Le moyen de parvenir, tome 2/3

Part 4

Chapter 44,034 wordsPublic domain

SAPHO. C'est une décoûture au bas du corps; ce qui avint, quand Jupiter eut coupé l'androgine. Il commanda à Mercure de recoudre le ventre à l'un & à l'autre; cela est cause que le ventre est si délicat. Il cousit l'homme avec un lacet trop long; tellement qu'à la fin de la coûture il en resta un bout. Et cousant la femme, il prit le lacet trop court, si qu'il y eut faute, & il y demeura une fente, faute de points. Et en avez-vous? Mettez cela en la boëte au saffran. Mais encore, messieurs les savans, savez-vous bien les sept merveilles du monde? Vous ne dites mot. Je vous ferai savoir de belles choses, si je veux. Or préparez-vous à ouir. Ne vous recordez-vous point que les souris courent en la paille, sans se pocher les yeux? Je vous dirai des secrets plus notables, & qui contiennent toutes sciences. Les sept miracles, ou merveilles, sont 1º. Une poule noire, qui fait un oeuf blanc. 2º. Le vin clairet, qui est beu comme le vin blanc, & pissé blanc non rouge. 3º. Le bout d'un homme, qui n'a point d'oreilles, & oit quand on parle d'accrocher. 4º. Le cas d'une femme, qui est un vaisseau qui a la gueule contre bas & est étanché. 5º. Le paillard outil d'un amant, qui se bande sans guindal, de lui-même. 6º. Le bouton d'amour d'une femme, qui tire la moëlle des os, sans le casser. 7º. Et le cul, qui se ferme & ouvre, comme une bourse, sans tirans. A, a, a, ha, hé. Toute la compagnie se mit à rire; & nous nous trouvâmes joyeux & alegres, comme une belle troupe de jeunes ou nouveaux cardinaux.

BATILE. Vraiment, Sapho, vous avez tort; vous êtes bien salaude: jamais vous ne direz rien de net. Non, dit-elle, non plus que la Soldée ne peut jamais faire de beurre net.

QUINTILIEN. Je vous prie de nous expliquer votre dire.

SAPHO. Par mes amours, je le veux: mais me direz-vous la vérité de ce que je vous demanderai?

QUINTILIEN. Oui.

SAPHO. Si mon cul vous baisoit; le baiseriez-vous?

QUINTILIEN. Passe outre.

SAPHO. Quelle difference y a-t-il entre votre nez & le cul du chien? Le cul du chien a le poil dehors, & votre nez dedans; ainsi différent vérité & raison. Si votre nez étoit en mon cul de derriere, il seroit vérité; mais ce ne seroit pas raison qu'il y demeurât. Or voilà comment je leurre ces savans; que le dianche les puisse saupoudrer. Ils ont tout leur engin en la cervelle. J'aimerois autant qu'un savant, qu'un pédant, qu'un de ces doctes de lettres me fichât une cheville en l'oeil, que me copuler amoureusement, tant leur consuétude est fade. Il n'est que bons compagnons, qui savent la mignotise pour s'en ébattre; & non point se faire payer pour cela, comme ces entendus, qui, à vrai dire, sont veaux de double pelisse. Mais avant; & puis. Là, vous me voulez remettre; j'y suis, bien que ce ne soit pas là, ains autre part, qu'il me démange. La Soldée étoit une honnête beurriere de Bourgueil en chrétienté: (c'est auprès de Touraine, & non en Touraine. Si cela fût avenu en ce pays là, on n'en eût fait que rire, parce que les fous y croissent comme en votre pays, monsieur le Lisart). Un jour devisant, son mari lui reprochoit sa saleté. Vraiment, ma commere, tu ne saurois faire de beurre net, tant tu es mal propre. Agà, si ferai; j'en ferai, & le ferai si net, que t'en ferai manger; & le salerai pour ton carême, que je te ferai mieux faire, que ne font les moines, qui mettent du sain doux en leurs choux en carême, pour épargner le beurre par humilité, à cause des hérétiques de Saumur. Or bien notre Soldée (qui étoit aussi propre que la femme de Périclès, qui se torchoit le cul au bout de la nappe, & presque aussi sotte que celle de Tite-Live, qui, voyant des béliers, demandoit ce que c'étoit qui leur pendoit encre les cuisses: c'est leur couille, dit gros Jean. Comme elle vit venir les brebis, & voyant leur pis enflé, elle disoit: elles ont belles couilles, nos brebis.

