Le moyen de parvenir, tome 3/3
Part 6
GREGOIRE. Comme celui qui se vouloit faire recevoir procureur au châtelet, lequel se présenta humblement à l'examen; & ainsi que l'on lui eut fait plusieurs questions, il ne savoit répondre à aucune. Un des messieurs lui demanda, d'où venoit cela qu'il ne se présentoit & ne savoit rien: messieurs, dit-il, j'ai été en vendanges, où j'ai oublié tout ce que je savois.
GODEFROI. Et ce bon personnage qui avoit acheté... O, qu'ai-je dit? Qui avoit eu _gratis_, comme les autres, un métier de conseiller.
LOUVET. Appellez-vous cela métier? Vous seriez aussi prophané, que le bourgeois de la Rochelle, qui, ce dernier carême-prenant, ayant été tancé, parce qu'il étoit de la religion, d'avoir joué joyeusement, (& même le consistoire l'avoit repris aigrement) se trouvant en compagnie, où l'on se consoloit de ce qui s'étoit passé, va dire: par la certebleu, si j'avois trouvé quelqu'un qui me voulût bailler cinquante écus de mon métier de huguenot, je m'en déferois.
DISCOURS.
XVII. PLOTIN. Ho! compere, que vous allez vîte! Comme vous dépêchez tout!
GODEFROI. Je ne vais pas si vîte que le plumacier de l'univers.
CICERON. Quel diable de nouveau mot est ceci? Qui est ce _plumacier_?
PLOTIN. C'est celui qui pose les panaches sur les têtes des hommes de l'univers.
POGGE. Je gage qu'il veut parler de cornage.
PLOTIN. Tu l'as trouvé; qu'il te puisse accompagner comme accident indélébile!
ASCLEPIADES. Comment est-ce qu'il va si-tôt?
PLOTIN. O cher compere de toute la fressure, je te le dirai! Sache, toi qui as belle & jeune femme; sache, mon tendre & jovial petit belleau, mon petit prêteur de franches repues, que, si tu étois au Grand-Caire, & que ta femme tant poupine fût à Paris, & que de son consentement, me faisant ouverture de ses bonnes graces, elle me laissât entrer à elle, je n'aurois pas si-tôt mis mon V, I, T, pied, dans son C, O, N, pantoufle, que l'admirable, grand & révéré cocuage ne fût, en un instant, au Grand-Caire, à te frétiller avant la tête, pour te réjouir du beau petit plumage d'amourettes.
PLANUDES. Triste garçon à demi vieil que tu es, je t'assure que ta journée n'y monteroit gueres. Tu es de ceux auxquels on peut dire: depuis que la couille passe le vit; adieu vous dis.
BIONON. Paix, de par tous les diables, taisez-vous, ou je vous couperai le cou, comme je fis un jour à un roi qui chioit. Achevez le discours de ce conseiller, & meshui ne vous interromprai; ou j'abomine, je contamine, je précipite, je diable, je trente mille: a, ha! je ne le dirai pas: faites votre devoir.
GODEFROI. Parlez-vous de ce conseiller de la prévôté, lequel le pere le présentant à messieurs, demandant séance pour lui, leur dit: messieurs, mon fils n'a point de science, il vous plaira lui en donner. (Un gâta tout. Non, dit-il, c'est de celui qui se faisoit recevoir à la cour, qui est tant bonne & douce, la bonne dame, qu'elle ne reçoit, ou n'a reçu, ou ne recevra, de peur de faillir, je ne le dirai pas; en voilà qui me veulent faire dire _des ânes_, je n'en ferai rien.) Ainsi que messieurs interrogeoient ce bon personnage déja âgé, ils l'incitoient à répondre; & il ne savoit, d'autant qu'il n'entendoit pas ce qu'ils disoient. (S'il eût été encore comme moi, qui plaidant ma premiere cause, je dis à ces messieurs-là beaucoup de choses que je n'entendois pas, ni eux aussi, ce qui m'apporta une belle dayée de réputaison.) Ce personnage écoutoit; puis, comme revenu de bien en songerie, dit: messieurs, je n'ai pas accoutumé ce ménage ainsi que vous dites. Bien je ne sais rien, il est vrai; mais j'ai un fils qui est bien savant, qui répondra pour moi, comme mon compere le sieur Basgrand a répondu de l'argent que je dois de mon office. Par dépit qu'il ne put être reçu, si-tôt que sa femme fut morte, il récompensa une prébende, & fut official.
