Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003)

Chapter 9

Chapter 93,587 wordsPublic domain

Un des objectifs de la Public Library of Science est de devenir elle-même éditeur. L’association fonde une maison d’édition scientifique non commerciale qui reçoit en décembre 2002 une subvention de 9 millions de dollars de la part de la Gordon and Betty Moore Foundation. Une équipe éditoriale de haut niveau est constituée début 2003 pour lancer des périodiques de qualité selon un nouveau modèle d’édition en ligne basé sur la diffusion libre du savoir. Les deux premiers titres, PLoS Biology (lancement en octobre 2003) et PLoS Medicine (lancement en 2004) seront suivis d’autres titres couvrant la chimie, l’informatique, la génétique et l’oncologie. Ces périodiques seront également disponibles en version imprimée, cette dernière étant vendue par abonnement au prix coûtant (couvrant les frais de fabrication et de distribution).

La diffusion libre du savoir passe aussi par l’accès aux cours dispensés par les universités et les grands établissements d’enseignement. Interviewé en mai 2001, Christian Vandendorpe, professeur à l’Université d’Ottawa, salue "la décision du MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer tout le contenu de ses cours sur le web d’ici dix ans, en le mettant gratuitement à la disposition de tous. Entre les tendances à la privatisation du savoir et celles du partage et de l’ouverture à tous, je crois en fin de compte que c’est cette dernière qui va l’emporter." Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT OpenCourseWare offre en accès libre le matériel d’enseignement de 32 cours représentatifs des cinq départements du MIT. Les cours (textes, vidéos, travaux pratiques en laboratoire, simulations, etc.) sont régulièrement actualisés. Le lancement officiel du site a lieu en septembre 2003, avec accès à plusieurs centaines de cours. La totalité des 2.000 cours dispensés par le MIT devrait être disponible en septembre 2007. Le MIT espère que cette expérience de publication électronique - la première du genre – permettra de définir un standard et une méthode de publication, et qu’elle incitera d’autres universités à créer des sites semblables pour la mise à disposition gratuite de leurs propres cours.

7. DES LIVRES EN VERSION NUMERISEE

[7.1. Plusieurs logiciels de lecture / 7.2. Une diffusion par divers canaux / 7.3. Une progression régulière / 7.4. Livres numériques braille et audio]

L’internet couplé avec les technologies numériques permet d’abord de largement diffuser les oeuvres du domaine public par voie électronique puis, dans un deuxième temps, de commercialiser les premiers livres numériques. Si le livre numérique naît dès mai 1998, il ne se développe vraiment qu’à compter du deuxième semestre 2000. De plus en plus de titres sont disponibles à la fois en version imprimée et en version numérique, sous plusieurs formats, y compris au format numérique braille et au format audionumérique. Conçus à partir de 2001 pour contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright, des systèmes de DRM (digital rights management) permettent la gestion des droits numériques en fonction des consignes données par l’éditeur.

7.1. Plusieurs logiciels de lecture

Un logiciel de lecture permet de lire à l’écran un livre numérique tout en bénéficiant des fonctionnalités suivantes: navigation hypertexte au sein du livre ou vers le web, changement de la taille et de la police des caractères, surlignage de certains passages, recherche de mots dans l’ensemble du texte, ajout de signets ou de notes personnelles, choix de l’affichage en mode paysage ou portrait, agrandissement des figures et graphiques, sommaire affiché en permanence, et enfin formatage automatique du livre et de sa pagination en fonction de la taille de l’écran (reflowing).

Téléchargeables gratuitement, les logiciels de lecture les plus utilisés en 2003 sont l’Acrobat Reader et l’Acrobat eBook Reader, le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader. A l’exception du format PDF (portable document format), apparu dès 1993, les formats utilisés sont basés sur l’OeB (open ebook), devenu en 1999 le format standard de production des livres numériques.

= L’Acrobat Reader

Créé en juin 1993 par la société Adobe et diffusé gratuitement, le premier logiciel de lecture est l’Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au format PDF (portable document format). Ce format conserve la présentation, les polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plate-forme utilisée pour le créer et pour le lire. Vendu parallèlement par Adobe, le logiciel Adobe Acrobat (qui, en 2003, en est à sa version 6) permet de convertir n’importe quel document au format PDF. Compacts, les fichiers PDF peuvent être imprimés en conservant leur aspect d’origine. Au fil des ans, le format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents électroniques. Des millions de documents PDF sont présents sur le web pour lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel. L’Acrobat Reader pour ordinateur est disponible dans plusieurs langues et pour diverses plates-formes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance également un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en décembre 2001).

