Le moyen de parvenir, tome 2/3

Part 12

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XXXIII. FEU MONSIEUR. J'avois en ma cour un gentilhomme, qui disoit qu'il avoit trouvé sa femme le faisant plusieurs fois. Hé, gros oison: c'étoit lui, voilà comment il le faut entendre. J'aimerois autant mon premier médecin, qui, parlant à un de mes maîtres d'hôtel, qui se plaignoit qu'il avoit trop d'enfans; & qu'il eût voulu avoir un secret, pour le faire à sa femme, sans lui faire des enfans. Le médecin lui en promit, pourvu qu'il fît le juste présent. Ce qu'étant accompli, le médecin lui dit: mon ami, défaites au matin ce que vous aurez fait au soir; ou bien ne le faites jamais à votre femme, qu'elle ne soit grosse. Monsieur, ce n'est pas cela. Je m'entends bien; je veux dire qu'elle le fasse, comme font les putains. Pourquoi, je conclus qu'il faudroit établir un certain ordre; & puisque vous avez la tête si lourde que vous ne pouvez entendre, je vous dis qu'il faut qu'elles soient de l'ordre de sainte Glougourde, qui prêtoit son chouse pour une patinostre. Et je vous dirai, tout prosélite que je desire être: on a parlé de la piété: elle se peut connoître par les effets. J'ai observé que les femmes qui ont long temps ébattu leur jeunesse, se venant à retirer de cet état, sont plus dévotes que les autres; vous les voyez sans cesse tomber en oraison, les yeux larmoyans, la bouche pleurante, le cas riant.

STATIUS. Et comment est-ce qu'il riroit:

LICOFRON. Il a une bouche & les levres. Il n'est pas de cela pour rire.

STATIUS. De quoi est-il fait:

LICOFRON. Celui d'une fille est fait de chair de cirons, il demange toujours; & celui des femmes est de terre de marais, ou d'eau de mer, parce que le cas d'un homme, qui est de liége, ne peut aller au fond.

AVICENNE. Ce n'est pas-là ainsi que disoit la belle fille, qui vouloit être touchée au bas du ventre: achevez ces dévotes. Je vous laisse dire, pour vous avertir que les jeunes filles passant vingt ans, & jeunes veuves qui n'osent le faire & le voudroient bien, sont toujours près les piliers des églises à prier, afin que leur contentement avienne; & les vieilles pécheresses invoquent à ce qu'il ne leur soit rien imputé, pour l'excès qu'elles en ont eu, au préjudice des autres qui en jeûnent; & ce d'autant que toutes, tant nonnains soient-elles, ne pensent qu'à cela, parce que c'est la fin finale, pour laquelle la femme a été faite.

RADEGONDE. Puis qu'ainsi est, je voudrois que mon cas fût un benoîtier, afin que tout le monde mît dedans.

