qui vous balotte; Les grandeurs sont votre marotte.
La gouvernante d'un Curé, Sous un parentage ignoré, Prend en vain le ton maniéré; Je dis au bon Prêtre leurré: L'amour entre vous et Javotte N'a-t-il point mis quelque marotte?
Les Moines, par plus d'un endroit, Méritent qu'on leur fasse droit; D'abord viennent ceux de Benoît, Gens absolus, vrais pisse-froid; Craignez cette race dévote, L'intolérance est leur marotte.
Un Bernardin au lansquenet Fouette la carte en prestolet, Hausse le temps, et d'un buffet Range les cristaux au parfait, Fredonne quelque air de gavotte: Telle est au juste sa marotte.
Le Célestin entre deux draps Couloit des jours sans embarras; Du Latin qu'il n'entendoit pas, Laissant l'usage aux Savantas, Il trouvoit dans une marmotte Le symbole de sa marotte.
Un gros Carme à triple menton, Prélude fort bien sur le ton Propre à l'amoureuse chanson; Mais au lutrin c'est un oison: Il prouve en écorchant la note, Qu'un autre accord fait sa marotte.
Voulez-vous au fond d'un cellier Goûter de ce jus singulier Qui repose sur le chantier? Prenez pour guide un Cordelier; Bientôt en sifflant la linotte, Il démasquera sa marotte.
Le Capucin peu délicat, Né pour choquer notre odorat, Tantôt zélé, tantôt pied-plat, Emprunte la griffe du chat, Et des bribes qu'il escamotte, Dresse un trophée à sa marotte.
Prêcheurs, Soccolants, Augustins, Petits et grands Observantins, Famille d'Archi-patelins, Vrais escrocs, adroits carabins, Orgueilleux au sein de la crotte, L'impudence est votre marotte.
Hermaphrodites incertains, Moitié Moines, moitié mondains, Trinitaires, Génovéfains, Antonistes, plats aigrefins, L'eau de senteur, la papillotte Manifestent votre marotte.
Chartreux saintement désoeuvrés, Et vous rebondis Prémontrés, Cafards, on le sait, attitrés, Au demeurant baudets jurés, Ma Muse ombrageuse et capotte Ne voit goutte à votre marotte.
Disciples du grand Loyola, Après vous il faut dire, holà! Quiconque franchit ce point-là, Ne craint Charybde ni Scylla. Pascal, Auteur de haute note, A su frapper votre marotte.
Fine fleur d'un sexe rusé, Tour à tour chéri, méprisé, Tendres Nonnains, si j'ai glosé Sur le raz et sur le frisé, Vous méritez bien qu'on vous cote Dans les fastes de la marotte.
Héritières du vain caquet De cet éloquent perroquet, Naguère chanté par Gresset, Je vais prononcer votre arrêt: Le babil et l'humeur bigote Sont votre éternelle marotte.
Indigne de former des noeuds, La coquette attise nos feux, La prude évite leurs aveux, La volage reste entre deux; Tandis que la froide vieillotte Regrette en secret leur marotte.
Prédicateur hors de saison, Quel fruit produira mon sermon? Du vent, rien plus. Jamais chanson Ne fit un Saint d'un Pantalon. Dans la liste que je fagotte, Moi-même j'ai double marotte.
LES CINQ POINTS
A MADEMOISELLE DE ***
Fleur de quinze ans, si Dieu vous sauve et gard, J'ai en amours trouvé cinq points exprès: Premièrement, s'offre à vous le regard, Puis le parler, puis le baiser après; L'attouchement le baiser suit de près, Et tous ceux-là tendent au dernier point, Lequel est...--Quoi?--Je ne le dirai point; Mais s'il vous plaît en ma chambre vous rendre, Je me mettrai volontiers en pourpoint, Voire tout nud, pour vous le faire apprendre.
L'UN POUR L'AUTRE
CONTE
Près de s'unir à sa discrète amie, Le bon Damis, chez elle, un beau matin, Sur un sopha la trouvant endormie, Osa risquer un geste libertin; Mais par malheur s'éveille la Donzelle, Et ses beaux yeux encore appesantis: «Mon cher Louis, ah! tu vaux trop,» dit-elle, (Louis étoit un valet du logis), «Toute la nuit, tu m'as prouvé ton zèle; »Le jour au moins, repose-toi, Louis.»
