Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 28

Chapter 283,690 wordsPublic domain

[15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière: «On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz, par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain de Gonesse lui manquoit huit jours.» Lister le trouva excellent et bien supérieur à celui de Paris. «Il est extrêmement blanc, dit-il (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est ordinairement en pain de trois livres.» Le prix de trois deniers anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un centimes d’à présent.

Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit qu’on mange avec les liqueurs.

Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public.

[16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à cette enseigne.

Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis.

[17] On les appeloit aussi «patissiers de pain d’épice.» Ils étoient peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence de ceux de Reims.

MARCHANDISE DE VINS ET D’APRESTS.

La Halle aux Vins[1] est à la porte saint Bernard, où il y a des Bureaux pour les droits du Roy[2]. On y trouve de bon et franc vin de Bourgogne chez le Sieur Compagnot.

[1] Elle avoit été établie en 1662.

[2] La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc de triomphe, datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai de la Tournelle, un peu au-dessus du pont. On la démolit au commencement de la Révolution. Sous l’Empire, la Halle aux vins, sa voisine, fut reportée plus haut, sur la plus grande partie de l’enclos de l’abbaye Saint-Victor, qu’elle occupe toujours. Les travaux d’installation commencèrent en 1811.

Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise de vin[3], est rue Grenier, sur l’eau, derriere saint Gervais.

[3] Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six corps marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir échevins ou consuls. Ils avoient pour armoiries, depuis 1629, un navire d’argent à bannière de France, flottant avec six nefs autour, et une grappe de raisin en chef sur champ d’azur.

Tout proche rue des Barres, M. Milon fait commerce en gros de Vins de Champagne[4].

[4] La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent on ne l’appeloit que _Vin de Sillery_ ou _Vin de la Maréchale_, à cause de la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit le vignoble de Sillery, par lequel avoit préludé cette première vogue. Le Roi y contribua. Le vin de Champagne fut longtemps sa seule boisson. (_Journal de la Santé_, p. 211 et 350.)

Du nombre des douze Marchands de Vins du Roy[5], qui font les grandes fournitures en pieces et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et pour le public, sont Messieurs Cresnay rue Notre Dame[6], de Bray rue de la Huaumerie, Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit rue des Petits Champs, Bourdois près l’aport de Paris, Morisson[7] rue de la Huchette, Darboullin rue Coquilliere[8], Tardiveau Fauxbourg saint Marcel, Hardon[9] rue Beaubourg, Triboulleau rue de la Mortellerie[10], Alexandre rue des Assis, etc.

[5] Ils étoient, suivant l’_Etat de France_, p. 628, les premiers privilégiés suivant la Cour. On les appeloit «la Cave des Douze.»

[6] Son enseigne étoit «à la Pomme de pin», et c’est par conséquent son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, p. 28: «la Pomme de pin, derrière la Magdelaine.» Un autre, portant la même enseigne, indiqué aussi dans cette première édition, se trouvoit rue d’Orléans.--On sait que Crenet est, comme Mignot, assez maltraité dans _la Satire du Repas_, pour les mélanges «d’auvernat et de lignage» qu’il vendoit, dit Boileau, «pour vin de l’Ermitage.» Le reproche étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote que raconte Brossette; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. Dancourt l’a mieux traité dans l’_Eté des Coquettes_, joué en 1690. On y chante à la fin:

Sans cadeaux et sans promenades L’Amour les tient peu sous ses lois, Et sans Crenet et la Guerbois L’Amour n’a que des plaisirs fades.

[7] Edme Maurisson, d’après l’_Etat de France_, p. 628.

[8] Dancourt, à la scène IV des _Agioteurs_, joués en 1710, parle de sa veuve, qui lui avoit alors succédé: «SUZON... Vous irez de là chez Madame Darboulin, rue Coquillière, dire qu’on porte au même endroit, dès ce matin, les douze douzaines de bouteilles de vin de Bourgogne, et la douzaine de Champagne que je payai hier.»

[9] Hugues Hardoin, et non Hardon.

[10] Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le _Théophraste moderne_, p. 422, on ne trouvoit bons que les vins qu’il vendoit.