ÆLIAN. A ce que je vois, il n'est que de mettre dedans. A ce propos, je vous dirai de mademoiselle d'Amelie, qui a beaucoup acquis de réputation, ayant hanté la cour toute sa vie, parce qu'elle étoit mariée à un impuissant; & elle l'a enduré, sans aller à notre-dame des aides; ou pour mieux dire, à la cour des aides. Elle n'a, tout ce temps-là, rien mis dedans; & si on ne voyoit en rien son désastre, tant elle faisoit bonne mine. Ce premier mari lui a duré dix ans, il faut que vous sachiez cette vérité. Etant mariée à ce bon personnage, la premiere nuit de ses noces, il la caressa de baisers & de petites mignardises superficielles; & puis mit la main à une paire d'époussettes de soie qui étoient pendues au chevet du lit, & lui épousseta son cas; ce qu'il fit deux ou trois fois, & ainsi les passant & repassant par son velu d'entre les deux gros orteils, la contentoit, sans qu'elle y pensât autre finesse. Le lendemain les amies lui demanderent comment elle se portoit, & ce qu'elle disoit de ce bon homme. Vraiment, dit-elle, il m'a épousseté trois fois mon cas. O, ho! dirent-elles, vous êtes bien, ma mie. (Ainsi font les dames de Paris, & disent à la nouvelle mariée: hé bien, la jeune femme, comment vous portez-vous! Si d'aventure elle est bien ointe en sa jointe, elle dira: fort bien, madame; j'ai un bon mari, il me donne tout ce que je demande; si je voulois manger de l'or, il m'en donneroit. Mais si elle est mal servie: ardez, dit-elle; mon mari est un grogneux; il est chiche, & ne fait que penser à son avarice. Hélas! voyez, voilà grande pitié). Cette-ci n'étoit si fine, elle ne savoit ce que c'étoit, & s'ébahissoit comment les femmes faisoient si grand cas de si peu de chose, qu'elle estimoit moins que rien, encore qu'au dire des dames ce fût beaucoup d'excellence: je laisse à penser ce qu'elle jugeoit de l'entendement des autres. Il avint que ce bon mari fut malade; & se voyant près de sa fin, fit son testament, & donna à sa femme sa maison, ainsi qu'elle se comportoit, meubles & tout: puis il trépassa, comme dit l'autre, dont elle fut en grande angoisse, parce qu'outre cela il étoit le meilleur petit bon homme, qui fût d'ici au saut d'une puce armée. Quelque temps après, un brave jeune dispos se mit à rechercher cette belle veuve, qui, au commencement n'en fit cas, n'ayant affaire de rien. Ainsi estimoit-elle le bien que peut faire un homme, qui est plus grand que jamais pere & mere n'en firent; cela, qui est le bien des autres, ne l'émouvoit point. Or ce que l'amour ne put exciter, l'ambition l'éveilla en cette-ci; d'autant qu'elle considéra que ce jeune homme avoit un beau chausse-pied de mariage, qui seroit cause qu'étant mariée à lui, elle passeroit devant ses soeurs: parquoi y pensant, elle consentit au mariage tant desiré par le jeune homme. Ils furent donc mariés, aux us & coutumes du pays. Ainsi que le prêtre leur dit, (j'y étois) & leur acheva ainsi la benoîte cérémonie: vous, Claude, vous promettez-bien aimer Marie: Marie, au cas semblable, gouvernerez bien votre mari Claude autant sain que malade, &c. Cela promis, la belle emmena son jeune mari en sa maison, où elle lui fit bonne chere; puis ils coucherent ensemble au même lit, où le bon homme lui avoit épousseté son cas. Le jeune compagnon n'eut pas la patience d'attendre; mais se juche sur elle, qui se trouve scandalisée de cette façon. Quoi, dit-elle, me voulez-vous outrager? Etes-vous fou ou enragé! Je veux vous faire comme votre défunt mari faisoit. Il ne faisoit pas ainsi; il prenoit ces époussettes, & m'en époussetoit mon engin; il ne me fouloit pas comme vous faites; il passoit & repassoit ces époussettes sur la prée de ce petit fossé, que j'ai contre-bas. Vraiment, c'est cela. Laissez-moi faire, je l'entends mieux que lui; il n'étoit pas clerc. Elle s'y accorda; & comme elle sentit l'embouchement entre les hipocondres, chose qui lui étoit toute nouvelle; hélas! crie-t-elle, mon ami, pensant aux époussettes, je crois que vous avez mis le manche dedans. Voilà comment il l'accommoda, & s'en vanta. Et toutefois il n'étoit pas si bon compagnon qu'il se disoit; je le sus de la femme de chambre, qui ouit le discours & les effets. Je lut demandai s'il étoit vrai qu'il eût frétillé-naturé sa femme neuf fois, comme il se vantoit. Elle, se moquant, secoua la tête, me disant: je voudrois avoir ce qu'il s'en faut. Depuis cette fortune, la demoiselle s'est reconnue, & n'a plus été si niaise. De fait, on m'a assuré que, comme les autres, elle aimoit mieux un vit au poing, qu'un bourdon sur l'épaule.

ANDOCIDES. Pendant que nous sommes aux noces, demeurons-y.

COUVENT.

