Le Pantalon Féminin

Part 22

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Mieux valent la douane, c’pas? et les démêlés de cette mondaine qui rive fort bien son clou,—une table, près de la fenêtre,—au personnage, un de ces gabelous, qui n’ont de commun avec Alceste et avec vos rubans, Marthon, que la couleur de leur uniforme.

A LA DOUANE.

—Mais, ces dentelles, ce sont mes chemises, mes pantalons...

—Mazette! On ne doit pas s’embêter avec vous...

—Combien je regrette, monsieur, de ne pouvoir vous en dire autant.

(Balluriau: L’_Assiette au beurre_, 19 octobre 1901.)

Très joli! mais, au moins, faut-il que le contenu réponde au contenant. Ces élégances siéent mal à une vieille femme ou à une maritorne. Laiderons et dondons, celles dont la graisse déborde de tous côtés, n’ont que faire de ces dentelles. La dame trop mûre, qui a peine à soutenir la gélatine de ses seins et à comprimer, sous le corset, le gras-double de son ventre, fera bien de renoncer à ces gentillesses.

Le pantalon le plus froufrouté du monde n’enlèvera rien à la laideur d’un vilain derrière. Il en fera, au contraire, ressortir l’énormité et le grotesque: salons d’automne que guette le cubisme et auxquels les caricaturistes n’ont pas ménagé leurs traits: les grasses en pantalon.

Pourtant, elles n’ont abdiqué aucune prétention, elles rêvent de conquêtes et volontiers feraient les petites folles:

—Croyez-moi, ma chère, faites comme moi. Soignez vos dessous... Un homme qui trouve en sa femme toutes les séductions d’une fille ne songe pas à la tromper.

(Radiguet: le _Rire_, 15 octobre 1898.)

Et ce sont des chichis:

—Pardon de vous recevoir ainsi, Arthur, mais si souvent vous m’avez répété que vous adoriez les dessous féminins.

(Engel: le _Rire_, 22 avril 1899.)

Pas plus que le garçon boucher, le charbonnier n’échappe aux agaceries de ces antiques femelles, presque un détournement de mineur:

—Tu as bien raison, Nini, de porter ce genre de pantalon. Encore hier, chez moi, j’ai fait tourner la tête de mon charbonnier.

(Le _Frou-Frou_, 1901.)

Les risques de la profession. Comme le peintre, ce fils de l’Auvergne, eût sans doute préféré un bon verre de vin. L’on ne comprend que trop bien la froideur des satyres les plus réputés en présence des agaceries de ces grand’mères qui font les enfants et songent encore à violer le dixième commandement, à des heures où les portes de Charenton et de Chardon-Lagache sont depuis longtemps fermées:

—Vous avez dû remarquer comme moi, chère madame, que les hommes d’aujourd’hui ne savent plus apprécier les dessous féminins...

(Sigl.: Le _Rire_, 25 juillet 1908.)

L’office, naturellement, s’en mêle, et il n’est jusqu’à la cuisinière, l’initiatrice à l’eau de vaisselle, qui ne risque de se faire flanquer ses huit jours, en arborant des pantalons sensationnels, idoines à griser l’imagination du fils de la maison:

—Je m’suis acheté un pantalon, monsieur Marcel, si madame le voyait, elle me flanquerait à la porte.

(Poulbot: Le _Rire_, 13 janvier 1906.)

Parfois, elle se contente de l’emprunter aux tiroirs de madame elle-même et quelle rosserie, quelle terrible leçon, dans cette légende de Falke, si le cocquebin osait comprendre:

—Ça c’est gentil d’avoir acheté un pantalon de cocotte!

—J’l’ai pas acheté, j’l’ai chippé à madame votre mère.

(Le _Rire_, 14 décembre 1912.)

