Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
Part 21
[27] Trésorier des parties casuelles, «qui, lisons-nous dans les _Annales de la Cour et de Paris_, pour 1697-1698, t. I, p. 148, est un des hommes de Paris les plus curieux pour les meubles.» Il avoit surtout de merveilleux tapis, acquis par lui de la succession du conseiller Pussort. Le Roi les vit, les désira, et ils lui furent cédés. _Ibid._
M. Despond, aux Incurables.
Mrs Quenel[28] et de Montigny, à sainte Magloire.
[28] Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, dont la maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit une dépendance. «Il étoit, dit Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 230), un peu peintre et un peu brocanteur.» Il avoit acquis de Dacquin, évêque de Séez, grand nombre de dessins, dont plusieurs excellents de Jules Romain. Il possédoit aussi les débris de la collection des dessins de Vasari. Il céda le tout à Crozat. _Id._, p. 46.
M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il donne entrée aux Curieux tous les matins.
M. de Blois, rue du Jardinet[29].
[29] Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. Sa collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles, couteaux de Turquie, etc.
Mrs Gedouin et Bergeron, rue de la Couture sainte Catherine.
M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg S. Antoine[30].
[30] Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel du Roi, si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de qui, entre autres œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, qui passèrent de son cabinet dans la galerie du Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui en Angleterre. L’hôtel de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit l’ancienne maison de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce quartier.
M. Rappes, rue de la Harpe[31].
[31] Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il possédoit celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.
M. Paillot, prés les Capucins du Marais[32].
[32] Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait est un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.
M. de Nassé, rue de Cléry.
M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.
M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.
M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.
Mrs Bordalou[33] et Rigault, rue de la Sourdière.
[33] Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son _Abecedario_, l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi «les célèbres de la curiosité.» Il possédoit de belles estampes du Parmesan, et il avoit été très-curieux des dessins de La Fage, que, suivant Mariette, il payoit un louis par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé par Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa vente.
M. Robert, prés les petits Pères[34].
[34] C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui étoit grand ami de Le Brun.
M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint Germain.
M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.
M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.
M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.
M. Gamarre, rue du Sepulcre[35].
[35] Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant des chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens et modernes.
M. de Briancourt, rue saint André.
M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.
M. de Treville[36], prés la Sorbonne.
[36] Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’_Arsène_ de La Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie surtout en livres grecs.
Mrs Moreau[37] et de la Gardette, rue saint Nicaise.
[37] Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui: «M. Moreau aime les livres, les manuscrits, les médailles, et sait en faire un choix fort judicieux.»
M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.
Mrs Aincelin[38], d’Apoigny[39] et de saint Maurice[40], rue Bardubec.
[38] Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis, qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si curieux volume sur les ballets.
[39] Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers généraux des Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
[40] Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des Inscriptions. (_Archives de l’Art françois_, t. III, p. 237.)
M. Lhuillier[41]; rue des Jeusneurs.
[41] Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la place Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec l’hôtel qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est aujourd’hui le Ministère de la Justice.
M. de Cormery, prés saint Roch[42].
[42] Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van Fallens, par exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit volontiers passer pour des originaux de maîtres. (Mariette, _Abecedario_, t. II, p. 246.) Rigaud fit son portrait et celui de sa femme.
M. Caillet, à l’Hotel de Condé.
M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.
M. Hedeline, Doyen de saint Honoré[43].
[43] Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de tableaux.
M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, quartier S. Michel.
M. Imbert, prés les Chartreux[44].
[44] Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de Parrocel. Il fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge ici, et il finit, en 1703, par entrer dans leur Ordre.
Mrs le Febvre[45] et le Ferron[46], rue Mauconseil.
[45] Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et celui de sa femme.
[46] Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un hôtel de la rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui avoit peint une galerie.
