Part 4
1250 --Elle veut se perdre. --Épione, sois louée devant l'Éternel! --Mais ils connaissent des formules d'incantation qui préservent de la douleur. --Il faut les oindre 1255 de graisse vile, pour détruire leurs charmes. --Voici la seconde! --Sois louée par le chœur des Anges ô Flavie! --Elles étaient belles comme les yeux sont beaux avant 1260 de pleurer. --O dieu Minotaure! --L'homme a-t-il plus de larmes ou plus de gouttes de sang? --Amour, Amour, sauve-nous! --Mais c'est toi, Sébastien, qui les enchantes, 1265 qui les enivres. --Et tu seras sculpté dans le basalte noir, ô Archer, comme Antinoüs l'Inconsolable. --Il est très beau. Regardez-le! Regardez-le! 1270 --Et la troisième se détache et suit les autres. --Sois louée par les Trônes et les Ardeurs, Junie! --L'étoile des Gémeaux culmine, ô frères. --Honnie soit 1275 la chienne et toute sa portée! --Que ta langue ne se détache plus de ton palais ulcéré! --Non, vous n'allez pas prévaloir! --Jetez-les dehors! Jetez-les 1280 dehors! Ils puent. --Nous forcerons vos portes avec la cognée. --Aux tourments! La braise est à point. --Appariteurs, appariteurs, tout est donc prêt. --Et nous dirons: 1285 «Jamais assez! Jamais assez!» --La douleur est inépuisable. --Le son du Verbe fut semé dans la fertilité du meurtre. --Violences sur violences! 1290 --Jamais assez! Jamais assez! --Qui donc le premier foulera la braise vive?
Ici, comme Sébastien est debout, près du feu bas, il s'offre.
LE SAINT.
Moi, le premier.
La multitude ondoie. Les archers entourent leur chef aimé.
LES HÉRAUTS.
--Silence. --Silence. --Silence. 1295 Le juge parle.
Jule Andronique, secoué par les assesseurs, fait des gestes vains. Les attestations des Asiatiques dominent la rumeur confuse.
LE PREFET.
Saisissez l'Archer! Où sont-ils les sorciers qui...
LES ARCHERS D'EMESE.
--Non! On ne peut pas! --Qu'on l'empêche qu'on l'empêche! --Il est libre encore. 1300 On ne l'a pas jugé. Personne encore ne peut le soumettre aux tourments; car il est un Chef, il est le Chef de la cohorte d'Emèse, il est l'ami d'Auguste. 1305 --Il faut qu'avant on le dénonce à l'Empereur. --Il faut qu'il soit jugé par César. --Et il faut qu'il soit dépouillé des insignes. --Qu'on l'empêche de se livrer 1310 à son délire.
LE SAINT.
Archers d'Emèse, archers d'Emèse, je le ferai.
LES ARCHERS D'EMESE.
--Entendez le son de sa voix. On en tremble. Tout cœur tressaille. 1315 --Il est sacré par la Manie. --Il est hors de lui-même. Il porte un maléfice. --Il est la proie d'un rêve sauvage. --O Chef, Chef, rentre en toi-même! --Voyez-le. 1320 Comment pourrait-il se souiller de ce méfait, étant si beau? --Tu ne peux pas!
LE SAINT.
Archers, si jamais vous m'aimâtes, je le ferai.
Ici un jeune homme à la voix harmonieuse lui adresse la suprême déprécation.
L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.
1325 Tant que tu portes à ton poing l'arc d'Emèse garni d'ivoire et d'or, grand, doublé, à deux cornes, pur comme la lune nouvelle et criard comme l'hirondelle, 1330 (ô Sébastien intrépide, Chef à la belle chevelure, écoute-moi) tant que tu portes suspendu comme la cithare par la bande pourpre, plus haut 1335 que l'épaule gauche, le long carquois oblique à dix-huit dards, recouvert de peau de panthère, (ô Sébastien intrépide, Chef à la belle chevelure, 1340 écoute-moi) tant que tu portes dans le carquois à dix-huit dards neuf et neuf vies d'hommes certaines de ta certitude, seigneur, tu ne peux pas.
