Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2
Part 15
[20] Cette définition des _colures_ est assez juste. Ce sont, en effet, deux grands cercles qui s’entrecoupent à angles droits aux pôles, et qui passent: l’un, le _colure_ du solstice, par les points solsticiaux, et l’autre, le _colure_ des équinoxes, par les points équinoxiaux de l’écliptique, déterminant ainsi les quatre grandes divisions, qui marquent les quatre saisons de l’année. Leur nom vient de Κολος mutilé, et οὐρὰ queue, parce que, selon Proclus, quelques-unes de leurs parties ne sont pas visibles à la vue.
Si on se représente un Cercle vers chaque pôle et tous deux parallelles à l’Équateur, c’est-à-dire en égales distances, on aura compris ce que les Astronomes nomment à la partie Septentrionale du Monde, Tropique de Cancer, et à la partie Méridionale, Tropique de Capricorne, qui sont les termes de la déclinaison ou oblicuité de l’Écliptique; le surplus des parties de l’Univers et de la Sphère qui le représente sont à mon avis d’une trop médiocre considération pour l’idée générale que je me suis proposé de donner. Je dois dire seulement que quand on se figure un point qui répond perpendiculairement à notre tête, on le nomme Zénith[21] ou point Vertical, et qu’on appelle Nadir[22], celuy qui luy est directement opposé, et qui répond à nos pieds, ce qui sert à l’explication de quelques phœnomènes.
[21] Ce mot, qu’on écrivoit au moyen âge _Cenith_, vient de l’arabe _Semt_ ou _Simet_, qui signifie chemin droit, point vertical.
[22] Mot qui vient de l’arabe _nathir_, vis-à-vis. Il désigne le point du ciel auquel aboutiroit une ligne verticale tirée du point où nous sommes, et passant à travers le centre de la Terre.
REMARQUES
SUR LE SYSTÊME PRÉCÉDENT ET SUR LES AUTRES SYSTÊMES DU MONDE.
Ce qu’on appelle systême dans l’Astronomie est une déduction précise des principalles dispositions de l’Univers.
Celuy dont je viens de donner l’idée est attribué à Ptolémée Égyptien. Il a servi à la construction de la Sphère artificielle qui sert depuis plusieurs siècles à démontrer cette science. Thico-Brahé, Danois, qui s’étoit proposé de le réformer, ne jugea pas à propos de détruire l’immobilité de la Terre et se contenta de supposer que le Soleil tournoit autour d’elle, tandis que les autres Planettes tournoient autour du Soleil, ce qui n’a eu qu’un petit nombre d’approbateurs[23].
[23] C’est là, en effet, à peu près tout le système de Tycho-Brahé, qui vouloit ainsi concilier ensemble la Bible, Ptolémée et Copernic. Il plaçoit le soleil au centre des mouvements des planètes qu’il faisoit tourner avec lui autour de la Terre. L’idée de ce système mixte avoit un instant été celle de Copernic. Lorsqu’il eut songé qu’il seroit contraire à la simplicité de la nature de faire tourner le centre commun des planètes autour d’un centre secondaire, il y renonça. V. à ce sujet Montucla, _Hist. des Mathémat._, t. I, p. 661.
Il n’en a pas été ainsi d’un troisième système proposé par Copernic, Allemand[24]: car, quoique celui-ci soit entièrement opposé à celuy de Ptolémée qui est celuy même des Écoles, il n’a pas laissé que d’être trouvé probable par quelques gens, qui se sont imaginez qu’il pouvoit mieux servir que les autres à l’explication de ces Phœnomènes, dont on doit la découverte aux grandes lunettes d’approche qui sont maintenant en usage.
[24] Dans l’édition précédente, p. 71, Blegny avoit dit avec plus de raison: «Copernic polonois». Thorn, qui est situé sur la Vistule, à quarante lieues de Varsovie, et qui n’appartient à la Prusse que depuis 1815, étoit, en effet, sa ville natale. L’ouvrage où il exposa son système parut pour la première fois à Nuremberg en 1543. C’est un in-fol. qui porte ce titre: _De revolutionibus orbium cœlestium_. Copernic avoit alors soixante-dix ans; il mourut quelques mois après.
