Le musée du Louvre, tome 2 (of 2)
Part 11
La belle et plantureuse femme qui est vue de face, tenant un enfant par le bras n’est autre que Catherine Van Noort, femme de Jordaens et fille d’un peintre anversois très estimé, qui fut le maître de son mari et de Rubens. Elle était d’une beauté sculpturale, pleine de vie et d’éclat, telle que les aimaient les joyeux peintres flamands de cette époque; l’éclat de ses yeux annonçait un caractère animé et un naturel enjoué, elle avait tout ce qu’il fallait pour rendre heureux l’homme de son choix. Nous retrouvons «la belle Catherine» dans presque tous les tableaux de Jordaens, comme dans ceux de Rubens on peut reconnaître Isabelle Brandt ou Hélène Fourment. Nous la voyons dans _le Roi boit_; elle se trouve aussi dans _le Concert_, chantant à pleins poumons avec les joyeux héros de cet épique tapage. De cette Vénus familière et aimée, l’artiste a fait tour à tour, suivant les sujets de ses tableaux, une bacchante, une bergère, voire même une impératrice, et toujours elle s’est trouvée à sa place sans jamais rien perdre de l’éclat de sa peau, de la fraîcheur de son teint, ni de la truculence de ses appas. Voyez-la dans _Le Roi boit_; voyez comme elle porte bien sa splendide chevelure, comme son double menton s’emmanche solidement à un cou néronien, comme sa gorge est attachée à une poitrine pleine de galbe et de santé!
Bien que les sujets préférés de Jordaens fussent tirés de la vie de famille et des légendes populaires flamandes, le peintre abordait tous les genres avec une égale maîtrise. Ses portraits surtout sont magnifiques et soutiennent la comparaison avec les plus beaux de Rubens et de Van Dyck. Il ne fut inférieur à lui-même que dans la peinture religieuse: l’inspiration pieuse manquait à ce joyeux compagnon.
_Le Roi boit_ avait appartenu à M. Fizeau d’Amsterdam. Acquis par la Couronne en 1791 à la vente Lebrun, il figure depuis lors au Louvre.
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Hauteur: 1.82.—Largeur: 2.08.—_Figures grandeur nature._
(GRANDE GALERIE: 5e TRAVÉE).
A. COYPEL (1661-1722)
DÉMOCRITE
_Démocrite_
Le philosophe est déjà vieux; de son bonnet s’échappent des cheveux blancs; une opulente barbe argentée s’étale également sur le vêtement pourpre, mais le visage a conservé la fraîcheur et la jeunesse des hommes que la vie n’a pas cruellement marqués ou qui savent opposer à ses coups une sereine indifférence. La figure est riante, d’un rire narquois, épanoui, qui plisse les joues, bride les yeux, découvre les dents. Sur l’âme de cet homme, on le devine, l’adversité n’a pas de prise, elle glisse et ne pénètre pas. Démocrite rit de tout, des lois morales et des lois humaines, de la sagesse et de la folie, égales à ses yeux, il rit des autres et de lui-même.
L’artiste a traité cette belle tête de sceptique aimable dans une teinte chaude, cramoisie, où se mêlent la pourpre du vêtement et le rubis qu’ont laissé sur les joues les libations fréquentes à Bacchus. La touche en est légère, on dirait presque fuyante, comme devaient être la physionomie et le caractère du philosophe grec. Cette psychologie s’accompagne de beaucoup d’art: le manteau est drapé harmonieusement et en plis très souples, le visage a beaucoup d’expression et le raccourci de la main témoigne d’une réelle science.
Antoine Coypel, l’auteur de cette jolie toile, possédait des qualités de premier ordre et des dons brillants que sa trop grande virtuosité compromit trop souvent. Il fut le second d’une nombreuse dynastie de peintres. Il était le fils de Noël Coypel, peintre d’histoire que son goût de l’antique avait fait surnommer Poussin-Coypel; avec son père, il habita Rome jusqu’à l’âge de dix-huit ans, et c’est là qu’il apprit le dessin et la peinture, dans le commerce de Raphaël et des Carrache. Malheureusement, il quitta l’Italie au moment où cette influence aurait pu produire ses meilleurs effets. Rentré en France, il donne immédiatement des preuves de son incroyable facilité. Il n’a pas vingt ans et déjà il est célèbre à Paris; il devient le premier peintre de Monsieur, puis premier peintre du roi en 1715. En 1719, le Régent, qui s’est mis en tête de peindre, le prend pour professeur et lui donne une pension de 1,500 francs avec un carrosse.
