Le Martyre de Saint Sébastien

Part 3

Chapter 32,902 wordsPublic domain

Ici, tout à coup, Sébastien rompt son immobilité vigilante. Et le son inattendu de sa voix frappe de stupeur et de frayeur les hommes, comme l'éclat soudain du tonnerre.

LE SAINT.

Athlètes du Christ, répondez! Répondez la parole forte! Dardez la réponse de fer! 780 Je prends entre mes poings le rouge cœur nu de votre foi, mes frères, puisque vos poignets sont liés; et je le hausse vers le haut ciel où la couronne éternelle 785 est suspendue pour votre gloire. Je vous adjure, par le sang qui dégoutte de cette paume percée comme la paume sainte contre la barre de la Croix! 790 Dieu vous entend.

Ici les jumeaux tournent vers le juge leurs fronts raffermis, et crient de leurs voix claires.

MARC.

Jamais. Je confesse le Christ.

MARCELLIEN.

Jamais. Je confesse le Christ.

MARC.

Jamais.

MARCELLIEN.

Jamais.

Ici la tourbe païenne se soulève en tumulte.

LES GENTILS.

--La voûte s'écroule! --Les pierres 795 se fendent! --Tout est renversé. --Avez-vous entendu? --Tout est souillé, foulé. --Sébastien, Sébastien, quelle démence, quelle rage s'empare aussi 800 de toi? --Le chef des sagittaires, l'ami d'Auguste, est infidèle à son maître! --Regardez-le! Il est debout dans le délire. --Lui, l'ami d'Auguste, il exhorte 805 les coupables à mépriser l'édit! --Ils fléchissaient déjà, les jeunes gens. --Ils étaient prêts au sacrifice. --Il les enivre par la vue de son sang. --Il laisse 810 couler son sang pour simuler la crucifixion de l'Homme à tête d'âne. --Il a percé sa main gauche par artifice. Et il a invoqué la croix. 815 Avez-vous entendu? --J'entends, j'entends, moi, claquer les fouets des bestiaires. Aux lions! Aux lions! --Non, ce n'est pas vrai. Il est hors de lui-même. Il porte 820 un maléfice. N'avez-vous pas vu se rapprocher de lui soudain cette femme étrangère et tremper le lin dans la plaie? Il porte un maléfice occulte. 825 --Regardez-le! Regardez-le! --Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. Toi, toi, bel Archer, toi, si beau! Toi, plus beau que l'adolescent de Bithynie, le Bien-aimé 830 d'Hadrien, le divinisé d'Égypte! --Il ressemble à Mercure souterrain qui hante la route inévitable. --Il a bondi du socle, frère des statues 835 divines. --Il a fait un songe. Il se réveille. --Secoue-toi! Tu es trop beau. Renie, renie ton sacrilège. --Viens! Allons, allons immoler des brebis 840 à Cérès qui porte les lois, au Soleil qui voit l'avenir. --Il faut boire, et frapper la terre d'un pied libre. --Va-t'en! Va-t'en! --On étouffe! On étouffe comme 845 dans l'étuve. --Et la puanteur des lys! --Et ce relent lugubre des offrandes non présentées! --Crie fort! --Les oreilles bourdonnent de murmures magiques. --Tous 850 ces esclaves puent, sentent pire que le bouc. --Et ne tracez pas des mots magiques sur les dalles. --Et ne parlez pas bas aux dieux infernaux. --O Chef, Chef cruel, 855 tu nous a trahis, tu nous as trahis pour cet Asiatique mort au gibet!

Sébastien reste debout et inébranlable, sans répondre. La mère des confesseurs s'élance contre lui, désespérée.

LA MERE DOULOUREUSE.

O maudit, maudit, tu m'arraches mes fils malheureux, mes enfants 860 égarés. Tu me les arraches quand ils allaient tendre leurs bras déliés vers toutes mes larmes souriantes, que je sentais refluer à mon sein aride 865 comme le lait de ma douleur! Qui es-tu? qui es-tu, si jeune et si terrible, mâle avec ce beau visage de Furie? Qui es-tu qui offres de rouges 870 cœurs à tes autels et promets des couronnes d'astres à ceux que tu traînes là-bas dans l'ombre où tout finit?

Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur.

LE SAINT.

Je suis l'esclave de l'Amour. 875 Je suis le maître de la Mort, Femme, et je te connais. Je sais que je toucherai le cœur rouge au fond de ta poitrine aride qu'enfle le lait de la douleur. 880 Je te connais, femme. Tu es marquée du sceau mystérieux. Tu auras un jour ton martyre, ta couronne et ton allégresse. Il te regarde.

LA MERE DOULOUREUSE.

885 Qui me regarde? Tu m'effraies. Le frisson me traverse toute, comme une épée.

LE SAINT.

Il t'a choisie déjà. Tu trembles. Tu es élue.

LA MERE DOULOUREUSE.

890 Tu m'effraies Non, je ne veux pas! Que fais-tu de moi? que fais-tu de mon âme? mes fils, mes fils, vous me voyez, vous me voyez. Quelqu'un m'entraîne.

LE SAINT.

895 C'est Lui, c'est Lui. Car du haut ciel Il fond et saisit, comme l'aigle foudroyant. Il saisit, soulève, emporte, dans les battements de sa grandeur.

LA MERE DOULOUREUSE.

900 Où est-il? où est-il? J'ai peur. J'ai peur de me retourner. Laisse, oh, laisse-moi reprendre haleine! Tu me vois: je suis pantelante. Mes fils, m'avez-vous appelée? 905 Dois-je venir? J'entends des cris, les cris de cet aigle, les cris du ravisseur. Il vous saisit, il vous soulève, il vous emporte, Faut-il venir? Faut-il mourir? 910 Me voici prête.

Effarées, agitées, ses filles tendent vers elle leurs bras nus.

LES CINQ VIERGES.

O mère, mère!

LE SAINT.

Tu as proféré la parole! Femme, Il a parlé par tes lèvres Martyrs, avez-vous entendu? 915 Le ciel rayonne.

LES CINQ VIERGES.

--O mère, mère, qu'as-tu dit? --Tu nous déchires. --Tourne-toi! --Oh, regarde-nous! Tourne-toi vers tes filles épouvantées! 920 --Qui s'empare de toi? Quel mal te possède? --Regarde-nous! --Du dos de ta main tu essuies ta bouche qui s'emplit d'écume comme la bouche des sibylles. 925 --Ressaisis ton âme. Tu es la proie de l'Enchanteur. --Nous sommes toutes tremblantes. --O malheur! --O mère, mère!

LA MERE DOULOUREUSE.

Qu'ai-je dit? qu'ai-je dit? Oh, non, 930 ne tremblez pas! Je vous regarde. Vous êtes toutes pâles, comme l'évanouissement des choses que nous tenions. Vous n'avez plus en vos mains les offrandes. Vous 935 me touchez avec vos mains vides. Vous n'avez plus ni fleurs ni fruits, ni les vases ni les corbeilles. Vous avez tout abandonné. Et les offrandes non offertes 940 gisent là, sur les dalles, comme des ordures. Mes dieux, mes dieux, où êtes-vous?

CHRYSILLE.

Mère, mère douce, rentrons, rentrons. Tu les retrouveras 945 près de la porte. Laisse-toi ramener. Ta litière est prête. Mère, tu souffres.

LA MERE DOULOUREUSE.

Et vous les abandonnerez là, eux aussi, comme les orges 950 et les huiles? Voyez, voyez les yeux de vos frères, voyez- les, grands ouverts, qui nous regardent! Est-ce que je leur avais fait des yeux si grands?

Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur.

LE SAINT.

955 Femme, tu ne rentreras pas dans ta maison.

LA MERE DOULOUREUSE.

Est-ce que je leur avais fait des yeux si grands?

LE SAINT.

Tu ne franchiras pas ce soir 960 ton seuil de pierre.

LA MERE DOULOUREUSE,

Ah, si grands que toute l'horreur en sort et tout le ciel y entre. Voyez, voyez!

LE SAINT.

Jamais plus tu ne reverras 965 les Lares derrière ta porte. Tu le savais.

Ici les filles éclatent en pleurs.

LA MERE DOULOUREUSE.

