Part 5
Il s'élance. Il a l'aspect farouche du destructeur. Un marteau pesant est à son poing, le marteau du tailleur de pierre, à deux têtes dont l'une armée de pointes pour entamer le bloc. Comme il découvre la grande porte, il monte impétueusement les marches de l'escalier.
La porte! La porte! Je vais t'arracher de tes gonds scellés.
Il frappe avec son marteau le vantail retentissant. Les femmes aux chaînes, sans détourner du cippe leur visage illuminé, jettent un cri d'effroi.
Qui êtes-vous?
Il est debout sur le septième degré, s'adossant au vantail du Soleil, qui semble porter dans son disque la tête juvénile pareille au chef du Baptiste dans le plat d'or suspendu.
LES MAGICIENNES.
Qui es-tu? Qui es-tu?
LE SAINT.
Vous êtes 1625 enchaînées à l'œuvre des charmes, magiciennes.
Elles sont toutes frémissantes dans la fixité de leur vision, comme des arbustes feuillus qu'un vent bas agiterait sans mouvoir la fleur de la cime.
LES MAGICIENNES.
Nous avons vu, nous avons vu la grande image.
PHERORAS.
Mais nous ne pouvons pas encore 1630 nous détourner, seigneur, si même tu es un dieu.
LE SAINT.
Qui êtes-vous?
HASSUB.
Observe nos faces penchées. Nous gardons les feux des planètes. 1635 Vois-tu les aspects des métaux qu'elles engendrent, aux couleurs de nos faces?
La réverbération du feu secret dans la cavité du cippe devient de plus en plus forte, suivant le rythme incantatoire. Une anxiété croissante exalte ou rompt la voix de celle qui évoque les aspects de l'avenir.
Je suis Hassub. Je suis gardienne de Nabou, que les Latins nomment Mercure. 1640 Ne suis-je pas bleue comme l'ombre de l'âme où la pensée repose pareille à un éclair voilé, comme l'ombre où lente mûrit, pareille au saphir solitaire, 1645 la parole qui changera le monde et vaincra le tombeau? Mais d'où viens-tu? Quel dieu, quel maître apprit à tes lèvres si jeunes les blasphèmes impérissables? 1650 Qui est contre toi? Tout l'azur rayonne. Lumière! Lumière! Lumière! Tu te tiens debout, cambré comme l'arc de tes lèvres dans le sourire. Tu parais 1655 hérissé de rayons. Tu portes la couronne d'or et la palme. Ah, qui es-tu?
Le feu s'éteint, la figure s'éteint comme les pierreries de la mitre. Semblable à une larve morne, la femme s'affaisse sur la dalle, contre le cippe, dans ses propres chaînes; et elle y reste accroupie, silencieuse, près des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes, des tablettes.
PHOENISSE.
Je suis Phœnisse, la gardienne de Dilbat qu'on nomme Vénus 1660 la déesse mère de Rome, la fleur de la vague fleurie, volupté d'hommes et de dieux. Tu la dédaignes! Ses statues s'écroulent. Regarde, regarde 1665 mon visage changeant! Mon cœur malade ondoie dans la mer chaude de Phénicie. L'écume est comme la bave des pleureuses lasses de crier leur désir. J'entends 1670 les lamentations des femmes qui déchirent tous les nuages du soir et du benjoin. Je vois le bel Adolescent couché sur le lit d'ébène. Une fraîche 1675 blessure est sur sa cuisse blême. Les femmes s'acharnent. Des roses naissent du sang, des anémones naissent des larmes. Il est mort, le Bien-aimé!
Elle renverse la tête en arrière, éteinte. Elle s'écroule comme un monceau de cendres. Elle reste au pied du cippe, avec ses chaînes, comme l'esclave morte de fatigue qui s'abat au pied de la meule sans quitter la sangle.
PHERORAS.
1680 De l'or! De l'or! Je vois de l'or qui resplendit, de l'or qui tombe, de l'or qui couvre et qui étouffe; des colliers, des anneaux, des torques, sans nombre, sans nombre; des choses 1685 étincelantes et pesantes sans nombre, le poids du trésor, le supplice du métal jaune; car je suis Phéroras, gardienne de Jupiter. Et l'Empereur 1690 te regarde, vers toi s'incline, halette. Tu as dans ton poing sa victoire d'or. Mais tu souffres, tu souffres. Sur toi le tonnerre triomphal des buccins résonne. 1695 Tu appelles ton dieu, tu nommes un seul dieu devant tous les dieux. Des hommes crient au sacrilège. Orphée! Orphée!