Il faut, cependant, qu’un pantalon soit ouvert ou fermé. Ce dernier est l’exception et je crois peu, pour ma part, au _Repos hebdomadaire_. Si amusant que soit le dessin de Léonnec, il semble rentrer dans le domaine toujours charmant de la fantaisie.

A pleines mains, une jeune personne, au large chapeau, soulève jusqu’à la ceinture son jupon et sa jupe, découvrant son pantalon clos, sur laquelle se détache cette inscription chère aux courtauds de boutique:

_Fermé le dimanche._

(Le _Sourire_, 14 mars 1908.)

Le mot est drôle—déjà il avait été révélé par le _Sottisier_ du _Mercure_—mais, ce n’est qu’un mot. On en peut dire autant de cette légende de Gris:

—Comment tu portes des pantalons fermés, maintenant?

—Mais certainement. Toujours pendant les vacances...

—Ah oui! Réouverture en septembre...

(Le _Rire_, 11 septembre 1909.)

C’est précisément le moment où de très honnêtes dames les reprennent, après les avoir quittés tout l’été. Mais, rassurez-vous: ils ne sont pas fermés.

La plus jeune des arpètes de l’atelier—elle accuse seize ans et en paraît bien treize—ne consentirait pas à les porter ainsi. C’est moins, dans sa bouche, une négation qu’une protestation indignée:

—Ta mère ne te mets plus de pantalons fermés?

—Penses-tu?... j’ai seize ans aujourd’hui.

(Poulbot: Le _Rire_, 1er octobre 1908.)

Plus jeune d’un an, Nini est moins heureuse. Sa mère, une femme qui sans doute a eu des malheurs dont la jouvencelle est peut-être la conséquence,—l’inconséquence d’un vieux—la condamne aux pantalons fermés qu’elle-même prétend porter:

LES QUINZE ANS DE NINI.

—Comment un pantalon fermé?

—Oui, ma fille... comme moi.

(Mirande: Le _Rire_, 27 décembre 1913.)

L’âge passe vite qui permet aux gamines du quartier de laisser déchirer leurs pantalons, quand ils sont fermés, par leurs camarades du sexe opposé, pour voir ce qu’il y a dedans:

—C’tte sale tête de cochon-là, i m’a encore déchiré mon pantalon.

(Poulbot: Le _Rire_, 14 novembre 1908.)

Jeux de mains, jeux de vilains. Très préférables pourtant, ces gosses de Poulbot aux septuagénaires, pas toujours bien propres, dont la curiosité semble avoir survécu à la virilité.

C’est encore du pelotage et la morale qui couvre ces méfaits a vraiment bon dos.

LES BÊTES FÉROCES: LE MORALISTE.

—Mon enfant, je vais voir si vous avez un pantalon fermé...

(Roubille: _l’Assiette au beurre_, 23 septembre 1905.)

Un autre spécimen de l’espèce, c’est _le Protestant en voyage_, de Willette. Il semble, malgré son collier de barbe blanche qui en faisait presque un portrait, relever, comme le moraliste, du pied dans le derrière, si ce n’est de la correctionnelle ou de la cour d’assises.

En wagon, le Tartuffe, non moins sensible aux beautés temporelles qu’à leurs sœurs éternelles, ne peut résister à la tentation de se livrer à une petite enquête touchant les dessous de la jeune femme qui partage avec lui la solitude d’un compartiment de première:

—Si je regardais voir si elle a un pantalon?... Allons du courage, c’est pour la morale.

(_Courrier français_, 3 décembre 1893.)

L’enquête n’a pas donné, paraît-il, un résultat favorable; Tartuffe a tâté une étoffe plus moelleuse que la jupe d’Elmire, aussi, cachant son trouble sous une apparence paternelle et bonnasse, offre-t-il à sa voisine un de ces pantalons dont sa valise contient toujours des échantillons:

—Ça coûte donc bien cher, un pantalon, ô ma sœur?

(Le _Courrier français_, 21 janvier 1894.)