M. Leviez, rue saint Sauveur.
M. l’Abbé Bizot[47], rue saint Jean de Beauvais.
[47] Baudelot d’Airval, dans son _Utilité des Voyages_, au chapitre des «Cabinets de France», parle ainsi de lui: «Monsieur l’abbé Bisot (_sic_) a des talents pour la curiosité qui sont incompréhensibles: on peut dire qu’il en est une source inépuisable, et que personne ne connoît mieux les médailles modernes que lui.»
M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise[48].
[48] François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des curieux de son temps. Il avoit eu le gouvernement des ville, château et principauté de Joinville, par Mme de Guise qui se l’étoit attaché, et qui le logeoit dans son hôtel de la rue du Chaume avec ses collections. Elles comprenoient: documents de tous genres, lettres originales, copies, dessins, estampes, le tout choisi avec une remarquable intelligence. Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant 4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, et 20,000 liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il désigneroit. C’étoit donné, aussi ne vit-on là qu’un don de la part de Gaignières. Le 17 mars suivant, Coulanges lui écrivoit: «Votre cabinet mérite bien l’immortalité, et, pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que de le joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives de la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent le mérite bien.» Cette acquisition fut la dernière qui fut faite sous Louis XIV pour la bibliothèque du Roi. Elle en est restée un des fonds les plus importants.--Gaignières se mêloit quelquefois de dessiner. On peut voir au Cabinet des Estampes, _Topographie du Loiret_ (arrondissement d’Orléans) une mauvaise gravure de M. de Caumartin, faite d’après un dessin de lui, signé. C’est une vue du château de Cléreau, près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions le prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de dire que, suivant G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût des dessins et des estampes celui des médailles, et aussi celui des portraits contemporains et autres. C’étoit un des plus à la mode, comme on le voit par cette fin d’un couplet de Coulanges dans son _Recueil de chansons choisies_, 1696, in-8, p. 35:
Venez tous dans mon cabinet, Chacun, pour sa parure, Aura sa bordure, Avec son cloud à crochet.
--_V._ sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails dans le _Voyage_ de Lister, chap. IV.
M. de la Ravoire, rue d’Anjou[49].
[49] Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général de La Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. V. sur lui et sa fille une note du chap. sur les _Receveurs généraux_, p. 35-36.
M. de Silly, rue saint Loüis au Marais[50].
[50] Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon a raconté la singulière et ambitieuse fortune (t. III, p. 93-96). Il s’étoit donné tous les goûts des gens à la mode: Rigaud, par exemple, avoit fait son portrait.
M. Malot, rue Neuve saint Eustache[51].
[51] Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce seroit alors le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en 1698, laissant une belle bibliothèque, dont les livres portoient sur les plats un écusson _d’azur, au phénix d’or, sur son immortalité de même, regardant un soleil aussi d’or posé au premier canton_. (Guigard, _Armorial du Bibliophile_, t. I, p. 87-88.)
M. Galot, prés le Chevalier du Guet.
M. Dupuis, rue des Tournelles[52].
[52] Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières copies du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, Coysevox, fut pour lui.
M. de la Planche, rue de la Planche[53].
[53] Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, contrôleur et trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, avec Alexandre Comans, directeur d’une manufacture de tapisseries, au coin de la rue de la Chaise et de la rue de Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à la rue du Bac son premier nom de rue de La Planche, il fut ensuite un des administrateurs des Gobelins.
M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.
M. le Doyen de la sainte Chapelle.
M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière S. André[54].
[54] Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, p. 129, tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il étoit, lui, grand amateur de livres. V. _Catalogue des livres composant la bibliothèque_ de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur de Sorbonne. Paris, 1693, in-8.
Mrs Moulle, Bonnet et Bourdelot[55], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
[55] Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap. _Médecine ordinaire_, p. 152.
M. Aubert, rue de la Tixeranderie.
M. Hubert, rue du Temple.
Mrs Guilloire, rue Bourlabé[56].
[56] Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous l’avons déjà trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.