Dans ce système, on suppose le Soleil au centre du Monde, on fait de la Terre une Planette et on la fait tourner avec toutes les autres autour du Soleil, du moins si on en excepte la Lune qu’on croit tourner seulement autour de la Terre, comme si elle étoit enclavée dans son Atmosphère, c’est-à-dire dans le tourbillon d’air dont elle est environnée, ce qui fait que ces deux corps ne sont imaginez que dans un même ciel, qu’on fait le troisième et qu’on fait précéder par conséquent de celuy de Mercure que l’on croit être le premier; et de celuy de Vénus qu’on dit être le deuxième; de même que le Ciel de Mars qui suit celuy de la Terre est réputé le quatrième, et successivement ceux de Jupiter et de Saturne qui font le cinquième et le sixième. Mais, outre que ce systême n’est pas approuvé par l’Église[25], je feray voir bientôt dans un traité à part que tout ce qu’on y propose est physiquement impossible.
[25] Le 5 mars 1616, la congrégation de l’Index avoit condamné _donec corrigatur_, ce qui valoit moins, disoit Képler, que _donec explicetur_, le livre de Copernic, comme «renfermant des idées données pour très vraies sur la situation et le mouvement de la Terre, idées entièrement contraires à la Sainte Écriture.» En 1633, Galilée, qui les soutenoit, fut condamné avec elles par un arrêt du Saint-Siège qui déconcerta la science et faillit arrêter ses progrès. Descartes en fut si frappé qu’il écrivit au P. Mersenne, le 22 juillet 1633, le 10 janvier et le 15 mars 1634, qu’il renonçoit à publier ses ouvrages de philosophie. En décembre 1640, le courage ne lui étoit pas revenu. Pascal, sans se décider, car on a trouvé dans ses fragments de pensées cette phrase: «Je trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic», n’attaqua pas moins très vivement les jésuites d’avoir provoqué à Rome la condamnation du système: «Ce fut aussi en vain, dit-il dans sa 18e Provinciale, que vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome qui condamnoit son opinion touchant le mouvement de la Terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu’elle demeure en repos; et si l’on avoit des observations constantes qui prouvassent que c’est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l’empêcheroient pas de tourner, et ne s’empêcheroient pas de tourner aussi avec elle.» Malebranche, dans la _Recherche de la vérité_, liv. IV, ch. 12, douze ans après la mort de Pascal, fut plus net. Après avoir rappelé le chapitre de la Bible sur Josué arrêtant le soleil, le seul dont l’Église se fît une arme contre Copernic, il osa dire que la foi n’est point intéressée à ces choses «qui sont du ressort de la raison», et qu’il faut lui laisser son partage. La condamnation du système n’en fut pas moins maintenue, et cela presque jusqu’à nos jours. Lorsque, le 5 mai 1829, l’on inaugura à Varsovie la statue de Copernic par Thorwaldsen, le clergé s’y arma encore de l’arrêt de Rome pour refuser son concours.
ABRÉGÉ
DE LA SCIENCE DES TEMPS.
Le Temps, qui n’est proprement que la durée passée, présente et future de l’Univers, a parmi les hommes des époques et des divisions qui servent à mesurer la subsistance des estres périssables. Ces époques et ces divisions sont ce qui forme le Calendrier, dans lequel les parties du temps ne sont déterminées que respectivement aux mouvements du Soleil à l’égard de la Terre ou, comme il faudroit dire avec Copernic, aux mouvemens de la Terre à l’égard du Soleil, ce qui ne change rien dans le fait.
Ainsi, comme on suppose dans l’opinion commune que le Soleil est 365 jours, 5 heures et environ 49 minutes à parcourir tout le Zodiaque, c’est-à-dire à faire tout le tour de la Terre, par son mouvement annuel on fait de cette espace de temps une mesure qu’on appelle année, et qui sert, en la multipliant, à déterminer les plus longues durées des choses, puisque de cent années on fait un siècle, et que l’idée de plusieurs siècles passez renvoye notre imagination jusqu’au temps de la création du Monde.