L'AUTRE. Ce fut à lui, auquel Menaud, notre métayer fit une jolie réponse. On agissoit devant lui d'une cause de fouculterie; & Menaud étoit appellé à témoin, pour dire que le garçon eût eu habitation de concupiscence charnelle avec cette fille. Ainsi que Menaud fut entré, il dit: j'y étois, & ce que je vous dis est vrai, monsieur l'official. Dieu me doint bonne vie & longue! on m'a dit que vous me demandiez. L'official lui dit: & bien, mon ami, dites vrai. Avez-vous vu que ce gars ait envahi cette fille? Avez-vous vu qu'il l'ait travaillée? Monsieur l'official, je n'en saurois que dire; je suis votre serviteur. Là, mon ami, dites; je suis le vôtre. A, a! monsieur, il suffit, si vous me faites plaisir. Dites donc, mon ami, dites. Et bien, monsieur l'official, je vous dirai: j'ai vu quatre fesses & deux culs; mais je n'ai point vu de vit; je crois que le larron de con l'avoit en la goule.
SAPHO. Hé gai, voilà de beaux contes à dire devant des gens d'église. Aussi
Je suis si aise quand je cous, Si pour un C. je mets une F, Qu'il m'est avis, à tous les coups, Que j'ente une mignonne greffe.
FOLIE.
XVIII. CERTORIUS. Je m'étonne que le roi n'ôte ces officialités, s'il le faisoit il soulageroit beaucoup de monde, & enrichiroit sa justice, & si feroit que les ecclésiastiques seroient chastes. Pensez-vous qu'oyant ainsi parler de turpitude, le bandage ne leur simule pas?
CUSA. A la vérité, les oreilles & les yeux servent beaucoup à besogner, témoin le curé de saint Clément, qui, en son prône, disoit: les dames montrent leurs tetons; ce n'est pas bien fait; & puis elles étendent leurs chemises autour du cimetiere. En dà, ni moi, ni mes vicaires ne sommes pas anges; cela nous tente.
XÉNOCRATES. Pargoi, il n'étoit gueres sage, il y paroissoit; il ne lui falloit point aller à la touche des merveilles.
CESAR. Quelle touche!
XÉNOCRATES. C'est celle qui est à Paris, justement dans le badaudois, au lieu même où Pepin fianta, (je cuidois dire fit ses affaires sur l'état de France. Il fit mettre & exposer cette touche qui est notable, d'autant que sur icelle, comme on éprouve l'or à celle des orfevres, on examine les folies des anciens, les sottises des nouveaux, la gloire des présomptueux, & bref toutes les viédaseries des humains; & dit-on que ce volume y a été trouvé, ainsi qu'il y avoit été laissé par feu Guillaume de Paris, qui, aux porteaux de notre-dame, a mis les figures chimiques à faire la projection à devenir sages, de laquelle on use, comme de cendre, à l'entrée de ce noble chaircutieux de carême.
BARNAUD. Je pense que vous rêvez d'appeller carême chaircuitier.
XÉNOCRATES. Oui, je rêve: il vous l'est avis. Notez ces paroles; _chaircuitier_ est un qui fait cuire de la chair; _undè_ chaircuitier: mais _chaircuitieux_ est un qui concutie la chair, qui la chasse, qui la ruine, comme font les maréchaux & médecins nouveaux.
BARNAUD. Tu y as excepté les médecins, parce que tu en as affaire. Est-il pas vrai que, comme tu écrivois contre Machiavel, tu avois si fort les hémorrhoïdes, que le cul te distilloit tout en sang, & en étois à demi mort.
XÉNOCRATES. Sachez, bel ami, que les sages médecins font leurs essais sur les gens d'église, malfaiteurs, gueux & putains. Tels sont les quatre élémens d'essais.