Elle n'a plus de couleur. Toute blême, elle tend ses bras enchaînés; puis, elle semble se casser comme la tige du pavot frappé par la verge. A terre, elle incline la tête sur ses genoux soulevés.
JARDANE.
Apollon! Apollon! On coupe 1700 les cordes à la lyre, comme une chevelure tendue. On la tient par l'une des cornes d'ivoire, comme une victime, pour la mutiler. On entend 1705 des cris. Tu es impie, tu es impie. Tu offenses mon dieu. Je suis Jardane, la gardienne du grand luminaire Samas, nommé par les hommes Soleil, 1710 Paian Lyre-d'or, Arc-d'argent. La lyre heptacorde, figure des sphères chantantes, est-elle un gibet? Pourquoi étends-tu les deux bras, joins-tu les deux pieds 1715 comme les esclaves en croix? Tu pourrais encore être un dieu, avoir ton temple. Pourquoi donc veux-tu mourir?
Elle s'abandonne sur le cippe éteint comme la pleureuse sur la stèle funèbre. Elle s'y accoude; elle appuie son front sans rayons sur ses poignets croisés.
ILAH.
Tu ne meurs pas, tu ne meurs pas 1720 de cette mort. Je sais mieux voir. Je vois jusqu'au plus obscur coin des douze lieux. Je suis Ilah. Je forge la lame de plomb. Je suis gardienne de Saturne, 1725 de la planète meurtrière. Les crimes rougissent les pieds vains du Temps qui foule sans bruit de gros caillots rouges et mous comme tes anémones. Suis-je 1730 livide, du menton au front, comme la violette ou comme la meurtrissure? Tu me troubles, tu me troubles. Les profondeurs tressaillent. Des ombres surgissent 1735 pareilles aux feuillages morts d'un arbre noir chassés de tombe en tombe par le vent stérile. Tu es resplendissant de plaies. Tu es comme criblé d'étoiles. 1740 Autour de toi des ailes battent. Tu as la couronne et la palme. Ah, qui es-tu?
Obscurcie, elle palpite encore sur la dalle froide. Puis, elle compose en rond son long corps souple, comme le lévrier qui s'endort après la chasse.
ATRENESTE.
Que de fer! Que de fer! C'est Mars qui l'engendre, nommé Nergal 1745 outre mer. Je suis Atreneste, qui garde l'astre destructeur. J'ai dans une gaine une épée qui embaume des deux tranchants, parce qu'elle a coupé les herbes 1750 dans le jardin de Proserpine. Et tout le reste est sang et rouille. La nuit tombe. L'arbre est sans fleur. Et toute ton âme est sur toi comme de la pourpre sans plis. 1755 Pour quel amour, pour quel espoir, pour quelle éternité meurs-tu? Qui met son souffle entre ton cœur et tes lèvres? Je vois des fers aiguisés, des fers empennés. 1760 Le premier te frappe au genou, se fixe en tremblant dans le nœud de l'os; mais le dernier te perce d'outre en outre la veine chaude où le cou se joint à l'épaule... 1765 Tu souris! Tout le ciel vivant est suspendu comme un regard entre la larme de Vesper et ce sourire.
Décolorée comme son charme, elle vacille et tombe sur ses genoux. Puis elle s'assied sur ses talons et demeure, les bras allongés sur ses cuisses, comme inanimée, semblable à ces vases funéraires dont le couvercle est une tête divine.
HYALE.
Ils dressent, ils dressent le corps 1770 vivant sur leur autel de pierre comme la statue sur le socle! Il n'a plus de sang, il est pur; car même les veines des dieux charrient la rougeur du désir 1775 plus salée que l'eau de la mer. Il n'a plus de sang, il est pur. Il est plus divin que le marbre, plus doux que la perle sculptée, plus pâle que toutes les choses 1780 les plus pâles. Je suis Hyale, la gardienne du luminaire exsangue que les mortels nomment Lune. Et à mes yeux sont connues toutes les pâleurs de la Terre, 1785 de la Mer, du Ciel, de l'Hadès, et des rêves,
Lentement, lentement, dans le cippe cave, le métal lunaire se refroidit, bleuit, faiblit.
de tous les rêves qui renaissent, de tous les rêves évanouis...
La gardienne de Sin semble s'écouler le long de la pierre comme une nappe d'eau silencieuse et lisse. Une lueur vague hésite encore sur sa figure entourée de tresses violettes, semblable à la lueur des méduses marines. Elle reste ainsi effacée dans les plis de sa robe, les paumes creuses comme celles où l'on s'abreuve aux bords du Léthé.