C'est vrai, c'est vrai. Je le savais. Je n'ai plus tourné la clepsydre. Je n'ai plus mesuré le temps 970 que par les gouttes très amères. J'ai pris dans l'âtre une poignée de cendre et je l'ai répandue sur mes cheveux. Salut, foyer! Et vous, filles infortunées, 975 qui étiez pareilles aux doigts de la main qui porte la rose, vous serez les cinq doigts béants de la main qui laisse l'empreinte ineffaçable sur le mur 980 fidèle, afin qu'on se souvienne du meurtre. Adieu.

Ici les filles s'élancent pour la retenir et l'enlacent.

LES CINQ VIERGES.

--Non! Non! --Où vas-tu? où vas-tu? que feras-tu? --Entourez-la, entourez-la de vos bras, sœurs! 985 Elle est démente, elle est démente. --Pour t'enlever, il faut qu'on tranche nos poignets, qu'on coupe nos bras jusqu'aux aisselles. --O sœurs, sœurs, soyez fortes pour l'entraîner. 990 --O Bonne Déesse, redouble la force de notre amour. --Non, non, tu n'iras pas! Aie pitié! --Aie pitié! Comment pourrais-tu nous jeter ainsi à la honte 995 et au deuil infini? --Reviens, reviens avec nous au foyer! --Rien ne pourra nous séparer de toi, dans le nombre des jours. Je t'en fais serment! --Je t'en fais 1000 serment! --Et moi aussi! --Et moi aussi! --Toujours nous resterons nubiles, pour l'amour de toi, mère douce, auprès de ton âtre, auprès des Pénates voilées.

Tenant d'une main leur mère égarée, elles ramènent de l'autre leurs voiles sur leurs têtes et prononcent à voix basse la parole de la consécration.

1005 --Je me dévoue. --Je me dévoue. --Je me dévoue. --Je me dévoue. --Je me dévoue.

LE SAINT.

Vierges, vierges, ne pleurez pas. Celui qui garde le foyer 1010 inextinguible a recueilli ces vœux. Vous aurez vos couronnes, en mangeant le doux fruit de vie d'entre les lèvres de la mort. Il n'y a pas d'autre douceur. 1015 Je vous le dis.

La mère se tourne vers lui, dans l'horreur d'une vaine révolte.

LA MERE DOULOUREUSE.

O Archer, Archer sans merci, et tu les prends, et tu les prends! Je sais. Je traîne à mes épaules une grappe lourde de vies 1020 condamnées. Elles crient déjà comme des victimes qu'étouffent mes voiles. Je suis Niobé, je suis du sang noir de Tantale, avec toute ma géniture. 1025 Archer, sous tes traits invisibles, Repais-toi de mes infortunes et rassasie-toi de mes deuils. O fécondité lamentable! La mort, la mort, de toute part 1030 la mort. L'amour de toute part l'affronte. C'est moi qui vous traîne, filles, c'est moi.

LE SAINT.

Il ne tue pas. Il vivifie. Qu'il te souvienne de la veuve 1035 de Tibur qui, par fer et feu, criait: «Mes enfants, regardez en haut, combattez pour vos âmes. La mort est vie.»

LES CINQ VIERGES.

--Non, nous ne voulons pas mourir! 1040 --Laisse-nous vivre, laisse-nous respirer encore! --Aie pitié de notre jeunesse. --Tu vois tu me vois, comme je suis jeune, ô mère. Je suis ta plus jeune. 1045 Je ne veux pas mourir. J'ai peur, j'ai peur. --Aie pitié! Laisse-nous à la lumière! --Il est si doux de voir la lumière, de voir le soleil; et nos dieux sont bons, 1050 nos dieux sont beaux!

LA MERE DOULOUREUSE,

Je ne peux plus les invoquer, je ne sais plus les implorer. Tout croule. Tout s'évanouit. Et mon cœur défaille, mon âme 1055 est éperdue.

Ici d'une voix grave et ferme son fils Marc l'exhorte, dressant sa tête sur l'affaissement de son corps qui n'a plus de soutien sous les pieds liés.

MARC.

Mère, nous sommes en silence. Notre amour est crucifié. Sois avec elles.

LA MERE DOULOUREUSE.

Je viens, je viens. Je suis à vous.

