Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Part 15

Chapter 153,703 wordsPublic domain

[5] Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant du Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. On a de lui, dans les _Mémoires de l’Académie_ de 1703, une lettre curieuse à La Hire sur la montagne soi-disant inaccessible du Dauphiné.

M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture qui se tient au Palais Brion[6], où il fait des leçons publiques d’Architecture, par conséquent sur la Coupe des pierres. M. Rolle[7] qui est aussi de l’Académie Royale des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre, demeure rue

[6] _V._ plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance du Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie d’architecture avant d’être installée au Louvre.

[7] Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on le dit ici, fut sa science préférée; il n’eut pas à le regretter. Elle le mena droit à l’Académie des sciences, et la solution d’un problème posé par Ozanam lui valut une gratification de Colbert, que l’abbé Gallois, secrétaire des ministres, dont Rolle avoit accepté la collaboration, fit bientôt changer en pension durable. Il mourut en 1719, à soixante-sept ans. Fontenelle a écrit son éloge. (_V._ ses _Œuvres_, t. VI, p. 74.)

M. Sauveur[8], rue et rue sont Professeurs Royaux au Collége de Cambray[9].

[8] Un des plus illustres savants de son temps, pour les mathématiques et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il mourut, en 1716, à Paris. (_V._ son _Eloge_ parmi ceux que Fontenelle a faits des membres de l’Académie des sciences, t. V, p. 466.)

[9] C’est le collége de France, souvent appelé comme il l’est ici, parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de Cambray, qui lui-même avoit donné son nom à la place où il s’ouvroit. Sauveur professoit au collége de France depuis 1686.

Mrs Hébert, Professeur au Collége de Maitre Gervais, rue du Foin[10], et Varignon[11] au Collége Mazarini[12], sont encore d’une très particuliere distinction.

[10] Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être au lieu d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite à Caen, où il resta en relation avec Varignon. (_V. Histoire de l’Académie des sciences_, année 1719, p. 39.)

[11] Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris en 1722, grand ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, auquel il légua tous ses papiers, et qui a fait son éloge, t. VI, p. 182.

[12] En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie des sciences, il étoit fait professeur de mathématiques au collége Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après avoir fait sa classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il avoit aussi une chaire au collége de France.

Les Professeurs qui enseignent chez eux et en Ville toutes les parties des Mathématiques, sont Mrs Ozanam, rue de Seine[13], Lieutault, rue des fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries Saint Germain, et de Blegny le jeune, près la Madelaine.

[13] Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, mort à Paris le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1701. Ses _Récréations mathématiques et physiques_, dont la 1re édition est de 1699, in-8º, sont un des premiers ouvrages de physique amusante que l’on ait publiés. Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge d’Ozanam.

Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens Mathématiques, sont Mrs le Bas, aux Galleries du Louvre[14], Chapotot[15] et Buterfield[16], sur le Quay de l’Horloge[17].

[14] Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe Lebas, mort en 1677. Le logement que celui-ci avoit occupé depuis le 26 janvier 1670, «avec les autres artisans de réputation dans la galerie du Louvre, destinée à cet effet», ainsi qu’il étoit dit dans son brevet, avoit été conservé à son fils. Un ouvrier du même métier, nommé Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (_Registres du Secrétariat_, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., nº 2771.)

[15] Ozanam a parlé de lui dans ses _Récréations mathématiques_... 1696, in-8, t. II, p. 277: «Le sieur Chapotot, dit-il, ingénieur du Roi, et fabricateur des instruments de mathématiques à Paris, dont l’habitude est de renchérir sur les plus belles inventions.»

[16] C’étoit un mécanicien allemand,--Lister dit anglais,--qui s’étoit établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et que plusieurs mémoires: _Niveau d’une nouvelle construction_, 1677, in-12; _Adomètre nouveau_, 1681, in-12, etc., avoient déjà fait avantageusement connoître. Il y mourut en 1724. On lui doit de grands quarts de cercle qui ont beaucoup contribué à sa célébrité. Ses boussoles-cadrans, qu’il faisoit d’ordinaire en argent, s’appeloient, de son nom, des _Butterfield_.

[17] Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit; et déjà sous Louis XIV--Chapotot, d’après notre avant-dernière note, en est la preuve--les fabricants d’instruments de mathématiques y prenoient le titre «d’ingénieur.»--Quelques années après la publication de ce _Livre commode_, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit à côté de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, dans ses _Diversités curieuses_, 1699, in-12, t. II, p. 57, a parlé de lui, à propos d’un «cadran équinoxial, universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille aimantée, pour voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires sur toutes sortes de plans... Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux deux globes, sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus.»