La chère petite n’a pas pris seulement goût aux préludes comme Héloïse, elle a pris également goût à l’objet. Le couple est installé maintenant à l’hôtel. En bras de chemise, l’homme zieute par-dessus ses lunettes et sa Bible, l’aimable enfant, dont, moqueurs, les seins saillent hors du corset, cependant qu’un court et coquet pantalon ceint ses hanches—pures et radieuses, ô Marguerite—et dessine le contour ferme des cuisses.

A coup sûr, il en aura pour son argent—on n’en saurait dire autant de la pauvrette—mais, c’est égal, 80 francs un pantalon de propagande, il faudra, au retour, joindre à la note de la lingère quelques frais accessoires pour la faire «registrer» par le comptable de la Ligue:

—Parfait!... mais 80 francs un pantalon... Je vais être grondé à la Ligue.

(Le _Courrier français_, 28 janvier 1894.)

Il est un âge auquel on est vite au bout de son rouleau et auquel, pour reprendre le mot d’un maître qui nous est cher à tous, on demande surtout de la patience à sa partenaire. Le petit voyage est terminé: ils ont repris le train, Malicieuse, émoustillée par quelques détails croustillants, elle lit la Bible; Lui, méthodique et méthodiste, replie le pantalon qu’il vient de lui retirer, prêt à le renfermer dans la fameuse valise.

LUI.—Décidément, le pantalon est incommode; rangeons-le comme objet de propagande.

ELLE.—Mais il est rigolo pain de seigle, son bouquin!

(_Courrier français_, 11 février 1894)[547].

Les vieux, les vieux, sont des gens heureux, avons-nous dit: à condition de n’avoir point soif, ils ne doutent de rien, à moins que déjà ne se fasse sentir l’effet de cette trépidation des trains, que le bon poète Armand Masson chanta en un poème lapidaire:

La trépidation excitante des trains Vous glisse des désirs dans la moelle des reins: Pan! un enfant!

Ah! non, pas ça: ce serait peut-être un singe.

Pour revenir aux pantalons fermés—parlons-en toujours et n’en portons jamais—qu’un linger n’aille pas envoyer par un trottin une culotte aussi saugrenue à une de ses clientes. L’accueil serait plutôt froid:

—Des pantalons fermés! Est-ce que votre patron me prend pour sa femme?

Ou, fermé, faut-il, du moins, qu’un pantalon se puisse ouvrir:

CHEZ LE MARCHAND DE LINGE.

—Ouvert ou fermé?

—Bah! fermé, mais que ça puisse s’ouvrir!

(J. Wély: Le _Frou-Frou_, 1901.)

Malheur à la camériste qui, par mégarde, aura donné à sa maîtresse un pantalon fermé, le jour où elle doit voyager avec de vieux messieurs. Nous retombons dans refrain connu: c’sont là des chos’ qu’un’ femm’ n’... pardonn’ pas.

—Vous savez, ma petite, la première fois que vous me donnerez des pantalons fermés les jours où je dois voyager avec des sénateurs, je vous retiendrai un mois de vos gages!

(Chantelaine: _L’Indiscret_, 1902.)

Même au bal de l’Opéra, où, dans les couloirs, la galanterie française aimait à revêtir une brutalité toute germanique pour tripatouiller les dessous des dominos, la plupart ne s’embarrassaient pas d’un pantalon fermé. Au besoin, si elles craignaient par trop les mains froides, elles recouraient à l’épingle cruelle pour clôturer l’entrebâillement de la fente:

—C’est qu’on dit qu’à l’Opéra, ils sont très entreprenants.

—Tant pire pour eusses..., ils trouveront des épingles.

(Lourdey: Le _Journal pour tous_, 29 janvier 1896.)

Les imprudentes, il n’en faut souvent pas davantage pour ruiner les plus belles espérances:

—Et ne laisse pas d’épingle à mon pantalon comme l’autre jour. Il n’en faut pas plus pour briser une carrière.