M. du Vivier, à l’Arsenal[57].
[57] Lister qui, dans son _Voyage à Paris_, l’appelle à tort De Vivier, fait de sa collection une description dont Germain Brice (3e édit., t. I, p. 376) confirme les détails: «J’ai visité, dit Lister, l’appartement de M. de Vivier à l’Arsenal: il consiste en sept ou huit pièces au rez-de-chaussée donnant sur le grand jardin. Elles sont petites, mais meublées avec la plus grande recherche; elles sont ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et les peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des bureaux et des corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, et quelques tableaux des meilleurs maîtres.»
M. du Plessy, rue de Jouy[58].
[58] Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur de médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.
M. Croissade, rue Coquilliere[59].
[59] Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, receveur général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux celui de François Perrier, _Alexandre et le médecin Philippe_.
M. du Vaux[60], rue Tictonne.
[60] Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle indifféremment de l’une ou l’autre manière. Il avoit de beaux tableaux, notamment une vierge du Pesarèse qu’il céda à Pasquier, autre amateur. Sa collection d’émaux par Petitot étoit célèbre; il possédoit aussi de très-précieuses médailles.
M. de la Forest[61], rue du Colombier.
[61] C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des meilleurs élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière devint le gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, «fameux marchand de tableaux», dont parle le marquis de Châtre, et chez lequel le bourreau de Paris, qui étoit grand amateur, alloit monter sa collection composée surtout de peintures analogues à son métier: tortures, supplices, etc. (_Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit_, 1709, in-12, p. 218-224.)
M. Brangeon, quay des Balcons[62].
[62] C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de Béthune, Ile-Saint-Louis.
Mrs Desvieux[63] et de la Haye, quay de l’Ecole[64].
[63] C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la compagnie des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui faisoit alors son portrait, à vendre, pour des actions, à Law ses dessins de la galerie du Luxembourg; ce qui le ruina.
[64] Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit épousé la célèbre Mlle Sophie Chéron, poëte, musicienne et artiste en tous genres: peinture, gravure, etc.
M. le Vasseur[65], rue Grenier saint Lazare.
[65] L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe de l’Académie de peinture, Guillet de Saint-Georges.
Mrs de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.
M. le Febvre, rue Beautreillis[66].
[66] Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges avec le voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui de cette passion.
M. Poirée, prés saint Sauveur[67].
[67] Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi: «M. Poiret, à Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres.»
M. Biet, prés saint Jean en Grève.
M. Rivet, rue saint Honoré.
M. Mandin, rue des Victoires.
M. de Pile[68], prés les Minimes.
[68] Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint meilleur historien de la peinture. Nous avons cité plus haut un de ses ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de M. Amelot tour à tour ambassadeur à Venise et en Portugal, soit avec son fils. Il rapporta de Portugal et d’Espagne une curieuse collection de dessins; et de Hollande, où il fut retenu en prison pour avoir trop mêlé la politique aux arts, des manuscrits de Rubens et des dessins de Rembrandt.
M. de Sainfroy[69], rue de l’Egout.
[69] Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.
M. Varlet[70], rue saint Antoine, prés les Jésuites.
[70] Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le graveur au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.
M. de Lonpré, carrefour saint Benoist[71].
[71] C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi les académistes. Il étoit grand amateur des médailles de l’empire, dont il possédoit toute la série moins une. Il paroît hors de doute que c’est lui qui figure dans les _Caractères_ sous le nom de Diognête, «l’homme aux médailles.» V. _La Comédie de La Bruyère_, 2e édit., t. I, p. XXXIV-XXXVI.
Mrs de la Guerre et Chaperon[72], Cour du Palais.
[72] Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, 214, parmi les musiciens, l’un, comme maître de clavecin, l’autre, comme compositeur. Peut-être collectionnoient-ils des instruments de musique, comme faisoit Dovin, dont a parlé M. Bonnaffé dans son charmant petit livre _Les Collectionneurs de l’ancienne France_, p. 60, et qui devroit figurer ici.
M. Tirard[73], rue du Bout du Monde.
[73] Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors l’amateur dont Rigaud fit le portrait en 1688.