Et du Nombre des vingt cinq[11] sont Mrs Groü Doyen, Avrillon près le Puits Certain, Coquart rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon[12], Sellier montagne sainte Genevieve, Paris près la Grève, Moricault l’ainé place Maubert, Roussillard près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre Dame, Moricault le jeune rue des Boucheries saint Germain, Forel joignant la Comedie Françoise[13], Baron et Guibault au cimetiere saint Jean[14], Gaudin près le Pont Notre Dame, True rue Galande, la Nopce près le Palais, Courtois, rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, Migret Fauxbourg de Richelieu, etc.

[11] Les vingt-cinq «cabaretiers», suivant la Cour, qu’il ne falloit pas confondre avec les douze «marchands de vin», quoiqu’ils en portassent le titre et eussent les mêmes privilèges. On pouvoit chez eux non-seulement vendre «le vin à pot, mais donner des repas complets. _V. Le Traité de la Police_, t. III, p. 719, et la _Correspondance_ de Colbert, t. II, 1re partie, p. 169. Les cabaretiers ordinaires, qui n’étoient pas en même temps marchands de vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire fournir pour les noces et repas que leur salle, le pain, le vin, les couverts, linges et salades. Il falloit apporter le reste. _V._ à ce sujet un arrêt du 1er août 1705, rendu contre le cabaretier Joseph Filastreau.--Il sera parlé plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au pot.

[12] C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. précéd., p. 28: «à la Galère, derrière Saint-Jacques la Boucherie.» Il avoit, en effet, cette enseigne, déjà ancienne dans la rue d’Avignon, qui en prenoit parfois le nom de «rue de la Galère.» Sauval, t. I, p. 111.--_V._ sur la maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux renseignements dans l’édition que M. Cocheris a donnée de l’_Histoire du Diocèse de Paris_, par l’abbé Le Beuf, t. III, p. 506.--Il est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les pièces du temps: _le Chevalier à la mode_, de Dancourt, _les Chinois_ et _la Fille de bon sens_ de la Comédie italienne, etc. Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante:

Chez Rousseau portons nos écus.

[13] Il tenoit le cabaret de _l’Alliance_, qui étoit, en effet, près de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des Fossés-Saint-Germain. (_Hist. amour. des Gaules_, t. III, 435.) C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le gros comédien-auteur Champmeslé. _L’Alliance_ est citée, pour les débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du théâtre italien: _la Cause des femmes_, _Pasquin et Marforio_, _les Aventures des Champs-Elysées_, où Forel est nommé.

[14] Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII. Saint-Amand l’appelle «un cimetière»

Fait pour enterrer les ennuis.

Il y a plusieurs autres Marchands renommez pour les fins Vins et pour la belle Viande, par exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue aux Ours[15], Loisel aux bons Enfans[16] près le Palais Royal, Fitte au grand Loüis rue Bailleul[17], Berthelot à la Conférence rue Gémis Laurent, du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du Test à la Corne rue Galande, de Sercy à la petite Galere rue de Seine[18], etc.

[15] Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner le nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur, que tous les autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme lui, même ceux des guinguettes. «COLOMBINE, _déguisée en chevalier_. Quand vous donnerai-je à souper chez Lamy?--ISABELLE. Vous perdez le respect, chevalier, une fille de ma qualité au cabaret!--COLOMBINE. Oh! s’il vous plaît, Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de conséquence...» _Le Banqueroutier_ (1687), théâtre de Ghérardi, t. I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du _Grondeur_ (1691).

[16] Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue, qui alloit, du reste, fort bien à un cabaret.

[17] Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans _Turcaret_, comme l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être cité par Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de Bouillon:

Chevalier, reçois ces vers D’une muse libertine. Qu’ils aillent sous ton nom de _popine_ en _popine_ Apprendre à tout l’univers Que _Fite_ et La Morilliére, Pour n’avoir point de Césars, Ont pourtant sous leur bannière Leur héros, ainsi que Mars.