L'AUTRE. Ainsi Pindare, hier, dînant avec nous chez Mécénas, louoit fort une bonne tétine de boeuf routie, & mise à la sauce douce. Mais n'oubliez pas le beurre: c'est la douceur d'entre les jambes.

MADAME. Vous êtes si sage, que vous êtes fou.

L'AUTRE. Ho, ho, gardez-vous de prononcer, ainsi que fit Charlotte à Blois; durant les états, que nous étions avec ce moine de Bourmoyen, qui rioit tant avec trois nonnains. Le voyant ainsi rigolant, je dis tout haut, ce moine est fort crêté & frétillard après ces nonnains. Voire, dit Charlotte, il est fou trois fois la semaine.

DENIS. Sec, frere Jean, il le feroit neuf fois, à chacune trois fois, sans les autres; outre cela il aime bien besogne d'église faite.

MICLEOT. Il n'en est pas toujours si ardent; il est feru, comme un chien d'un bâton. Si on lui dit: allez à l'église. Qui y est? Ils y sont tous. Ils sont donc assez. Une autre fois: qui y est? Il n'y a personne. Je n'y ferois rien tout seul.

HÉSIODE. Vous vous êtez trompé du lieu: cettui-là étoit de Mermoutier, c'est-à-dire de _la mer des moûtiers_.

DENIS. Non étoit.

HÉSIODE. Si étoit.

DENIS. Vous avez menti bien humblement.

HÉSIODE. C'est vous, si je puis.

DENIS. Mais bien vous, sans vous faire tort.

HÉSIODE. Mais vous, sans péché, comme disoit mon compere Guillaume. Et bien, mon ami tant gai, où est le temps que nous besongnions ces belles garces, çà & là, sans offenser dieu?

MADAME. Paix, paix.

HÉSIODE. Bien je reviens, je le sais, je ne dis rien sans en être bien informé, & tout de même que l'étoit _Hérode qui radote_: & par ma digne conscience qui est aussi nette de mensonge, que d'ulcere le corps d'un vérolé.

BÉNÉDICTION.

IX. MADAME. N'oubliez pas le beurre, encore une fois.

SAPHO. On dit que les femmes sont grandes parloires; mais vous l'avez gagné à ce coup sur moi; & est venu à propos, parce que cela est cause qu'encore aux carmes, à Paris, on crie: (_n'oubliez pas le beurre._) Or donc Soldée, ayant reproché à sa femme qu'elle ne feroit jamais de beurre net, parce qu'elle n'étoit pas si propre que mademoiselle de Lausnai, (qui, pour aller au privé, prenoit son masque, sa devantiere & tout son harnois à chevaucher, pour mieux serrer les poings, c'est-à-dire, chier; d'autant qu'une femme, faisant du gros, serre les poings; faisant du menu, elle les dilate. Mais, belles dames, ne soyez dégoûtées de beurre, à cause de ce que je dirai; ainsi que le fut la fille du président de notre ville, qui fut plus d'un an sans en manger, parce qu'elle avoit oui beautems raconter; comme ayant couru plusieurs postes, & étant à Moulins, il prit un parchemin, (C'étoit le contrat de mariage de la dame de la poste) & le couvrit de beurre qu'il se posa au cul, qu'il avoit tout effleuré sans croupiere. Ce beurre ne fut jamais mangé: celui de Soldée fut fait avec beaucoup de propreté. Elle avoit pris une chemise blanche, une gorgerette, un garderobe; bref elle étoit en beau point, & si propre qu'un jeune coureur de fortune l'eût volontiers encochée. Ainsi ajoppée & bien lavée, elle se mit environ son beurre. Son mari tout émerveillé, considéroit cette grande aventure: & déja espéroit que sa femme le feroit mentir, tant son cas étoit propre. Le beurre étant prêt, mis en livres, demi-livres, quarterons, & n'y restant plus que la petite façon dessus; (c'est que les biens-disans disent _le verbe_, _le garbe_, ou comme vous voudrez.) Cette joliveté s'y faisoit avec un petit bois taillé, qui étoit enveloppé dans un linge net, & mis sur le badaut. Badaut est un engin qui tient au plancher; & ainsi plusieurs badauts y a qui ainsi pendent vis-à-vis. La Soldée, voulant prendre ce petit bois sur ce badaut, monta sur une selle à trois pieds. Qu'au diantre soit celui qui fit la maison, où fut marié le pere de l'évêque, lequel sacra le prêtre, qui maria la mere de celui qui forgea la cognée dont fut coupé le bois où fut émanché le pic, dont on releva la terre, pour planter l'arbre, duquel fut faite la premiere selle à trois pieds. Comme cette pauvre femme, si propre, s'élança de dessus sa sellette; voilà cette abominable selle qui va broncher, & ma pauvrette: ayant une jambe en l'air, & autre assez près, qui coula avec la selle, va faisant une petite ruine, sans se dépécer, & tomba si à point, pour n'être pas offensée, que son cul donna en plate forme, & si proportionnément dans sa gidelle sur son beurre, qu'elle le remit en chaos, défaisant toutes ces figures distinctes; & le repaîtrit malheureusement par la pesanteur de son fessier, qui, de la roideur du coup, étampa l'impression de ses fesses si abondamment, que le beurre en fit la vénérable remembrance en creux.