LA PRÉSENCE D'ESPRIT
Martin menoit son cochon au marché, Avec Suzon, qui dans la plaine grande, Pria Martin de faire le péché De l'un sur l'autre, et Martin lui demande: «Mais, qui tiendroit notre cochon, friande? »--Qui?» dit Suzon, «bon remède il y a.» Lors le cochon à sa jambe lia, Puis Martin grimpe, et lourdement engaîne. Le porc eut peur, et Suzon s'écria: «Serre, Martin! notre cochon m'entraîne.»
LA DÉFENSE BIEN OBSERVÉE
«Quoi! maman me laisse seulette? »Pour moi j'en suis presque en courroux; »Il semble qu'exprès avec vous »Je voulois rester tête à tête; »Mais non, Monsieur, n'en croyez rien; »Vraiment je vous le défends bien.
»Pour favoriser le mystère, »Ma porte est fermée aux verroux; »Ici, sans crainte des jaloux, »On pourroit jouir et se taire; »Mais non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.
»Prêt à rire de ma colère, »Peut-être que mon négligé, »Mon mouchoir un peu dérangé, »Vont vous rendre trop téméraire; »Mais non, Monsieur, qu'il n'en soit rien; »Vraiment je vous le défends bien.
»Dans vos yeux je lis votre audace, »Vos regards dévorent mon sein; »Vous allez y porter la main, »Votre bouche en prendra la place; »Mais non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.
»Mais que vois-je? ma jarretière »Se défait et tombe à mes pieds; »Souffrir que vous la rattachiez! »Oh! pour cela je suis trop fière! »Non, non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.»
Comprenant enfin la défense, Par degré Damon s'enhardit, A la belle il désobéit, Pour prouver son obéissance. Jusques au bout il fit si bien, Qu'on ne lui défendit plus rien.
LE DÉGEL
Un jour d'hiver Robin, tout éperdu, Vint à Catin présenter sa requête, Pour dégeler son chose morfondu, Qui ne pouvoit quasi lever la tête. Incontinent Catin fut toute prête; Robin aussi prend courage et s'accroche; On se remue, on se joue, on se hoche. Puis quand ce vint au naturel devoir, «Ah!» dit Catin, «le grand dégel approche! »--Oui,» répond-il, «je sens qu'il va pleuvoir.»
HISTOIRE VÉRITABLE ET REMARQUABLE D'UN ABBÉ
Qui avoit donné un rendez-vous à une femme mariée; le mari, instruit de ce rendez-vous, mit à sa chaste épouse une ceinture fort usitée en Italie.
Air: _Tarare, pon, pon._
C'est approchant comm' ça, Vers Novembre Ou Décembre, Que Flore me donna Un rendez-vous pour ça. En entrant dans sa chambre, Flore dit: «Ah! pour ça, »Ah! l'abbé, sent-on l'ambre »Comm' ça?»
--«La Dulac[1] est comm' ça,» Réplique L'Abbé R'lique; «Mais son ambre a cela »De me rendre comm' ça. »--Abbé,» dit-elle, «unique, »L'on ne voit sonica, »Qu'un Ecclésiastique »Comm' ça.
»Je ne suis pas comm' ça, »Si preste: »Malepeste! »Mon mari jaloux m'a »Mise en cage comm' ça; »La ceinture funeste »Que vous me voyez là, »Vous interdit un geste »Comm' ça.»
--«Je n'ai rien vu comm' ça; »Le traître!» Dit le Prêtre, «Ce chien de mari-là! »Gêner un coeur comm' ça! »Sans que j'en sois le maître. »Cette vue a déjà »Fait que je cesse d'être »Comm' ça.»
--«Une histoire comm' ça,» Dit la Belle, «Est nouvelle; »Quel tour plaisant c'est là! »L'Abbé, j'en ris comm' ça.» L'abbé, riant comme elle, Fait ses adieux, s'en va, Laissant la Demoiselle Comm' ça.
[1] Marchande renommée pour les odeurs et les parfums.
L'EXPÉDIENT FACILE
Martin étoit dedans un bois taillis Avec Alix, qui, de tendre manière, Lui dit: «Martin, le long de ces palis, »Ta mie Alix d'amour te fait prière. »--Mais,» dit Martin, «si quelqu'un par derrière »Nous surprenoit, ce seroit grand vergogne? »--Bon, bon! du cul vous ferez signe arrière, »Passez chemin, laissez faire besogne.»
ON FAIT CE QU'ON PEUT
Blaise, dont jadis le crédit Voloit de Paris jusqu'au Gange, Est plus déchu que l'on ne dit. Il s'endette du pain qu'il mange; Et Catin, pour gagner de quoi Mettre une chemise sur soi, Lui met des cornes sur la tête: Voyez quelle diversité! Pour chasser la nécessité, Blaise emprunte, et sa femme prête.