Mrs Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.
M. de Beauchamp, ruë Bailleul[74].
[74] C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons plus loin au chapitre des nobles exercices, et dont il a déjà été question, p. 126, note 1. G. Brice parle ainsi (3e édit., t. I, p. 268-269) de son cabinet qu’il avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans une maison neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré et des Petits-Champs: «on trouvera dans ce cabinet des choses d’une excellente beauté; mais les tableaux en sont la principale partie, qui sont la plupart des plus fameux maîtres d’Italie. On y remarquera aussi quantité de porcelaines anciennes, très-rares, à présent, des cabinets de vernix (_sic_) du Japon, des bronzes et d’autres choses curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de connoissance.»
M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours[75].
[75] C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous le trouverons tout-à-l’heure parmi ceux «qui se plaisent à troquer les tableaux.»
M. Dron, prés saint Thomas du Louvre[76].
[76] L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont il étoit chanoine: «Il a, dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 86), un cabinet de médailles de moyen bronze, dont la suite est des plus étendues que l’on puisse voir, et dont le choix est admirable. Les sçavants sont charmés de la quantité et de la diversité des _revers_ singuliers que l’on y remarque, et il seroit bien difficile de rien voir ailleurs de mieux conservé et de plus entier. Il a aussi quelques tableaux de prix dans son cabinet.» Il mourut le 22 avril 1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4º de lettres originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique, «avec les empreintes dessinées de quantité de médailles.» Elles étoient adressées à Thoynard, Vaillant, Morelle, Nicaise, etc. _V._ le _Catal._ ms. de l’abbé Goujet à la Bibliothèque.
M. Bonart, rue Hautefeuille.
M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.
M. Fracansani, rue du Petit Lion[77].
[77] Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de Polichinelle à la Comédie Italienne, près de laquelle--étant logé, comme nous le voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur--il demeuroit. Son père, assez proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même de l’école de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils collectionnoient ensemble livres d’art, estampes, dessins. Les études de Le Sueur pour sa galerie des Chartreux, qui sont maintenant au Louvre, viennent de la collection de Fracanzani: «Il étoit bon curieux, dit Mariette à son nom dans l’_Abecedario_; il se mêloit de dessiner, et même de génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais.»
M. de Blegny, rue de Guenegaud.
Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez[78].
[78] Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, le 14 février 1694. Il étoit très-entendu en numismatique, histoire et surtout géographie, comme le prouve son célèbre ouvrage sur l’_Anonyme de Ravennes_.
Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.
Le R. P. Auchereau, aux Celestins[79].
[79] «J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule du R. P. Hochereau, qui a une collection très-choisie de tableaux originaux de plusieurs des meilleurs maîtres.» Il avoit entre autres le Repentir de saint Pierre, peint par Rembrandt, en 1634, et gravé aussitôt par Van Vliet.
_Au surplus, voyez à la Préface un avis important touchant la Curiosité._
DAMES CURIEUSES.
Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1].
[1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres. Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe encore en partie.
Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint Germain.
[2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou d’Erval, troisième fils du duc de Sully.
Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3].
[3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc d’Humière. «Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout.» Il collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa femme partageoit ses goûts.
Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4].
[4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique, très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de 800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu près intact.
Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5].
[5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père, qu’on appeloit Morin le Juif: «brocanteuse, dit Saint-Simon, se connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne se refusoit rien.»
Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch.
[6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme «très-avare et très-entasseuse.»
Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7]
[7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le _Voyageur fidèle_, p. 136, vante sa galerie de tableaux.
Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8].
[8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en partie au nº 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. «Les dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et l’ornement.» Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout magnifique en pierreries.
Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9].
[9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle. _V._ la _Carte du pays de Braquerie_, dans l’_Histoire amoureuse des Gaules_, édit. elzévir., t. I, p. 11.
Madame de Coulange[10], dans le Temple[11].
[10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son _Recueil_ (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine Marguerite.