Le moyen de parvenir, tome 3/3

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LE

MOYEN

DE

PARVENIR.

_NOUVELLE ÉDITION._

Augmentée d'une Table sommaire des Chapitres.

_Caritas inter jocosve regnat Moria._

TOME TROISIEME,

A LONDRES.

M. DCC. LXXXI.

[On a recopié, dans cette version électronique, le sommaire de ce tome troisième, extrait du tome premier de l'original.]

_SOMMAIRE_

DES CHAPITRES.

_TOME TROISIEME._

I. Sortie contre l'hipocrisie des prédicateurs. Conte de la femme du meûnier complaisant.

_Le meûnier complaisant_, p. 2, cont. p. 10, fin. p. 10.

II. Il n'est repris qu'après le conte de la naïveté d'une fille violée; & de celle du galant qui n'entendoit pas la différence de questionner à ordonner. Explication du mot _sot_; subtilité d'une femme, dont, je crois, elle fut dupe.

_La file violée_, p. 8.

_L'amant trop complaisant_, p. 9.

_La femme chere à vivre_, p. 10.

III. Histoire du vin répandu, & le trou par où il s'est écoulé.

_Conte du ministre et de la servante_, p. 13.

IV. Conte de l'âne bâté. Plaisante façon de déguiser un nom sotisier.

_Conte de l'âne bâté_, p. 15.

_Conte du nom du paysan_, p. 17.

V. Satire contre les Espagnols. Pourquoi Guillaume & Gautier sont deux mauvais noms. Lequel vaut mieux de se voir présenter à son arrivée dans une maison, du vin ou de l'eau. Conte de la famille bien élevée. Naïvetés d'un président. Celle d'un paysan, qui va remercier son rapporteur, a plus l'air d'un sarcasme que d'une balourdise. Plaisantes délicatesses d'un curé. La fille Lyonnoise guérie singuliérement.

_La famille bien élevée_, p. 23.

_Le paysan et le rapporteur_, p. 25.

VI. Chien couchant de léchefrite, c'est un moine en cuisine. Ici la conversation se brouille. Cicéron y dit une suite de bourdes des plus impertinentes. Bonne raison de l'orgueil des barbiers. Parallele de la femme & de la fortune. Conte du barbier amoureux; il s'interrompt par l'explication du sort des hommes mariés, sur les quatre doigts de la main.

_Conte du barbier_, p. 32.

VII. Vengeance d'un médecin sur son barbier indiscret. Garçon barbier qui entend mal. Pari d'un paysan gagné sans replique. Réparties singulieres.

_Le barbier ladre & le médecin_, p. 35.

_L'homme saigné par quiproquo_, p. 39.

_Pari d'un paysan_, p. 40.

VIII. Stupidités sont aussi bien gibier de gens d'église que de séculiers; il y en a dans ce chapitre plus d'une preuve. Conte de Pâques & du jambon, Naiveté d'une fille de chambre qui pouvoit être vérité. Histoire de l'abbé de Grammont & de l'amiral. L'ambassade grotesque. Paysan attrapé y regarde de près, comme chat échaudé craint même l'eau froide.

_Conte de Pâques & du jambon_, p. 44.

_L'abbé de Grammont & madame l'amiralle_, p. 47.

_L'ambassade grotesque_, p. 48, cont. p. 50.

IX. Augurelle fait des voeux, & est la preuve que tôt ou tard les prieres sont exaucées. Exclamations dolentes sur les malheurs passés, présens & futurs qui environnent l'église. Nouvelles sotises de prédicateurs.

X. Conte d'un curé curieux. Conversation d'un savant & d'un crocheteur; explication des mots _premiere messe & premieres nôces_. Ici les convives s'embrouillent terriblement fort, & c'est un défi général à qui déraisonnera. Excès d'amour pour une fille prouvé. Pourquoi les Turcs ne se torchent pas le cul. Rien n'est si aisé que de connoître un Turc d'un François.

_Le curé curieux_, p. 55.

_Conte de l'amant en preuve de son amour_, p. 60.