(_Paris-Galant_, 1913.)

Il y a des plaisanteries faciles que les humoristes, comme les revuistes, n’ont garde d’omettre:

—Mon amant aime que mes pantalons soient tout roses!...

—C’est curieux, le mien préfère qu’ils soient tout verts!...

(Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.)

Chanson analogue:

IDYLLE.

LUI.—Avec ta manie de toujours t’asseoir sur l’herbe, voilà que mon pantalon est tout vert.

ELLE, _distraite_.—Eh bien, ferme-le.

(Le _Rire_, 4 juillet 1903.)

* * * * *

Il y a, cependant, des fantaisistes pour les porter tantôt ouverts, tantôt fermés, suivant leurs inspirations, suivant la couleur du ciel ou leurs projets. Dans ce cas, si peu observatrice qu’elle soit, leur femme de chambre saura à l’avance, suivant le modèle choisi, si Madame rentrera dîner le soir avec son mari, ou si elle rentrera en retard pour le déjeuner:

—Madame mettra-t-elle une combinaison?

—Un pantalon ouvert, Justine, avec de la valenciennes.

JUSTINE, _étourdiment ou effrontément_.—Alors, Madame ne dîne pas avec Monsieur, ce soir?

(Vallet: _Vie Parisienne_.)

De Vallet également:

JUSTINE.—Ouvert ou fermé, le pantalon de Madame?

MADAME.—Ouvert, Justine, ouvert avec des nœuds roses.

JUSTINE, _à part_.—Allons bon on va encore déjeuner en retard ce matin!

(_L’Indiscret_, 1902.)

Cette Justine—son prénom l’y autorise—semble ne pas ignorer «les malheurs de la vertu». Un mari qui n’ignore pas les siens saura également quand il devra tenter la veine à Auteuil ou sur la pelouse humide des suburbains. Le pantalon ouvert constitue, pour certains, comme le pantalon rose, un pronostic:

LE BON TUYAU.

—Si elle se colle un pantalon ouvert... Je prends le toquard dans un fauteuil...

(J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.)

Le pan de chemise de Nana et d’Echalote, le fâcheux pan de chemise, parfois si amusant, ne pouvait, naturellement, manquer de tenter la verve des artistes. Le plus souvent, tel Marcel Capy, le peintre des lys, Capy des lys, tels Gerbault ou La Nézière, ils se contentent de le dessiner. Parfois, pourtant, ils le font intervenir dans leurs légendes:

De Carlègle, ce quatrain:

De son amie, Untel remarquant la chemise Qui passait par le pantalon entre-bâillé, Répéta ce dicton qui lui parut de mise: «Il faut qu’un pantalon soit ouvert ou fermé.»

(Le _Rire_, 24 mars 1906.)

Ce pan, corollaire inévitable des pantalons ouverts, certaines le craignent, d’autres en rient, de plus nombreuses s’en moquent. Intimement lié aux dessous, il fait partie des déshabillés. La mondaine n’y échappe pas plus que la midinette ou que la professionnelle: passe hâtive ou liaison sérieuse, il manque rarement de jeter, une fois la jupe tombée, sa note gamine.

_Leurs Gueules._

Celle de l’ancienne pensionnaire des Oiseaux

Adultère avec la croix et la bannière

(Grün: l’_Assiette au beurre_, 18 mars 1903.)

C’est l’exception quand, sous les jupes d’une femme troussée à l’improviste, la «bannière» n’apparaît pas; aussi, au-dessous d’un dessin qui aurait pu joliment illustrer la fameuse scène de l’_Assommoir_, Balluriau a pu tracer, exclamative, cette légende:

BATAILLES DE FEMMES. LE DUEL AU LAVOIR.

—Ah! mince alors! Madame a peur des courants d’air?... Le pavillon est en berne!

(Le _Rire_, 28 octobre 1905.)