LE SAINT.
1345 O Sanaé, voici mon arc. Je le serre dans cette main que perce un invisible clou. Il est doublé. Mais le tendon de bête, qui s'ajuste au fût 1350 et qui s'y colle de façon à ne faire qu'un avec lui, n'est pas inséparable comme ce filet de sang qui s'y fige, tu vois, de l'une à l'autre coche 1355 sans se noircir.
L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.
Nous demanderons aux devins et aux mages ce qu'un tel signe montre, seigneur.
LE SAINT.
Je le sais. Or, toi, considère 1360 la figure de l'arc, archer, puisque tu es marqué par Dieu qui t'a fait les deux yeux divers, l'un bleu, l'autre noir, comme jour et nuit. Tu clos un peu le noir 1365 quand tu vises le but, afin que ton regard soit tout pareil à l'air que traverse le trait. Je t'ai vu. Regarde. Cet arc figure la Trinité sainte. 1370 Le fût est le Père, la corde est l'Esprit, la flèche empennée est le Fils qui donna son sang. Et il n'y aura plus de taches, sauf la tache du sang tombé 1375 des mains et des pieds du Seigneur. Or, cet arc, je te le commets, et le témoignage vermeil qui rabaisse l'ivoire et l'or. Mais je veux lancer ma dernière 1380 flèche, ô Élus de la cohorte d'Emèse. A qui?
Il prend le dard du carquois, par dessus son épaule. Un profond frémissement se propage dans la multitude entassée. On s'écarte, on recule.
DES VOIX.
--A qui? --A qui!
LE PREFET.
Appariteurs!
LES VOIX.
--Il a souri. --Écartez-vous! --Qui va-t-il viser? --Andronique, 1385 Andronique, prends garde à toi!
Le goutteux souffle et renifle, dans l'effarement.
LE PREFET.
Appariteurs, désarmez-le, désarmez-le!
VITAL.
Sébastien, que veux-tu faire?
Les Asiatiques protègent leur chef contre toute atteinte.
LES VOIX.
--Il a souri! --Car il est infaillible. --Archer 1390 vairon, ôte-lui l'arc! --Ils ont peur, ils ont peur. --Or qui va-t-il tuer? --Non! «Tu ne tueras point.» Il a dit: «Tu ne tueras point.»
La quatrième des cinq vierges se détache de Théodote, auquel n'en reste plus qu'une seule.
--Sois louée par tous les Archanges, 1395 ô Télésille!
Sébastien, ayant bandé l'arc et encoché la flèche, se place entre les deux colonnes que charge la passion des deux frères. Il plie un genou à terre, la face vers le ciel.
LE SAINT.
Si je suis digne de servir Ton Fils, le Martyr des martyrs; si j'ai par ma flamme exalté sur le feu bas Ta vérité; 1400 si j'ai reçu du Christ Seigneur ce stigmate de Sa douleur dans ma main qui en est plus forte, Adonaï, Dieu des cohortes invincibles, Dieu des combats 1405 sans merci, ô Toi qui abats le cheval et le cavalier dans la mer, Toi qui sans bélier brises les murs des villes fausses, Dieu de la foudre, exauce, exauce 1410 cette prière qui s'aiguise au fer du dernier trait!
Ici il ajuste le trait; puis, renversant le corps en arrière et soulevant tout le bras gauche, il tire de toute sa force la corde jusqu'à la grande veine du cou.
Je vise.
Il vise, les empennes contre l'œil.
Mon Dieu, je te demande un signe, si je suis digne.
Il décoche le trait vers le ciel pâle, entre les deux colonnes vivantes, au-dessus des lys splendides. Et il regarde, encore à genoux.
Des hommes, des femmes accourent, se pressent, se tendent dans les entre-colonnements, en grande anxiété. Et tous ils regardent si la flèche ne retombe pas.
DES VOIX.