XI. Différence d'une femme & d'un prêtre. Conte du cheval chrétien. Plaisante explication de la mere des histoires. Maniere d'essayer une épée fort dangereuse pour ceux qui se rencontrent sur la ligne de circonférence qu'elle décrit, quand un fou fait le point central. Combien de fois il arrive qu'on lâche ce qu'on veut garder, & qu'on presse ce qu'on veut lâcher. Mots mal rendus & faisant des sens très-singuliers. Le curé qui brûle son crucifix pour cuire son oie, qui fut, sans doute par vengeance, mangée par les saints de l'église. Maniere de se débarasser de parasites trop acharnés.

_Conte du cheval chrétien_, p. 64.

_La fille & l'oeuf_, p. 66.

_Conte du crucifix du curé_, p. 67.

XII. Soldat pris en maraude. Savoir des prieres c'est le métier des prêtres, & non celui des charons. Un plaideur normand paie ses avocats & rapporteurs d'une singuliere monnoie. On les attrape une fois, mais ils s'en vengent mille. Le paysan tout consolé de sa mort. Le ramonneur pris pour un diable. Un moine menant un diable en lesse, & réflexion juste que ce tableau doit donner à l'imagination. Un moribond dans le transport au cerveau.

_Soldat pris en maraude_, p. 73.

_Le ramonneur pris pour le diable_, p. 77.

XIII. Les quatre mendians, quels ils sont, & leur parallele avec quatre nations de l'Europe. Histoire du serrurier de Bourgueil. Une connoisseuse & bonne ménagere détaille les grandes nécessités du ménage. Les trois filles mariées le même jour, qui conversent avec leur mere, le lendemain des nôces. Chose qu'on peut comparer à une narine. Conte de la fourchette de St. Carpion.

_Le serrurier de Bourgueil_, p. 82.

_La fourchette de S. Carpion_, p. 86.

XIV. Façon de guérir, capable de ruiner les médecins. Devinez ce qui peut empêcher de manger, sans ôter l'appétit. Tableau de la vie des femmes des gens de justice. Celle qui offroit à son mari de louer ce qu'il en trouvoit de trop, avoit bien raison. Les allusions recommencent encore. Conversation de Frostibus & de Luther.

XV. Savante dissertation du poëte Lucrèce sur les gueules. Avis d'une abbesse sur ce qui est dur & dure. Attention qu'ont les convives, pour rendre ce livre plus intéressant, & plus méritant l'immortalité. On recommence le combat des machoires. Origine du proverbe, _le faire pour épargner le pain_. Histoire de Michelle & de ses amans. Curé trahi & privé de tout droit, tandis que tant de femmes sont si bonnes & si reconnoissantes.

_Histoire de Michelle & de ses amans_, p. 105.

XVI. Histoire du mitron & de la femme du conseiller. Toute bonne cuisiniere trouve toujours sur qui faire passer ce qui manque à la maison. Métier de huguenot à vendre.

XVII. Grande dissertation sur le cocuage. Sapho s'égaye en poésie dans son genre.

XVIII. Scrupule d'un curé. Tous causent, & aucun ne s'entend. Quels sont les quatre élémens d'essais pour les médecins. Pierre à Lyon semblable au tombeau de Sémiramis ouvert par Darius. Les aumôniers ne sont pas obligés de savoir le latin d'inscriptions; il leur suffit de débiter le latin de leur bréviaire. Histoire de l'abbé de Turpenai.

_Histoire de l'abbé de Turpenai_, p. 125.

XIX. Sapho cause & ne rougit pas. Conte de la tante de maître Philippes. Bravoure d'un Breton après une bataille. Conte du pot de fer en tête. Ce qui est _malfait_ sans crime, & _bienfait_ sans mérite. Réception d'un maître boucher. Inutilité de la science, pour être élu. Pour être ministre, c'est à peu-près de même.

XX. Vengeance de Bersault sur un curé. Les deux moines dans sa maison. Ridiculité des moines de parler toujours par _nous_.

_Confession du Chien_, p. 135.