[18] C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre 1661, après une maladie de deux jours: «Son ami, l’illustre abbé de Villeloin, si connu dans la République des Lettres, dit Fr. Colletet dans _l’Abrégé des Annales de Paris_, 1664, in-12, p. 439, l’assista en ce dernier moment et luy rendit ce dernier devoir de son amitié qu’il luy avoit juré depuis tant d’années.»

Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la Ville et du Fauxbourg des Traiteurs et Marchands de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par exemple, Mrs Clossier à la Gerbe d’or rue Gervais Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie, Bedoré au petit Panier rue Tirechape[19], Robert près les Consuls[20], Aubrin à la Croix Blanche rue de Bercy[21], Martin aux Torches cimetiere saint Jean[22], Guérin à la Folie rue de la Poterie, Payen au petit Panier rue des Noyers, Cheret à la Cornemeuse rue des Prouvaires[23].

[19] L’édit. de 1691, p. 28, le loge «rue Troussevache.»

[20] «Au cloître Saint-Méderic, chez Robert.» _Id._

[21] Un autre cabaret de «la Croix blanche», étoit rue aux Ours. Edit. de 1691, p. 28.--Chapelle fréquentoit celui de la rue de Bercy, au Marais. Il avoit deux entrées, l’une sur cette rue, l’autre sur une rue parallèle, qui en avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche. Elles étoient toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850, d’enlever l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une seule rue de largeur réglementaire.

[22] Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans les _Visions admirables du Pelerin du Parnasse_. 1635, in-12.

[23] Il est cité dans la pièce _Les Souffleurs_, acte I, sc. XI. Les auteurs y alloient beaucoup. (_V._ notre Notice sur Regnard.)--Dancourt qui, on le sait, par une anecdote connue, se consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces, l’a nommé, dans sa comédie, _Madame Artus_. Acte I, sc. XI.--Chéret fit fortune. Son fils devint procureur au Parlement, et ce sont ses petites-filles, Mlles Chéret, très-ardentes jansénistes, qui, en 1758, pour tenir tête au curé de Saint-Séverin, créèrent une sorte de petite église qu’elles opposèrent à la sienne. (_Journal_ de Barbier, édit. in-18, t. VII, p. 81 et 377.)

On peut aussi boire et manger proprement et agréablement au Loüis près le Jeu de Metz[24], à la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la Reine de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue des Déchargeurs, à la petite Bastile rue Betizy[25], au petit Pere noir rue de la Bucherie[26], aux trois Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint Thomas du Louvre[27], au Soleil des Perdreaux[28] rue des Petits Champs, au Panier fleuri rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie[29], à la Porte saint Denis chez Hory, à la Boule blanche, et au Jardinier[30] Fauxbourg saint Antoine.

[24] Deux autres cabarets avoient cette enseigne du «Louis»; l’un, qui étoit peut-être celui de Le Gendre, nommé tout-à-l’heure, se trouvoit rue des Noyers; l’autre, rue Bourg-l’Abbé.

[25] Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de «la petite Bastille.» Edit. de 1691, p. 28.

[26] On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière et l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que Coulange fit son couplet:

Si tu veux sans suite et sans bruit, etc.

Dans la farce italienne des _Deux Arlequins_, le vin du cabaret du _Père Noir_ est chanté, acte I, sc. III:

ARLEQUIN. Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté Et prends au _Père Noir_ d’un bon vin velouté Deux flacons dignes de m’attendre.

[27] C’est le même cabaret de _la Galère_, qui, dans l’édit. précédente, est indiqué «près le Palais-Royal.»

[28] «Des six perdreaux.» _Id._

[29] Un autre «Panier fleury» est indiqué rue Tirechappe, dans l’édit. précédente. Il donna son nom à un passage, qui alloit de cette rue à celle des Bourdonnois. Rousseau et Diderot dînoient souvent en pick-nik, au cabaret du _Panier fleury_, dans les premiers temps de leur séjour à Paris. (V. _les Confessions_, 2e part., liv. VII.)

[30] «Au Jardinet.» _Id._

Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois en gros et qui debitent beaucoup au pot[31] et en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs Mariette, au carrefour saint Benoist, de la Cour rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, Bernard devant le Pont Neuf, Saulsay rue des Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet Butte saint Roch, Haumont et Berthelot rue des Boucheries saint Germain, des Hottes rue de la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près le Palais Royal.