BEZE. Tu me refais bien; j'aimerois autant le fou de la Bourdaisiere, qui avoit avalé une pièce de vingt sols. Comme il vint à la rendre par bas, il avoit de la peine. A la fin l'ayant tirée, il dit à son maître, la lui jettant toute breneuse sur la table: en dà, monsieur cousin, que l'argent est fâcheux & difficile à faire.
CEBES. Qui l'eût mis sur votre touche de tantôt, elle eût été touche à connoître merde; cela eût bien servi aux médecins.
XÉNOCRATES. C'est tout un; je reviens à cette pierre, d'autant que je suis alquemiste, aussi les alquemistes ont la pierre en la tête; & pensois que voulussiez parler du révérend pere abbé de Vienne, au-dessous de Lyon, lequel voyant la grosse pierre qui est en la prairie, où il y avoit en écrit: _qui me virera, grand trésor aura_. Le bon & noble pere (il n'étoit pas de la famille des Laurents, il avoit trop d'esprit) se mit en frais pour faire virer cette pierre, & y dépensa trois mille quatre cent vingt-deux écus dix-sept sols & une pite, ce que je mets pour vous assurer. Jaloignès le notaire en a fait le compte. Et comme elle fut tournée, il trouva de l'autre côté: _virier je me veliens, parce que me doliens_.
SALIVAS. Il fut bien deçu; il pensoit avoir trouvé la pierre philosophale.
GALANDIUS. Par la mort d'oeuf, il n'étoit pas en tant de bien que le Granger de saint Martin, qui un tems fut, étant couché entre deux garces, disoit, étendant ses bras, main deçà, main delà: que de biens!
OECOLAMPADE. Je sais bien qu'il est; C'est celui qui mourut l'année passée. Son valet me vint quérir, pour le voir, & me dit: hélas! monsieur, venez vîtement; mon maître se meurt de l'apocalipse; il vouloit dire de l'_apoplexie_; ainsi que l'entendoit le vicaire de saint Saturnin, quand le second président en mourut; lui étant venu ce mal, d'appréhension d'avoir été de la ligue.
MAROT. Tu as bien débuté avec la ligue; tu es un bel archer, tu y vises bien!
JAMIN. Aussi-bien que celui qui voyoit l'amour, qui est à la Boudaisiere, fait en si belle peinture, que l'amour a été fait après ce portrait. Quand le roi venoit de fixer le mercure, il vint en cette belle maison. Et comme ès lieux curieux il y a toujours des amuses fous, ce tableau d'amour étoit en la grande salle. Il y eut un gentilhomme qui s'y amusa; & voyant cet amour avec son trait sur l'arc, comme prêt à décocher, & lisant autour: _sublato amore omnia ruunt_, étoit en grand peine que cela pouvoit signifier. Il passa un aumônier, auquel il le demanda. L'aumônier l'ayant lu, dit: monsieur, vous êtes fâcheux; ce latin là est possible prophane; il n'est pas de bréviaire; je ne l'entends, ni ne le veux entendre. Monsieur, ne vous fâchez point, je vous prie. Il en passa un autre qui fut plus hardi, auquel il fit la même priere. Adonc le prêtre, ayant considéré l'état de la figure, lui dit: monsieur, cela signifie que, si dieu vouloit, tous les anges du paradis tireroient ainsi de l'arc.
BUCHANAN. Je pense qu'il entendoit aussi peu de latin que le sieur du Coudrai, qui me pria un jour de lui montrer du latin. Vraiment, je le menai en la boutique d'un libraire, où j'ouvris des livres latins, & lui montrai du latin. Il se voulut colerer; à jan, j'avois une épée aussi bien que lui; je nous fussions bien battus.
POGGE. Et vive les coups de poings; on n'en meurt que par hazard, non plus que d'autre chose.
DES ESSARDS. Et quoi! portiez-vous lors une épée?
BUCHANAN. Oui.
DES ESSARDS. Et de quel saint?
BUCHANAN. Je suis gentilhomme; & par la double-triple manche de serpe, nous sommes tous gentilshommes en notre pays.