Mais comme on sçait que chaque année commence le 1er janvier à minuit, qu’elle finit le dernier décembre à la même heure, et que tout cet espace de temps n’est justement que de 365 jours, on pourroit croire que les 5 heures et les 49 minuttes[26] dont il vient d’être parlé, détacheroient l’ordre des saisons de celui des années dans la succession des temps, si je ne faisois remarquer ici qu’après trois années de 365 jours on en fait une de 366 qui est appelée bissextile[27], et dont le jour ajouté fait que février, qui n’a que 28 jours dans les autres, en a 29 dans celle-ci et encore qu’après 135 années on retranche un jour, pour quelques minutes qu’il y a de moins sur ce jour ajouté[28].
[26] C’est ce qu’on appelle en Astronomie «le Quart de jour».
[27] V. une des notes précédentes.--Nous ajouterons ici, pour fixer mieux l’origine de cette division du temps, qu’il paroît avéré aujourd’hui que 2000 ans avant notre ère, les Chinois avoient une année commune de 365 jours, et qu’ils intercaloient un jour tous les quatre ans. V. Claudius Saunier, _le Temps_, 1858, in-12, p. 60.
[28] Lalande, dans son _Astronomie des Dames_, édit. de 1824, in-12, p. 83, explique avec plus de détail, et d’après les calculs définitifs, comment on retrouve, pour qu’il n’y ait pas de lacune, les quelques minutes qui manquent au jour supplémentaire des années bissextiles: «il s’en faut, dit-il, de onze minutes que le quart de jour ne soit juste, et au bout de cent ans cette erreur s’accumule de manière qu’on a ajouté presque un jour de trop; voilà pourquoi en 1700, 1800 et 1900 l’année est commune au lieu d’être bissextile, comme elle devroit l’être de quatre ans en quatre ans. Mais l’an 2000 sera bissextile; on ne supprime que trois bissextiles en 400 ans, parce que les onze minutes d’erreur n’en exigent pas davantage. Voilà en abrégé, ajoute-t-il, toute la règle des années solaires, suivant la réformation faite en 1582. Les années bissextiles sont celles dont on peut prendre le quart, comme 84, 88, 92, etc., même les années séculaires 1600, 2000, 2400.»--Lalande, après ces explications, rappelle spirituellement la prière du Bourgeois gentilhomme à son Maître de philosophie pour qu’il lui apprenne l’Almanach (acte II, scène 6), et il ajoute: «Molière savoit que ce n’étoit pas toujours une chose facile.»
L’espace de temps dans lequel le Soleil, par son mouvement annuel, parvient d’un solstice à l’autre, sert à diviser l’année en deux semestres, de même que par les deux solstices et les deux équinoxes ensembles, on la divise en quatre trimestres ou quartiers, et chacun de ces trimestres en trois mois, chacun desquels est mesuré par le temps que le Soleil employe dans ce même mouvement pour passer de l’un des signes du Zodiaque dans un autre.
J’ai déjà dit que le Soleil, par le mouvement du premier mobile, fait tout le tour de la Terre en 24 heures; je dois dire maintenant que cet espace de temps est ce qu’on nomme jour naturel, c’est-à-dire la trois cent soixante et cinquième partie d’une année qui n’est point bissextile, laquelle comprend ensemble le temps des ténèbres qu’on appelle nuit, et celuy de la lumière qui est nommé jour artificiel.
Il vient d’être remarqué que février n’a ordinairement que 28 jours et au plus 29. Quelques autres en ont 30 et la plupart même jusqu’à 31. Cela vient de ce que les mois qui n’étoient autrefois que lunaires, c’est-à-dire réglez sur le mouvement rétrograde de la Lune, n’étoient qu’environ de 29 jours; et que depuis, pour ajuster les mois au circuit annuel du Soleil, Jules César ajouta dix jours à l’année[29], ce qui fit en même temps l’accroissement et l’inégalité des mois.