Le grand pan n’est pas mort.

Mieux que les manifestations féministes et que le raffut momentanément oublié des suffragettes, le pantalon a amené entre les sexes une sorte d’égalité. Comme Monsieur, Madame a son pantalon et en est fière. Le vieux rêve de toutes les femmes de porter culotte est exaucé. Souriante, une petite femme de Gerbault s’exclame, dans le _Rire_, avant de dépouiller l’inutilité de cette lingerie:

ÉGALITÉ.

—Vous faites le fier parce que vous êtes un homme. Eh bien quoi? moi aussi, j’ai un pantalon.

Ce pantalon se prête à tous les sports, aussi bien au jeu un peu désuet du saute-mouton qu’à la séance d’équitation si fâcheusement interrompue de Marthe Payet, à Bayreuth.

Au-dessous de deux fringantes déshabillées se livrant à cet innocent amusement, L. Vallet a placé cette invitation moins innocente:

GREAT EXHIBITION.

Mme la comtesse Ida de Monplaisir et Mlle Ninon de Chabot ont l’honneur de prévenir leur nombreuse clientèle de l’ouverture de leur grande exposition de blanc.

(Le _Frou-Frou_, 1902.)

Objets d’art nouvellement arrivés—ne mettons pas débarqués—de la Chine et du Japon... On les connaît ces expositions et le bristol qui invite à les visiter... On y est généralement d’un louis.

D’aucunes, assez nombreuses, aiment à s’attarder en pantalon. Elles se trouvent charmantes ainsi et elles n’ont pas tort. C’est un déshabillé coquet et commode, à condition, toutefois, que la femme soit jeune et qu’elle ne tienne ni de la poupée de Jeanneton, ni de la Vénus hottentote.

Ainsi, il ne saurait convenir à la femme du herr professor, la Diane des fesses, ni même à la milliardaire américaine, quand elle a atteint l’âge de la Baronne. Ces très ci-devant jouvencelles marcheraient encore volontiers; mais, hélas! le chic et le sac ne marchent pas toujours d’amble:

—T’as le sac, mais pour le chic, faudra repasser, ma vieille.

(Grandjouan: le _Rire_, 28 mai 1904.)

Trop de teutons. Cette jeune Viennoise a pour elle la jeunesse; elle voudrait bien, elle aussi, marcher, mais, point assez moderne pour prendre un amant, il lui faudrait la croix en plus de la bannière que déjà elle possède. Pour mieux goûter plus tard aux joies de l’adultère, à sa toilette, elle songe au bon motif en attendant le meilleur:

—Ces imbéciles d’hommes, avec leurs compliments: combien je suis plus jolie dans ma toilette de bal. S’ils savaient combien plus jolie je suis sans aucune espèce de robe, depuis longtemps déjà, l’un d’eux m’eut épousée.

(_Wiener Caricaturen_, 1903)[548].

Dame, on fait bien des choses, habillée, ou à demi-déshabillée, comme le confessait, un jour, une aimable femme, et le pantalon se prête autant à ces petits jeux que les jupes entravées, les corsets trop longs et l’arsenal compliqué des jarretelles les rendaient parfois difficiles, sinon dangereux.

Monsieur,—le ménage doit aller dîner en ville,—ayant déjà revêtu le frac, presse Madame, à qui il ne reste plus qu’une épingle à mettre... à son pantalon:

—Eh bien, es-tu prête?

—Cela dépend pourquoi.

(Fabiano: le _Rire_, 7 décembre 1907.)

L’heure du berger. Malheureusement, le mari lui préférera sans doute celle du dîner: les amants ont toujours beau jeu.

Que Rézi, cependant, si elle conserve son pantalon, enlève au moins son chapeau. L’Amour porte un bandeau—et à l’œil encore—et non un Gainsborough.

—Oui, mon cher, je suis fantasque, originale..., il faut me prendre comme je suis.