DES ESSARDS. O! ha, hé! & qui est-ce donc qui garde les pourceaux?
BUCHANAN. C'est l'abbé de Turpenai, qui fut celui qui eut la venue par mon compere Tristan que voilà, qui en fait des reproches au roi Louis onzieme, lequel avoit donné l'abbaye de Turpenai à un gentilhomme, qui, jouissant du revenu, se faisoit nommer monsieur de Turpenai. Il avint que le roi étant au Plessis-les-Tours, le vrai abbé qui étoit moine, & comme ceux qui duement pourvus ont été appellés antiques, d'autant que c'étoit à l'antique mode, qu'il n'y avoit point de commentaire; (foin, je pensois dire de _commendataires_.) Cet abbé se vint présenter au Roi, & lui fit sa requête, lui remontrant que canoniquement & monastiquement il étoit pourvu de l'abbaye, & que le gentilhomme usurpateur lui faisoit tort contre toute raison; & partant qu'il invoquoit sa majesté, pour lui être fait droit. En secouant sa parruque, le roi lui promit de le rendre content. Ce moine importun, comme tous animaux portant cucule, venoit souvent aux issues du repas du roi, pour lui ramentevoir son affaire. Un jour, le roi, ennuyé de l'eau bénite du couvent, appella mon compere Tristan, & lui dit: compere, il y a ici un Turpenai qui me fâche; ôtez-le moi du monde. Tristan n'y faillit non plus, qu'il lui eût failli, ainsi qu'il se trouve ès Florides, quand sous le nom de Stratin il eut la tête tranchée à Sancerre, tourné en Rancrese, témoin Verville qui me l'a dit, ainsi qu'il l'a écrit. Tristan prenant un froc pour un moine, ou un moine pour un froc, vint à ce gentilhomme, que toute la cour nommoit monsieur de Turpenai; & l'ayant accosté, fit tant qu'il le détourna; puis le tenant, lui fit entendre que le roi vouloit qu'il mourût, partant qu'il fît son testament, comme font les enfans de Lyon au pied d'une échelle, la tête couverte par privilége notable. Il vouloit résister en suppliant, & supplier en résistant, comme dit notre ami Castillon en son bien dire: mais il n'y eut aucun moyen d'être ouï. Il fut délicatement étranglé entre la tête & les épaules, si qu'il expira; & trois heures après, le compere dit au roi, qu'il étoit distillé. Il avint cinq jours après, qui est le terme que les ames reviennent, si elles doivent revenir, ainsi que dit saint Foubrequin, que le moine vint à la salle où étoit le roi, lequel le voyant, demeura fort étonné, & lui sembloit avoir devant lui le spectacle hideux de l'ame monachale, étrangée de son triste corps. Tristan étoit présent. Le roi l'appelle, & lui dit en l'oreille: vous n'avez pas fait ce que je vous ai dit. Ne vous déplaise, sire, dit-il, je l'ai fait. Turpenai est mort. Hé! je disois & entendois de ce moine. J'ai ouï & entendu du gentilhomme. Quoi! c'est donc fait? Oui, sire. Or bien, se tournant vers le moine: venez ici, moine. Le moine s'approche: le roi lui dit: mettez-vous à genoux. Le pauvre moine avoit peur. Et le roi lui dit: remerciez dieu, qui n'a pas voulu que vous fussiez tué, comme je l'avois commandé. Celui qui prenoit votre bien l'a été. Allez, dieu vous a fait justice; allez, priez dieu pour moi, & ne bougez de votre couvent.
CONTRAT.
XIX. SAPHO. Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas à cette heure.
BEZE. Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de Marmoustier, qui disoit que sa couille étoit en chaleur, & que son vit ne bougeoit de dessus.
SAPHO. C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il regardoit contre bas, il n'eût pas été bon pour la tante de maître Philippes.
COQUEFREDOUILLE. Comment?
SAPHO. Elle vouloit être remariée pour la cinquième fois; & maître Philippes s'en fâchant, lui dit: vraiment, ma tante, vous ne seriez pas profitable à faire un écrou de pressoir; vous usez trop de vis.
TONI. En quel tems est-ce que l'on a plus les vis en la main?
