Le musée du Louvre, tome 1 (of 2)
Part 11
Tout est charmant dans cette composition, où l’aimable et spirituel talent de Pater a prodigué les détails. Comme Watteau et Lancret, il excelle dans cet art coquet, libertin et gracieux du XVIIIe siècle, dont l’idéal était le joli et la fonction d’orner les petites maisons des grands seigneurs et les boudoirs des marquises. Quelles jolies têtes de femmes, quelles sveltes tournures, quels élégants costumes galamment portés! Comme tout cela a bon air et vit aisément dans cette atmosphère de luxe et de plaisir! Comme on sent bien qu’en peignant ces élégances d’alcôve et de ruelles, l’artiste exprime exactement le goût, la fantaisie et le caprice de son siècle! De même que le siècle précédent, solennel et pompeux, avait engendré des peintres comme Poussin ou Lebrun, de même la Régence jouisseuse et le règne frivole qui suivit suscitèrent d’aimables talents, tels que Lancret, Watteau, Hilair, Pater, Boucher, qui surgirent spontanément de cette atmosphère galante, comme Vénus de l’écume des flots. Avec le même goût de la peinture gracieuse et libertine, ils eurent tous le don précieux de la mesure, ce goût inné qui les empêcha de convertir le marivaudage en grossièreté. Quelque osé que puisse être le sujet traité, il se rachète toujours par une élégance de bonne compagnie, par un tour spirituel et malicieux qui frôle sans insister, qui fait sourire et jamais rougir.
A ces qualités rares, ils ajoutèrent--et Pater plus que les autres--une science du coloris qui les fait reconnaître au premier regard. A aucune époque, la peinture n’a trouvé de teintes aussi délicates ni aussi précieuses. En considérant _la Toilette_, de Pater, on est aussitôt conquis et ravi par cette adorable symphonie de tons où le bleu et le rose forment les dominantes. Et qu’on ne dise pas que c’est là un art facile: la savante disposition des valeurs révèle au contraire une maîtrise supérieure. Quelle délicatesse, par exemple, dans le rose tendre de la robe que porte la soubrette assise devant le feu et comme elle se fond harmonieusement avec le rouge plus sombre de la femme inclinée devant elle. Rien de heurté, ni de banal, dans ces associations qui, sous le pinceau d’artistes moins habiles, deviendraient si facilement vulgaires.
Pater peut être considéré comme l’un des meilleurs de nos «petits maîtres» français. Tandis que Watteau plaçait de préférence ses personnages dans le plein air de la campagne, avec des lointains roses et des ciels merveilleux, Pater cherchait plus volontiers ses sujets dans les intérieurs luxueux et coquets. Il a été surtout le peintre des boudoirs et des chambres à coucher du XVIIIe siècle. Par son genre, il rappelle Terburg, le plus aristocratique des Hollandais: il possède autant de finesse et d’esprit que lui, mais il l’emporte par la délicatesse et l’élégance. Et s’il n’a pas acquis, malgré ses belles qualités, la gloire d’un Watteau ou d’un Fragonard, il en faut accuser son dessin qui n’est pas toujours irréprochable.
_La Toilette_ fut souvent appelée _la Toilette de la mariée_; on l’a également reproduite sous le titre: _Le Désir de plaire_. Ce minuscule tableau peut être considéré comme un des plus charmants bijoux que nous ait légués le XVIIIe siècle, pourtant si fertile en jolies œuvres.
_La Toilette_ fut donnée au Louvre par M. La Caze et figure dans la salle qui porte le nom du célèbre collectionneur.
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Hauteur: 0.37.--Largeur: 0.46.--_Figures: 0.23._
RAPHAËL
PORTRAIT DE JEUNE HOMME
GRANDE GALERIE
_Portrait de jeune homme_
Sur un balustre de fenêtre, un jeune garçon est appuyé. Son corps porte tout entier son poids sur le coude droit et la jolie tête repose sur la main ouverte. De son toquet de velours s’échappent de longues boucles blondes qui donnent une sorte de mièvrerie féminine à cette figure d’adolescent. Le visage est d’une parfaite pureté de lignes; le nez, la bouche, le menton sont d’un dessin délicat et charmant. Quant aux yeux, largement ouverts, ils révèlent tout à la fois l’heureuse insouciance de l’âge et une réflexion très appliquée; bien que paraissant fixés sur un point déterminé, quelque chose de vague, de flou y flotte, comme s’ils suivaient attentivement un rêve passionnant.