RABELAIS. Vous avez vu des culs relevés; si vous en voulez voir de creux, faites faire tel essai; il n'y a rien de si propre à mouler fesses fermes, que beurre frais. Je l'ai appris des Ecossois Insubériens, qui se délectent à la vue des fesses, parce que là est la parfaite beauté qui ne se hâle point. Ho! dit maître Jérôme, vous m'avez blessé; & là, le nez; je n'y joue plus. Achevez.

SAPHO. La soldée bien étonnée, se résolut en sa disgrace; & pour réparer son désastre, se mit à arracher de son cul à belles mains, le beurre qui y étoit attaché.

HYPOCRATE. Mais les chymiques disent qu'ils cherchent les esprits: & de là il sembleroit que vous voulussiez conclure que les femmes ayant plus de cul, eussent plus d'esprit que les hommes.

CELSUS. Cela est vrai, & y paroît. Qu'ainsi ne soit; une fille de sept ans pissera plus gros que ne fera un garçon de dix-neuf, comme étant plus coupable, & partant ayant davantage de jugement.

ORONCE. Vous ne mettez en avant que des redites. Que pensez-vous? Croyez que plusieurs savent ce qui se fait ici. Qu'y ferez-vous, puisqu'aussi-bien tout ce qui est dit ailleurs est pris d'ici, qui est la source de toutes sciences? J'ai étudié plus de cinquante ans en ce livre, tant je l'ai trouvé de savoir inépuisable.

L'AUTRE. Boute, mon ami, boute; écris tout ce que nous disons; tu transcris & nous récitons par coeur; & puis un bon oeuvre n'est jamais prescrit.

PRICIAN. Ceux qui disent: j'ai vu ceci ou cela autre part, sont des chétifs averlans. Quand on mange d'un chapon, est-ce le chapon qu'il y a plus de cent ans qui fut mangé & chié?

QUELQU'UN. O que vous dites bien, sage vieillard, que vous avez un bel âge.

L'AUTRE. Ne vous déplaise; je vous dis que vingt-cinq ans est un plus bel âge; & n'en déplaise à Caton, qui disoit tantôt qu'il étoit si bon compagnon, qu'à l'âge de soixante ans il le faisoit encore deux fois.

CATON. O! lourdaut mignon, mon ami; c'est une fois en été, & l'autre en hiver. J'aimerois autant le vieil médecin qui me nommoit son fils, quand il me voyoit, & je l'appellois _pater_, parce qu'ils sont relatifs: il disoit qu'en son vieil âge il le faisoit mieux que jamais, d'autant qu'il y étoit plus long-tems, & y prenoit beaucoup plus de peine; & qu'aussi son instrument étoit plus fort que sa jeunesse, parce que jadis il se bandoit seul; & maintenant, encore qu'ils fussent deux, si n'en pouvoient-ils venir presque à bout.