XXI. Il est rare de trouver un moment où une femme obéisse. Grande dissertation sur l'excellence de ce livre. Conte du paysan de la Rochelle qu'on menoit pendre. Propos d'un homme à pendre & d'un bourreau. L'éloge du livre continue. Réponse d'un chirurgien à un moine, qui le voyoit embrasser la statue de Charles VIII. Les prédicateurs sont faits pour tout savoir. Origine du proverbe, _avoir le boudin par le nez_. Trois choses ne veulent être pressées. Dans le pays de madame, il y a d'honnêtes maisons où les gens s'ébaudissent avec les dames. Pourquoi on appelle une femme _vesse_. Pourquoi les femmes ne prient pas les hommes. Conte du cordonnier & de la chambriere. Ce que c'est que le sotier de Genêve.

_Conte du cordonnier & de la chambriere_, p. 153.

XXII. Conte des génitoires noires. Délicatesse dans la maniere de faire des confitures. Qui est le meilleur, ou l'ame d'un solliciteur, ou l'épaule d'un procureur. Faute dans Virgile, d'avoir dit _audaces_. Obstination d'une femme. Invention du célibat.

_Conte des génitoires noires_, p. 156.

XXIII. Preuve du libertinage des femmes, quand elles parlent aux prêtres. Cas de conscience d'une femme qui refusoit sa bouche, parce que cette bouche avoit juré fidélité à son mari. Observation à faire, quand on passe devant la porte d'une putain.

XXIV. Histoire du pendu de Douai. Suite de propos sans suite, & de mots plaisans. La bonne fortune de Colette. Bon mot d'un maréchal.

_Le Pendu de Douai_, p. 166.

_La bonne fortune de Colette_, p. 170.

XXV. Homme difficile à guérir. Conte du lendemain des nôces.

XXVI. Pourquoi les prêtres excommunient leurs femmes au _memento_.

XXVII. Prudence d'un homme sur le compte de sa femme. Une prise sur le fait de boire à la cave, quand elle s'en défendoit à table. On cherche la raison pourquoi il y a tant d'ivrognes & de putains. Effets singuliers qu'avoit fait un sermon sur une servante.

XXVIII. Femme dupée par Jean Tenon. Maniere de faire des cendres à peu de frais. Les quatre Saints Jean du calendrier. Un chaudronnier pris pour le diable.

_Conte de Jean Tenon_, p. 181.

_Le chaudronnier pris pour le diable_, p. 184.

XXIX. Les noms sont communs. L'auteur s'étend sur la sottise de ceux qui croient toujours se reconnoître dans tout ce qu'ils lisent. Les qualités d'un étron. Ce que c'est qu'un pauvre musicien. Pirrhus prouve clairement que Rabelais a été évêque.

XXX. Satyre contre les nobles & les gentilshommes. Façon de s'exempter des droits du roi. Plaisanterie sur une femme qui rend le pain béni. Question lequel des deux boeufs est le plus gras. Plaisantes réparties. Procès par gestes, entre un homme & sa femme. Thése théologique soutenue par un savant & un menuisier.

_Femme qui rend le pain béni_, p. 195.

XXXI. Conte de la femme qui a des remords. Médecin diseur de bons mots. Rêverie de Cardan.

XXXII. Quatre noms différens pour signifier une même chose. Plaisante demande d'une femme à l'article de la mort. Un instant, un rien décide de la conversion d'un scélérat, témoin celle d'un sergent. Conte de la femme battue.

XXXIII. Continuation du même conte. Examen de la fortune visible & de l'invisible. La vérole est la visible, & le cocuage l'invisible.

XXXIV. Injustice dans les affaires du monde, d'être obligé de donner de l'argent pour offrir ses services, soit aux femmes, soit aux rois. Véritable nom de l'enfant prodigue. Sortie sur les scrupules, les cas de conscience, & le sujet de ces cas. Le jeu de la courte-paille. Maniere de connoître les hommes & les femmes fideles.

_La femme battue_, p. 208.

_Le jeu de la courte-paille_, p. 216.

XXXV. Cette nouvelle expérience donne grande force à la conversation de part & d'autre. Quatre lettres, auxquelles on donneroit réponse favorable, suffiroient pour faire la fortune d'un simple prêtre. Conte de la femme bercée. Bon remede qu'on devroit plus mettre en pratique; on en seroit plus tranquille. Le grand secret de la composition de ce livre, est ici dévoilé. Rêves de deux gentilshommes, dont l'un gâte ses affaires par trop de zele de son valet.