[29] C’est ce qu’à cause de lui on appela l’année julienne, dont nous avons déjà parlé plus haut. La réforme dont elle fut le résultat reposoit sur une base erronée, en ce qu’on y considérait comme exacte une longueur de l’année de 10 minutes 8 secondes plus grande qu’elle n’est réellement, ce qui formoit tous les cent trente-quatre ans l’excédant d’un jour presque entier. Dès le XIe siècle, lorsque les astronomes persans eurent déterminé la longueur de l’année avec une précision telle que l’erreur ne fut plus que d’un jour en plusieurs milliers d’années, on se préoccupa d’une nouvelle réforme, mais il fallut plusieurs siècles, comme on le verra, pour qu’elle aboutît.
Cette inégalité et le nombre de 52 semaines qui se trouvent dans le courant de chaque année fait voir qu’elles ne peuvent pas entrer dans une division cathégorique des temps, puisqu’on ne peut pas diviser les mois en un nombre certain de semaines, chaque semaine n’étant que de sept jours; aussi ne doivent-elles être considérées que comme une ordination ecclésiastique concernant le culte divin[30]; c’est pourquoi après avoir montré qu’un siècle est composé de cent années, que chaque année comprend deux semestres, chaque semestre deux quartiers, chaque quartier trois mois, chaque mois un peu moins ou un peu plus de 30 jours, et enfin chaque jour 24 heures, y compris les diurnes et les nocturnes; il reste seulement à dire pour l’exacte division des mesures du temps, que chaque heure est divisée en deux demies, chaque demie en deux quarts, chaque quart en quinze minuttes, chaque minutte en 60 secondes, chaque seconde en 60 tierces, etc.
[30] C’est ce qu’elle est en effet depuis l’adoption, en 325, de la réforme julienne par le Concile de Nicée, qui supposa que l’intercalation de dix jours ordonnée par César faisoit exactement coïncider la longueur de l’année astronomique avec celle de l’année civile, et établit la concordance astronomique du calendrier avec le mouvement du Soleil.
PRÉCISIONS
CHRONOLOGIQUES ET HISTORIQUES DES TEMPS.
Ces précisions sont indifféremment et généralement nommées par les Astronomes Ères, Epoques ou points fixes des temps; ce sont ou des dattes permanentes retenues par un consentement universel, pour déterminer le temps des grands évènements ou des nombres révolutaires[31] qui ne sont pas d’un moindre usage pour la Cronologie et pour l’Histoire.
[31] Ce mot n’est plus admis par la science.
A l’égard des dattes permanentes, on compte depuis le commencement du monde jusqu’à présent 5,641 années; depuis le Déluge universel 3,185; depuis la naissance de Jésus-Christ 1692; depuis sa mort 1659 et depuis la réformation Grégorienne du Calendrier 110[32].
[32] La réformation grégorienne ou correction de l’intercalation julienne doit son nom au pape Grégoire XIII, qui la décréta en 1582, d’après les calculs de l’astronome italien Aloïsio Lilio.
Pour ce qui est des nombres révolutaires, ils méritent chacun une explication particulière; le plus considérable est celuy qu’on appelle _Nombre d’or_, parce qu’il étoit autrefois marqué dans le Calendrier en lettre d’or. Sa première année, qui étoit en dernier lieu la précédente 1691, étoit marquée par 1. Celle-ci, qui fait sa deuxième, étoit marquée 2 et ses dattes seront ainsi continuées pendant dix-neuf années selon l’ordre naturel des nombres; en sorte que 1710 aura 19 pour nombre d’or et que 1710 reviendra au premier nombre[33].
[33] L’explication de Lalande, p. 84, est plus claire: «Les _Nombres d’or_, dit-il, sont une suite de 19 nombres qui répondent à 19 ans, et indiquent successivement les années qui s’écoulent avant que la nouvelle lune revienne au 1er janvier.» Ce n’est qu’un retour au cycle de l’athénien Méton, que, sous Alexandre, Eudoxe avoit déjà réformé d’après les livres des prêtres d’Égypte. Champollion-Figeac, dans son _Résumé complet de Chronologie_, petit livre si curieux et aujourd’hui si peu commun, ne croit pas non plus à l’exactitude des calculs qui l’ont réglé, et par conséquent n’admet pas davantage la régularité du cycle chrétien qui en dérive: «_Le nombre d’or_ se rapporte, dit-il p. 161, à une concordance supposée de l’année lunaire avec l’année solaire. Au moyen d’intercalations, on crut que 19 années de chaque espèce avoient également 6939 jours, et qu’ainsi les nouvelles lunes revenoient, pour chaque cycle de 19 ans, aux mêmes jours et aux mêmes heures. La réformation grégorienne corrigea les erreurs qui résultoient de cette fausse opinion. L’on y remédia autant qu’on le put, mais ce cycle est encore imparfait.»