XXXIV. J'eusse oublié ceci, si je n'y eusse pensé. La bonne femme la Baudouin marioit sa fille; & l'ayant fiancée, vint au soir le notaire qui avoit passé le contrat, qui disoit que tout étoit bien. Mais, dit-elle, il faut des bans; je vous prie me les écrire. Il faut parler au clerc. Julian mon ami, puisque monsieur le notaire le veut, écrivez, je vous prie, qu'il y a promesse de mariage entre Pierre du Pin, & la fille de chez nous. Ce gars écrivit ce qu'elle dit, & le lui bailla. Elle porta son fait au curé, qui le mit en sa ceinture. Le dimanche au matin, publiant ces bans, il dit: il y a promesse de mariage entre Pierre du Pin, & la fille de chez nous. O, ho! si est-ce, par saint Jean, qu'il n'y en a point! Chacun s'en rioit, comme on fait au conclave, quand on a élu un pape.

GRATIAN. Je les vis fiancer, ainsi que le curé les eut fait toucher en la main, il prit un verre & fit boire le fiancé. Or ce fiancé avoit eu la fievre, qui lui avoit chié au bec, si que sa bouche étoit un peu galeuse. Le fiancé ayant bu, le curé présenta ce verre à la fille, qui, le tenant, jetta ce qui étoit dedans, & le tourna. Quoi! dit le curé, ma mie, vous ne voulez pas boire? C'est votre grace, monsieur: mais s'il vous plaît, donnez-m'en deux doigts dans le cul. Elle entendoit le cul du verre.

L'AUTRE. Un jour j'étois aux noces vis-à-vis du curé, qui étoit près de la mariée, laquelle avoit eu de l'usance qu'elle avoit usée. Je lui donnai un croupion qu'elle voulut saucer; & ne trouvant rien en sa sauciere, dit: monsieur le curé, tremperai-je mon cul en votre sauce? Trempez, ma mie, trempez. Mais ce curé fut bien trompé.

GRATIAN. Comment?

L'AUTRE. Ce curé étoit amoureux de cette fille, de laquelle il avoit pratiqué le mariage, pourvu qu'après il fut reçu à faire avec elle choses & autres, selon l'intelligence délectable, à quoi la fille s'accorda, & en avertit son mari, afin qu'il ne le trouvât point étrange, s'il n'y remédioit. Sur cette promesse, le mariage fut fait; & le mignon de curé s'attendoit de faire goûter à la jeune femme de son fruit de cas-pendu. (Cas-pendu est le cas qui pend; les pommes qui ont des pendans sont pommes de cas-pendu; & telles sont les pendiloches naturelles des hommes.

HORACE. Vous faites une équivoque trop dissemblable; je vous entends bien. Les pendilloires ne sont pas pommes, d'autant qu'elles ont mieux la figure de prunes; & de fait il y paroît, parce que notre jardinier en disoit, les nomcupant naïvement. Mademoiselle étant venue au jardin, & arraisonnant le Jardinier, vit en un prunier de ces prunes qu'on appelle _billons d'âne_. Jardinier, donnez-moi de ces prunes. Il faut que vous en ayez, mademoiselle; je m'en vais appeller mon fils; je ne suis pas assez fort. O Jean! ô viens vîtement donner ici une secouée de couillons à mademoiselle. Achevez, s'il vous plaît.)

