Le moyen de parvenir, tome 3/3
Part 7
CHOSE. Chut. Comment osez-vous ainsi nommer les semences futures des pédagogues de l'église? Laissez-moi dire. Etant devant monsieur, il lui demanda humblement l'aumône. Oui da, dit-il, vous l'aurez, pere Moustache; mais j'ai céans un vieil serviteur qui se meurt, que je désire faire confesser. Monsieur, vous êtes en bon propos. Adonc il le mena en un grenier, où il avoit un vieil chien qui se mouroit de vieillesse. Voilà, ce dit monsieur, le serviteur dont il est question. He! a, dit le moine, monsieur, je cuide que vous vous moquez de moi simple religieux. Croyez que je ne suis pas si instruit, que je ne sache comme il faut vivre; & qu'il n'est raisonnable d'attribuer à un chien, ce qui convient à la personne. Partant, monsieur, vous m'excuserez. De dépit, lui fit donner le fouet à nud, & à bon escient; puis l'envoya. Le triste frere revint à son compagnon, auquel il conta sa fouettée & l'occasion d'icelle. Laisse-moi, dit l'autre, j'aurai pis ou mieux. Il y alla donques; & son entrée & discours furent au semblable des premiers faits à son compagnon; & Bersaut lui ayant parlé de ce vieil serviteur, il demanda à le voir. L'ayant vu, il dit: & bien, monsieur, il est raisonnable; faites-moi donner un petit bâton. Je ne veux pas que vous lui fassiez mal. Aussi ne ferai-je; mais j'ai affaire de ce que je demande. On lui bailla un bâton: & le moine le fendit un peu plus que la moitié; puis dit à monsieur & à ses gens qu'ils sortissent & se tinssent à la porte; qu'il ne falloit pas ouïr la confession d'autrui. Etant sortis, il prit l'oreille du chien dans ce bâton fendu, & lui dit: or çà, mon ami chien, voulez-vous pas mourir en chien de bien. Et lui pressant l'oreille, le chien huchoit assez haut: ouan, ouan. Ne demandez vous pas pardon à votre maître de l'avoir trompé, en mangeant le gibier quelquefois? Ouan, ouan, ouan. N'êtes-vous pas fâché d'avoir autrefois blessé quelqu'un? Ouan, ouan, ouan. Pardonnez-vous pas tout le monde? Ouan, ouan, ouan. Or soyez donc chien bienheureux, absous comme un loup gris, trépassant comme une autre laide bête. N'en êtes-vous pas bien aise, monsieur le chien? Ouan, ouan. Il y ajouta plusieurs autres belles cérémonies de chien, qui furent fort agréables & au chien & à son maître, qui, après cette action, prit le moine, lui fit bonne chere, rit avec lui, lui donna de l'argent & son cou chargé de bled, & lui promit de lui en donner, toutes les fois qu'il viendroit le voir. Le frere retourne vers le fouetté, lui montre sa quête: hé, grosse pécore, lui dit-il, tu ne sais pas vivre. En s'en allant, ils trouverent de leurs amis; & le fouetté dit: nous avons été bien fouettés. L'autre dit: mais bien vous; frere; & non pas moi. A d'autres il dit: nous avons eu bien du bled. Mais bien moi, frere, & non pas vous.
PRISCIAN. Voilà que c'est d'entendre les affaires.
DOCTRINE.
XXI. Je voudrois que ma femme fût aussi bien confessée & bien noyée; je serois plus content que Bersaut, ni le moine.
RABANUS. Pourquoi voudriez-vous avoir perdu votre femme?
PRISCIAN. Parce qu'elle ne me veut point obéir.
STATIUS. En da, la mienne m'obéit une fois: ce fut quand je la jettai en l'eau. Nous passions sur le pont d'Arve; & le balendrier, _id est_ garde-fous, étoit ôté. Je la poussai en bas, & lui dis: va où tu pourras. Ce qu'elle fit galammant. Elle se sauva peut-être comme saint Pierre, quand il chut dans le ruisseau de Champagne. Je vous en dirai l'histoire comme elle avint à notre maître Rabelais, que voilà bien empêché à trouver l'essence d'un cervelas avec Théodore & Pline: (sur quoi quelqu'un me demandera de quoi il étoit, je lui dirai qu'il étoit fait comme nos autres viandes). Sachez donc que cette belle compagnie faisoit bonne chere, & telle qu'on fait hors du monde, comme nous faisons nous autres esprits séparés de nos corps. Notre bon vin n'est autre chose que le pur esprit de vin, qui échappe aux quintessencieux; nos viandes sont faites des ames des bêtes; vous, qui êtes grossiers & corporels, en mangez les corps; & nous, les ames que nous fricassons avec les fumées de sauces, & les essences des aromatiques à la clarté du feu vif, aidés de bonheur de l'huile incombustible & du sel fusible.
