Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003)

Chapter 16

Chapter 163,464 wordsPublic domain

Aussi discret que présent dans le monde de l'hyperfiction francophone, Jean-Paul, écrivain, est explorateur d'hypermédia. Il est le webmestre des Cotres furtifs, un site hypermédia collectif racontant des histoires en 3D. "Les membres des cotres, 'ensemble flou à géométrie variable', aiment jouer avec les mots en y associant images et sons, non pas comme de simples illustrations, mais comme partie intégrante du récit et de ses architectures. Ils s'intéressent donc plus à l'hypermédia qu'à l'hypertexte au sens strict. On ne les trouve que sur le net parce que c'est le dernier espace, instable, fluide et non-fermé, dont tous les passages ne sont pas encore contrôlés."

Le 4 février 2003, Jean-Paul écrit:

"L'avenir, 3 ans après le 5 août 1999...

Vaticinons donc.

L'avenir, s'il doit être, est à la révolution,

( n. f. Didac. Mouvement d'un mobile (partic. d'un astre) accomplissant une courbe fermée; durée de ce mouvement. La révolution de la Terre autour du Soleil.)

qui est retour à la case départ.

Rappel historique:

Aux débuts de l'hyperlien, la technique était rude & les tuyaux étroits: ce fut le règne de l'écriture nue, sans images, sans son.

Une poignée de pingoins sans boussole se creusaient la cervelle et lançaient avec les moyens du bord des écrits labyrinthiques dont le public n'existait pas.

L'intérêt fut vif (il y eut des articles, et des soirées de bars animées), mais restreint. Quel public aurait pu lire ces écrits, sur quel support?

Pas de public, pas d'argent. Hyperauteurs en quête de sponseurs, d'institutions, 'résidences', détournements & autres hold-ups légaux.

Un jour, que certains crurent de gloire ('enfin, ça démarre!'), déboulèrent de Jurrassik-Land & Fiscal Paradise des jumbos monstrueux, vracquiers gros-porteurs. Leurs soudures craquaient de trop d'or, qui dormait, mal (ce n'est pas bon pour le fric, de dormir).

Leurs radars venaient de signaler une mine, aux veines épaisses comme des pipe-line; un off-shore abstrait, virtuel, aussi abstrait, aussi virtuel que des lignes de cotation boursières: la Toile, où s'ébattaient nos pingoins bénévoles & croqueurs de grains non-décaféïnés.

Ce fut la ruée, on vit un Vivendi payer un simple nom de portail au prix de la tanzanite, la pierre dure la + précieuse, aussi dure qu'un mental de gagneur, mais précieuse.

Quelques billets $£€ voletèrent jusqu'aux chercheurs, inventeurs, petites mains tricoteuses du html & autres entoileurs de 'Projet En Cours'. La technique suivait, élargissant les tuyaux étroits pour en faire du haut-débit.

L'hypertexte put muer, passer hypermedia.

Et...

ce fut l'implosion, qui emporta les gros-porteurs 'partenaires financiers' (tant mieux) mais aussi (hélas) des projets passionnants, vrais hypermedia où l'image et le son faisaient enfin jeu égal avec les mots, au lieu d'être cantonnés à leur second rôle ancien de faire-valoir.

Les survivants se retrouvent avec des carte-bleues flasques. Gueule de bois & ventre creux, mais la volonté farouche d'avancer.

Retour à la case départ, donc.

(fin du rappel)

Mais la case a changé, le temps est passé sur elle, et sur nous. Durant ces courtes années excitantes, nous avons appris à jouer sur notre tas de sable avec des armes qui ne nous étaient pas destinées (n'oublions jamais que tout cela vient d'Arpanet, de nécessité militaire. Du sérieux, pas des rêveurs). On s'en est mis plein les yeux.

Les scores (provisoires) du mundial des e-sumos & autres JM6 nous ont aussi montré que la question du support est secondaire & se résoudra toute seule: il y aura finalement (prenez des notes, capital-risqueurs) 3 formats: écran téléphone, écran livre, écran album-BD/jeu-video.

Or, ces armes, il faut bien qu'elles servent. Et puisque leur rime est: larmes, notre but du jour sera: faire pleurer Nikita, de rire et d'autre. La toucher plein coeur, qu'elle soit prête à payer pour connaître la fin d'un roman hypermedia, en PDF, en CDRom ou même en imprimé.