--On ne voit plus la flèche! --Oui, 1415 je la vois, je la vois. --Non. Elle va très haut, très haut, disparaît. --On ne la voit plus. --Attendez! --Silence!
Ils retiennent leur souffle.
--Elle va retomber! --Attendez! --Silence! Silence!
Ils retiennent leur souffle.
1420 --Non, elle ne retombe pas! --La flèche ne retombe pas! --Rien ne retombe!
LE SAINT.
Gloire, ô Christ roi!
Ici il se lève et se retourne.
Et maintenant je me désarme! 1425 Je suis l'Archer certain du but. Sanaé, Sanaé, voici l'arc double, le carquois fourni de dix-sept sagettes ailées et le brassard où est gravée 1430 la figure zodiacale du Sagittaire criblé d'astres. Je te les commets. Je les offre à mes élus de la cohorte d'Emèse. Voici.
Il donne à Sanaé l'arc, le carquois, le brassard. Une claire allégresse l'illumine. Tous les regards dans l'éblouissement sont fixés sur sa face. Il ne sent que l'ébriété de l'élection certaine.
Je suis libre! 1435 Souvenez-vous. Je suis la Cible! Souvenez-vous de ce terrible espoir, et que je serai digne de demander à Dieu des signes plus éclatants.
LES ARCHERS D'EMESE.
1440 Sébastien! Sébastien! Sébastien!
Derrière les appels des hommes on croit entendre d'autres voix, des voix chantantes, de divins échos épars dans l'espace lointain, diffus dans l'immensité du miracle céleste. Tout ici, l'effluve des lys, la fumée de l'oliban, la chaleur de la braise, l'anxiété des âmes, le silence de Vesper, tout devient mélodie mystérieuse.
LE SAINT.
Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.
Mes frères, mes frères, j'entends le bruit des chaînes qui se brisent, le choc de la hache, l'éclat 1445 de la foudre, les quatre vents pleins de semences et de cris, le levain de l'espoir terrible! Mes frères, mes frères, j'entends la mélodie du saint combat, 1450 le chœur divin des sept fléaux, l'annonciation des astres, et la marche du nouveau dieu à côté de l'homme nouveau, et les lisières de la terre 1455 frémissantes comme les bords d'une bannière qu'on déplie, et le tonnerre qui relie dans les tombes, l'âme des morts aux os des morts!
DES VOIX PARTOUT EPARSES.
1460 Sébastien, Sébastien, tu es témoin!
Il semble que l'invocation du nom admirable soit portée par un chœur angélique, près et loin. Soutenu par ses esclaves, accompagné de la dernière de ses filles, Théodote va rejoindre le groupe dévoué, entre les colonnes saintes.
UNE VOIX.
Sois louée par les Chérubins, ô toi, la plus jeune, Chrysille! Toi, par les Dominations, 1465 ô Théodote, sois loué dans le haut ciel!
Maintenant la mère douloureuse, le vieillard infirme et les cinq vierges occupent l'entre-colonnement et relient par la chaîne de leurs corps les deux âmes patientes. La force même du feu possède sauvagement l'Archer désarmé.
LE SAINT.
Soufflez de près, soufflez de près, vite, avec des soufflets de forge! Agenouillez-vous; et poussez 1470 vos haleines. Agenouillez- vous; appuyez-vous sur vos coudes, enflez vos joues, tendez vos lèvres, poussez tout le vent de vos âmes sur les tisons noirs. Que la flamme 1475 jaillisse, que les étincelles s'envolent comme des abeilles ivres, que l'ardeur en devienne sept fois plus ardente, ô Archers, Archers, si jamais vous m'aimâtes! 1480 Que votre amour je le connaisse enfin, à mesure de feu! Otez-moi grèves et cuissards, genouillères et solerets. Que je sois nu-pieds et nu-jambes, 1485 comme le vendangeur agile qui s'apprête à fouler les grappes rouges dans la cuve fumante! Apportez les sarments, les ceps, les branches, les racines mortes, 1490 les écailles des pins et tous les roseaux de tout le midi poudreux de soleil, pour la flamme soudaine, ô frères; et couvrez d'un grand bûcher les noirs tisons. 1495 Je danserai plus haut, plus haut que la flamme, sept fois plus haut. Je vous le dis.