Coypel est bien le peintre qu’il faut à cette société aimable, brillante, superficielle; sa peinture possède les qualités qui doivent lui plaire, qualités agréables mais peu solides. Il est habile, trop habile; il est même très supérieur à la plupart des peintres de son temps, mais il n’en a pas moins eu une influence très funeste, précisément parce que ses défauts se dissimulaient sous des qualités très brillantes. Il savait agencer d’une manière théâtrale une grande machine, mais parce qu’il répandit dans ses tableaux des traits de bel esprit on crut qu’il possédait la véritable poétique de l’art. Les femmes qu’il peignait avaient une physionomie agréable que ses contemporaines prirent d’autant plus volontiers pour de la beauté qu’elles crurent s’y reconnaître, et bien que la minauderie prît souvent sous son pinceau la place de la grâce, il était considéré comme le peintre gracieux par excellence. Il n’en avait pas moins un très grand charme et de très belles et solides qualités de peintre et de coloriste.
_Démocrite_ faisait autrefois partie de la collection La Caze.
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Hauteur: 0.60.—Largeur: 0.58.—_Figure grandeur nature._
(SALLE I: SALLE LA CAZE).
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
_Portrait de Louis XV_, par Quentin de La Tour 6 _Portrait d’homme_ (École Française: _Jean Perréal_?) 15 _1814_, par Meissonier 21 _L’Inspiration du poète_, par Nicolas Poussin 27 _L’Impératrice Joséphine_, par Prud’hon 33 _L’Angélus_, par F. Millet 39 _Les Baigneuses_, par Fragonard 45 _Portrait de Louis XIV_, par H. Rigaud 51 _L’Amour et Psyché_, par Louis Gérard 57 _Philippe IV_, par Velazquez 63 _Le Dauphin Louis de France_, par Louis Tocqué 69 _Le Concert_, par Terburg 75 _Le Condottière_, par Antonello de Messine 81 _Le Retour du pèlerinage_, par Léopold Robert 87 _La Donatrice Somzée_, par le Maître de Moulins 93 _Le Peintre et sa famille_, par Largillière 99 _Le Parnasse_, par Mantegna 105 _Le Fumeur_, par A. Brauwer 111 _Le Tepidarium_, par Chassériau 117 _Le Pied bot_, par Ribera 123 _La Vierge aux Donateurs_, par Memling 129 _La Leçon de musique_, par Fragonard 135 _La Madone du Chancelier Rolin_, par J. Van Eyck 141 _Suzanne et les Vieillards_, par Paul Véronèse 147 _Diane au bain_, par François Boucher 153 _Le Radeau de la Méduse_, par Géricault 159 _L’Homme au gant_, par le Titien 165 _Le Sommeil de l’Enfant Jésus_, par Annibal Carrache 171 _L’Assomption_, par Murillo 177 _Portrait de femme_, par Franz Hals 183 _Ulysse remet Chryséis à son père_, par Claude Lorrain 189 _Un Vieillard et son petit-fils_, par D. Ghirlandajo 195 _La Famille du peintre_, par Adrien Van Ostade 201 _Portrait de Madame Rivière_, par Ingres 207 _Le Jeune Mendiant_, par Murillo 213 _La Cruche cassée_, par Greuze 219 _Intérieur hollandais_, par Pieter de Hooch 225 _Les Bergers d’Arcadie_, par Nicolas Poussin 231 _Le Banquier et sa femme_, par Quentin Matsys 237 _La Vierge au coussin vert_, par Andrea Solario 243 _Laura di Dianti_, par le Titien 249 _Les Œuvres de miséricorde_, par Téniers le Jeune 255 _La Joconde_, par Léonard de Vinci 261 _Olympia_, par Manet 267 _Le Roi boit_, par Jordaens 273 _Démocrite_, par A. Coypel 279
INDEX ALPHABÉTIQUE
Pages.