CETTUI-CI. Tandis que nous tenons ce médecin, je veux dire comme il me gaussa l'année que je me fis chanoine; sur quoi vous pourrez apprendre pour votre usage, un des plus exquis secrets de ce monde, nature étant restituée; ce fut en la présence d'un médecin & d'un financier. Il me dit donc: il y avoit un badin (_notate verba, & colligite signa_; ainsi disons-nous, nous autres Latins) qui ayant fait une grande remontrance à son fils, sur ce qu'il devoit devenir, lui proposa l'infidélité des marchands, la déloyauté des gens de justice, les impostures des médecins, toutes les voleries des financiers, la tromperie des artisans, la perfidie des précepteurs, touchant au vif ceux qui, de toutes ces sortes, ne sont pas gens de bien. Puis après, il lui demanda quelle condition il vouloit suivre? Le fils ayant justement pensé, lui dit: mon pere, je ne veux aucun de ces états que vous avez dit; je desirerois être de la vacation de ceux qui portent des peaux de veau sur le bras gauche. A cela je réponds: grand merci, monsieur; hachez menu, la chair est dure; touchez-le doucement, je hais la peau délicate, ne le sanglez pas si fort, qu'il ne pette. A cela il me tend la main (or avoit-il femme jeune & belle encore;) j'avance main; & prenant la sienne, je lui dis bien humblement: voici la main de celui qui, dieu merci, a besongné mademoiselle votre femme, ou n'a tenu qu'à lui. Je parlois de la sienne; & il ne l'entendoit pas. Et dà, pourquoi est-ce que nous portons l'aumuce? c'est-à-dire, cette peau sur le bras. (Cette peau de veau, à propos de vous, qui disiez tantôt... Or là, dites. Le bon homme étoit tout pensif de ce que je lui avois dit, aussi-bien que mon procureur, qui a belle jeune femme, auquel parlant des femmes, je lui dis: par mon serment, cousin, j'ai besongné votre femme aussi-bien que vous. Il est vrai, peuple ententif, parce que je ne le besongne jamais, ni elle aussi: je les avois donc besongné l'un comme l'autre.) Alors je dis à mon médecin: il faut que je vous le déclare, pour vous ôter de songerie; c'est signe que nous ne mourrons pas en la peau de veau comme vous autres.

PROPERCE. Que ne savois-je ces belles réponses, & ces doctrines! Je suis fort déplaisant, & meurs de regret, que je n'attendis à écrire, pour être le secrétaire de ce simpose, qui m'eût plus apporté de réputation, que n'en auront tous les écrivains, toutes les écritures & tous les écrits ensemble. Or c'est tout un; j'ai la copie des discours, tant verbaux que couchés par écrit, comme disoit notre avocat: je me tiens à mes demandes faites par requêtes verbales, desquelles la copie est en mon sac. Et voilà comment je me tiens aussi à ces futures sentences qui sont ja écrites. En outre, je prévois pour tout que ce banquet sera le grand, unique & universel sur tous autres, & monarque des simposes oecuméniques.

ZOROASTES. Je suis tout ému d'esprit prophétique, & connois devant & derriere qu'ici se résoudront toutes les questions du monde; ainsi qu'il est ordinaire, que sans le boire & le manger, on prend, on a pris & prendra occasion d'enseigner cela qui est tout parfait; & comme la vérité & la vanité, l'excellence & la sottise s'affrontent, l'un & l'autre se pratiqueront en ce lieu; & on verra souvent la gloire proposer à son client l'honneur du premier lieu à la mangeoire, comme aux privés publics, on s'entre-fait place honorable pour fianter glorieusement; & même à Genève l'assiette, pour poser le fondement, est aussi nette que le tranchoir sur lequel vous mangez.

TEXTE.

X. Comme j'étions ententifs: & qui sommes nous? Je sommes ce que je sommes; je jouons. Et que jouons je? Je jouons ce que j'ons. Et qu'ons-je? J'ons ce que j'ons. Ons-je en jeu. Si je n'y ons, j'y fons. Foin, ces Parisiens-ci me troublent. Paix, ou que la merde vous puisse baiser.

GUALTER. A propos, si vous étiez en prison environné d'étrons, qu'aimeriez-vous mieux, ou en sortir par amitié, ou par force? Par amitié; il faudroit donc les baiser les uns après les autres. Par force; il faudroit donc leur donner à chacun un coup de dent. Et vous, taisez-vous, que j'acheve; & que nous prenions garde à tant de parfaites doctrines. Quelques-uns de la compagnie, pour faire une pause récréative, se donnerent le petit mot du guet. C'étoit la fleur des plus sages, qui firent un complot de gaieté, pour faire rire la compagnie; & allerent en une autre chambre, inventer une comédie à l'Italienne. Je vous dirai qui furent ceux-là, à la charge que, si vous le dites, & qu'il m'en soit fait quelque reproche, le diable vous emporte. C'étoient Socrates, Plutarque, Rabelais, Gaguin, Luther, Ronsart, Pindare, Marot, & quelques autres de même farine & pareils brans, & assez sages & fous pour contenter le monde.

LUCIEN. Quelle différence mettez-vous entre farine & bran, vu que la plupart de ceux-ci sont, comme dit l'autre, tournés en farine de diable?