On trouve des Cartes de Geographie très curieuses chez M. Samson[18], aux Galleries du Louvre, et chez Mademoiselle du Val[19], sur le Quay de l’Horloge.

[18] Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe du Roi, comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué le 27 août 1648, dans l’une des premières émeutes de la Fronde. Adrien Sanson mourut le 16 mai 1703.

[19] Son père P. Du Val étoit «géographe ordinaire du Roi.» Elle vendoit ses livres, entre autres un _Traité de géographie_, revu et augmenté, quand Du Val fut mort, par le P. Placide, augustin déchaussé, qui étoit aussi «géographe du Roi.» Ce Traité devint la base du volume classique, connu sous le titre de _Géographie de Crozat_, qu’il devoit à la fille du riche financier Crozat, pour laquelle on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares exemplaires où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La boutique de Mlle Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. On lit, en effet, sur le titre: «Chez Mademoiselle Du Val, fille de l’auteur, rue Saint-Jacques, au Dauphin d’or, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie.»

MEDECINE ORDINAIRE.

Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, est celle qui est légitimement pratiquée par gens graduez, qui se rapportent assez dans les principes et dans les maximes essentielles, pour se rendre reciproquement compte de leur conduite lors des Consultations.

M. le Premier Medecin du Roy[1], a son appartement au Jardin Roial des Plantes, où il loge quand il est à Paris[2].

[1] Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi étoit Daquin, dont les appointements cumulés ne s’élevoient pas à moins de 37,000 livres, suivant l’_Etat de France_ de 1692, p. 235.

[2] Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, de la chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet 3,000 livres, qui se confondoient avec les 37,000 de ses appointements généraux.

Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant par quartier[3], qui pratiquent à Paris avec beaucoup de réputation, par exemple:

[3] C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit: deux par quartier, ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, dit l’_Etat de France_, «273 livres 15 sous de livrées, chacun pour sa bouche à cour.»

Messieurs Lallier[4], rue des Prouvaires, Du Gué[5], près saint Paul, Fresquière[6], rue sainte Avoye, etc.

[4] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier d’avril. Il étoit aussi, selon l’_Etat de France_, médecin de la Bastille.

[5] Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.

[6] Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant le trimestre de janvier.

Messieurs du Chesne[7], rue de la Sourdière, et Armand[8], près saint Gervais, sont encore des Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup d’employ à Paris.

[7] Il étoit médecin du duc de Bourgogne.

[8] Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère que sous son prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, mais chirurgien, et comme tel attaché à la maison de Madame, duchesse d’Orléans.

M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de Medecine de Paris, demeure ruë de Bièvre.

M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure ruë de Grenelle, quartier saint Honoré.

Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le Rat, rue du Four S. Germain, sont Professeurs en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau Saint Gervais, et de la Carlière, rue du Batoir, en Botanique et Pharmacie.

On peut recouvrer la Liste des Docteurs de cette Faculté chez le Concierge de leur Collège rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens d’une profonde érudition, entre lesquels il y en a un grand nombre qui sont fort renommez dans le public: par exemple, Messieurs Morin[9], rue Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier[10], rue de Grenelle, Finot[11], rue de la Monnoye, Mathon, à la Pierre au Lait, etc.

[9] Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son voyage à Paris, dit être «des gens fort instruits.» L’un, né à Toulon, étoit naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né au Mans, étoit médecin. Ils arrivèrent presque en même temps à l’Académie des sciences. Louis Morin, le médecin, qui étoit aussi grand botaniste, mourut le 1er mars 1715 ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle a écrit son _Eloge_. (_V._ le t. V de ses _Œuvres_, p. 380.)

[10] Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Son fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de l’Académie des sciences. (_V._ Fontenelle, t. V, p. 54.)

[11] C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit qu’il étoit «au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois connu à Montpellier.»

Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty[12], et Bourdelot[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie, ont chacun un parfait assortiment de tous les Livres de Philosophie et de Medecine.

[12] Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 à Paris, où il mourut en 1707. On lui doit, entre autres ouvrages, la _Statica medicina gallica_. C’est comme conseiller-médecin du prince qu’il logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle a écrit son _Eloge_, t. V, p. 190.

[13] Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la duchesse de Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. Lister vante son savoir, surtout pour l’histoire de la science qu’il pratiquoit, ce qui confirme ce qu’on lit ici à propos de sa riche bibliothèque: «Je citerai encore, dit-il, M. Bourdelot, médecin de la duchesse de Bourgogne, qui est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un savant homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine.»

M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la recherche et vérification des Nouvelles Découvertes de Medecine, demeure au Jardin Medicinal de Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient Bureau rue de Guenegaud tous les jours de relevée. Celui là est fort renommé pour les Decentes, pour les maux vénériens, pour les maladies des femmes et des enfants, pour les hidropisies, pour les Rheumatysmes inveterez, et généralement pour les maladies extraordinaires.