_Conte de la femme bercée_, p. 220.

XXXVI. Nouvelle tirade contre les prêtres & les moines. Conte de la bouteille d'osier. Mots ridicules, & chansons grotesquement prononcées. Nécessité de prier Dieu démontrée. Secret de faire vingt paires de souliers en une heure.

XXXVII. Demandes faites à des femmes d'apoticaires. Un docteur d'Oxfort demande à entrer pour se décider s'il se fera huguenot ou catholique.

XXXVIII. Seconde Satyre contre la maniere de recevoir que pratiquent les Espagnols. Conte du jardinier & de sa femme. Eloge des chanoines aux dépens des cordeliers. Conte du faiseur d'enfans. La conversation s'anime poétiquement, & chacun y fourre son quatrain. Tour d'une marchande qui gausse ceux qui la vouloient gausser. Origine de la façon de se torcher le cul avec du papier blanc.

_Le jardinier & sa femme_, p. 239.

_Le faiseur d'enfans_, p. 242.

XXXIX. Le conte de la religieuse à qui on montre la musique. Moment où une fille serre les mains de plaisir de voir; que feroit-elle du plaisir de sentir? Ce que c'est que la messe paresse. Pourquoi tout homme de femme qui pete est heureux. Il y a vin mâle & femelle. Choses dont il faut se servir sans le sentir. Le jeu de gripeminaut. Pendu qui n'appelloit pas de sa sentence, mais en appelloit de ce qu'on le condamnoit à une amende. Sort des valets de chambre. Réflexion d'un libraire à l'article de la mort.

XL. Le poëte Beze rentre, & avec Æneas Sylvius il fait toutes sortes de contes. Laquais adroit à donner un verre de vin à son maître. Description d'une tapisserie. Visite rendue à monsieur de Vendôme, & quelques naïvetés. Maniere de dire la messe très-promptement. Secouer le prunier, devinez ce que c'est.

XLI. Dernier effort que font les convives: & réflexion de quelqu'un sur l'essentielle efficacité de ce merveilleux livre du _MOYEN DE PARVENIR_.

LE

MOYEN

DE

PARVENIR.

LEÇON.

I. Il n'y a rien tel que faire bonne chere, besogner un peu, & avoir de l'argent. Voilà, le sage Ulisse préféroit la cuisine au nectar & à l'ambroisie de la belle Calipso. Aussi, que diable servent tant de vétilles? Il n'est que de faire grand-chere, & se réjouir; c'est vivre cela: &, n'en déplaise à ces couillasses de prédicateurs, qui se crévent tous les jours de la semaine, pour jeûner la nuit, comme bons catholiques, lequel vaut mieux crever de graisse ou sécher de pauvreté? C'est ce que me disoit mon compere Bagautier, qui avoit la vérole: autant vaut pourir sur terre, qu'en terre, & puis qu'on a un jouet, que Dieu a donné pour s'ébattre, que si cela ne se faisoit, on troubleroit toutes les fusées du grand dévidoir du destin.

CÉSAR. Je ne sais quel petit semblant; mais jamais je ne fus sur aucune pour néant.

HERODOTE. Ne le prenez pas là pour néant; c'est-à-dire, un coup, & puis plus. Cela vaut autant qu'à coupe-cul. Il m'en avint ainsi, quand je donnai une chaîne d'or à la belle Drogueuse; qui la prit, & me fit passer une nuit avec elle joyeusement. Depuis, quand j'y voulus aller, ne me connut plus. Elle est de celles qui le veulent faire sans péché & scandale. On ne s'apperçut jamais pour un coup. Un refus à un, qui l'a fait une fois, est le corrigement de toutes les autres; & afin que vous ne me gaussiez, je vous déduirai mon aventure de cette-ci. Un meûnier avoit une belle femme; _elle se nommoit Denise, aimoit mieux chauffer son cas, que brûler sa chemise_: & puis on dit que je radote, ramenant les vieux proverbes.

ERASME. Mais comment diriez-vous en un mot, une femme qui se chauffe, & a un chat entre les jambes ou sous ses robes?