—Retire au moins ton chapeau.

(_Paris-Galant_, 1910.)

Dans les ministères, comme dans les hôtels meublés, les cloisons sont minces. C’est l’époque impatiemment attendue où se prépare la promotion violette. Les candidats sont sur les charbons et les attachés de cabinet, non sur les dents, mais sur les boulets.

N’ayant déjà plus que son pantalon, une jeune femme perçoit la scène insuffisamment muette qui se joue de l’autre côté:

—Tiens, tiens, j’entends dans le bureau à côté une dame qui est aussi en train de faire décorer son mari.

(_Paris-Galant_, 1913.)

Souvent, ô fonctionnaires, l’élégance ou la couleur d’un pantalon auront plus fait pour votre boutonnière que l’ennui pesant et si parfaitement inutile des heures de bureau:

—Je serais curieuse de savoir qui enlèvera les palmes: les quinze ans de service de mon mari ou mon pantalon mauve!

(Préjelan: l’_Indiscret_, 21 mai 1902.)

Ah! le dévouement des épouses.

Combien, sans être montées jusqu’au Ministre pourraient lui adresser le même reproche que cette aimable empantalonnée de Gerbault:

DÉCORÉ.

—Dis-donc, mon p’tit ministre, pourquoi donc, pour la décoration de mon mari, n’a-t-on pas mis à l’_Officiel_: «Pour services exceptionnels de sa femme?»

(Le _Rire_, 10 février 1906.)

L’épreuve peut n’être pas trop pénible, même pas pénible du tout, quand on a affaire à un jeune attaché dont la fine moustache fleure l’ambre et dont les lèvres sentent appeler le baiser; il y a, par contre, les directeurs et les chefs de bureau déjà lézardés avec lesquels ça devient une rude corvée.

Ne croyez pas que ce soit toujours drôle l’amour et que la femme ne soit pas souvent la première à porter la croix:

QUAND ON N’A PLUS VINGT ANS.

—Tu vois, ma chère enfant, qu’il y a encore moyen de s’arranger avec les vieux.

—Oui, mais de quelle façon...

(_Wiener Caricaturen_)[549].

Les moteurs des six-chevaux et demi des débuts de l’auto, les préhistoriques et ridicules tacots de jadis, qu’effrayaient la côte de Suresnes, ne sont pas seuls à connaître la honte des ratés: il y a d’autres pannes d’allumage dont on ne saurait se tirer.

—Vous en avez des idées de me faire promener comme cela en corset et en pantalon, et pour rien.

(Jack Abeillé: le _Frou-Frou_, 1901.)

Entre femmes, cette tenue permet d’aimables comparaisons auxquelles n’aurait point su se dérober Pâris et dont les anciens bals du _Courrier français_ n’ignorèrent point le charme. Ce serait une erreur grossière de croire que tous les derrières se ressemblent. Il en est de beaux, comme il en est de vilains: les uns auraient pu exciter la verve d’Armand Silvestre, d’autres rappellent la croupe de l’éléphant, ou c’est un «pauvre petit derrière de rien du tout», comme celui de M. Badin.

Celles qui sont douées de ces insuffisances se montrent aisément pincées et agressives. La laideur et la maigreur rendent susceptibles:

—Le tien est plus gros... Et puis après? Faut pas t’imaginer que ça se vend au kilo!

(Stop: _Journal amusant_.)

Si gracieuses que puissent paraître en pantalon nos contemporaines, on ne saurait leur conseiller de sortir dans ce costume. Elles risqueraient de se faire remarquer:

—Je voudrais bien savoir ce que j’ai de si comique que tout le monde se retourne ainsi sur moi.

(_Die Auster_, Munich, 1903)[550].

Ce serait le moins de mettre des gants et non, comme beaucoup, de les serrer dans ses bas:

—Ben quoi! Tu ne vas pas aller au Bois comme ça, je pense? Prends au moins des gants blancs.