LE ROI AGAMEMNON. Paix! ne passez-pas outre, ne dites pas tout.
STADIUS. Et bien, sire, je me tairai. Mais si un malotru, sire, m'en parloit, je le ferois déjeûner de l'esprit de fiente royale. On dit que c'est la meilleure, je m'en rapporte aux pourceaux.
LE MORTEL. On voit bien que vous n'êtes guere sage de nous conter tout ceci.
STADIUS. O! pauvre animal mortel, mon ami, ne sais-tu pas bien qu'ayant un corps, il faut qu'il se vuide? Et tu consens bien que la merde soit serrée en tuyaux de briques & belles canes: que souvent on la remue, & que même, ho! monsieur le doyen du chapitre de la grande église, vous en faites faire des conclusions en vos régistres, & commettez commissaires de bran pour curer les aisances. Ainsi ceux qui ont imprimé ceci, font commissaires d'excrémens. Ceci est la fiente de mon esprit; & puis je fais comme vous, messieurs les cardinaux, je fais ce bâtard: il faut qu'il vive. Mais en conscience n'est-ce pas un vrai abus, que de nos beaux ouvrages & plus sérieux? Certes ils sont aussi-bien prophanés que les plus vils. S'il y a quelque beau tableau en taille-douce bien élabouré, il sera aussi-tôt en la boutique d'un savetier, qu'au cabinet du roi. Il échet une même fortune aux uns & aux autres. Et voyez, les livres des doctes qui furent nuit & jour après la forfanterie, sont quelquefois ès mains des laquais & des putains, qui diront: que voilà qui est bien fait; ou bien: voilà qui est mal à propos. Comme disoit, un jour, une jeune garce, que son con avoit fait demoiselle par la tête, tenant un beau livre où elle n'entendoit rien, faisoit la dédaigneuse; je lui pardonne à la pauvre bête, elle en est devenue noire comme un charbon, & sale comme eau. Avisez-y, doctes; parce que souvent vos labeurs, vos bons livres sont employés à faire des cornets d'épices, ou des mouchoirs de cul; & ne peut avenir pis à cettui-ci, qui n'est écrit que pour la juste démonstration de ce qui est, d'autant que l'on voit ici la bêtise des grands de ce tems, la sotise des habiles gens, l'impudence des doctes, & la méchanceté des autres. Mais bran pour eux, ainsi que dit M. Habpin, maître chirurgien. Je n'ai jamais vû envieux & avaricieux devenir vieux. Pleurez, grands, de ne m'avoir pas eu pour pédagogue; vous fussiez bien heureux. Or adieu vous dis, comme un _de profundis_: & de fait, on ne voit gueres pendre de sots que par hazard & malheur, comme ce paysan de la Rochelle, qui, étant à l'échelle prêt d'être jetté, disoit: laissez-moi aller, laissez-moi aller; mes boeufs se gâtent. Et diantre, mettez donc une coëtte là bas, afin que je ne me rompe les jambes. Il ne pensoit pas devoir tenir par le col, ainsi que ces beaux esprits & tant d'habiles gens d'entendement, qui se font pendre. Faites-en de même par dépit.
MARSIL-FICIN. Oui; mais il avint à plusieurs comme à Mauduit, que l'on pendoit, & le bourreau lui disoit: monsieur, mon ami, je vous prie, ne vous tourmentez pas tant: je vous pourrois faire tort, d'autant que je n'ai jamais encore pendu personne. Hélas! dit-il, mon ami, je n'ai aussi encore été pendu. Dieu nous en doint bon encontre à tous deux.
FRACASTOR. Elle lui seroit donc meilleure, qu'au bourreau de St. Denis en France, auquel un marchand de Paris demandoit de l'argent. Je te prie, dit-il, compere, attends un peu; je n'ai point d'argent: la pente n'a pas été bonne, cette année. Dieu y pourvoira.