MADAME. C'est quand on descend un degré.
SIBILOT. Qui sont les vide greniers?
CÉSAR. Crocheteurs qui en ôtent le bled. Je crois que l'on s'y échauffe. Voire, & bien plus que le Breton, qui, à la défaite de Craon, s'enfuit & se cacha en la queue d'un étang, sous les feuilles de nymphe, où il fut long-tems, & jusques à ce qu'il apperçut un paysan qui passoit; & il l'appella, lui demandant s'ils étoient encore là. Il dit qu'il n'y avoit plus personne. Vraiment, ils ont bien fait; le cerveau commençoit à m'échauffer. Il lui échauffoit un peu moins, qu'à celui qui avoit la tête dans un pot de fer.
PIGHIUS. Je m'en souviens: nous étions à Genève, & folâtrant en notre logis à carême-prenant en cachette, comme on fait en ce pays, lorsqu'en carême l'on fait le petit exercice. Il y eut un de nos amis, (je crois que ce fut Feverdant) qui mit sur sa tête un pot de fer, & se mit à sauter. En dà; la tête lui entre dedans, & ne pouvoit l'en ôter. Nous eûmes bien de la peine; & sans le pere Ignace qui s'avisa d'un bon expédient, il lui eût fallu rompre le pot ou la tête. Ce pere, plein d'industrie, prit le chausse-pied du laquais de sainte Aldegonde, & le passa sur le nez qui empêchoit que le pot ne se dégainât, & tira par-dessus, si que, le nez rabatu, la tête sortit du pot fort aisément. Nous en rîmes tout notre benoît saoul, d'autant qu'il demeura camus. Mais qui fut celui qui rit tant, qu'il en fianta en ses chausses?
VIGOR. Ce fut mon compere le cardinal le Moine, qui nous avoit proposé de faire un mal-fait sans péché, & un bienfait sans mérite. A quoi fort à propos répondit la docte des Roches, mere & fille, & dit qu'il falloit chier en ses chausses, puis les aller laver; parce que c'est mal fait de chier ainsi, mais ce n'est pas péché, si ce n'étoit par concupiscence, puis les laver, il n'y a point de mérite.
ALEXANDRE LE GRAND. Voire, mais nous parlons de celui qui fianta sous lui.
VIGOR. Vous le saurez. Nous soupions, & ayant fait beaucoup de jolis contes pour rire, le dessert fut de ce mal fait sans péché. Et Chose va dire: (je crois que ce fût moi) voilà; nous avons fait bonne chere avec du plaisir sans mal aucun; & que le mal que nous avons pensé nous puisse avenir. Quoi! dit le sage Akakias, de chier en vos chausses? Nous rîmes si fort & à propos, que le boyau culier se dilatant en la voie du sphincter qui relâchâ, je fis le péché abondamment.
ZANCUS. Fi, que tu étois sale? Pargoi je n'eusse pas voulu alors que tu eusses été en tel point, que quand on passe maître un boucher.
VIGOR. Qu'est-ce à dire?
ZANCUS. Mais tout nud; tu eusses embaumé toute la chambre.
CÉSAR. Mais encore, dites-nous le secret de cette maîtrise.
ZANCUS. Quand les bouchers font un examen à l'aspirant, ils le mènent en une haute chambre; & le tout fait, ils lui disent que, pour la sûreté des viandes, il faut savoir s'il est sain & entier; & pour cet effet le font dépouiller & le visitent. Cela fait, ils lui disent qu'il se revête; ce qu'ayant fait, & le voyant gai & ralu, ils lui disent: or çà, mon ami, vous êtes passé maître boucher, vous avez habillé un veau; faites le serment.
LOUVET. Je pensois qu'on ne fît faire le serment qu'aux gens de justice; da, c'est abuser du serment, de le communiquer à tout le monde; il ne devroit appartenir qu'aux élus.