LE QUIPROQUO OU COLIN-MAILLARD
Un jour deux Capucins, l'un père et l'autre Frère, En regagnant Paris, passoient par Bagnolet; Les filles, ce jour-là, pour fêter Sainte Claire, S'égayoient et dansoient au son du flageolet. «--Mes compagnes,» s'écria Rose, «D'un excellent projet je veux vous faire part: »Voilà Frère François, avec Père Bernard; »Qu'on les fasse approcher, et puis qu'on leur propose »De jouer à Colin-Maillard; »Je gage mon sabot qu'ils acceptent la chose.» Rose savoit de bonne part Que jamais Capucins ne craignirent la glose. On les appela donc, et le couple gaillard Eut bientôt mis besace et bâton à l'écart. Ils tirèrent au sort, à ce que dit l'histoire; L'un étoit jeune, l'autre vieux, Et grâce à la bonté notoire De l'être prévoyant qui fait tout pour le mieux, Le sort échut au jeune, on lui banda les yeux. Vous le voyez d'ici tourner à l'aveuglette, Aller à droite, à gauche, à grands, à petits pas, Les deux jarrets tendus aussi bien que les bras, Et le corps en avant comme un Chasseur qui guette. Il avoit tant tourné qu'enfin il étoit las, Quand par bonheur une fillette Vint le tirer par sa jaquette; C'étoit Rose, il la jette à bas; Et portant une main légère A certain endroit défendu: «C'est vous!» dit-il, «Révérend Père, »Votre barbe vous a vendu.»
L'INOCULATION
CONTE
«La petite vérole est un mal, belle Agnès, »Dont, passé dix-huit ans, on ne guérit jamais,» Dit un jeune Esculape, «ou du moins, c'est bien rare; »Vous en avez quatorze; à mes soins fiez-vous, »Que d'un poison traître et barbare »Je sauve avec vos jours des charmes aussi doux; »Souffrez enfin... que je vous inocule. »--Oh! vous me ferez mal.--Très peu. »Vous verrez que ce n'est qu'un jeu; »Votre frayeur est ridicule. »--A demain.--Aujourd'hui.--Non, non--Soit, à demain.» Le lendemain, Agnès toujours tremble et résiste; Notre inoculateur, comme on le croit, persiste; Il fait l'insertion autre part que Tronchin. Agnès crie, ensuite se prête A ses efforts. L'opération faite, --«Que n'allez-vous,» dit-elle, «votre train? »Vous n'auriez qu'à m'avoir manquée!» Il double, il triple, il cesse.--«Encore un autre grain, »Quand j'en devrois être marquée!»
LA MUETTE
CHANSON
Air: _Je vous prêterai mon manchon._
Dans un bosquet, près de Lisette, Colin parloit de ses amours; La belle faisoit la muette, Par signe approuvant son discours. «Que dois-je,» dit-il, «penser de ce geste; »Si ton coeur ne me dit le reste? »Mais, Mamzelle Louison, répondez donc, »Dites oui ou non, »Comment trouvez-vous ça? »Suis-je bien là? »Comment trouvez-vous ça?»
Dans son silence elle s'obstine; Colin, pour la faire jaser, Sur la bouche de la mutine Prend et reprend un doux baiser. «Je sens,» dit-il, «qu'il augmente ma flamme; »Mon feu passe-t-il dans ton âme? »Mais, Mamzelle Louison, etc.»
«Ma foi je n'y puis rien comprendre,» Dit-il, en découvrant son sein; «Quoi! faut-il, pour te faire entendre, »Promener là-dessus ma main? »Je vois, je sens que mon âme est joyeuse; »Ah! tu n'es donc pas chatouilleuse? »Mais, Mamzelle Louison, etc.»
Pas un mot, pas une parole. «Ma foi,» dit-il, «tu parleras; »Je suis pressé, le temps s'envole.» Soudain il la prend dans ses bras. Puis avec elle il tombe sur l'herbette: «Eh bien! à qui tient-il, Lisette?... »Mais, Mamzelle Louison, etc.»
Lise, d'un oeil mourant et tendre. De Colin imite l'ardeur; Et sans songer à se défendre Souffrit qu'il fût trois fois vainqueur. «Eh bien!» dit-il, «sens-tu comme je t'aime, »A présent m'aimes-tu de même? »Mais, Mamzelle Louison, etc.»