(Petitjean: le _Frou-Frou_, 1901.)

La Pudeur publique, la vieille dame aux bottines à élastiques et au cabas de tapisserie rappelant le sac de Choulette, pourrait la trouver mauvaise, jugeant que cette feuille de vigne tient trop de la feuille de rose.

Elle prendrait, dans la circonstance, les espèces et le bâton blanc d’un de nos bons agents, et il ne conviendrait pas, ô délinquantes, de rouspéter:

—Alorrs, s’foutez d’ la pudeur publique?... Croyez qu’ça va s’passer comme ça?

—Désolée, m’sieu l’agent, mais ma couturière est en grève.

(G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.)

Les caricaturistes ne respectent rien. Les malheurs de la famille Humbert—nous avons eu depuis des vols plus sensationnels—n’ont pas trouvé grâce devant eux. Au lendemain du jour où était éparpillée, rue Drouot, la défroque de la «gens», on pouvait lire dans le _Journal_, au-dessous d’un amusant dessin d’Abel Faivre, cette légende d’une plaisante actualité:

LA VENTE HUMBERT-BOULAINE.

—Tu as eu tort d’acheter la lampe de Boulaine... la voilà qui file!

—... Mieux vaut le pantalon d’Ève... on peut mettre tout le monde dedans.

(Le _Journal_, 14 novembre 1902.)

Encore que la Parisienne ne puisse se montrer dans la rue en corset et en pantalon, sans risquer un bon rhume et une contravention, les occasions ne lui manquent pas, nonobstant la disparition des impériales d’omnibus, de laisser apercevoir à ceux qu’intéresse le retroussé, les froufrous et les dentelles de ses pantalons.

D’abord, il y a le bal, le bal qui a permis à Bertall et à Randon de noter, les premiers, l’importance prise par le pantalon dans les dessous de la femme.

Avouerai-je n’avoir jamais été de ceux qui, à l’Élysée ou au Moulin-Rouge, faisaient cercle autour des quadrilles. Ce linge brutalement étalé, ces jambes étiques ou que guette l’éléphantiasis m’ont toujours laissé froid. Ce sont là distractions qu’il faut laisser aux riverains de la Sprée et aux autochtones de Brives-la-Gaillarde ou de Crozant, venus faire la bombe à Paris. J’ai bâillé? au Père Lebonnard, le grand écart ne m’en a jamais dit davantage.

Le chahut a cependant fourni trop de croquis ou de légendes aux caricaturistes pour qu’il soit permis de le négliger. Subissons donc ce «tour» de quadrille, comme on subit, en attendant la revue, le tour de chant d’une romancière contemporaine d’Amiati et de nos avant-derniers bas bleus. Peut-être, parmi ces professionnelles de la pastourelle, s’en trouvera-t-il une qui lève la jambe pour son plaisir et que n’incite pas à cette gymnastique l’appât du maigre cachet quotidien?... Saluez-la bien bas, ou mieux, offrez-lui un bock: il sera le bienvenu, surtout s’il est en tôle émaillée.

Sous un croquis bien second Empire, encore que ne rappelant que de loin la manière de Winterhalter, Grévin, traçait, en 1866, cette légende:

LES BASTRINGUES.

«Nouveau pas de la chaloupe en détresse. Histoire de montrer qu’on a du linge».

(Le _Petit Journal pour rire_.)

Ne vous excitez pas: vous ne verrez rien.

Et c’était Mabille, dont le dessinateur Pelcoq célébrait ainsi les quadrilles:

REVUE DE MABILLE.

Arme au bras!... Le plus fier mouvement de la danse nationale française (traduction anglaise de ce qu’à Mabille on nomme tout bonnement le cancan). Shocking! et «pas de début» pour toute femme qui veut se poser un peu bien dans le monde.

(Le _Journal amusant_, 12 septembre 1868.)