Bref, l'avenir?

Il se présente à nous sous le soleil d'Icare & des horribles travailleurs.

Sauf que, dans notre domaine DNS, l'avenir n'existe pas, ni le passé (où vont les liens morts?): l'hyperlien, c'est l'immobilité absolue, le déplacement sans la durée. Pas de ligne du temps, pas d'horaire d'embarquement... No past, no future: présents."

= Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur

Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste, habite en région parisienne. En avril 2000, elle décide d'auto-publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour les faire connaître. "Mon site a plusieurs objectifs, raconte-t-elle en juin 2000, deux mois après son ouverture. Présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui que l'on trouve dans la base de données Electre) et des extraits choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et d'écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur à travers des liens vers des sites littéraires."

Le 13 février 2003, Anne-Bénédicte Joly écrit:

"Le livre numérique ne sera un progrès pour tous que s'il permet un réel accès universel à la culture, que s'il renforce la libre expression de la pensée et le plaisir de créer, que s'il propose une alternative aux solutions d'édition existantes et enfin, que s'il offre un moyen d'expression universelle.

C'est dire que, dans le cadre de mes activités d'auteur auto-éditant ses oeuvres, je suis en droit de fonder de grands espoirs sur le livre numérique.

Internet est avant tout un merveilleux vecteur de diffusion et de promotion. Je tente de m'inscrire dans cette logique en proposant sur mon site non seulement une présentation synthétique de mes travaux mais aussi des extraits de mes écrits afin que les lecteurs-internautes puissent découvrir mon univers littéraire. Ne disposant pas de l'appui d'une maison d'édition, ni encore moins de son réseau de communication et de diffusion, la question de la présentation de mon livre au public se pose. Le livre numérique me permettrait, en affinant une politique de prix (les internautes lecteurs semblent disposés à payer un e-book à 50% de sa valeur en version papier), de proposer mes écrits à un plus grand nombre de lecteurs. Puisque le net est un promoteur de l'accès à des livres moins connus (ou absents des réseaux admis de diffusion), je réfléchis actuellement à l'idée de pousser la logique jusqu'à offrir l'accès au livre lui-même. La question de la diffusion serait donc réglée.

Par ailleurs, se pose aussi la question de la quantité de tirage d'un livre. J'édite en moyenne un ouvrage à 300 voire 400 exemplaires. Dommage(s), mon dernier roman paru en janvier 2003, a été édité à 300 exemplaires. Cette limitation étant directement liée au coût de fabrication du livre, à l'investissement global et à la détermination du point mort (combien faut-il que je vende de livres pour rentrer dans mes frais?). Prenons le cas de deux de mes précédents livres (Le meublé livres et Deux par d'eux) qui sont aujourd'hui épuisés. J'ai eu, depuis mon site et directement par certains lecteurs, quelques demandes concernant ces livres. Malheureusement, à chaque fois ma réponse est la même. 'Je suis navrée, le livre est épuisé. Vous ne le rééditerez pas? A priori non.' Je ne peux pas, en effet, financer la réédition (et dans quelles quantités?) de ces livres. Le livre numérique constitue, pour autant que les lecteurs souhaitent lire mes écrits sous ce format, une alternative possible.

Bien entendu, comme tout créateur, je suis très attentive (et parfois même inquiète) à l'utilisation illicite de mes écrits. La question de la protection de mes oeuvres occupe une place centrale dans ma réflexion. Il existe aujourd'hui des techniques interdisant les copies illicites et infinies des oeuvres, les impressions totales ou partielles des textes... Bref la réponse technologique existe.

Enfin, je réfléchis également sur la perception des droits d'auteur induits par la diffusion d'une oeuvre sur le net. Dans une récente étude (réalisée en 1999 par Médiangles pour le compte de la SGDL - Société des gens de lettres), 82% des 2.372 personnes interrogées considèrent que les auteurs devraient toucher des droits pour la diffusion de leurs oeuvres sur le net. Je partage évidemment cette position même si elle reste difficile à mettre en oeuvre tant du point de vue pratique, que du point de vue du mode de perception des droits.

En conclusion, et parce que je me situe déjà en dehors des rouages classiques de la diffusion d'un livre, je considère que le e-book constitue à n'en pas douter une nouvelle voie de développement pour accroître la diffusion de mes livres et me permettre de rencontrer un public encore plus large.