NÉRON. Voilà bien doctriné! Vous avez laissé le conte de Rabelais.
L'AUTRE. Il est vrai; & c'est ici la grande dignité de cet ouvrage, plein de l'intelligence de la pierre philosophale, parce que tout s'y transmue. Vous n'attendiez pas ceci, est-il pas vrai? Or bien sachez que voici le moyen de transformer, non-seulement les visages, mais aussi les essences. Et de fait, prenez-y garde de près, (comme le chevalier d'honneur de la reine, qui dort avec ses lunettes, pour sommeiller à double fond) & vous trouverez que ceux qui béniront ceci deviendront sages, s'ils ne le sont; parce qu'en vérité ces écrits cesseront, & ne seront plus grands; les vices cesseront, & toutes sortes de gens ne feront plus de folie. L'ambition & l'impiété des grands, l'ignorance des prêtres, les présomptions des ministres, le désordre des moines, l'envie des chanoines, la fausse science des docteurs, les usures des huguenots, les piperies des papistes & toute autre contradiction qui fait naître ces beaux commentaires, qui sont compilés de l'étourdissement des hommes, & friponnerie des femmes, qui s'est établie encore plus fort, depuis qu'on a nommé un cheval _haquenée_, un moine ou un chanoine _dignité_, & qu'on a appellé un chat _minon_: & de fait, huchez un moine, & lui dites: moine; il se fâchera.
HOTOMAN. Vous me faites souvenir de ce moine de Saint-Denis en France, qui voulut faire l'entendu, voyant maître Thierri de Heri à genoux, tourné vers la figure de Charles VIII. Le moine lui dit: monsieur mon ami, vous faillez: ce n'est pas l'image d'un saint que celle devant qui vous priez. Je le sais bien, dit-il; je ne suis pas si bête que vous; je connois que c'est la représentation du roi Charles VIII, pour l'ame duquel je prie, parce qu'il a apporté la vérole en France; ce qui m'a fait gagner six ou sept mille livres de rente. Ce moine là pensoit être bien savant.
PIC MIRANDULA. Si ne l'étoit-il pas tant, que le cousin de Vaugirand, qui est docteur en théologie, qui, venant un jour de prêcher d'un village où on l'avoit prié, s'en retournoit. Or allant & rêvant sur sa bête, il s'égara, & trouva un paysan auquel il demanda le chemin pour aller à Seveniere. Le paysan le reconnut, & lui dit: hé da, monsieur, vous êtes un homme de bien; je vous ai ouï prêcher en notre village; j'ai plus retenu de votre sermon que de tous les autres; je voudrois bien en avoir une demi-douzaine de semblables. Et bien, dit-il, mon ami, vous en aurez quelque jour; mais enseignez-moi le chemin pour aller à Seveniere. Ha! a, dit le paysan, le bon dieu m'en veuille bien garder d'enseigner à un homme qui sait tout, ha! a, vous vous moquez bien de moi. Les petits enfans le savent bien; & vous, qui savez tout, ne le sauriez-vous pas? Il n'y a pas de dret: adieu, monsieur; & le laissa là. Et le bon seigneur nous vint regarder chez nous, où nous lui fimes bonne chere. Il fut bien camus de cette réponse du paysan; il en eut le nez aussi long qu'il fut camus.
JEAN HUS. Mais d'où cuidez-vous que cela est venu, que l'on a fait signifier même chose à deux contraires?
HOTOMAN. Je ne saurois.
JEAN HUS. Je vous le dirai. Un jour de grande fête, il avoit auprès du revêtiaire de bon feu dans le chariot à grille; & un quartaire y faisoit griller du boudin durant matines. Il fut pressé d'aller, pour donner l'encens; il mit son boudin dans sa manche, & va faire son devoir. Quand le chanoine lui eut baillé l'encensoir, il va vers monsieur le chantre, qui se disposa pour recevoir la sainte fumée. Adonc le quartaire se met à jetter l'encens; & sa manche, qui se délia, laissa aller le boudin au travers des joues de monsieur le chantre, qui fut aussi étonné qu'émerveillé, & depuis le proverbe a eu lieu en France.
ARETIN. Voilà bien débuté! Quand je lui vis le con, je dis bien que c'étoit une femelle.