Par une volonté plus qu'humaine, elle s'arrache à l'étreinte de ses filles, qui poussent un cri unanime. Elle marche seule vers les deux colonnes vivantes.

1060 Je suis à vous. Me voici prête, mes fils. J'entends le battement de vos cœurs. On a retiré les soutiens de dessous vos pieds joints. Et j'entends le craquement 1065 de vos coudes, de vos genoux, de vos épaules. Je vous porte. Je suis chargée de vos deux poids. Où faut-il monter? où faut-il descendre? Je saurai sourire. 1070 Je saurai chanter. Me voici. J'ai votre faim, j'ai votre soif J'enfoncerai profondément ma bouche dans la plénitude de la mort. Hommes!

Ici elle se tourne vers les magistrats, les assesseurs, les bourreaux.

1075 Hommes, je confesse le Christ. Je suis chrétienne. Qu'on me lie, qu'on me frappe. Je sais souffrir. Je veux mourir.

Ici les cinq vierges se couvrent entièrement la tête, en se serrant l'une contre l'autre, près de leur père toujours enveloppé dans sa toge et taciturne.

LE SAINT.

Gloire, ô Christ roi!

La multitude accrue s'agite, vocifère, alterne les imprécations et les invocations, les louanges et les outrages, les menaces et les prophéties, diverse et discordante. L'air s'assombrit. Des sacrificateurs jettent sur l'autel des poignées d'aromates. On entend parfois, dans une pause, des femmes sangloter.

GENTILS ET CHRETIENS, QUELQUES JUIFS, LES ARCHERS ET LES ESCLAVES, HOMMES ET FEMMES. TOUT LE TUMULTE.