Ce nombre révolutaire a été ainsi réglé pour déterminer précisément l’espace de temps qui se doit écouler avant que la Lune se trouve dans le point même où elle étoit à l’égard du Soleil lors de la première datte de ce nombre, ce qui ne se peut faire, suivant les plus exacts observateurs, qu’en dix-neuf années, à cause que l’année lunaire est plus courte que l’année solaire, je veux dire que le temps des douze lunes de l’année est moindre de onze jours que celuy du circuit annuel du Soleil.
Le cycle solaire est encore un nombre révolutaire qui est d’un grand usage dans le Calendrier; il est nommé solaire parce qu’il règle la lettre Dominicale, c’est-à-dire celle qui désigne le Dimanche, que les Romains avaient consacré au Soleil.
La lettre dominicale est toujours une des sept premières lettres de l’alphabet, qu’on place dans le Calendrier suivant leur ordre naturel pour marquer les sept jours de la Semaine; mais cet ordre, qui est observé à l’égard des jours, ne l’est pas au respect des années, dans la suite desquelles ces Lettres ne deviennent successivement dominicales que par un ordre contraire et rétrograde, si bien qu’il suffit de sçavoir qu’en 1691 la lettre G était Dominicale pour conclure que nous avions A en 1690 et que nous aurons F cette année 1692, en sorte même que la nécessité qu’il y a cette année bissextile de changer cette lettre à cause du jour ajouté, n’interrompra point cet ordre rétrograde, et par conséquent qu’après le 25 février la lettre Dominicale sera D[34].
[34] Pour réparer le trouble apporté dans l’ordre des _Lettres dominicales_ par l’intercalation d’un jour à la fin de février, on a donné aux années de cette espèce deux _lettres dominicales_, l’une du 1er janvier à la fin de février, l’autre pour le reste de l’année.
Pour ne rien dire qui demande une espèce d’étude, je ne m’expliquerai pas sur les causes de cette rétrogradation, il suffit de dire ici que son ordre fait une si considérable variété dans la distribution de ses sept premières lettres, qu’elles ne se retrouvent dans le premier arrangement du sicle solaire qu’après 28 années, qui font le juste terme de sa révolution.
On marque l’Indiction romaine dans le Calendrier, parce qu’elle est de quelque utilité pour l’intelligence de l’histoire des derniers siècles. Elle ne sert que pour diviser la suite des années par quinze; ainsi comme cette année est la quinzième de l’indiction, on recommencera à la compter l’année suivante par le premier ordre[35].
[35] L’_Indiction_, révolution de quinze années, dont la première, marquée I, est un des trois cycles de la période julienne. C’est une division par quinzaines de toute la série des années, depuis la première de l’ère chrétienne. Elle est encore en usage dans les bulles du Saint-Siège.
A l’égard de l’Épacte, il en sera parlé dans l’article suivant en expliquant les Lunaisons.
ÉPACTE ET LUNAISONS.
On appelle Épacte un certain nombre par lequel, sans almanach, on trouve le temps de la Lune[36]. Pour s’en asseurer, il faut chaque année ajouter onze à l’Épacte de l’année précédente, et prendre pour Épacte le produit de cette addition, pourveu néanmoins qu’il n’excède pas le nombre de trente: car quand cela arrive de la sorte, on prend seulement pour Épacte ce qui est au-dessus de ce nombre, ce qui se pratique constamment de la même sorte jusqu’au terme révolutaire du nombre d’or, après lequel on recommence à compter l’Épacte par le premier nombre; et c’est ce qu’on a fait l’année précédente 1691, en sorte que dans la présente année 1692 nous aurons le nombre 12 pour Épacte.