GALIEN. La fites-vous remettre?
ARETIN. Comment?
GALIEN. Ainsi que la demoiselle de Blois, qui, ayant fait une fille, après qu'elle fut accouchée, elle demanda ce que c'étoit. C'est une belle fille, dit-on. Adonc l'accouchée dit: je n'en veux point; remettez-la.
POGGE. J'aimerois autant celle qui disoit que l'on avoit enté une queue de chevreau à un agneau qu'on lui avoit vendu.
ASCLÉPIADES. Oui; & celle qui dit qu'on avoit mis un oeuf au cul de la poule qu'elle avoit achetée, pour faire mine qu'elle pondoit; & elle n'avoit pas depuis pondu.
LE BON HOMME. Je ne sais pourquoi vous parlez de pondre. Il vient de cette fente un vent qui est pondu de n'agueres, il est bien frais.
STOFLER. Attendez; je me mettrai au devant.
LE BON HOMME. Corbieu, tu me presserois trop; & puis, ô de par le diantre sans jurer, ne sais-tu pas bien qu'il y a trois choses qui ne veulent souffrir être pressées?
STOFLER. Quelles?
LE BON HOMME. La tête d'un fou, les pieds d'un gouteux & le ventre d'un moine. Et si j'étois fol, moine ou gouteux, ou tout ensemble?
STOFLER. Quoi! tu serois, mon bel, aussi difficile à tenir qu'un beau petit ange d'Arragon.
LE BON HOMME. J'aimerois mieux être d'Espagne.
STOFLER. Tu serois comme le Bandol le puîné, qui est un sage, homme de bien, Espagnol & catholique.
MADAME. Que dites vous là?
STOFLER. Je demandois s'il y avoit des bordeaux en votre pays, madame?
MADAME. Non da, il n'y en a point; mais il y a des maisons d'honneur, où l'on se réjouit avec les dames; & quelques dames d'honneur, réputées pour cela, en tirent rente pour nourrir des moines.
BUCHANAN. C'est donc en ce pays-là, où _moine_ signifie _larron_; comme en l'isle des sots, _sot_ signifie _monsieur_. Et de fait, si je vous y trouvois, je vous dirois: bon jour, sot. Ce seroit autant que vous dire: _bona dies_, monsieur.
SAVONAROLA. Mais l'isle des sots est par-tout; & celle des fous est au-delà; témoin la petite fille de maître Simon, qui me vit aller à l'église avec mon surplis: elle courut à sa mere: ma mere, mon mignon est devenu fou; il a mis sa chemise sur sa robe.
BRENTIUS. Pourquoi est-ce que, quand on nomme un homme _sot_, il s'estime cocu? Et si on appelle une femme _vesse_, elle pensera être putain?
POGGE. Ce n'est pas de même, parce que, si vous appelliez un homme _pet_, il ne s'en soucieroit pas; & toutefois c'est de même. Il y a fort peu à dire, pour autant que les pets font du bruit, & les vesses coulent doucement; & c'est la raison pour laquelle les hommes font tant de bruit en les priant, & elles coulent doucement comme vesses.
BRENTIUS. O! o, ce n'est pas cela; il y en a bien une autre raison.
POGGE. Quelle?
BRENTIUS. Les femmes ne prient point les hommes, parce qu'elles savent bien que le four est toujours chaud; mais la pâte n'est pas toujours levée. Elles seroient confuses, si elles demandoient une chose mal à point, dont elles ne seroient pas servies. Et puis elles sont honteuses quand on les prie, parce que ce qu'on leur demande est si près du cu. Il est vrai que les brehaignes sont plus heureuses que les fécondes, parce que le cas ne leur pue point; & est vrai que le cas de celles qui font des enfans est toujours faguenant & mal odorant; ce n'est qu'à cause du cu.
MAROT. Vraiment voire; pensez-vous qu'elles seroient aises, si elles n'avoient point de cu? Cela n'iroit pas bien. J'entends de trou fignon.
ARTÉMIDORE. Je crois qu'elles n'en ont pas, ou bien elles feignent de n'en avoir point, d'autant qu'elles sont ou font les sobres, afin de nous faire croire qu'elles ne fiantent pas.