Toute la grâce de Raphaël est transcrite sur cette image et tout son art se révèle dans la pose abandonnée et pensive du modèle. Quel est ce jeune homme; quel nom porta-t-il dans le monde de la Renaissance; joua-t-il plus tard un rôle quelconque dans l’histoire? On ne sait pas. Certains commentateurs, séduits par la beauté du modèle et se rappelant que celle du peintre lui avait valu le nom de divin Raphaël, ont cru pouvoir affirmer que c’était le portrait même du maître. La date du tableau détruit cette légende: à cette époque Raphaël avait dépassé l’âge de cette toile et n’aurait pu se peindre que de mémoire. Or, il y a trop de vie dans cette tête pour admettre que le grand artiste aurait peint «de chic» une œuvre si parfaite.
D’autres affirment avec moins d’énergie que ce portrait n’est pas l’œuvre de Raphaël, mais celle d’un certain Francesco Ubertini, surnommé Bacchiacca. Comme rien ne démontre ce dire et que d’ailleurs la toile en cause est un chef-d’œuvre, comme d’autre part, l’insinuation est toute récente, rien n’oblige à l’accepter; tout, au contraire, invite à l’attribuer à Raphaël plutôt qu’à un inconnu. Au surplus tout, dans cette toile, trahit la main de Raphaël; c’est la même technique que l’on retrouve dans son propre portrait du musée des Offices; c’est celle de tous ses autres portraits, avec la même grâce, la même onctueuse habileté, les mêmes clartés de palette.
Il n’est pas jusqu’au coloris où l’on ne retrouve le faire habituel du grand maître d’Urbino. C’est la même tonalité discrète, presque neutre qui a fait dire aux romantiques, acharnés à détruire sa gloire, que Raphaël était un médiocre coloriste. Certes, il fut moins coloriste que les Vénitiens, mais si parfois sa couleur était froide elle avait toujours cette distinction parfaite par où se révèlent les grands maîtres.
Raphaël a connu cette disgrâce de voir contester son génie; certaines écoles, dans les temps modernes, se sont laissé entraîner à cette aberration de honnir Raphaël comme l’inspirateur du culte de l’antique. Rien de plus injuste et de plus faux. Le grand artiste ne s’inspira jamais de l’antiquité qu’il connaissait à peine. Au surplus, toute polémique est aujourd’hui éteinte; Raphaël a reconquis sa splendide royauté.
Le _Portrait de jeune homme_ figure au Louvre dans la Grande Galerie, à la travée réservée aux œuvres de Raphaël.
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Hauteur: 0.59.--Largeur: 0.44.--_Figure grandeur nature._
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
_Préface_ 5 _Vulcain présentant à Vénus les armes d’Énée_, par F. Boucher 13 _Balthazar, comte de Castiglione_, par Raphaël 19 _Hélène Fourment et ses enfants_, par Rubens 25 _Madame Récamier_, par Louis David 31 _Le Concert champêtre_, par Giorgione 37 _Portrait d’Heindrickje Stoffels_, par Rembrandt 43 _Portrait de l’Infante Marguerite_, par Vélasquez 49 _Jésus-Christ marchant au Calvaire_, par Simone Memmi 55 _La Source_, par Ingres 61 _La Femme hydropique_, par Gérard Dow 67 _Madame de Pompadour_, par Quentin La Tour 73 _Une Jeune Princesse_, par Constantin Netzcher 79 _La Mauvaise Compagnie_, par Jan Steen 85 _Érasme_, par Hans Holbein 91 _Le Mariage de sainte Catherine_, par Corrège 97 _Conversation_, par Lancret 103 _La Dentellière_, par Jan van der Meer (Vermeer) 109 _Charles Ier d’Angleterre_, par Van Dyck 115 _Élisabeth d’Autriche, femme de Charles IX_, par F. Clouet 121 _La Barque du Dante_, par Delacroix 127 _Le Roi Ferdinand_, par le Greco 133 _Les Pèlerins d’Emmaüs_, par Rembrandt 139 _Sujet pastoral_, par F. Boucher 145 _Les Noces de Cana_, par Gérard David 151 _Mademoiselle de Lambesc et le comte de Brionne_, par Nattier 157 _Jeanne d’Aragon_, par Raphaël 163 _La Kermesse_, par P.