M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins qui travailloient au vieux Louvre[14], et qui a pris ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques expériences pour les maladies croniques, il demeure rue et près les Incurables.

[14] Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et dont Mme de Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant l’eau d’émeraude (édit. Hachette, t. VII, p. 411, 414), avoient été deux: le P. Agnan nommé ici, et le P. Rousseau qui étoit mort à cette époque. Le nom par lequel on les désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la recommandation de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, pendant près de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. Le frère du P. Rousseau publia en 1697, in-12, un volume devenu rare: «_Secrets et remèdes éprouvez, dont les préparations ont été faites au Louvre, de l’ordre du Roy_, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin et médecin de Sa Majesté.» Le P. Agnan est nommé dans l’avertissement, comme «confrère et co-inventeur de notre illustre deffunt.» Il est resté de Rousseau, dans le _Codex_, une sorte d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom de vin ou «gouttes de Rousseau.» (_V. Le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 388.)--Le curieux et rare volume publié en 1693, l’_Ancienne médecine à la mode_, est du capucin Aignan, qui du reste l’a signé.

M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne une poudre émétique contre les cours de ventre et dissenteries, demeure rue Serpente[15].

[15] «Le médecin Hollandais, renommé pour quelques remèdes spécifiques, demeure rue Gille Cœur.» Edit. 1691, p. 15.--Le remède, auquel Helvétius dut sa réputation et sa fortune, étoit l’_Ipécacuhana_ récemment importé du Brésil, et que lui avoit fait connoître un droguiste de Paris. Reçu docteur en médecine, et naturalisé françois, il obtint, le 19 juillet 1688, permission de débiter son remède, pendant quatre années, après épreuves faites à l’Hôtel-Dieu par Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., _mss. Clairambault_, t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, et ne commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique: «Helvétius, écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, est en réputation même pour les fièvres, et il va partout comme les autres médecins.» On peut lire sur lui quelques pages curieuses dans l’_Elite des Bons-Mots_, 1731, in-12, t. I, p. 469.--Son fils fut le riche financier philosophe, auteur du livre _De l’Esprit_.

La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à la première page[16], vend la Biblioteque universelle des secrets de Medecine recherchez et publiez, par ordre de M. le premier Médecin de Sa Majesté[17], le Recueil des Journaux de Médecine, le Traité Medicinal du Thé, du Caffé et du Chocolat[18], les Observations astronomiques et Medicinales qu’on doit à l’invention des lunettes d’aproche, et plusieurs autres Livres curieux à l’usage des Medicins.

[16] La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement classique, existe encore à la même place sur le quai Conti, alors appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis Nyon, fils de Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après elle, son fils Jean-Luc dirigea sa librairie, et quand il fut mort, sa femme, autre veuve Nyon, en garda la direction jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle s’appeloit Marie-Anne Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de Paris, et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut dans sa boutique du quai des Augustins, _à la Bible d’or_, le premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.

[17] L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails sur ce point: «On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre de M. le premier médecin du Roi, fait un recueil général de tous les remèdes secrets, tant de ceux qui avoient déjà été publiés que de ceux qui estoient réservez en manuscrits dans les bibliothèques curieuses, ou qui avoient esté communiquez par divers particuliers aux médecins de la Société royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes in-8º, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant l’abreuvoir Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres de M. de Blegny qui en est auteur.» Il nous a dit, en effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit «préposé à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.»

[18] Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à ses remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié cinq ans auparavant, et dont voici le titre exact: _Le bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation et la guérison des maladies_. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage qui suit doit aussi être de lui, mais nous ne pouvons l’assurer.

Pour la Société Roiale de Medecine, voiez l’article des Rapports et Verifications d’Experts.

L’Histoire de la Medecine et des Medecins nouvellement publiée par M. Bernier[19], auteur de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon Langrögne, rue saint Victor. Les premières parties de ce Livre estant comme un extrait du Dictionnaire Historique de Morery[20], on le lit avec plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de fortes atteintes à l’honneur de gens vertueux et recommandables[21], dont apparemment il a voulu se distinguer.

[19] Ce sont les _Essais de médecine_ de Jean Bernier, auxquels il ne donna le titre d’_Histoire chronologique de la Médecine_, qu’à la seconde édition, en 1695. La première étoit de 1689. Il avoit fait, comme on le dit ici, une _Histoire de Blois_, sa ville natale.

[20] Dans le chapitre IV de la 1re partie de son livre, Bernier fait, en effet, l’histoire chronologique de la médecine et des médecins, et n’y reproduit guère que ce qu’on en lisoit dans Moréri.