ANTONELLO DE MESSINE Le Condottière 81 BOUCHER (François) Diane au bain 153 BRAUWER (A.) Le Fumeur 111 CARRACHE (Annibal) Le Sommeil de l’Enfant Jésus 171 CHASSÉRIAU Le Tepidarium 117 COYPEL (A.) Démocrite 279 FRAGONARD Les Baigneuses 45 ---- La Leçon de musique 135 GÉRARD (Louis) L’Amour et Psyché 57 GÉRICAULT Le Radeau de la Méduse 159 GHIRLANDAJO Un Vieillard et son petit-fils 195 GREUZE La Cruche cassée 219 HALS (Franz) Portrait de femme 183 HOOCH (Pieter de) Intérieur hollandais 225 INGRES Portrait de Madame Rivière 207 JORDAENS Le Roi boit 273 LARGILLIÈRE Le Peintre et sa famille 99 LE MAITRE DE MOULINS La Donatrice Somzée 93 LA TOUR (Quentin de) Portrait de Louis XV 6 LE TITIEN L’Homme au gant 165 ---- Laura di Dianti 249 LORRAIN (Claude) Ulysse remet Chryséis à son père 189 MANET Olympia 267 MATSYS (Quentin) Le Banquier et sa femme 237 MEISSONIER 1814 21 MEMLING La Vierge aux donateurs 129 MANTEGNA Le Parnasse 105 MILLET (F.) L’Angélus 39 MURILLO L’Assomption 177 ---- Le Jeune Mendiant 213 PERRÉAL (Jean)? Portrait d’homme 15 POUSSIN (Nicolas) Les Bergers d’Arcadie 231 ---- L’Inspiration du poète 27 PRUD’HON L’Impératrice Joséphine 33 RIBERA Le Pied bot 123 RIGAUD (H.) Portrait de Louis XIV 51 ROBERT (Léopold) Le Retour du pèlerinage 87 SOLARIO (Andrea) La Vierge au coussin vert 243 TÉNIERS (le Jeune) Les Œuvres de miséricorde 255 TERBURG Le Concert 75 TOCQUÉ (Louis) Le Dauphin Louis de France 69 VAN EYCK (J.) La Madone du Chancelier Rolin 141 VAN OSTADE (A.) La Famille du peintre 201 VELAZQUEZ Philippe IV 63 VÉRONÈSE (Paul) Suzanne et les Vieillards 147 VINCI (Léonard de) La Joconde 261
3424-5-33.—CORBEIL, Imprimerie CRÉTÉ.
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Corrections.
Page 17: «excercer» remplacé par «exercer» (pour y exercer leur art). Page 27: «soufle» remplacé par «souffle» (le souffle divin de l'inspiration). Page 75: «charmantes» remplacé par «charmants» (d'un naturel et d'une fantaisie charmants). Page 101: «régines» remplacé par «régimes» (sous deux régimes différents). Page 112: «dieux» remplacé par «d’eux» (à la requête de l’un d’eux). Page 130: «Van Eyk» remplacé par «Van Eyck» (entre Memling et Jean Van Eyck). Page 142: «miscroscopiques» remplacé par «microscopiques» (foisonnant de détails microscopiques). Page 148: «chose» remplacé par «choses» (sans prendre ces choses en considération) Page 159: «flottile» remplacé par «flottille» (la flottille qu’elle escortait); «ballotés» remplacé par «ballottés» (les naufragés furent ballottés). Page 172: «Raphël» remplacé par «Raphaël» (le _Saint Paul_ de Raphaël). Page 191: «Gelée» remplacé par «Gellée»: Claude Gellée, (que son origine avait fait surnommer Lorrain, ou le Lorrain). Page 227: «Warsenær» remplacé par «Wassenær» (la vente du comte de Wassenær d’Oopdam). Page 249: «Ire» remplacé par «Ier» (Alphonse Ier, duc de Ferrare). Page 263: «Ire» remplacé par «Ier» (François Ier l’acquit pour quatre mille écus d’or). Page 275: «Roit» remplacé par «Roi» (Voyez-la dans _Le Roi boit_). Page 284 (Index alphabétique): «Piet» remplacé par «Pied» (Le Pied bot).
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