IVELLUS. Vous en parlez à cause du sire Pierre le Petit, qui acheta un office d'élu & fut reçu. Un jour, étant allé à sa baronnie, son principal métayer le saluant, lui demanda de ses nouvelles; il lui en conta, puis lui dit: tu ne sais pas, Frion mon ami, je ne suis plus marchand; je suis élu. Et da, ce dit Frion, Vraiment, mon maître, j'en suis ébahi; je pensois que pour être élu, il fallût être bien savant.
HAMELIUS. Il y a des états, pour lesquels exercer il ne faut gueres savoir, comme vous diriez prêtres, chanoines, ministres, & tels gens.
RABELAIS. Parlez-vous des ministres de ce tems?
RABANUS. Lisez l'épitaphe du ministre de feue madame; ça été Titelman qui l'a faite.
Par mon opinion sinistre, De savetier je suis ministre.
PARENTHESE.
XX. Dis que tu en as, Calvin.
CALVIN. Je n'en veux autre vengeance que celle qu'en prit Bersaut sur le curé de Barace & ses compagnons. Que Chose vous le raconte: je suis empêché. Ne savez-vous pas que je bois & mange si peu, qu'il me faut être en repos pour pâturer, avisez: je ne mange pas tant que beaucoup de personnes: & si tout le vin du monde étoit-là, je n'en boirois pas le quart.
RABELAIS. Mais ne laissons aller Bersaut.
CALVIN. Dis haut, couillaud d'Angers mon ami, & je te promets que, quand tu seras chanoine de S. Maurice, tu ne paieras rien _pro futuitu_, quoique nos devanciers l'aient toujours fait, & les successeurs le feront, pour entretenir les cérémonies de l'église.
CHOSE. Bersaut passant au-dessous de la bennerie, rencontra une nue de prêtres qui venoient d'un gaignage. Lui, bien accompagné, les environna, & leur demanda d'où ils venoient. Prêtres étonnés ne savoient presque dire, tant ils avoient peur. Or, çà, çà, dit Bersaut à un page: pied à terre; & au bon homme de curé de Barace, qui étoit fort âgé: sus, bon homme, cul bas; là, détachez vos chausses. Il pensoit devoir être écouillé. Quand les chausses furent baissées, le page, au commandement de son maître, attacha le derriere de sa chemise aux reins. Adonc il fit baisser le curé, comme quand on joue au frappemain, ou à la fausse-compagnie; puis, çà, enfans, à l'offrande. Tous les autres prêtres vinrent baiser le cul, & mirent leur argent au chapeau du page. La cérémonie accomplie, il leur demanda: & bien, enfans, me connoissez-vous? Oui, vous êtes le bon monsieur Bersaut. Allez, dit-il, & faites votre devoir; soyez gens de bien. Le lendemain, ces prêtres conterent à deux cordeliers ce qui leur étoit avenu; & les deux freres (qui aussi vont toujours deux à deux. Voire, deux à deux, ce seroient quatre: ils vont un à un. Coucher une à un est bon). Les cordeliers, passant pays, vindrent à Chesfe, où sont les oies rouges, & dînerent avec des gendarmes. Après dîner, ils rendirent graces, & dirent: dieu nous veuille donner une bonne paix. Adonc un des gendarmes va dire: dieu nous ôte le purgatoire. Ha! monsieur, ma chere ame parente de chrétienté, vous blasphémez. Mais vous, dit le soldat; il faut que chacun vive de son état. S'il n'y avoit un petit de guerre & un purgatoire, il ne faudroit ni moines ni gendarmes. A! ha, ha, hé. Au reste, étant passés outre dans le haut Anjou, par-delà Angers,
Basse ville, hauts clochers, Riches putains, pauvres écoliers.
& proche de la maison de Bersaut, ils s'entredisent: frere, qui ira? Ce sera moi, dit l'aîné, qui avoit nom frere Eustache. Il y alla donc, & demanda à parler à monsieur, devant lequel on l'introduit. (Quoi! dit Badius, vous dites monsieur sans queue? Je le crois bien; n'ai-je pas été nourri dans les cloîtres? Je dis comme les femmes de prêtres, qui, tant pauvre soit leur maître, parlant de lui, nomment monsieur: monsieur par-ci, monsieur par-là.
ROBERT. Je ne pensois pas que tu eusses été de ces petits pages de frocs.