[21] Les gens «vertueux et recommandables», dont parle ici Blegny, sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que Bernier malmène d’importance dans son XIIIe chapitre: _Des charlatans prétendus médecins, et des médecins charlatans_. «Quant à nos empiriques, y dit-il par exemple, ce ne sont ordinairement... que des banqueroutiers, des gens ruinez ou saisis, des fugitifs, des téméraires: au moins des gens sans étude, sans principes, sans caractère.» Parmi tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit que l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se venger de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et qui lui valut de plus directes représailles. Dans l’_Anti-Menagiana_, publié en 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé dans ses _Essais_, le nomme sans pitié, et cela dès sa préface, p. 16, où, parlant de son almanach et des ennuis qu’il lui avoit attirés, il dit: «l’auteur en est Blegny, le bastillé et le bastillable.» Ailleurs, p. 118, il y revient dans une attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître Notre-Dame, «qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans l’_Almanach des adresses_ d’Abraham Du Pradel.» Plus loin, p. 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son livre. Blegny, comme on voit, n’avoit gagné à se défendre que des horions nouveaux.

La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à Lyon en latin et en françois[22], se trouve chez presque tous les Libraires de la rue Saint Jacques.

[22] Ce sont les _Institutions de médecine_ de Michel Ettmüller, mort en 1683.

MEDECINE EMPIRIQUE.

Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée par des particuliers, dont l’étude n’a pas esté assez réglée pour parvenir aux degrez, et qui se fondent principalement sur les épreuves de quelques Receptes medicinales.

Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques et des Religieux qui pratiquent à Paris cette sorte de Medecine[1]; par exemple, M. l’Abbé Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, et qui demeure à présent à l’Arsenal.

[1] C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier dans son chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont pour lui la plupart «des moines ignorants, et las de la robe,... des pieds déchaux, qui ne savent où donner de la tête.»

M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.

M. le Curé d’Evry, Village de Brie[2], qui donne avec permission une boisson sudorifique, par la chaleur de la quelle il tache de consommer les causes des maladies.

[2] Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, département de Seine-et-Marne.

Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le Prieur, et qui demeure ruë de la Raquette, Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour un apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus facheuses opilations dans les deux sexes[3].

[3] Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., p. 18: «Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans la rue de la Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de médecine, et qui se dit très-habile.» Rue de la Raquette, c’est, comme on sait, rue de la Roquette.--Bernier, p. 296 de ses _Essais_, semble faire allusion à ce remède du prieur: «Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à connoître ceux qui ont débité et fait valoir aux simples: qui des remèdes pour les dents;... qui... des stipiques à divers usages, des _apéritifs_...»

Le Frère Ange, Capucin[4], qui distribue un Opiatte et un Sirop mesentirique et epatique, est resident au Fauxbourg saint Jacques.

[4] «Renommé pour la cure des maladies chroniques... au couvent du faubourg Saint-Jacques,... a un laboratoire assez curieux.» Édit. 1691, p. 18.

Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg saint Germain, fait des recherches dans la Chimie.

OPERATIONS CHIRURGICALES.

Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son appartement au vieux Louvre, où il loge quand il est à Paris.

M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, Prevoté et Vicomte de Paris[1], renommé pour la saignée et pour la grande Chirurgie[2], demeure rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.

[1] François Du Tertre, que l’_Etat de France_ pour 1692, t. I, p. 240, qualifie «lieutenant des chirurgiens de Paris», retenu par le Roi pour «l’employer où il pourra en avoir affaire. Il a cinq mille et tant de livres d’appointements.» Les chirurgiens du Roi qui étoient au nombre de neuf, un premier ordinaire, et huit ordinaires servant par quartier, pouvoient, d’après une déclaration de Louis XIII, «tenir ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où seront les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers chirurgiens.»

[2] Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du Parlement.

Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté des Chirurgiens Jurez de Paris, sont Messieurs David, rue de l’Arbre sec: Cuqüel, rue Galande, Caubouë, rue Montorgueil: et Gigot, rue saint André.

La Liste générale des maîtres de cette Communauté se peut recouvrer aux Ecoles de Chirurgie près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude du chef d’œuvre[3] et des exercices qui s’y font en tout temps, doit faire presumer que cette liste n’est composée que d’habiles gens; et en effet il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables par quelques endroits: par exemple, pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à l’Hôtel Dieu[4]. Bessière, près la Trinité[5]. Triboulleau, rue des Juifs. Roberdeau, rue saint André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.

[3] On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour la communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération faite avec succès.

[4] On a de lui un _Traité des maladies des os_, et un certain nombre de mémoires parmi ceux de l’Académie des sciences.