--«Ah! fort bien!» lui répond Lisette, Laissant échapper un soupir; »Le désir me rendoit muette, »Mais je parle, grâce au plaisir. »Ami, tu peux à présent sans obstacle »M'interroger.--Ah, quel miracle! »Quoi! Mamzelle Louison, vous parlez donc? »Le tour est bon; »Vous parlerez demain »Avec Colin, »Vous parlerez demain.»
L'OBSTACLE
CONTE
A quoi bon prodiguer les mots? Tous nos Conteurs, pour l'ordinaire, S'épuisent en avant-propos; N'en faisons point, allons droit à l'affaire. Un Jouvenceau taillé pour plaire, Après avoir bien soupiré, Menti, promis et conjuré (C'est des amants le langage vulgaire), Parvint près de sa belle au moment désiré: Il touchoit à son but, quand, par triste aventure, Sans pouvoir avancer d'un pas, Il se démène, il souffle, il sue, il jure; On peut, je crois jurer en pareil cas. Disons le fait: Dame Nature Avoit fermé d'amour la gentille serrure, Si bien que la clef n'entroit pas. Certain barreau... mais on m'entend de reste; Qu'Amour, jeunes beautés, veuille vous préserver D'un accident aussi funeste! Ainsi soit-il. Venons à notre Amant: Le désir de ses sens par l'obstacle s'enflamme. Il redouble d'efforts, mais inutilement; D'amour et de colère il enrage en son âme: On peut se fourvoyer, quand on marche à tâton. Son chalumeau, déjà baissant d'un ton, Dans le sentier voisin... Arrêtons, et pour cause: Car ce sentier... ma foi, je n'ose Vous le nommer; mais je peux, sans qu'on glose, Dire que sa Vénus ne fut plus qu'un Giton. A ce nouvel assaut n'étant point préparée, En vain la belle _imperforée_ Lui crie: «Arrêtez donc, quel est votre dessein? »--Rien de plus simple que la chose,» Répond le gars; «chez vous je trouve porte close: »J'écris mon nom chez le voisin.»
LE TRIBUT CONJUGAL
La Marquise de Montuza Étant presque sexagénaire, Aimoit un jeune Mousquetaire Qui, pour ses écus, l'épousa. La première nuit le compère Lui dit, en lui serrant la main: «Madame, en vertu de l'hymen »Ne puis-je pas, sans vous déplaire...? »Vous m'entendez...--Oui mon poulet, »Fais tout ce que tu voudras faire...» Le Mousquetaire fit un pet.
LE CONSEIL INUTILE
«Madame, il se répand un bruit qui vous outrage: »Monsieur le Président, dit-on, »Sans respecter les noeuds du mariage, »Tous les jours en secret fait un petit Giton »Du Chevalier qui de votre maison »Occupe le troisième étage. »Chassez donc, croyez-moi, ce vilain personnage, »Pour fermer la bouche aux railleurs, »Et surtout pour votre avantage: »Votre époux ne doit pas aller répandre ailleurs »Un bien qui n'est qu'à votre usage. »--C'est bien dit: cependant si vous le trouvez bon, »Madame, vos conseils n'auront pas mon suffrage; »Vous ne connaissez pas le Chevalier Cléon: »Ce bon ami, cet honnête garçon »Ne veut rien avoir à personne; »Il n'est pas tel qu'il vous paroît, »Il me rend avec intérêt »Ce que le Président lui donne.»
LA CONFIDENCE
«Babet, vous avez du chagrin? »--Oui vraiment, je suis désolée. »--Et de quoi?--De ce que Martin »Cet hiver-ci m'a violée. »--Ciel...! contez-moi vite cela. »--Ah! Monsieur, c'étoit un Dimanche: J'avois mis, ce Dimanche-là, Une jupe de Perse blanche; Martin me vit et m'appela. Le traître étoit dans une grange, J'y fus sans trop savoir pourquoi. «Babet,» me dit-il, «sur ma foi, »Vous êtes belle comme un Ange!» Lors il me mena dans un coin, Et là près d'un grand tas de foin, De beaux compliments il me berce. Je riois: il me saute au cou, Me fait tomber à la renverse, Et puis prenant je ne sais où Un... chose roide comme un clou: «Lève,» me dit-il, «ou je perce!» Je levai ma jupe de Perse, De crainte qu'il n'y fît un trou.
LE CHAPELAIN
CHANSON
Sur l'Air: _Ne vlà-t-il pas que j'aime._
Il me falloit faire une fin Comme tout bon Apôtre; Je suis devenu Chapelain, Ce poste en vaut un autre.
Iris m'offroit à desservir Sa gentille Chapelle: Je n'ai jamais su qu'obéir Aux ordres d'une belle.