La voûte s'emplit de nuit souterraine. Le Jeune Homme, enveloppé de songes et de sorts, est encore debout contre la porte de bronze. Et, soudain, un chant pur se lève au delà du seuil infranchissable.
ERIGONEIVM MELOS.
Magister Claudius sonum dedit.
Je fauchais l'Épi de froment, 1790 oublieuse de l'asphodèle; mon âme, sous le ciel clément, était la sœur de l'hirondelle; mon ombre m'était presque une aile que je traînais dans la moisson. 1795 Et j'étais la Vierge, fidèle à mon ombre et à ma chanson.
C'est le cristal doré d'une voix virginale qui se courbe sur l'âme comme un ciel d'août. Anxieux, le Jeune Homme écrase sa joue contre le vantail. Les Voyantes soulèvent leur tête grave de sommeil et l'inclinent vers la mélodie. Elles murmurent en rêve.
HYALE.
Elle est Erigone, la Vierge.
PHOENISSE.
Elle est Erigone.
ATRENESTE.
La Vierge à l'Épi d'or!
LE SAINT.
1800 Gardienne de la porte close, créature d'enchantement, écoute-moi, femme ou démon, écoute! Je veux que tu m'ouvres, femme ou démon.
ERIGONE.
1805 Enfant d'un mortel, qui es-tu? Je te vois à travers l'airain sonore. Je te vois. Tu es beau dans ta fleur, comme le dieu qui m'aima, le dieu bondissant 1810 porteur de thyrse.
LE SAINT.
Entends-moi! Je veux que tu m'ouvres, femme ou démon.
ERIGONE.
Tu as les yeux noirs et la longue chevelure du dieu cruel 1815 qui pressa sur ma nuque rose les trois grappes de la douleur, l'une après l'autre.
LE SAINT.
Fantôme, fantôme de charmes, je te conjure.
ERIGONE.
1820 L'incantation de Setar me force. Je suis prisonnière. J'ai volé parmi les étoiles du Lion, portant mon épi d'or et mes larmes.
LE SAINT.
1825 Fantôme, j'abattrai la porte; et le Roi de gloire entrera. Au secours, frères!
Il descend les degrés et court vers l'issue noire, en brandissant le marteau.
A mon aide! Où êtes-vous?
Ici les lueurs des flambeaux éclairent l'issue. On entend des pas, des voix. Et l'affranchi Guddène, l'acolyte Phlégon, le lecteur Eutrope, les catéchumènes adolescents Hermyle, Gorgone, Athanase, d'autres briseurs d'idoles, Théodule, Cyriaque, Narcisse, Basile, armés de marteaux et de massues, font irruption dans l'ombre que les lueurs troubles agitent. Des esclaves les suivent, s'arrêtent, hésitants; d'autres surviennent, effrayés ou enivrés. On plante les flambeaux dans les poings de fer qui font saillie hors de la pierre.
GUDDENE.
Seigneur, seigneur, d'autres idoles, 1830 d'autres idoles, en grand nombre, découvertes dans la muraille double! Nous avons renversé les dieux d'airain, brisé les dieux de marbre, brûlé ceux de bois, 1835 arraché les plaques d'ivoire, écrasé les couronnes d'or, souillé toutes les bandelettes. Et il n'y a plus une idole chez Jule Andronique. Nous sommes 1840 las, seigneur. Nous mourons de soif. Nous avons tué tant de dieux, tant de démons!
HERMYLE.
Aucuns étaient beaux.
GORGONE.
Des regards sortaient de l'airain et du marbre.
ATHANASE.
1845 J'ai vu couler du sang, des larmes.
PHLEGON.
C'était le vin, c'était le miel des offrandes.
EUTROPE.
Il ne faut pas les regarder.
GUDDENE.
Je détournais les yeux, en assénant les coups.
LE SAINT.
1850 Voyez la porte!
HERMYLE.
Il y a des femmes couchées sur les dalles.
ATHANASE.
Avec des mitres.
GORGONE.
Elles ne remuent pas.
ATHANASE.
Sont-elles enchaînées?
HERMYLE.
Des magiciennes.
LE SAINT.
1855 Il faut abattre cette porte.
GUDDENE.
Elle est d'airain.
EUTROPE.
Elle est massive.
PHLEGON.
Elle a des gonds inébranlables.
BASILE.
On ne distingue pas le joint des deux vantaux.
NARCISSE.
Ni la serrure.
PHLEGON.
1860 Qui a la clef?
GUDDENE.
Où est la clef?
EUTROPE.
Qu'on appelle Zachlas l'eunuque!