L'AUTRE. Monsieur l'amoureux poursuivit son instance. La jeune mariée, qui, comme toutes nouvelles jeunes femmes font, aimoit son mari encore pour le bien & aise qu'elle avoit eu d'avoir été accomplie, ne faisoit guères d'état de messire Jean, principalement ayant eu l'argent qu'elle prétendoit. C'étoit autant de vinette cueillie. Un jour qu'il la trouva, il lui dit: sais-tu pas bien que tu m'as promis? Et quoi? De mettre un de mes membres dans un des tiens. Je le veux, monsieur le curé, mettez donc votre nez en mon cul, ainsi vous boucherez trois pertuis d'une cheville. Les petits menus propos lui donnoient espérance que bientôt il l'émouveroit toute vive, par ainsi il se rendoit plus privé & importun, dont la jeune femme se voulut défaire moyennant le complot pris avec son mari, qui fit semblant d'aller aux champs. Par ainsi, monsieur le curé qui alloit & venoit pour rencontrer la belle, eut assignation de venir au soir. Sur la brune venant, voici mon curé qui vint; comme elle le vit: helas! dit-elle, personne ne vous a-t-il vu? J'en suis toute tremblante. Ma mie tout ira bien, assurez-vous. Et bien, monsieur, vous soyez le bien venu. Tâtons au vin: non, pas encore, Françoise ma mie, tâtons à autre chose avant. Vraiment, vous avez grand hâte, si votre fosset est fait, la piece n'est pas perçée. Attendez que nous soyons couchés, vous aurez assez de quoi vous embesogner; je vous baillerez un petit endroit, où il y a plus à travailler, qu'il n'y a à moudre en quatre septier de bled. Soupons vîtement, puis, nous nous coucherons. Cependant il déroba quelques baisers, qu'il furta tandis qu'elle apprêta tout. Ils se hâterent de souper, puis elle dit: là, couchons-nous; c'est assez friponner sur la viande morte, c'est trop languir. Jamais le mignon ne se trouva si aise. Il se jetta bientôt au lit, & elle, presque toute nue, faisoit mine d'aller éteindre la chandelle; & musoit un peu, & il lui disoit: _Françoise, vien tôt, voici Jacquemart de bandeliroide qui vous attend, c'est Perrin boutte-avant, venez tôt, il est fort comme un os; venez qu'il vous serve._ Elle approche comme pour se jetter au lit, n'ayant plus que sa chemise: ho, dit-elle, je m'en vais ôter ma chemise, mais aussi vous ôterez la vôtre, je ne la pourrois souffrir. Il l'ôte, puis elle lui dit: je vais éteindre la chandelle, tendez-moi la main pour vous trouver. Elle faisoit de l'interdite, semblant d'ôter sa chemise, une manche, puis l'autre: foin des puces, bran elles me mangeront. Le drôle prenoit plaisir à la lueur de la chandelle, de voir ces mysteres qui avoient bonne grace; mais voici bien du changement. Ainsi que déja cette chemise passoit par-dessus la tête, qu'il voyoit un beau tableau, on heurta à la porte assez épouventablement. Lors elle comme surprise: hélas! monsieur, où vous mettrez-vous? Je suis perdue. D'autre côté, on frappoit, disant: ouvre-moi, Françoise, ouvre vîtement, je suis mort; je te prie, ouvre vîte. Elle crioit: mon mari je me leve en si grand hâte, que je ne sais ce que je fais. Cependant elle aidoit au curé à monter sur un travers, où les poules nichoient. Cela fait, comme toute hors de soi, elle vint ouvrir la porte à son mari & lui dit: & où allez-vous si tard? Il est belle heure de venir. Ha! ma mie, excuse-moi, je suis mort. Ne te fâche point: tu ne me verras plus guerre; je me meurs, envoie quérir monsieur le curé que je me confesse. Il se tenoit le ventre auprès du feu, comme s'il eût eu la colique, & faisoit semblant par fois de s'évanouir. Il fait appeller des voisins à l'aide, qui s'assemblent à le reconforter & le mettre sur un lit à terre. Mais il ne faisoit plus que soupirer & dire: jamais, jamais! Hé, compere, prenez courage. Jamais. Ce ne sera rien: or sus, mon ami, là, aidez-vous. Jamais. Il faut voir monsieur le curé. Jamais. Il vous dira quelque bonne parole. Jamais. Encore ne faut-il pas se laisser ainsi aller. Jamais. Il semble que vous ne nous connoissiez point. Jamais. Voilà mon compere cettui-ci, mon cousin cettui-là, qui vous sont venus voir. Jamais. Quand presque toute la paroisse fut assemblée, & que l'on lui va dire: or ça compere, debout, allons au lit; vous y serez mieux. Et bien que vous faut-il? Adonc, jettant les yeux & dressant la main vers le curé, il va dire: jamais je ne vis un tel Jean avec mes poules. Adonc monsieur le curé de se trémousser; & lors les destinés à faire fouetterie lui aiderent à descendre, & le singlerent à droite & à gauche, sans faire semblant de le connoître. Quelle loi, _canis_! Là, là, disoient les femmes, fessez, fessez, c'est le foulon. Tels sont les esprits familiers, incubes, sucubes & fées, qui, en phantômes domestiques, trompent hommes & femmes. Flanquez-lui ces nerfs de boeufs autour des échines, tant que la peau lui parte.

APOSTILLES.