En règle générale, le livre numérique offre des avantages significatifs. Il peut être acheté 24h/24 et 7j/7 depuis n'importe quelle partie du monde et être téléchargé facilement. Le prix est toujours inférieur à la version papier, alors que la qualité (graphisme, mise en page...) n'est en rien diminuée. Les fonctionnalités multimédia sont accessibles et le support 'livre' devient un outil interactif: navigation hypertexte, signets, notes, commentaires... Le livre numérique est moins gourmand en terme de stockage (bibliothèque) et il est, de fait, plus aisément transportable. Il s'abîme moins. Il n'est jamais épuisé. Bref, du point de vue des 'fabricants' et des 'producteurs' les avantages sont certains.

Côté lecteur, hormis les capacités techniques répondant à des besoins réels pour les lecteurs malvoyants de modifier à dessein la taille des caractères, je ne sais pas si le plaisir lié à l'objet livre sera identique... Ouvrir un livre, sentir sa couverture craquer légèrement, respirer l'odeur des feuilles, de l'encre, toucher le papier, manipuler le livre. Bref tout ce qui nous permet de considérer le livre comme un objet vivant, comme objet à vivre. De même, comment s'émerveiller numériquement devant une édition originale, ou encore la finesse de gravures sur bois dans un ouvrage?

Enfin, au-delà de la littérature, les avantages sont incontestablement très nombreux dans des domaines aussi variés que l'éducation (remplacer les livres scolaires par des e-books), les milieux professionnels devant se référer à de véritables annuaires ou ayant recours à des 'bibles' techniques ou commerciales, ou encore offrir un produit de substitution aux quotidiens, aux magazines et autres revues en facilitant un accès simple, rapide et direct à l'information.

En conclusion, je pense que le livre numérique offre une foultitude d'avantages en sacrifiant peut-être, pour la littérature, les livres d'art et la poésie, la notion de plaisir de lire.

Or les écrivains n'écrivent-ils pas avant tout pour être lus avec plaisir?

En tout cas, je suis avec un grand intérêt l'évolution des mentalités en la matière."

= Nicolas Pewny, consultant en édition électronique

Nicolas Pewny est le fondateur du Choucas, petite maison d'édition basée en Haute-Savoie et spécialisée dans les polars, la littérature, les livres de photos et les livres d'art. Nicolas Pewny tient aussi à avoir des activités non commerciales, afin de faire connaître des livres pour lesquels il a un coup de coeur, par exemple les Fables pour l'an 2000 de l'écrivain-paysan normand Raymond Godefroy. Les éditions du Choucas cessent malheureusement leur activité en mars 2001, une disparition de plus à déplorer chez les petits éditeurs indépendants. Nicolas Pewny met désormais ses compétences éditoriales et numériques au service d'autres organismes.

Le 9 février 2003, Nicolas Pewny écrit:

"Quel chemin parcouru depuis le temps du papyrus ou du parchemin! Le 15e siècle a vu naître le livre imprimé et le 19e siècle a démultiplié cette révolution. Au 20e l'informatique et le numérique ont encore tout bouleversé...

A l'aube du 21e il est facile de constater que l'Internet a évolué, et l'importance du 'contenu' s'est accrue, il est devenu un élément primordial. L'accès à ce 'contenu' devient peu à peu payant. Et le public concerné - en forte augmentation - est prêt à payer pour un contenu riche et ciblé.

La presse s'en est rendue compte la première, et des journaux tels que Le Monde ont mis en place une version numérique, souvent interactive, d'où le nom de l'édition, incluant des 'services' comme l'accès aux archives, la possibilité de stocker les informations en ligne, etc.

Des éditeurs (Campus Press, Eyrolles, Eni, par exemple) s'en sont rendus compte aussi, et produisent des ouvrages numériques pour des sujets tels que l'informatique, l'Internet, les nouvelles technologies, sciences & techniques, etc. Plus pratiques à utiliser et bien moins chers que la version 'papier'!

Personnellement je me suis tellement habitué à trouver toute information en ligne ou dans des ouvrages sous forme numérique que je serais désemparé si j'étais privé de ces moyens de recherche.

L'informatique évolue rapidement. Les ordinateurs se libèrent des fils de connexion, deviennent plus rapides et maniables, les écrans plus confortables, les techniques du 'numérique' vont évoluer également, évoluent déjà.