ARNOBE. Tu as dit vrai; c'est ne plus ne moins qu'elles font les chastes, afin de nous faire désirer de leur bailler ce qu'elles enragent d'avoir. Ainsi que Fleurie, la chambriere de notre bon ami le prieur de S. Eloi, laquelle vouloit épouser un cordonnier, & le pressoit devant l'official. Les parties étant devant ce juge, cette femme insistoit à avoir pour mari ce cordonnier, qui protestoit n'en vouloir point. Et pourquoi, dit l'official? Ha! dit-il, monsieur, je n'en veux point; c'est une méchante, elle m'a donné la vérole. Hélas! dit-elle, monsieur, c'est un méchant homme de dire cela; comment la lui aurois-je donnée? Je l'ai encore.
RABELAIS. Il étoit instruit & dégoûté; ainsi que notre berger, qui, étant avec la servante, elle lui offroit son cas, selon leur bonne coutume; & il lui dit hardiment: ma Toinette, je t'en remercie autant que si j'en avois bien pris ma réfection.
MAÎTRE BASTIEN. C'est ce que j'aime que ceci; je le trouve: ce sont contes de peau-d'âne; c'est la vérité.
MELVIN. Il a raison, d'autant que tous ces mémoires, dictions, discours, sentences & paroles sont prises du dictionnaire à dormir en toutes langues, de l'institution à lire sans points, sans lettres, sans caracteres, sans accens, sans figures, sans notes: aussi-bien les notes font faillir, ainsi que le disoit frere Ambroise, qui disoit qu'il eût bien chanté; mais que la note l'empêchoit. Aussi sans chiffrer telles choses, a été fait ce livre par le fils du dernier homme; _item_ de l'épitome des bibliotheques de Saint-Germain & autres, du grand luminaire des sots, tous livres extraits de cettui-ci, auquel si chacun avoit remis ce qu'il y a pris, il n'y auroit plus qu'un livre au monde.
SUIDAS. Tu es bien sot de nous conter ceci, afin que tout le monde le sache, & on le vouloit céler.
MELVIN. Tu es un sot, toi-même. Je te recommanderai au maître des sots.
SUIDAS. Et qui est-il?
MELVIN. O grosse bête, c'est le sotier de Genève.
SUIDAS. Quel sotier?
MELVIN. Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils écrivent _psautier_; je disons _sotier_, non sans cause, d'autant que tous les sots qui sont repris de justice en ce pays-là, passent sous son enseigne.
SUIDAS. Comment! Est-on sujet en ce pays-là d'avoir la vérole?
MELVIN. Garde-toi de blasphémer; il ne faut pas dire cela.
SUIDAS. Que veux-tu donc dire?
MELVIN. Dame, quand nous sommes à la cour, nous appellons être repris de justice, quand on sue la vérole & qu'on se fait pancer de quelque inconvénient, des dépendances de l'inventaire des histoires.
SUIDAS. Voici encore d'autres paroles que je n'entends pas.
MELVIN. Hé! bête que tu es, ne sais-tu pas que les génitoires ont été dites _histoires_? Que la couille est la mere des histoires, & la braguette en est l'inventaire, ainsi qu'une chaire percée est l'inventaire d'étrons?
BAIL.
XXII. BIEN-VENU. Vos histoires m'ont fait souvenir de trois dames qui devisoient de leurs maris, & de tout ce qui étoit en eux. L'une d'entr'elles dit: je ne sais que vous trouvez tant à redire en vos maris; quant à moi, je me contente fort du mien: il est vrai qu'il y a je ne sais quoi de petit, c'est qu'il a la couille noire. Le mari les oyoit conférer, & tout beau s'en alla en la maison. Quand elle s'en vint au logis, elle trouva qu'il se promenoit comme en colere. Et qu'avez-vous, mon ami, dit-elle? Et lui, mot; elle le prie de lui dire; & lui, comme courroucé: que j'ai? Je ne sais; il faut que je sois toujours en peine pour vous. On me vient d'ajourner, pour comparoître devant le lieutenant-criminel, pour la réparation d'une blessure que vous avez faite à un enfant; & dit-on que vous étiez là-bas en la cour, où vous aviez fait vos affaires, & que vous ayant torché le cul d'une pierre, vous l'avez jettée par sus les murailles, & qu'elle a blessé cet enfant. A, ha! mon ami, dit-elle, ne croyez pas cela; ce sont des méchantes gens qui le disent. Il y a plus de quatre ans, que je ne me suis torché le cul, en façon du monde. Adonc, dit-il, je ne m'ébahis pas, si j'ai la couille si noire.