[31] Les bourgeois faisoient vendre la plupart «à pot» ou «au pot», chez ces marchands de vin, le produit de leurs vendanges: «M. BERNARD. Ne vaut-il pas autant vendre mon vin à la campagne que de le faire vendre à _pot_ dans Paris, comme la plupart de mes confrères.» Dancourt, _la Maison de campagne_, scène XXXII.

Le même M. Joly donne fort bien à manger à trente sols par tête[32].

[32] L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres cabarets: «_Au petit Paris_, rue de la Verrerie; _à la petite Epousée_, rue Saint-Jean en Grêve; chez Tessier, au coin Saint-Paul; _au Cormier_, rue des Fossez-Saint-Germain; _à la Vallée Tissart_, rue Vaugirard; _au Milieu du Monde_, à la Grenouillère, où demeure Lognon, renommé pour les matelottes; _à la Chasse Royale_, près la porte Saint-Louis; _aux Bâtons royaux_, rue Saint-Honoré.» Les _Bâtons royaux_ se trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y alloient faire bombance. (_V._ notre _Histoire de la Butte_, p. 52.)

HOSTELS GARNIS ET TABLES D’AUBERGES.

Il y a des Appartemens magnifiquement garnis pour les grands Seigneurs à l’Hotel de la Reine Marguerite rue de Seine[1], et à l’Hotel de Bouillon quay des Théatins.

[1] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 325, le met aussi au nombre des hôtels garnis renommés. Il existe encore au nº 6 de la rue de Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique hôtel que la première femme d’Henri IV s’étoit fait construire, et dont les jardins, qui s’étendoient jusqu’à la rue des Saints-Pères, ne survivent plus que par un jardinet planté de quelques arbres, où l’on descend, comme sous Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser d’un étage, mais du même style, au-dessus duquel on a reconstruit les anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat Gilbert des Voisins l’habitoit au XVIIIe siècle, et les Mirabeau, dont les boiseries intérieures conservent encore le chiffre, y étoient venus après lui.

Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez en differens quartiers, par exemple, le grand Duc de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne, l’Hotel de Savoye, et l’Hotel d’Alby rue de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de Baviere, l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier rue de Seine, l’Hotel de Venise, et l’Hotel de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de Vitry, l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel de Navarre rue des grands Augustins[2], la Ville de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de Perpignan rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours rue du Jardinier[3], l’Hotel de Beauvais rue Dauphine, l’Hotel d’Orléans rue Mazarine, l’Hotel du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de saint Agnan rue saint André, l’Hotel d’Hollande[4], l’Hotel de Beziers, l’Hotel de Brandebourg, l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel de Luyne rue du Colombier.

[2] On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient dans le faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient, et les hôtels garnis s’y étoient multipliés en conséquence: «depuis que la paix étoit faite, lit-on dans les _Annales de la Cour et de la Ville_, pour les années 1697-1698, t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris un si grand abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize mille dans le faubourg Saint-Germain seulement... Le nombre s’accrut encore bientôt de plus de la moitié, en sorte que, au commencement de l’année suivante, on trouva qu’il y en avoit trente-six mille dans ce seul faubourg.»

[3] Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec plus de raison rue du Paon, où il en subsista des restes jusqu’aux dernières démolitions, devoit son nom aux archevêques de Tours, dont il avoit été longtemps la propriété. Vauvenargues y descendoit pendant ses congés de semestre. Les lettres que lui écrivit Voltaire portent cette adresse.

[4] C’est un des hôtels que, dans _la Comtesse d’Escarbagnas_, scène XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule provinciale, lui nomme comme autant d’hôtels de grands seigneurs: «On sait bien mieux, dit-elle, vivre à Paris dans ces hôtels, dont la mémoire doit être si chère: cet hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel d’Hollande. Les agréables demeures que voilà!»