Je vois le livre numérique du futur comme un 'ouvrage total' réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité: une nouvelle manière de concevoir et d'écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce que l'on a lu, unique et multiple compagnon.

Utopique? Invraisemblable? Peut-être pas tant que cela!"

= Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à La Sorbonne

Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), est depuis toujours férue de nouvelles technologies, bien avant que cela ne devienne dans l'air du temps. Elle fait partie de ces professeurs et chercheurs toujours prêts à mettre leur savoir à la disposition d'autrui, aussi bien ses collègues et étudiants que les habitants d'Argentan (Normandie), dont elle est l'une des maires-adjoints.

Le 8 février 2003, Marie-Joseph Pierre écrit:

"Il me paraît évident que la publication des articles et ouvrages au moins scientifiques se fera de plus en plus sous forme numérique, ce qui permettra aux chercheurs d'avoir accès à d'énormes banques de données, constamment et immédiatement évolutives, permettant en outre le contact direct et le dialogue entre les auteurs. Nos organismes de tutelle, comme le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) par exemple, ont déjà commencé à contraindre les chercheurs à publier sous ce mode, et incitent fortement les laboratoires à diffuser ainsi leurs recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos rapports d'activité à deux et à quatre ans - ces énormes dossiers peineux résumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette forme. Le papier ne disparaîtra pas pour autant, et je crois même que la consommation ne diminuera pas... Car lorsque l'on veut travailler sur un texte, le livre est beaucoup plus maniable. Je m'aperçois dans mon domaine que les revues qui ont commencé récemment sous forme numérique commencent à être aussi imprimées et diffusées sur papier dignement relié. Le passage de l'un à l'autre peut permettre des révisions et du recul, et cela me paraît très intéressant."

= Philippe Renaut, gérant des éditions du Presse-Temps

Philippe Renaut est gérant des éditions du Presse-Temps. Fondé en 2002 par cinq associés passionnés de littérature, Le Presse-Temps est une maison d'édition littéraire qui mise avant tout sur la qualité et le suivi de chaque livre, avec un tirage prévu de 2.000 exemplaires par titre et un rythme de publication d'une dizaine de livres par an, loin des considérations du "toujours plus, toujours plus vite" du marché actuel. Philippe Renaut est aussi le rédacteur en chef d'Edition-actu, une lettre électronique bimensuelle (deux fois par mois) décalée, informative et humoristique sur le monde de l'édition. Edition-actu est publié par l'éditeur CyLibris, qui fut en son temps un pionnier de l'édition électronique.

Le 21 février 2003, Philippe Renaut écrit:

"Commençons tout d'abord par établir un sens clair au terme Livre numérique. Car le Livre numérique est bien un Livre et pas un sous-produit dérivé de l'informatique. En effet, si on tente de décrire le livre en fonction de son support physique (objet relié, avec des pages etc.), on arrive vite à une impasse, car dès lors faut-il bannir le livre de poche sous prétexte que sa qualité est inférieure et que l'on y retrouve pas 'le plaisir de l'objet livre'? Non, car le livre de poche est un instrument essentiel de diffusion de la culture, vers le grand public et en ce sens est un livre à part entière. Aussi, plutôt que de s'attacher au support attachons-nous au contenu. Même si le livre numérique possède par essence un contenu plus volatile, téléchargeable, effaçable, etc, il est avant tout vecteur de transmission d'un contenu culturel, et d'un contenu culturel fruit d'un travail éditorial. C'est plutôt par la conjonction de ces deux éléments essentiels - vecteur de communication d'un contenu travaillé éditorialement - que l'on peut définir le livre par opposition à la mise en ligne ou mise à disposition massive de texte sans un regard ou une labellisation professionnels. En effet sans pouvoir assurer que magiquement l'oeil d'un éditeur permet de déceler le mauvais du bon, il reste néanmoins l'instrument par lequel un lecteur peut tenter de trier dans la production désormais pléthorique de livres. Parfois des ouvrages de qualité se retrouveront malheureusement auto-édités pour n'avoir su être décelés, et d'autres médiocres se retrouveront édités envers et contre tout, mais cela ne change rien au processus de base qui veut que le tamis éditorial joue son rôle et aide le public dans ses choix (il suffit de considérer le niveau moyen des manuscrits reçus par une maison d'édition pour s'en convaincre!). De la même manière, un surfeur sur le Web va utiliser ses annuaires préférés pour identifier les sites qui lui sembleront les plus adaptés, seuls outils permettant encore un tri dans la masse désordonnée et titanesque d'informations qui lui est accessible.