HÉRODOTE. C'est _consumis_. Et s'il n'y avoit point de chat, ce seroit _convoitison_. Or vous qui en savez tant, dites-moi en grec ou en latin, c'est tout un, comment vous diriez en un mot un homme qui n'a point d'argent, qui en voudroit bien avoir, qui en feroit grand-chere.

ERASME. Voilà bien des paroles, ô, ho, a, ha; il ne faut que dire: _ego_; parguoi, vous vous y entendez, comme un aveugle à tirer des cirons. Mais revenons un peu à cette meûniere.

HÉRODOTE. Le curé présente donc son service d'amour à Denise; & elle le refuse tout sec, d'autant qu'elle n'étoit pas encore saoule de son mari. Il la presse, & continue importunément sa recherche, parce qu'en usage de prêtre, il ne faut que pousser & s'encrucher.

CUSA. Je pense que tu as été prêtre, ou moine, pour autant que tu les déprises ainsi; & que tu ne saurois tant de leurs affaires.

HÉRODOTE. Oui, j'étois le nourricier de leur cul, je lui baillois de la bouillie, & ce qui me demeuroit aux doigts, je le vous faisois lécher. Denise fâchée, & aussi importunée qu'une garce qui a deux maîtres d'ordinaire, lesquels sont comme les bouchers de notre pays, qui sont deux à une bête, dit à son mari que ce prêtre la requeroit de lui faire tout ainsi qu'il lui faisoit, quand ils s'ébattoient pour s'endormir. Le mari y ayant pensé, & s'estimant trop homme de bien, pour n'être point cocu, jugea qu'il le falloit être à profit; & qu'aussi bien ne pouvoit-il faillir que cela n'avînt, ou pour néant, ou à son désavantage, ainsi qu'ordinairement il échet à vous autres messieurs. Ne voulant donc demeurer à l'être, comme une pauvre sorte de marauds qui n'ont point d'amis, lui dit qu'il falloit y aviser, & que si ce curé lui vouloit donner ses quatre septiers de froment, qu'il avoit eu de son gros de saint Maurice d'Angers, (qui est le fils de celui de Tours, à ce qu'on m'a dit) qu'elle ne feroit point mal d'y entendre. Ma mie, il fait bon gagner quelque chose, cette année que tout est si retiré: une nuit n'est pas tant, il y en a plus que de semaines. De par dieu, soit. Il est bonne personne; il n'en sera que plus gentil, & nous en aimera mieux; il nous confessera pour rien; fait bon épargner. Il n'est si bel argent qui ne s'en aille. J'irai aux champs; & tu lui donneras une assignation. Une fois n'est pas tant, pour avoir du bled; s'il le veut, il aura du plaisir; mais il le paiera. Est-ce pas raison? Promets-lui; mais n'y faudroit pas retourner. Pour une nuit, passe; tu auras eu autant de bon tems, tandis que je m'épargnerai pour une autre fois; aussi-bien me faut-il un peu reposer; mais n'y faudroit pas retourner. O! mon ami, j'aimerois mieux être tombée sur la pointe d'un oreiller, & m'être rompu le cou sans me faire mal, saine & sauve soit la compagnie, que d'y avoir pensé. Le complot pris, Denise attendit le curé, qui ne faillit à venir encore pour tendre ses gluaux. Ainsi qu'il est à deviser avec elle sur le sujet d'enfiler des perles, elle lui dit: en da vere, vous causez assez, vous autres prêtres, & voulez avoir ébat; mais vous ne voulez rien donner. O, ho! & ne tient-il qu'à cela? Demande-moi tout ce que tu voudras; tout ce que j'ai est à toi, mon connaud; dis-moi ce que tu veux. Mon mignon, j'ai un mari fâcheux; & il me gronde, parce que j'avons faute de bled. Donnez-moi vos quatre septiers de froment; & venez coucher avec moi, quand vous voudrez, pourvu que mon mari soit allé aux champs. Il pourra bien y aller ce soir; attendez & revenez après vêpres, & je vous le dirai; si d'aventure vous ne le voyez passer sur son grand mulet. Le curé sortit. Le mari, tout averti, monte sur son mulet; il passa, sur la soirée, par devant le presbitere, où le curé le guettoit à passer. Il fut bien aise, & lui dit: où allez-vous compere? Je m'en vais à cinq lieues d'ici quérir du bled, monsieur le curé. Dieu vous conduise, mon compere. Adieu, monsieur le curé; & d'aller; & le curé de venir au moulin, d'où l'autre âne fut envoyé au presbitere quérir le bled. Cependant le chapon rôtissoit. Le curé, qui tant avoit ouï dire de tours faits aux autres, se voulut assurer & en prendre une poignée sur la mine, avant que de se coucher; ce qu'il fit gracieusement, forçant la meûniere, en dépit qu'elle le vouloit bien. Puis ils souperent, puis ils se coucherent, puis s'embrasserent, & puis ils firent la belle joie, & de ce qu'il peut: on ne fait pas ce qu'on veut. Il s'ébatit à bon escient pour son bled; & sans apostrophe, avec plénitude d'efficace réelle. Et boute, mon ami, boute; tout ce bon bled passera bien par une trémie. Il est vrai qu'elle n'osoit y prendre autant de plaisir qu'avec son mari, de peur de le faire cocu, & qu'elle prît goût au revas-y. Voilà comment elle étoit forcée.