On mange à table d’Auberge[5] dans presque toutes les maisons garnies cy-devant designées à vingt, à trente ou à quarante sols par repas[6]: mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles sont reglées chacune en particulier[7], en attendant sur cela un plus grand eclaircissement, les Provinciaux peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on mange d’ailleurs dans les Hotels et Auberges ci-après aux differens prix qui seront marquez, par exemple:

[5] C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville dans ses _Mémoires_, 1re édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà «Table d’hôte», de même que les deux Hollandois qui vinrent à Paris en 1657, et dont M. Faugère a publié le curieux _Journal de Voyage_. V. p. 191. Nous lisons aussi dans une pièce de Dancourt: «M. BERNARD. A _table d’hôte_, je vous entends, tant par tête.» _La maison de campagne_, 1688, scène XXX. En somme, c’est, je crois, suivant l’importance des hôtels et des prix qu’on disoit _table d’hôte_ ou _table d’auberge_.

[6] Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge n’étoient pas pour les délicats, qui ne vouloient que des cabarets «à gros écots», sans prix fixe. Dans _les Côteaux_ ou _les Marquis friands_, qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne, en 1665, Clidamant et Oronte, deux de ces gourmets, s’en expliquent nettement scène XI:

ORONTE. Les repas de grand prix sont bien plus agréables Et la cherté des mets les rend plus délectables. VALÈRE. A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis? CLIDAMANT. Que je ne veux jamais disner à juste prix. LÉANDRE. Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère.

[7] Selon Liger, p. 326, «ces prix fixes» ne l’étoient pas toujours. Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit plus ou moins grande.

A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë rue Mouton[8], à l’Hotel de l’Isle de France rue de Guénégaud, etc.

[8] Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre adresse, qui est la vraie, et un plus long détail: «le sieur de La Motte, à l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient une fort bonne table à quarante sols par repas, et fournit même une seconde table aux intervenants.»

A trente[9] au petit Hotel de Luyne rue Gît le Cœur, à la Galere rue Zacharie, aux Bœufs et aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc.

[9] «Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux.» Edit. 1691, p. 29.

A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au petit S. Jean[10] rue Gît le Cœur, au Coq hardi rue saint André[11], à la Croix de fer rue saint Denis[12], au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle rue saint Martin[13], à la Croix d’or rue du Poirier, à la Toison rue Beaubourg, etc.

[10] «Et au grand hôtel de Luynes.» _Id._

[11] «Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place Maubert, à la Galère.» _Id._--Il a, p. 63, un petit article supplémentaire: «le sieur Vilain, marchand de vin, aussi renommé pour ses bons apprêts, demeure rue des Lavandières, à l’entrée de la place Maubert, à la Galère.»

[12] Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce cabaret, un curieux sonnet de François Colletet, qui se termine par ce vers, bien digne d’un pauvre poëte, depuis longtemps à jeun:

Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot.

Un autre hôtel de _la Croix de fer_ se trouvoit rue de la Harpe, adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea en arrivant d’Auvergne à Paris.

[13] Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire, où se recrutèrent les premiers membres de l’Académie françoise, logeoit près de cette auberge de la rue Saint-Martin. (Marcou, _Pellisson_, p. 80.) Plus d’une séance de la nouvelle Académie dut s’y terminer. Suivant Vigneul-Marville, en effet, on ne se séparoit pas sans avoir fait légèrement ripaille.

A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel de Mouy rue Dauphine, à l’Hotel couronné rue de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image rue du petit Bourbon[14], au Dauphin rue Maubuée, etc.

[14] «Rue de la Rose, à la Samaritaine.» Edit. 1691, p. 29.

A dix sols[15] au Heaume rue du Foin, au Paon rue Bourlabé, au Gaillard bois rue de l’Echelle, au gros Chapelet rue des Cordiers[16].

[15] Boileau, _satire X_, vers 673-676, nous dit à peu près ce qu’étoient ces auberges:

T’ai-je encore décrit la dame brelandière Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière, Et souffre des affronts que ne souffriroit pas L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas.

[16] «Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier.» Edit. de 1691, p. 29.

Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a trois tables différentes, à quinze, à vingt et à trente sols par repas, par exemple, à la Couronne d’or rue saint Antoine[17], au petit Bourbon sur le quay des Ormes, et à l’Hôtel de Picardie rue saint Honoré[18].