CARDAN. Il vaut bien mieux se torcher le cul avec du papier, & principalement en ce temps qu'il est à si bon marché: en quoi nous avons barre sur les anciens, qui avoient bien de la peine à se le torcher. Je m'en rapporte au seigneur de Caramousse, grand faiseur de confitures, avec lequel je demeurois à Gênes, lorsque les belles confitures y furent inventées, & que nous trouvâmes le moyen qui s'y pratique maintenant, & qui est le secret de ces messieurs qui font les confitures; mais ne l'allons pas découvrir. Je vous dirai ce que faisoit ce grand personnage, ainsi qu'encore font les plus avisés: il amassoit le plus qu'il pouvoit de torche-culs; & quand il en avoit recouvré grande quantité de bien secs & dorés, il les faisoit bouillir, & tiroit la crême qui nageoit dessus, laquelle il réservoit pour donner couleur aux confitures; & notez que cela est bon à toutes sortes de confitures & de couleurs, parce qu'étant faite de tout, elle servoit & sert à tout.
GALANDIUS. Quelle délicatesse!
COMES NATALIS. Que pensez-vous qu'il y ait au monde de plus délicat?
GALANDIUS. Je ne sais.
COMES NATALIS. C'est l'ame d'un solliciteur, d'autant qu'elle est souvent vannée deçà & delà, avec force affronts.
GALANDIUS. J'ai appris, de notre ami Louvet, que c'est l'épaule d'un procureur, parce que, sitôt qu'on lui touche, il se revire incontinent pour haper de l'argent; il est toujours aux écoutes. Vraiment ils sont fort hardis; aussi _audaces fortuna juvat_.
COMES NATALIS. Vous ne le prenez pas bien; il faut _edaces_, d'autant qu'ils mangent bien.
M. ANT. NATTA. Ce seroit donc le mouvement perpétuel?
S. COME. A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'étoit de vous comme de moi, j'estimerois que ce fût comme le jeu de pet-en-gueule qui est notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis. Voyez-vous que c'est le sublime abaissé, & la vraie circulation chymique, lors que le cul sent la violette?
NIC. NAN. Vous n'y êtes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de religion, font la guerre pour maintenir leur ambition.
RAMUS. Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se moquera encore de vous, tant vous êtes sot.
NIC. NAN. C'est assez, mon bon maître: j'ai, comme disoit Ambroise Paré, assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu'à fine force. Au diable le latin! il m'a tout emmusiqué la fressure de l'entendoire; & par fois je suis vraiment un grand sot.
SON FILS. Vous avez menti, mon pere; ma mere étoit femme de bien.
THÉMISTIUS. Et autant opiniâtre que la femme du pauvre Æschines, qui, par dépit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un à un: son mari vouloit qu'elle les mangeât en quantité, elle ne vouloit pas; parquoi son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte. A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit à crier: je les mangerai trois à trois. Les prêtres qui l'ouïrent, & les autres pensant qu'elle les voulût manger ainsi, s'enfuirent.
CAB. BURATEL. Et que devint-elle?
THÉMISTIUS. Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien doit faire, pour être encore aimée de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une femme ira plus pour un coup de vit, qu'un âne pour dix coups de bâton.
FOXIUS. Elle eût été bien sage, si elle n'eût point été malicieuse. Et de là, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans mordre ni égratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez, comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est ainsi prédestiné, si le célibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a été inventé _célibat_.
ARIAS. C'est afin que nous ne nous amusions point à une femme, pource qu'elles sont toutes à nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit.
ARNOBE. Je pense que c'est plutôt pour éviter les cornes, à quoi sont sujets les mariés qui craignent d'être cocus, d'autant que tous ceux qui sont mariés le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour, c'est-à-dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je suis en grand peine d'où vient l'opinion des cornes.
TRANSCRIT.
XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, & d'un oeil de concupiscence; puis dit à sa voisine: voilà un bel enfant; je le porterois volontiers, pour le faire jouer.
JAMBLICUS. Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain au matin, je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donnée au diable. Non eussé-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; & puis je serai possible son héritier.
L'AUTRE. Quel héritier! Elle mourra pauvre.