1080 --Sébastien, ami d'Auguste, tu travailles pour le pressoir! --Tu travailles pour le charnier! --O Archer impudent, tout oint de maléfices! --Maintenant 1085 on va les entendre chanter des paroles magiques, comme Ptolémée, comme Astion, pour te résister et te vaincre, ô somnolent! --Il est malade, 1090 il est endormi dans la graisse, de la nuque jusqu'au talon. --Puisque tout est dit maintenant, qu'on les tourmente. --Niobé! Niobé! --Et suspendez-la, 1095 entre ses gémeaux, au sommet de l'arcade, par une seule main! --Voyez Andronique. Il mâche sa langue bovine. --Il savoure la sueur salée qui ruisselle 1100 dans les rides de ses fanons. --Allons! Qu'on le secoue! Esclaves, pincez-le fort aux jambes, vous qui lui dorlotez sa podagre. --N'avez-vous pas honte, pourceaux? 1105 --Debout, debout les serfs! Debout les serfs! Les temps sont révolus. --Mère des martyrs, sois louée! --Non sur la cire des tablettes, mais ton nom est écrit déjà 1110 au livre de vie. --O sort humble et magnifique! --Je me courbe et je baise la terre, en signe de ton ventre, mère admirable. --Ils sont fous, ils sont fous. Des sacs, 1115 des sacs d'ellébore! --On étouffe. Tous les foins coupés du Solstice sont mis ici à fermenter? --En avez-vous, du foin, aux cornes! --Si c'est le Solstice, prenez 1120 les faucilles et moissonnez. --Ne tracez pas de mots magiques sur les dalles. --Levez les dalles, si vous osez, levez les dalles. Les morts vont surgir du charnier 1125 de César. --Et que les Romains sachent qu'ils ne sont que des hommes, rien que des hommes. --Criez fort, car votre Sauveur entendra. Est-il ivre ou somnolent comme 1130 ce bon juge, que son courroux ne se déchaîne contre nous? --O insensés, il était dieu et il est mort comme un larron. --On l'a souffleté. --Il avait 1135 une tunique sans couture. Les soldats l'ont jouée aux dés. --Taisez-vous! Taisez-vous! Le seul genou de Jésus se dressant du saint sépulcre vaut tout l'orbe 1140 de l'Empire. --Il faut un carnage. --On ne comprend plus rien. --Nous sommes tous enveloppés dans les rets de la mort. --Va-t'en! Je te frappe. --Ils font des onctions magiques. 1145 Prenez garde. --Tous ces esclaves cachent des rouleaux dans les plis de leurs sayons. --Il faut attendre. Le bois du gibet va fleurir. --Tuez! Tuez! Tuez! --Il faut 1150 la lourde épée ibérienne qui fatigue le baudrier. --Ardez-les ou bien ils vous ardent. --Un Phrygien a mis le feu à trois temples. --Qui crée, sinon 1155 le feu? --C'est la douleur qui crée. --Ah, c'est trop attendre. Pourquoi, pourquoi n'abrèges-tu pas l'heure? --Dieu viendra du Midi. Le Saint descendra du Mont Pharan. --Juif 1160 du Transtévère, tu pourras nous fournir des vitres cassées. --O Archer, je veux te bénir! --Archer de la vie, je bénis ton œil, ta main, ton arc, tes traits. 1165 --O Chef, Chef, tu nous as trahis, tu nous a trahis. --Tu seras sculpté dans le basalte noir, comme Antinoüs. --O divin! --Ton parfum est mort, Adonis. 1170 --Divin meurtrier, toi qui tues et suscites! --Qu'on lui arrache l'arc et le carquois! --Puisqu'il est maintenant marqué à la paume comme un larron, qu'on tranche aussi 1175 ses pouces! --Archer, n'aurais-tu pas Apollon pour complice? --Il porte le premier stigmate. --Il a fait le serment militaire. Il porte un autre stigmate. Il est traître. 1180 --Nul jour ne sera plus ce jour. --Ce n'est qu'un rêve. --Je m'en vais. Ma force est à bout. --O Beauté, Beauté, vivre et mourir pour toi! --Mangeons les offrandes qu'on laisse 1185 par terre, ces figues sabines. --On ne respire que des rêves, les rêves qu'enfantent les fièvres. --Sus! Que les buccins recourbés soufflent la bataille! --O Archers, 1190 bandez vos arcs et rangez-vous! --Les Niobides! --Minotaure, Minotaure d'Asie, gorgé de vierges et d'adolescents! --Elles suivront. On l'a écrit: 1195 «Une multitude de vierges suivra ses pas.» --Elles sont douces comme ce lait caillé. --O vierges, vierges, que ne puis-je vous faire mourir d'amour! --Et des bourreaux 1200 dans les prisons ont violé des vierges mortes! --Vous mordrez la cendre. --Il faut que tout autel surnage au sang des adorants. --Où est le Paradis? --Ouvrez 1205 vos portes, ouvrez donc vos portes; et le Roi de gloire entrera. --Dieu viendra du Midi. Le Saint descendra du Mont Pharan. --Juif de la porte Capène, viens 1210 nous vendre tes morceaux de verre. --Qu'on les écorche vifs avec des tessons de pots! --O dieux, dieux renversés, brisés, effacés en un jour! --Soufflez sur le feu! 1215 Attisez les charbons! --Va-t'en. Je nie. --Rome n'est que la truie qui se vautre. --Sur ce charnier fumant l'Empire pourrira. --Debout, les forts, les purs, les bons! 1220 --Hâtez le temps! Souvenez-vous! --Petit grec, petit grec, je suis ton maître. --O serf, ouvre ton âme pour voir, et tes poignets sont libres. --Les voies de l'immolation 1225 sont les plus sûres et le sang est inépuisable. --Oh l'horreur, l'horreur de l'immortalité! --Mangeons les offrandes. Mangeons ce raisin sec et ces olives 1230 en saumure. --Un fromage rond, un fond d'amphore, des gâteaux. --Regarde comme la denture de l'Éthiopien reluit! --Les sacrifices vous engraissent 1235 et le vin des libations vous fait trébucher. --Que le vin vous sorte des narines! --Jule, castrat de la Grande Déesse, qu'est-ce que tu fais sur l'estrade? 1240 N'as-tu pas même le fouet du Galle, garni d'osselets? --Il n'est malade que de crainte, il n'est ivre que de massique, stupéfié que par les truffes. 1245 --Appariteurs, soufflez, soufflez! --Attisez les charbons! --Qui donc le premier foulera la braise? --Voyez, voyez! Une des vierges voilée va rejoindre sa mère.

Une des cinq vierges voilées se détache du groupe et marche lentement vers les colonnes vivantes.