PHLEGON.
Qu'on appelle Helcite!
GORGONE.
Sait-on ce qu'elle cache?
BASILE.
Un labyrinthe.
THEODULE.
Le laraire des dieux honteux.
CYRIAQUE.
1865 Un cellier, peut-être.
NARCISSE.
Un trésor.
GORGONE.
Un tombeau.
ATHANASE.
Des monstres.
HERMYLE.
Un rêve.
EUTROPE.
Voilà le Syrien!
LE SAINT.
Helcite!
On voit ici l'intendant de Jule Andronique percer la tourbe des serfs qui, de plus en plus épaisse, encombre les issues. Il est jaune et onctueux comme la cire, mince et flexible, avec de beaux yeux de lièvre agrandis par le fard et par l'angoisse.
Donne la clef de cette porte. Ouvre, toi-même.
HELCITE.
1870 O seigneur, mon maître est mourant. Il gémit dans sa couche. Il nomme ton nom. Il t'appelle, il t'adjure, seigneur. N'avais-tu pas promis de le guérir, s'il te laissait 1875 briser les images des dieux dans ses maisons, dans ses portiques, dans ses jardins? Tu es venu seul, à la tombée de la nuit; et, plus tard, d'autres destructeurs 1880 sont venus avec des marteaux bien plus lourds. Tu as renversé les statues, les autels. Tu as chargé d'épouvante et de crime la nuit. Nous sommes tous tremblants. 1885 On voit des larves, on entend des sanglots. Les esclaves hurlent dans l'ergastule, ou se rebellent, ou invoquent le changement. Nous avons perdu tous nos dieux, 1890 en vain. Mon maître, dans les nœuds de la douleur, t'appelle, toi qui as guéri l'aveugle, toi qui as consolé la muette, toi qui sur cette chair souffrante 1895 as fait pacte de délivrance sans le remplir!
LE SAINT.
Il est dans les nœuds de la fraude. Il est tout noué de mensonges. La Peur d'un côté de sa couche 1900 se tient, et la Ruse de l'autre. Tu vois, tu vois. Il me cachait les incantations, les charmes, les sortilèges et les philtres, et toutes ses magiciennes 1905 impures, avec tous ses rites impies. Tu vois.
Il indique au Syrien les femmes abattues près des cippes.
GUDDENE.
Nous avons trouvé dans les niches, derrière les statues, des livres et des tablettes.
PHLEGON.
1910 Un esclave nous a montré tout à l'heure, dans une chaise du maître, enlevant une planche d'ivoire, un amas de rouleaux magiques; puis des calcédoines 1915 gravées d'images et de chiffres; et puis des mains d'argent, des têtes d'argile crue...
LE SAINT.
Et ces sept femmes enchaînées? Réponds, Helcite.
HELCITE.
1920 Seigneur, elles sont des captives de Sidon qui seules possèdent le secret des teintes en pourpre, réservées jadis aux grands prêtres et aux voiles du Temple. Il faut 1925 qu'on les enchaîne.
LE SAINT.
Homme, tu mens. Or, si ton maître veut se délivrer de ses maux, qu'il manifeste ce qu'il cache. Il me faut détruire avant l'aube, 1930 ici, toute œuvre des démons. La nuit est brève.
HELCITE.
Il y a des jardins, je pense, des jardins suspendus, avec ces arbres odorants d'où coule 1935 ce baume qu'on nomme sarran, plus doux que tous les aromates. Et personne autre n'a joui de ces arbres, fors le seigneur. Jamais je n'ai franchi ce seuil. 1940 Et je ne sais. Mais toi, peut-être, tu sais, Zachlas.
L'Égyptien est debout, enveloppé d'un pagne bleu, un pied en avant, les deux mains ballantes.
LE SAINT.
Homme, tu mens.
ZACHLAS.
Ni moi non plus, je n'ai franchi ce seuil. Je sais qu'il n'y a pas 1945 de dieux, pas d'images divines, mais des merveilles, comme l'orgue hydraulique de l'empereur Néron, rétabli par Eunoste. Et, quand Jule était en Égypte, 1950 un homme de Phylace vint et dit qu'il voulait lui montrer le monstre disparu qu'on nomme Hippocentaure chez les Grecs, embaumé dans du miel. Je doute 1955 que cette merveille ne soit enfermée là...
EUTROPE.
Frappe-le, donc, au nom du Christ, frappe-le, cet adorateur du Chien et du Bœuf. Frappe fort! 1960 Il ose se jouer de toi. Qu'on le châtie!
Des affranchis de la famille surviennent, l'un après l'autre, essoufflés, effarés.