LE BON HOMME. Elle l'étoit, comme celle qui fit mettre en prison messire Ambroise; lequel, à ce qu'elle disoit, l'avoit forcée; mais achevez ce curé.

CÉSAR. Laissez-le un peu faire à son aise.

SUPERSTITION.

II. LE BON HOMME. Vous savez que ceux qui sont en prison, sont instruits par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, étant amené devant l'official, fut interrogé en la présence de la fille. Venez ça, mon ami. Connoissez-vous pas bien cette fille-là? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baisée quelquefois? Oui, monsieur. L'avez-vous quelquefois poussée, pour vous accoupler avec elle? Oui, monsieur; mais elle remuoit & tempêtoit, se trémoussant si fort, que je ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va répliquer: hélas! monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc pas prise par force? Que fait notre curé.

HÉRODOTE. Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme le jardinier qui trouva sa maîtresse endormie, une jambe en bas & l'autre sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prêt à s'émouvoir qu'une rose fraîche: il y fiche sa fleche; & comme il poussoit trop fort, elle s'éveilla, & le voyant, lui dit: qui vous a fait si hardi? Je m'ôterai, s'il vous plaît, madame. Je ne vous dis pas cela, vous êtes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi?

GRATIAN. Ce mot de _sot_ est fâcheux, si est-ce que le chevalier de Brin l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils tenoient à l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or ça, mon gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besognée? Oui vraiment, madame; & ne vous en déplaise, je voudrois bien vous avoir embrassée amoureusement, homocentriquement & résolutivement. Allez, vous êtes un sot, le plaisir seroit passé; pour être content, il voudroit mieux me le faire.

HÉRODOTE. Comme possible fait notre nouveau meûnier. Faisons-le lever: il est trop aise. Si-tôt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue entre les jambes, honteux comme un coq plumé tout vif. Quelques jours pensant à ses évacuations de la premiere, seconde & troisieme figure.

NÉRON. Il étoit aussi étonné que le conseiller de Blois, à qui sa femme demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me coûte plus de dix écus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous revienne qu'à un douzain; il ne tiendra pas à moi, si vous pouvez, que vous ne me deviez du reste.

HÉRODOTE. Le meûnier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il dit à sa femme qu'elle n'y retournât plus, à peine d'avoir le cou rompu. (Ainsi la nécessité fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours après que le meûnier étoit aux champs, le curé vint voir Denise, & se mit à la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le curé; si mon mari venoit, il nous feroit méchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que j'ai voulu; & vous faites la revêche? Quoi! votre cas est-il plus cher ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le curé, je n'en ferai rien; il est résolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage, y fussiez-vous d'ici à cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne. Que vous êtes importun! Il la baisa, il la tâta au tetin, il mit la main sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empêche, & fit trop la courroucée & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial, pour marquer le nombre: hélas! que voulez-vous faire? Si mon mari venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fâcheuse! Et pourquoi non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas dit. Or ça, laissez-moi; ôtez-vous. Quoi! à tout sans revenir? Oui. Pour le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en s'écriant: ô quel grenier, où j'ai mis mon bled!