XXXV. HORACE. Ces femmes disoient tout outre, comme frere Orimont qui prêchoit durant les états, se mettant en colere contre les usuriers: sur-tout il raconta que les diables les tenoient en enfer, où ils les flagelloient, les sanglant avec de grands vits de boeuf. Après le sermon, quelqu'un lui remontra; & sur cette remontrance, il nous enseigna qu'il y avoit deux temps, qu'il falloit tout nommer par son nom, ou que l'on avoit congé de tout dire; en innocence, & en colere. Ainsi, nous, ajoûta-t-il, qui sommes en chaire, en vraie innocence, laquelle nous fait venir la sainte colere, ne péchons point, si nous disons ce qui seroit interdit à un autre. Ainsi devons-nous parler naïvement, afin de ne causer aucun doute. Savez-vous pas bien que la honte est signe de péché? Or nous, qui n'avons pas envie de pécher, si ce n'est à bon escient, avons occasion, liberté & science de tout dire explicablement; & puis si nous, plein de protection formelle, déguisons les matieres, on ne croiroit plus; on dira que nous sommes menteurs. Voudriez-vous que je die, comme les femmes de Blois, v, i, t, pied; c, o, n, pantoufle? Que si en choses connues de vulgaire, nous apportions du déguisement, que ferions-nous ès inconvéniens & contingences de conséquence.

CALIGULA. Le grand cordelier de Poitiers étoit donc en colere ou en innocence, quand prêchant les regrets de la mort de l'un de leurs confreres qui avoit été pendu à Vendôme, disoit aux dames en pleine chaire: voyez, mes dames, comme vos bons peres spirituels sont accoûtrés. Et faisant geste d'un homme bien fâché, y ajoutoit une mystique démonstration, mettant la main gauche à la jointure du bras droit, qu'il démenoit comme un encensoir, soupirant disoit, faisant cette question en complainte plusieurs fois: il m'en pend autant, mes dames; il m'en pend autant.

TOSTAT. Je le connois ce bon frere. Il aide volontiers de sa faveur à ceux qui vont aux ordres. Et de fait, un jour qu'un jeune clerc se présentoit, monsieur le grand-vicaire, qui n'est pas plus habile que l'évêque, (aussi ce seroit honte) vint pour l'interroger; & ouvrant le livre, trouve: _angelus tenebat thuribulum_. Or ça, dit-il à ce clerc, qu'est-ce à dire _thuribulum_? Le voilà surpris: il cherche en son cerveau, si l'esprit lui suggérera quelque réponse. Maître Robert, qui étoit derrière le grand vicaire, faisoit signe du bras à ce répondant, & lui faisoit le même mystere que le cordelier. Le clerc considéroit fermement, & voyoit bien que ce maître lui faisoit signe comme les enfans de choeur à Paris; mais il ne pouvoit bien deviner. Le docteur le pressant, enfin il va répondre selon l'apparence du signe: _thuribulum_, c'est-à-dire, un vit de mulet, monsieur.

CARLOSTADE. Mon compagnon ne répondit gueres mieux que moi, quand nous allâmes nous faire exorciser avec Malo. On demande à Liset, sur ce texte, _quidem habebat villicum_: qu'est-ce à dire _villicum_? Il répéta le texte; puis ayant pensé que c'étoit à dire chose, & qu'il le falloit dire honnêtement, & que possible le texte parloit d'un adultere, se ramentevant que c'étoit, selon Bocace, mettre le diable en enfer; plein de belles résolutions, & pensant aviser les autres d'une science profonde: dit: _dicam, domine_. Là donc, dites, dites; qu'est-ce à dire? _Habebat villicum_, c'est-à-dire, il avoit le diable au corps.

BEZE. Si je n'avois peur de blasphémer, je dirois quelque chose de cinq religieuses qui furent baillées à gouverner à frere Notonville, qui les engrossa toutes. Comme on l'en tançoit, il dit: _quinque_, &c. tu m'as baillé cinq talens; j'en ai gagné cinq autres. Or sus, n'en parlons plus; nous serions ici meshui. Sur quoi étions-nous?

ASCLÉPIADES. Nous étions sur celles qui le font à petit semblant.

_Fin du Tome second._