On lui ôte les solerets, les genouillères, les grèves, les cuissards. Il reste avec les pièces du tronc et des bras sur la nudité de ses longues jambes sveltes.
Tueurs, voici, je me désarme. J'ai renoncé mon arc, lancé 1500 ma flèche dernière, quitté mon bon harnois. Et cependant, voyez, je brûle d'allégresse comme au début de la bataille quand les esprits dans le cœur tintent 1505 comme les dards dans le carquois et que le nerf tendu de toute force jusqu'au coin blanc de l'œil, jusqu'à la veine de la tempe chaude, crie comme l'hirondelle 1510 qui se souvient du sang de Thrace, ô meurtriers.
Ici il s'avance vers les charbons embrasés. A chaque angle du parallélogramme, une couple d'esclaves éthiopiens se tient accroupie pour soutenir sur la voussure du double dos noir et huileux le grand soufflet de forge à bec de griffon. La rougeur de la braise empourpre tout le portique; mais déjà le soir tombe sur les jardins, qui en deviennent plus bleus. Les arcades se remplissent d'azur. Dans le sombre azur, les hautes gerbes des lys commencent à resplendir d'une candeur surnaturelle, comme si leurs faisceaux étaient serrés autour d'un esprit céleste.
Tout à coup des cris éclatent, la multitude ondoie et gronde.
DES VOIX JUBILANTES.
--Miracle! --Miracle! --L'aveugle, l'aveugle, la femme d'Attale! --Miracle! --Miracle! --La femme 1515 de Venuste, Alcé la muette! --Écartez-vous!
LA FEMME MUETTE.
Tu es saint! Tu es saint! Je parle. Je te rends grâce.
LA FEMME AVEUGLE.
Tu es saint! Tu es saint! Je vois. 1520 Je te rends grâce.
LES VOIX JUBILANTES.
--Miracle! --Miracle! --Miracle! --O guérisseur! --Libérateur! --Tu prévaudras.
Sébastien ne tourne pas la tête, ne semble pas entendre. Il est au bord de la braise comme à la lisière d'une prairie.
LE SAINT.
Me voici prêt, me voici prêt! 1525 Mes pieds sont nus pour la rosée du Seigneur, et nus mes genoux pour l'alternance merveilleuse. O gémeaux, accord de la double flûte, bras de la grande lyre, 1530 chantez la gloire du Christ roi, et notre amour! Chantez une hymne qui arde jusqu'à leurs oreilles scellées, jusqu'à leurs cœurs inertes! Frères, que serait-il le monde 1535 allégé de tout notre amour?
Il entre dans le parallélogramme de feu. Et les premiers mouvements de la danse extatique allègent ses pieds comme si les Anges avaient noué à ses chevilles des talonnières invisibles.
O doux miracle, doux miracle! Les lys! Les lys!
Les engins de bois, de cuir, de fer et de vent accompagnent la danse avec une sorte de respiration titanique. Les jumeaux entonnent leur hymne. Les femmes et les esclaves sont entraînés dans le vertige de la douleur et de l'allégresse. On entend toujours le nom admirable, invoqué par des voix humaines et surhumaines.
LES VOIX.
Sébastien, Sébastien, tu es témoin!
CANTICVM GEMINORVM.
1540 Hymnes, toute l'ombre s'efface. Dieu est et toujours sera Dieu. Célébrez Son Nom par le feu. Le soleil terrible est Sa face.
Il vient. Il séchera Sa race 1545 vile, comme un marais boueux. Hymnes, toute l'ombre s'efface. Dieu est et toujours sera Dieu.
Chantez les œuvres de Sa grâce, louez Ses œuvres, en tous lieux. 1550 Semez Son Nom mystérieux dans les poussières de l'Espace. Hymnes, toute l'ombre s'efface!