Dans ce cadre le Livre numérique à toute sa place puisqu'il reste un Livre et que le support numérique lui offre des possibilités nouvelles. Encore une fois, de même que le poche n'est pas venu supplanter le livre, mais est venu compléter le marché du livre en permettant à de nouveaux acheteurs d'accéder à la culture, le livre numérique n'est pas là en remplacement du livre mais en accompagnement. A l'heure d'aujourd'hui il est encore bien difficile de discerner quelles seront les utilisations les plus fréquentes du livre numérique et c'est ce flou qui rend fragiles les entreprises qui tentent depuis quelques années déjà de s'emparer du marché. Car pour vendre il faut cibler et pour cibler il faut anticiper, hors en ce domaine l'anticipation est ardue. Les premières tentatives ont tenté de créer une demande qui n'existait pas et ce fut un échec. La nouvelle vague saura sûrement mieux pressentir dans un marché plus mûr les désirs et les manques du lectorat. Documentation technique, grands voyageurs, personnes handicapées visuelles, base encyclopédique, et nouveaux romans interactifs, sont autant de portes entrouvertes qui méritent un nouveau coup de boutoir.

A quelques années près, le Livre numérique, quelque soit son support propriétaire, PDA, ou autre devrait percer dans très peu de temps."

= François Vadrot, PDG de FTPress

En août 1999, François Vadrot fonde la société de cyberpresse FTPress (French Touch Press), basée à Paris. En septembre 1999, il lance Internet Actu, qui remplace LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu). D'autres publications suivent, ainsi que des réalisations multimédias et des émissions de télévision, dont certaines suivent de près l'actualité du livre.

Le 9 février 2003, François Vadrot écrit:

"De façon générale, pour ma part je reste à lire les livres sur papier. Quant aux oeuvres en général, sur internet, elles prennent et prendront des formes que le livre imprimé ne permet pas, notamment par l'insertion de créations multimédia, insérées à l'intérieur, à l'instar des illustrations et photos dans les livres papier. Concernant FTPress, pour l'instant nous ne sommes pas sur cette voie de l'édition, mais plus sur celle de la communication multimédia pour les entreprises ou administrations. Cela commence à bouger dans ce sens."

= Russon Wooldridge, créateur du Net des études françaises

Russon Wooldridge est professeur au département d'études françaises de l'Université de Toronto et créateur de ressources littéraires librement accessibles en ligne. En mai 2000, il fonde le Net des études françaises (NEF), suite au colloque qu'il organise pour un groupe de francophones (Colloque international sur les études françaises favorisées par les nouvelles technologies d'information et de communication, Toronto, mai 2000). Le Net des études françaises se veut d'une part "un filet trouvé qui ne capte que des morceaux choisis du monde des études françaises, tout en tissant des liens entre eux", d'autre part un réseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des études françaises et partageant librement leur savoir et leurs produits avec autrui".

Le 9 mars 2003, Russon Wooldridge écrit:

"D'abord, qu'est-ce que le livre? C'est toujours, dans l'esprit des gens comme dans l'usage de la langue, un objet plus ou moins portable fait d'un ensemble de feuillets de papier reliés. Du point de vue historique c'est le codex de papyrus, de parchemin ou de papier connu depuis deux millénaires. Le livre contient un texte dont la lecture se fait linéairement de manière suivie et dont la maîtrise peut s'aider d'une lecture linéaire ponctuelle ou d'une lecture verticale permises par l'éventuelle structuration donnée par une table des matières ou un index. (Voir à ce sujet Alberto Manguel, A History of Reading, 1996.)

Le livre numérique serait une version électronique du contenu du codex sans son contenant. On doit distinguer deux types de livres numériques: ceux qui retiennent l'image du codex - il s'agit des livres en 'portable document format' (pdf), par exemple - et ceux qui profitent du médium informatique pour en permettre lectures linéaires et verticales - il s'agit alors, pour ce qui est du World Wide Web, des formats 'hypertext markup language' (html) ou 'text only' (txt).