[36] L’Épacte est la différence en jours, heures, minutes et secondes qui existe entre une révolution solaire et douze révolutions lunaires. On appelle cycle des épactes un espace de trente années, après lequel les épactes reviennent à peu près dans le même ordre. V. à ce sujet la _Métrologie_ de Saigey. Les épactes, suivant Champollion-Figeac, sont «un moyen chronologique pour vérifier la certitude des dates du moyen âge». _Résumé de chronologie_, p. 160.
Lors donc qu’on veut sçavoir par l’Épacte en quel temps on est de la Lune, il faut additionner le nombre de l’Épacte, le quantième du mois courant, et le nombre des mois dont il a été précédé depuis celuy de Mars; par exemple, si je veux savoir en quel temps de la Lune je serai le 4 juillet, je dirai: 4 du mois joint à 12 d’Epacte font 16 et 4 pour les mois de mars, avril, mai et juin font vingt, et par conséquent le 4 juillet je serai au 20 de la Lune, ce qui n’est pas néanmoins si juste qu’on ne s’y puisse tromper d’un jour ou d’un jour et demi.
On appelle Lunaison le temps du mouvement propre de la Lune[37], c’est-à-dire celuy dans lequel on voit commencer et finir le circuit qu’elle fait autour de la Terre dans l’espace de 29 jours, 12 heures, 3 quarts et un peu plus.
[37] C’est le temps qui s’écoule depuis le commencement de la nouvelle lune jusqu’à la fin du dernier quartier. Pour les paysans, les lunaisons règlent le temps, pour les marins de même, qui appellent, par exemple, «lunaison de vent» l’espace de temps--quinze jours environ--pendant lequel le même vent souffle. Le principal savoir des vieux magisters de village étoit de les bien connoître, ce qui a fait dire au poète de _L’Homme des Champs_, chant Ier, p. 63, 1re édit., à propos du magister qu’il y met en scène:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Connoît _les lunaisons_, prophétise l’orage, Et même du latin jadis eut quelque usage.
Sur les lunaisons, et principalement sur la fameuse doctrine du général Bugeaud, déjà pressentie dans les _Géorgiques_ de Virgile, V. _Le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. III, p. 555, note.
On divise chacune des douze lunaisons de l’année en quatre parties. Le commencement de la première s’appelle nouvelle Lune, dans lequel elle se trouve en conjonction avec le Soleil, c’est-à-dire située dans un même point du Ciel. Le second se nomme premier quartier, lors duquel il y a entre elle et le Soleil un quart du Ciel. Le troisième est nommé pleine Lune, lorsqu’étant opposée au Soleil, il y a la moitié du Ciel entre les deux. Et le quatrième fait le dernier quartier, dont le premier jour est le milieu de sa déclinaison.
JEUNES ET SOLEMNITEZ.
Par rapport aux institutions ecclésiastiques, les jours peuvent être généralement divisez en jours libres et en jours prescrits.
Les jours libres sont ceux dans lesquels on peut user indistinctement de toutes sortes d’aliments, et s’occuper indifféremment à toutes espèces de négociations et de travaux.
Les jours prescrits sont ceux qui sont ordonnez pour les jeûnes et pour les solemnitez. Dans les uns les viandes grasses sont prohibées, dans les autres il faut s’abstenir du travail pour vaquer plus assiduement au culte divin.
De même qu’il y a des jeûnes et des solemnitez fixes dans le Calendrier, il y en a aussi de mobiles qui changent chaque année par rapport à leurs dattes et on peut dire même que les Dimanches sont des fêtes d’une troisième espèce qu’on peut appeler mixtes: car si d’un côté ils peuvent être considérés comme fixes, en cela qu’ils sont toujours solemnisez le premier jour de la semaine, ils ont d’ailleurs ceci de commun avec les Fêtes mobiles qu’ils changent de dattes chaque année, d’où vient qu’on est obligé de les désigner dans le Calendrier par la lettre Dominicale, à la différence des autres fêtes qui sont seulement désignées par des lettres italiques, de même que les jours de jeûne.