Ici la mère se découvre, le vieillard se découvre; et ils regardent, ravis. Les cinq vierges apparaissent hors des voiles, avec des visages illuminés. Elles haussent la gorge comme des colombes, pour chanter le chant de leurs frères.
LE SAINT.
Je danse sur l'ardeur des lys. Gloire, ô Christ roi! 1555 Je foule la blancheur des lys. Gloire, ô Christ roi! Je presse la douceur des lys. Gloire, ô Christ roi!
Ce que son âme crée, ses pieds l'effleurent. Il semble s'alanguir comme dans la danse ionienne, et tout à coup il se renverse et se retourne comme le guerrier qui dans la pyrrhique frappe du javelot le bouclier.
J'ai les pieds nus dans la rosée! 1560 J'ai les pieds sur le blé qui pousse! Je bondis comme l'eau des sources! Je t'aime, Roi.
Dans une ineffable ambiguïté, le délire alterne avec l'extase, l'ardeur avec la liesse, la saltation guerrière avec la jubilation nuptiale. Toutes les fraîcheurs qu'engendre le printemps de son âme, il les éprouve avec sa chair empourprée par le reflet de la braise. Mais, dans les entre-colonnements, les sept gerbes de lys ont l'aveuglant éclat des lumières séraphiques. Une mélodie indistincte semble surgir derrière l'hymne des sept enfants voués.
C'est comme si j'avais une âme faite avec des feuilles de saule, 1565 comme si mes veines étaient faites de musique et d'aurore! C'est comme si je secouais un givre d'étoiles sonore! Je t'aime, Roi.
Il n'y a plus que le délire et l'extase, n'y a plus que la rougeur des feux bas et la candeur des hauts lys. Maintenant la salutation séraphique surmonte l'hymne terrestre.
CHORVS SERAPHICVS.
1570 Salut, ô Lumière, Lumière du Monde, Croix large et profonde, Très-haute Bannière, Hampe tutélaire 1575 et Verge fleurie, Signe de victoire et Palme de gloire et Arbre de vie!
LE SAINT
J'entends venir un autre chant. 1580 J'entends les sept luths éternels. Les lys font toute la lumière. Ils font toute la mélodie. Vous les fauchez, et ils renaissent. Vous les brisez, ils sont debout. 1585 Ils ont la tige impérissable. Voyez, voyez! Ils me regardent comme des Anges couverts d'yeux pour l'épouvante.
Le rayonnement des grandes gerbes paradisiaques a vaincu la force des feux bas. Tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent sont frappés de stupeur et de terreur. Et la transfiguration s'accomplit. Sept Séraphins, sept Lumières de la hiérarchie lumineuse, surgissent des gerbes et s'avancent dans les entre-colonnements. Ils chantent: l'immensité de leurs voix semble la porte ouverte du Ciel.
Voici les sept Témoins de Dieu, 1590 les Chefs de la Milice ardente.
Les femmes, les esclaves, les magistrats, les soldats, les bourreaux, tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent, sont tombés, la face contre les dalles. Mais les jumeaux semblent faire un seul corps et une seule clarté avec les colonnes unanimes qui soutiennent le portique du Nouveau Jour.
Tout le ciel chante!
EXPLICIT
PRIMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM INCRVENTVM
_LA SECONDE MANSION_
LA CHAMBRE MAGIQUE
LES PERSONNAGES.
LE SAINT.
LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
LES SEPT MAGICIENNES:
PHOENISSE.
ILAH.
HASSUB.
JARDANE.
ATRENESTE.
PHERORAS.
HYALE.
L'AFFRANCHI GUDDENE.
L'ACOLYTE PHLEGON.
LE LECTEUR EUTROPE.
LES CATECHUMENES ADOLESCENTS:
HERMYLE.
GORGONE.
ATHANASE.
LES ZELATEURS:
THEODULE.
CYRIAQUE.
NARCISSE.
BASILE.
L'EUNUQUE ZACHLAS.
L'INTENDANT HELCITE.