-P. Rubens 169 _Monsieur et Madame Angerstein_, par Sir Thomas Lawrence 175 _Les Glaneuses_, par J.-F. Millet 181 _La Bohémienne_, par Franz Hals 187 _Les Sonneurs_, par Decamps 193 _Anne de Clèves_, par Holbein 199 _L’Enlèvement de Psyché_, par P. Prud’hon 205 _Le Cardinal de Richelieu_, par Ph. de Champaigne 211 _L’Automne_, par Lancret 217 _Madame Seriziat_, par Louis David 223 _Vieillard lisant_, par Rembrandt 229 _Paysage_ (_souvenir de Mortefontaine_), par Corot 235 _La Belle Ferronnière_, par Léonard de Vinci 241 _Chasse au Faucon en Algérie_, par Eugène Fromentin 247 _Le Sommeil d’Antiope_, par le Corrège 253 _L’Embarquement pour Cythère_, par Watteau 259 _La Toilette_, par Pater 265 _Portrait de jeune homme_, par Raphaël 271
INDEX ALPHABÉTIQUE
Pages.
PRÉFACE 5 BOUCHER Vulcain présentant à Vénus les armes d’Énée 13 ---- Sujet pastoral 145 CHAMPAIGNE (de) Le Cardinal de Richelieu 211 CLOUET (François) Élisabeth d’Autriche, femme de Charles IX 121 CORRÈGE (LE) Le Mariage de sainte Catherine 97 ---- Le Sommeil d’Antiope 253 COROT Paysage (souvenir de Mortefontaine) 235 DAVID (Louis) Madame Récamier 31 ---- Madame Seriziat 223 DECAMPS Les Sonneurs 193 DELACROIX La Barque du Dante 127 DOW La Femme hydropique 67 FROMENTIN Chasse au faucon en Algérie 247 GÉRARD DAVID Les Noces de Cana 151 GIORGIONE Le Concert champêtre 37 GRECO (LE) Le Roi Ferdinand 133 HALS La Bohémienne 187 HOLBEIN Érasme 91 ---- Anne de Clèves 199 INGRES La Source 61 LANCRET Conversation 103 ---- L’Automne 217 LAWRENCE Monsieur et Madame Angerstein 175 L. DE VINCI La Belle Ferronnière 241 MEMMI Jésus-Christ marchant au Calvaire 55 MILLET Les Glaneuses 181 NATTIER Mademoiselle de Lambesc et le comte de Brionne 157 NETZCHER Une Jeune Princesse 79 PATER La Toilette 265 PRUD’HON L’Enlèvement de Psyché 205 QUENTIN LA TOUR Madame de Pompadour 73 RAPHAËL Balthazar, comte de Castiglione 19 ---- Jeanne d’Aragon 163 ---- Portrait de jeune homme 271 REMBRANDT Portrait d’Heindrickje Stoffels 43 ---- Les Pèlerins d’Emmaüs 139 ---- Vieillard lisant 229 RUBENS Hélène Fourment et ses enfants 25 ---- La Kermesse 169 STEEN (Jan) La Mauvaise Compagnie 85 VAN DER MEER La Dentellière 109 VAN DYCK Charles Ier d’Angleterre 115 VÉLASQUEZ Portrait de l’Infante Marguerite 49 WATTEAU L’Embarquement pour Cythère 259
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Corrections.
Page 73: «habituellemente» remplacé par «habituellement» (Il était habituellement quinteux). Page 110: «Duk» remplacé par «Dirk» (Dirk van Bleyswijck). Page 127: «deux» remplacé par «d’eux» (l’un d’eux s’accroche à la poupe). Page 184 et suivantes: au lieu de «Franz Hals» il convient de lire «Frans Hals». Page 247: «frénétiqne» remplacé par «frénétique» (La course frénétique des chasseurs). Page 266: «anecdocte» remplacé par «anecdote» (destinée à pimenter l’anecdote). Page 266: «cet» remplacé par «cette» (vit aisément dans cette atmosphère). Page 267: «lontains» remplacé par «lointains» (avec des lointains roses).
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