= L’Open eBook (OeB)

Les années 1998-2000 sont marquées par la prolifération des formats, dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide. Aux formats classiques - texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés commerciales, pour lecture sur leurs propres logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader, Franklin Reader, Microsoft Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook Reader, Palm Reader, etc.

Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt, sinon la nécessité, d’un format unique. A l’instigation du National Institute of Standards and Technology (NIST, Etats-Unis) naît en juin 1998 l’Open eBook Initiative, qui constitue un groupe de travail de 25 personnes, l’Open eBook Authoring Group. Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format basé sur le langage XML (extensible markup language) pour normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999.

Créé en janvier 2000 à la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant 85 participants (constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique) pour développer et promouvoir le format OeB. Téléchargeable gratuitement, l’OeB est un format ouvert appartenant au domaine public. Le format original est toutefois utilisé uniquement par les professionnels de la publication. Il doit être associé à une technologie normalisée de gestion des droits numériques, et donc à un système de DRM (digital rights management), qui permet de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright. En 2003, l'OeBPS en est à sa version 1.2 (datée d'août 2002).

= Le Microsoft Reader

En avril 2000, Microsoft lance le Pocket PC, un assistant personnel (PDA) qui, entre autres fonctionnalités, permet de lire des livres numériques sur le Microsoft Reader. Le format de fichier utilisé est le format LIT (abrégé du terme anglais: literature), lui-même basé sur l’OeB (open ebook). En août 2000, le Microsoft Reader est utilisable sur toute plate-forme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractéristiques sont un affichage utilisant la technologie ClearType, la possibilité de choisir la taille des caractères, l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary, et la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures.

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits numériques, et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server), qui permet de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright. Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août 2000 – pour lancer la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes & Noble.com ouvre son secteur numérique en août 2000, suivi par Amazon.com en novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.

= L’Acrobat eBook Reader

Face à la concurrence représentée par le Microsoft Reader, Adobe annonce en août 2000 l’acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques à destination des éditeurs, des libraires, des distributeurs et des bibliothèques. Adobe passe également un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader.

En janvier 2001, Adobe met sur le marché deux nouveaux logiciels. Le premier, gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF (portable document format) de livres numériques soumis au copyright, avec gestion des droits par l’Adobe Content Server. Il permet aussi d’ajouter des notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il bénéficie de la technique d’affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré.

Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de DRM (digital rights management) permet de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright, et donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt. En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec Amazon.com, qui met en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader : titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

En mai 2003, l’Acrobat eBook Reader (qui en est à sa 2e version) fusionne avec l’Acrobat Reader (qui en est à sa 5e version) pour devenir l’Adobe Reader version 6.

= Le Mobipocket Reader

Face à Adobe et à Microsoft, un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché, sur un créneau bien spécifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Créée à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi. Le logiciel de lecture Mobipocket Reader permet la lecture de fichiers au format PRC (Palm resource). Gratuit et disponible dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), il est "universel", c’est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader est récompensé par l’eBook Technology Award de la Foire internationale de Francfort. A la même date, Mobipocket passe un partenariat avec Franklin pour l’installation du Mobipocket Reader sur l’eBookMan, l’assistant personnel (PDA) multimédia de Franklin, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour l’installation du Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu auprès des sites de presse partenaires de la société. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version privée gratuite ou version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM (digital rights management), afin de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright. Dans un souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au format PRC (Palm resource), lu par le Mobipocket Reader, mais aussi au format LIT (abrégé du terme anglais: literature), lu par le Microsoft Reader.

Au printemps 2002, la société lance une version du Mobipocket Reader pour ordinateur personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les assistants personnels du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires.

= Le Palm Reader

Lancé dès mars 1996 par la société Palm, le Palm Pilot est le premier assistant personnel (PDA) du marché. Sept ans plus tard, malgré la concurrence de la gamme Pocket PC de Microsoft (lancé en avril 2000) et des modèles de Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio, il reste l’assistant personnel le plus utilisé au monde, avec 23 millions de machines vendues entre 1996 et 2002.

En mars 2001, Palm aborde le marché du livre numérique en faisant l’acquisition de Peanutpress.com, éditeur et distributeur de livres numériques pour assistant personnel, qui appartenait jusque-là à la société netLibrary. Le Peanut Reader devient le Palm Reader, et le format correspondant le format PDB (Palm database). Le Palm Reader est utilisable aussi bien sur le Palm Pilot que sur le Pocket PC, puis, dans un deuxième temps, en juillet 2002, sur ordinateur personnel.

Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres numériques de Peanutpress.com – des best-sellers et des titres de grands éditeurs - sont transférés dans la librairie numérique Palm Digital Media. A la même date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connaît l’intérêt pour le numérique, sort simultanément en version imprimée chez Simon & Schuster et en version numérique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi en version numérique chez Palm les best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En mars 2002, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen King, Everything’s Eventual, est lancé simultanément par Scribner, une subdivision de Simon & Schuster, et Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre. En juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent à 5.500 titres dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres.

= Des logiciels de lecture polyvalents

Conséquence d’un marché en pleine expansion, après avoir été conçus pour une machine spécifique (soit un ordinateur, soit un assistant personnel), les principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l’Acrobat Reader est uniquement disponible sur ordinateur jusqu’en 2001, Adobe lance un Acrobat Reader pour Palm Pilot en mai 2001, puis pour Pocket PC en décembre 2001. Si, à l’origine, le Mobipocket Reader est destiné à la lecture sur assistant personnel, Mobipocket lance également une version pour ordinateur en avril 2002. La même remarque vaut pour le Palm Reader qui, après avoir équipé le Palm Pilot et le Pocket PC, s’étend aux ordinateurs en juillet 2002.

Chose peu courante chez les concepteurs de logiciels, Mobipocket propose d’emblée un logiciel de lecture "universel", utilisable sur tout assistant personnel, et manifeste très tôt un réel souci d’ouverture aux autres formats. Le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au format PRC (lisible sur le Mobipocket Reader) mais aussi au format LIT (lisible sur le Microsoft Reader).

Après avoir fait cavalier seul en promouvant leur propre logiciel de lecture, les constructeurs y mettent aussi du leur. Le Palm Pilot permet de lire des livres numériques aussi bien sur le Palm Reader que sur le Mobipocket Reader. Son principal concurrent, le Pocket PC de Microsoft, permet de lire des livres sur le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

Vétéran des logiciels de lecture avec dix ans d’existence en juin 2003, l’Acrobat Reader s’adapte régulièrement aux besoins du marché. Pour ne prendre qu’un exemple, les utilisateurs d’autres logiciels disent apprécier particulièrement le reflowing, une technique leur permettant de reformater automatiquement un livre et sa pagination en fonction de la taille de l’écran. Le reflowing est autorisé par les formats basés sur l’OeB (open ebook). Alors que ceci n’était pas possible avec les versions précédentes de l’Acrobat Reader, le format PDF n’étant pas basé sur l’OeB, les versions 5 et suivantes d’ Adobe Acrobat permettent de créer des documents PDF autorisant le reflowing, même si la numérotation des pages du document initial reste figée.

= L’ION Systems eMonocle

Fait qui mérite d’être signalé, la société ION Systems lance en août 2001 l’ION eMonocle Reader, un logiciel de lecture qui, tout en étant un logiciel standard, s’attache à résoudre les problèmes de lecture des malvoyants. Ce logiciel permet un ajustement de la taille du texte et des images, avec un affichage allant de 4 à 144 points. Il peut paramétrer une impression en gros caractères. Il permet l’ouverture de n’importe quel livre numérique basé sur le format OeB (open ebook). Les graphiques et figures peuvent être élargis et présentés dans un sens différent de l’original – par exemple une rotation à 90 degrés - en utilisant la totalité de l’écran, et en zoomant ensuite sur une partie du document.

7.2. Une diffusion par divers canaux

Contrairement au livre imprimé, vendu dans les librairies, le livre numérique est d’abord vendu par les éditeurs avant d’être vendu par les libraires, pour la raison bien simple qu’il faut laisser le temps à ces derniers de créer une structure qui n’existe pas. En 2003, cette structure existe, si bien que l’éditeur peut soit vendre directement sur son propre site ses titres numériques, soit passer un partenariat avec une librairie numérique, soit adopter simultanément les deux formules.

Publiés en mai 1998 par les éditions 00h00, les premiers livres numériques commerciaux sont des classiques de la littérature française - Le Tour du monde en 80 jours, de Jules Verne, Colomba, de Prosper Mérimée, Poil de carotte, de Jules Renard, etc. - ainsi que deux inédits: Sur le bout de la langue, de Rouja Lazarova, et La Coupe est pleine, de Pierre Marmiesse. 00h00 passe aussi des accords avec d’autres éditeurs pour publier en version numérique certains de leurs titres imprimés.