LES ESCLAVES:
DEBIR.
MENES.
PANTENE.
LUCIPOR.
CORDULE.
ALCE.
NADAB.
LE DECAN.
LE COCHER DU CIRQUE.
LA TOURBE DES ESCLAVES, DES AFFRANCHIS, DES NEOPHYTES, DES ZELATEURS.
LA VOIX DE LA VIERGE ERIGONE.
LA VOIX DE LA VIERGE MARIE.
On aperçoit une voûte en ellipse, d'une matière si polie qu'elle renvoie toutes les images, à la façon d'un miroir concave. Une porte rectangulaire à deux vantaux, vaste comme le portail d'un temple, est fermée dans la paroi du fond. On y monte par sept degrés peints des couleurs planétaires, comme les sept étages de Ninive, les sept enceintes d'Ecbatane. Deux idoles solaires, deux colosses entièrement vêtus de spires serpentines jusqu'aux pieds onglés et ailés, tenant dans les deux mains deux clefs symétriques, supportent le linteau monolithe où est gravée une inscription chaldéenne. La face du Soleil et la face de la Lune brillent sur les vantaux de bronze aux gonds énormes.
A droite et à gauche, percées dans la courbe extrême de la voûte qui retombe et s'appuie sur les dalles, deux issues basses, noires d'ombre, semblent les bouches de deux longs couloirs dédaléens.
Des chaînes d'or enchaînent à sept cippes triangulaires sept femmes coiffées de mitres et habillées de robes traînantes. Chacune, dans la cavité de chaque cippe, entretient le feu coloré de chaque planète. Et, comme elles se penchent sur les creusets occultes, leurs visages se colorent diversement entre leurs tresses tordues en cornes de bélier. La magicienne de Saturne a le visage livide, presque noir; la magicienne de Jupiter l'a rouge clair; la magicienne de Mars, rouge sombre; la magicienne de Mercure, bleu; la magicienne de Vénus, changeant; la magicienne de la Lune, argenté; la magicienne du Soleil, tout or. A leurs pieds gisent des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes, des tablettes. Et, penchées, elles épient les fusions sublimes, à travers leurs masques planétaires qui tour à tour s'avivent et pâlissent en dégradant par d'indicibles nuances.
Comme la sirène qui souffle dans la nacre de la conque tordue, chacune chante profondément dans le charme de la pierre creuse.
PHOENISSE.
Magister Claudius sonum dedit.
Un nouveau Signe est dans l'espace. Un royaume trouve son roi. Le jour tremble. La nuit s'efface.
ILAH.
1595 O Temps, ô Temps, sable fugace et goutte d'eau pâle qui choit! Un nouveau Signe est dans l'espace.
HASSUB.
O Rêve, entre la vie qui passe et la mort qui dure, isthme étroit! 1600 Le jour tremble. La nuit s'efface.
JARDANE.
Ame frêle dans la chair lasse, ivre d'espoir, folle d'effroi! Un nouveau Signe est dans l'espace.
ATRENESTE.
Il paraît. Qui est-ce qui lace 1605 la sandale de son pied droit? Le jour tremble. La nuit s'efface.
PHERORAS.
Il monte. Son front est la place de la lumière, qu'Il accroît. Un nouveau Signe est dans l'espace.
HYALE.
1610 Les mers sont les bords de sa tasse, l'aube est une perle à son doigt. Le jour tremble. La nuit s'efface.
PHOENISSE.
Dans l'amour est toute la grâce. Le sourire est la seule loi. 1615 Un nouveau Signe est dans l'espace. Le jour tremble. La nuit s'efface.
L'ombre qui tombe de la voûte est éclairée par les sept figures immobiles des Voyantes, comme par sept lampes magiques. Ici, soudain, éclate l'appel de Sébastien dans l'obscurité du dédale.
LE SAINT.
A moi, Guddène! A moi, Phlégon! J'ai trouvé l'issue. Entends-tu ma voix, Guddène? Les détours 1620 sont douteux. Ne t'égare pas!