L'AUTRE. Vous ne changerez jamais, encore que notre bon ami Pithagoras vous ait fait passer par son alambic; si est-ce que vous êtes toujours de même; & je crois que c'est vous qui en êtes la vraie farine de diable, d'autant que Dieu vous fit bon comme farine, & vous êtes méchant comme bran. Et afin que vous le sachiez, je vous dirai d'où vient ce dictaire; je me dépêcherai, afin que le bon homme ait son sac. Il y avoit un pauvre petit paysan, qui avoit quantité d'enfans, & n'avoit point de pain pour leur donner, pour lors que la famine pressoit. Une nuit s'étant endormi de tristesse, il songea qu'il trouva le diable qui le consola, & lui dit que, s'il vouloit, il lui donneroit de quoi bailler à dîner à son menu peuple, & là-dessus le mena en une forêt obscure où il lui montra de grands sacs pleins de farine. Le paysan ébahi & aise, dit: mais comment trouverai je ce lieu, si j'en pars? Le diable lui dit: eh! chie auprès, pour le remarquer. Le triste pauvre homme s'efforça, & fianta dans le lit, plus que six ladres constipés ne feroient par un clystere enforcé de quadruple dose de fine bénédicte. A son réveil, il trouva le bran, en quoi s'étoit réduite toute cette diabolique farine.

LUCIEN. Mais encore, puisque vous y êtes, déclarez-nous un peu d'où vient ce bon mot, _afin que le bon homme ait son sac_.

GUEVARRE. Cela avint en Anjou, en un bois qui est près de la Rochefouque. Un gentilhomme avoit fort recherché une demoiselle du pays, sienne voisine, qui ne l'osa accommoder de son ustensile, parce que la commodité ne s'y offroit pas, & que possible, lorsqu'il le vouloit, il y en avoit quelqu'autre (& notez, qu'il n'y a que ces deux raisons, avec celle qui a été dite tantôt, qui empêchent les femmes de prêter leur gnomon.) Un matin cette demoiselle, ayant affaire en une sienne métairie (possible alloit-elle voir un de ses amis) passant à travers ce bois, fut rencontrée du gentilhomme, qui alloit giboyer & n'avoit en main que son arquebuse. Le gentilhomme prit la rencontre, & dit à celle-ci: vraiment, il y a assez long-temps que vous m'attermoyez. Je vous prie que ce soit à cette heure; il y a toute occasion à propos. Hélas! lui dit-elle, que pensez-vous faire? Attendez à une autre fois. A cette-ci, & à une autre, tout sera bon. Mais quoi! je suis en manteau; je me salirai toute. Ce gentilhomme, levant la tête, vit un pied-gris passant auprès d'eux, lequel avoit un sac. Il le prit, & lui dit: compere, attendez-moi. Ayant ce sac, il le lui montra. Et bien, dit-il, voilà pour mettre sous vous. Elle, se voyant pressée, & qu'il falloit passer par-là, en dépit qu'elle le vouloit bien, lui dit: là donc, dépêchez, afin que le bon homme ait son sac. Achevez, je vous prie. Socrates, comme le plus fou (ainsi disent ceux qui passent une porte: _je passerai le premier comme le plus fou_; _ergò_, les autres fous en leur présence, à leur nez, & sans contredit. Mon sot de valet ne fut pas si sot. Un soir qu'il falloit porter la chandelle, pour éclairer aux gens d'honneur qui sortoient, il ne vouloit jamais passer devant, disant que l'honneur ne lui en appartenoit pas. Cette petite bande entra de même, & le sire Socrates marchant en gravité posée, comme monsieur le chantre de Paris aux bonnes & nobles fêtes, ayant toussé, & s'étant monocordisé sur son geste, préparé en pompe minoise, après avoir remué sa trogne scientifique, ainsi que voulant annoncer quelque grande chose avec un accent admirable, va dire: hem, hem, hem. JE SUIS. Et ainsi qu'il faisoit une trop grande pose présidentale, pour exciter à émotion audienciere, la reine d'Egypte, qui vraiment y étoit par honneur, se fâchant d'attendre si long-temps, ajouta à son propos, UN SOT. Tout le monde, jusques aux anges & aux serpens, sans les pierres et les cailloux qui en creverent, se mit à rire si fort, que la mule du Curé de Saint Eustache en foira de si pure joie, que la vie lui en faillit par le fondement. Ainsi la farce fut gâtée & tout le cidre répandu, & la gentillesse remise à une autre fois; & chacun fit comme aux nôces.