Autre événement d’importance, en mars 2000, Stephen King, maître du suspense, décide de distribuer sa nouvelle Riding The Bullet uniquement par voie électronique, avec vente dans des librairies en ligne. Suite à cette expérience qui s’avère un succès à la fois médiatique et financier, l’auteur décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. En juillet 2000, il crée un site web spécifique pour débuter la publication en épisodes d’un roman épistolaire, The Plant. Cette deuxième expérience s’avère beaucoup moins concluante que la première, le nombre de téléchargements et de paiements baissant régulièrement au fil des chapitres. En décembre 2000, après la parution du sixième chapitre, gratuit, l’auteur décide de mettre The Plant en hibernation pendant une période indéterminée. Le suivi médiatique de cette expérience pendant les six mois qu’elle aura duré contribue largement à faire connaître le livre numérique, aussi bien chez les professionnels du livre que dans le grand public. D’autres auteurs de best-sellers prennent ensuite le relais, comme Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Pérez-Reverte en Espagne, mais cette fois en partenariat avec leurs éditeurs.

Durant l’été 2000, Simon & Schuster, l’éditeur habituel de Stephen King, profite de la vague médiatique entourant l’auto-publication d’un de ses auteurs-phare pour se lancer dans l’aventure en créant SimonSays.com. Il décide aussi de publier en version numérique seulement, sans correspondant imprimé, certains titres de Star Trek, la série de science-fiction la plus vendue au monde avec six titres vendus par minute et quarante nouveaux titres publiés par an (en incluant les histoires et récits basés sur les séries télévisées et les films). Le premier titre numérique, The Belly of the Beast, de Dean Wesley Smith, est disponible en août 2000 pour 5 dollars.

D’autres éditeurs emboîtent le pas à Simon & Schuster et commencent à vendre certains de leurs titres en version numérique, par exemple le géant Random House et, quelques mois plus tard, St. Martin’s Press, puis HarperCollins par le biais de son service électronique PerfectBound.

En octobre 2000, les Presses universitaires de France (PUF) annoncent la parution de quatre titres simultanément en version numérique et en version imprimée. Ces quatre titres ont trait à l’internet: La presse sur internet, de Charles de Laubier, La science et son information à l’heure d’internet, de Gilbert Varet, Internet et nos fondamentaux, par un collectif d’auteurs, et enfin HyperNietzsche, publié sous la direction de Paolo d’Iorio. Chose peu courante chez les éditeurs français, pendant deux ans, le texte intégral d’HyperNietzsche est en accès libre sur le site des PUF.

En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu’il publie à ce nouveau format, Random House annonce que ceux-ci recevront 50% des bénéfices nets réalisés sur la vente de leurs livres numériques, au lieu des 15% habituels. Si ce fort pourcentage était déjà proposé par certains éditeurs électroniques comme le londonien Online Originals, c’est la première fois qu’une maison d’édition traditionnelle de réputation internationale fait un tel effort.

En janvier 2001, Barnes & Noble, autre géant du livre, se lance dans l’aventure en créant Barnes & Noble Digital. Barnes & Noble est non seulement une chaîne de librairies traditionnelles doublée d’une librairie en ligne, en partenariat avec Bertelsmann pour cette dernière, mais aussi un éditeur de livres classiques et illustrés. Pour attirer les auteurs, l’éditeur leur propose de leur verser 35% du prix de vente des livres numériques vendus sur le site et les sites affiliés. Un pourcentage moindre que celui offert par Random House, mais nettement supérieur à celui versé par les autres éditeurs en ligne: ces droits, après avoir été de 15% à l’origine, seraient début 2001 de 25% en moyenne. L’opération vise bien sûr à convaincre les auteurs de best-sellers de l’intérêt d’une version numérique à côté de la version imprimée. Parallèlement, Barnes & Noble Digital débute la publication numérique de titres tombés dans le domaine public.

7.3. Une progression régulière

Comme on vient de le voir, si elle existe dès mai 1998 avec la commercialisation des premiers titres numériques par les éditions 00h00, la vente de livres numériques ne commence vraiment à se généraliser qu’à l’automne 2000. Elle est effectuée soit directement par les éditeurs, soit par le biais des libraires, avec impression à la demande grâce aux nouvelles technologies d’impression numérique développées notamment par les sociétés Xerox, Océ et IBM.