LES AFFRANCHIS.
--O Helcite, Helcite! Zachlas! --Comment ne revenez-vous pas? --Il est à bout. --Seigneur, seigneur, 1965 il t'appelle. Viens le guérir! Tu l'as promis. --Viens l'arracher aux affres de la mort! --Son fils Vital te supplie, te conjure. --Comment pourrais-tu le trahir? 1970 --Tu as accompli la ruine. Accomplis enfin la promesse. --Partout est l'horreur et l'effroi. On ne marche plus. Les statues renversées encombrent les seuils. 1975 Des bûchers brûlent. Les esclaves se pressent traînant leurs malades. Les femmes pleurent. Les enfants crient. Tous les détours sont bouchés par cette masse lamentable 1980 que rien n'écarte ni n'arrête. Que feras-tu?
LE SAINT.
Laissez qu'ils viennent. Le Royaume des cieux est semblable au levain que la plus humble de ces serves 1985 cache dans trois muids de farine jusqu'à ce que toute la masse lève et fermente.
UN DES AFFRANCHIS.
Mais que feras-tu de ton hôte, ô destructeur?
LE SAINT.
1990 Que cet homme, chef de maison, tire de son trésor des choses nouvelles et ne cache pas les anciennes. Le dieu nouveau le guérira.
HELCITE.
1995 Or il veut qu'on ouvre la porte d'airain. Or il veut tout détruire Allez et portez le message à Vital, qu'il vienne et résolve.
LES AFFRANCHIS.
--Tu veux détruire le prodige 2000 de Setar, la Chambre magique! --On a dépensé des milliers de sesterces, pour l'établir. --Et de l'or, du cristal, du bronze, des verreries, des pierreries, 2005 sans nombre.
HELCITE.
Tais-toi! Tais-toi!
LES AFFRANCHIS.
C'est le Zodiaque circulaire, comme celui de Cléopâtre. --Et l'ordonnance des planètes les cercles de la géniture, 2010 les cycles des lieux. --O seigneur très saint, et comment pourrais-tu la détruire, cette merveille des merveilles? --Elle simule la lyre heptacorde d'Orphée. 2015 --On peut tout prédire et connaître par les tables des mouvements, par les combinaisons des signes.
ZACHLAS.
Taisez-vous! Taisez-vous!
LES AFFRANCHIS.
--Seigneur, non, tu ne la détruiras pas! 2020 --Elle contient les domiciles planétaires et les trigones et les décans, d'après les listes de Démophile. --Et le quadrant vital, avec les horoscopes 2025 aphètes de Ptolémée. --Sois juste! Sois clément! --On y trouve le Thème du Monde et de Rome, les domaines des Douze Signes, et les Douze Sorts hermétiques. 2030 --Parfois l'incantation force la Figure zodiacale à descendre, et la tient captive dans l'or, le cristal et l'airain. --La Vierge à l'Épi d'or, la femme 2035 couchée sur le cercle, la tête en avant, est bien ta patronne, seigneur. Pourrais-tu la frapper?
--Elle protège les Chrétiens. --Peut-être, elle est la sœur des Anges 2040 révélateurs de l'Avenir. --Déjà tes Patriarches sont dans le Zodiaque, tes Anges dans les planètes. --Samael est l'Ange de Mars; Anael, 2045 l'Ange de Vénus; Gabriel, l'Ange de la Lune. --Setar le Mage, le grand astrologue théurge de la descendance de Bérose, a fondé cette œuvre 2050 dans la pierre et l'airain. Comment, comment pourras-tu la détruire, seigneur?
LE SAINT.
Je détruirai cette œuvre des démons. Je vaincrai la pierre et l'airain. J'abattrai la porte. 2055 Et le Roi de gloire entrera.
UN DES AFFRANCHIS.
Seigneur, trois Mages, cependant, se trouvèrent à la naissance du Christ. Dieu se servit d'un astre pour les avertir. Et, afin 2060 que le présage fût compris, ne dut-il pas observer toutes les Règles?
LE SAINT.
L'étoile des Mages vint annoncer la royauté nouvelle et la fin des démons.
L'AFFRANCHI.
2065 Elle était un signe horoscope.
LE SAINT.
Elle fut clouée par mon Dieu au cœur vivant du Ciel, en gage de la parole radieuse parlée par la bouche de l'Oint. 2070 Tu la sauras.
Par tous les détours du dédale, à la double issue, se prolonge la clameur du troupeau. Des malades paraissent, aux bras de leurs parents, agités, illuminés d'espoir.
LES ESCLAVES.