ARNOB. Vraiment, Socrates mon ami, tu devois bien y aller. Et que diable! tu es fat, de te faire moquer de toi, sous ombre de l'opinion que tu as d'être savant & sage, plein de doctrine comme la gibeciere d'un hermite frais tondu. Voilà ce que c'est, tu es présomptueux; parce que tu n'as fait toute ta vie que chanter aux latrines avec les couillaux.

BARLET. Parlez net.

ARNOB. Je pensois dire _lettrain_ avec les choriaux, ma langue a suivi l'usage commun. Ne savez-vous pas qu'il y a des églises, où les chanoines ont des vicaires qui font pour eux, & sont dits choriaux? Mais, parce que ce nom est rude, les filles ont inventé de dire couillaux; comme celle qui disoit qu'elle ne vouloit pas que l'on tournât son nom, de peur que l'on n'y trouvât quelque couillonnerie: elle vouloit dire quelque coyonnerie. C'est tout un, la douceur en vient.

SINODE.

XI. Par la vertu de l'herbe de la Saint-Jean, penses-tu qu'il te sied bien de faire le fou? Ces grands sages n'ont point d'esprit à boufonner; ils ont l'échine trop plate, le col trop roide & la cuisse trop avalée, & s'ils s'en veulent mêler, cela avient, comme une huiliere à coëffer une reine, tellement qu'ils trébuchent si roide, qu'ils paroissent fous de haute alkimie, & au-delà. Tandis que César écoutoit ceci, son laquais, qui depuis fut roi d'Espagne, étoit derriere lui, pour avoir de la chair. Etant importuné, il se retourna, & lui dit: cap de biou, mon laquais, je vous donnerai mornifle: & tout sert. Si tu veux de la chair, prens-toi au fesses.

BOECE. Il a mis cela en effet, & est cause qu'il y a tant de dames bossues, d'autant qu'il savoit en plusieurs lieux que celles qu'il attraperoit, il les happeroit aux fesses; comme étant les plus savoureuses & mieux faisandées, joint qu'il étoit assez aisé parce qu'alors les dames n'avoient point de culotte. Il est vrai, (oui; je ne dis point comme les autres fois, quand je mentois par oüi dire. Je l'ai vu): c'est que pour crainte que cela n'avînt, plusieurs ont fait faire des calleçons, ou brides à fesses, afin de se garantir; & les autres, qui n'avoient pas cette industrie, pour sauver leur cul, craignant la dent laquaïsme, ont mis la chair de leurs fesses sur leurs épaules. Cela est donc cause des bossues. Vraiment, si elles engendroient leurs semblables, bientôt le monde seroit bossu. Fi, fi; il ne le faut faire qu'aux belles; la bosse leur sert de grace: & puis tous choses sont choses. Sec, gardez-vous de cheoir, madame Safy, il y a un grand trou devant vous; si vous mettez le pied dedans, vous vous gâterez.

MADAME. En dà, si vous aviez le nez dedans, & deux autres de même autour des deux yeux, vous auriez une belle paire des lunettes.

BOECE. Taisez-vous; vous êtes belle. Que sera cela? Les belles se font prier, & les laides prient; chacun fait ce qu'il peut pour vivre. Pourquoi faire des lunettes?

CÉSAR. Pour mieux voir.

BOECE. De quoi voit-on le plus?

CÉSAR. Des yeux.

BOECE. Si votre nez étoit en mon cul, vous ne verriez que des fesses.

LE BON HOMME. Que voici de sentences accomplies! Que vous êtes heureux, vous qui les savourez, tandis que ceux-là boivent sans nous ouir; & je gage que; vous auriez beau dire, ils ne l'entendroient pas, d'autant que ceux qui oient en beuvant, tiennent de la ladrerie, comme le tient & afferme Janotin, maître apothicaire, du métier dont il se mêle.

SOCRATES. En dà, vous avez mieux dit qu'un four, & n'avez pas la goule si grande. Pourquoi fait-on des fours?

ELPHIS. C'est pour cuire du pain.

SOCRATES. Voire, le niais! C'est pour cuire.

ELPHIS. Va te promener; & me dis la raison, qui fait que l'on boit les uns aux autres?

SOCRATES. C'est parce que celui qui boit perd la parole, & devant qu'il lui avienne mal, prie que l'on l'assiste s'il lui survenoit danger; tandis qu'il est ainsi entre la vie & la mort, comme une ame qui sort de purgatoire, ou qui pense y aller. Je ne m'y connois encore guère; je suis à pardonner, parce que ce pauvre homme possible est prêt à se noyer.