Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003)
Chapter 15
La WWW Virtual Library est le plus ancien annuaire du web. Ce catalogue par sujets est débuté par Tim Berners-Lee comme outil d'analyse du développement du World Wide Web (WWW) qu'il venait de créer en 1990. Le travail est ensuite poursuivi pendant plusieurs années par Arthur Secret, avant que chaque section ne soit prise en main par des spécialistes d'un sujet donné. Réputée pour sa qualité, la WWW Virtual Library est désormais un annuaire coopératif constitué de très nombreux répertoires situés sur des centaines de serveurs. Les pages centrales sont gérées par Gerard Manning.
#Répertoires de bibliothèques
= Catalogue collectif de France (CCFr)
Le CCFr répertorie 4.000 bibliothèques et 1.200 fonds documentaires. Il offre aussi une interface unique à trois grands catalogues: le catalogue des fonds des bibliothèques municipales rétroconvertis (BMR), le catalogue des imprimés de la Bibliothèque nationale de France (BN-Opale Plus) et le catalogue des bibliothèques universitaires (SUDOC: Système universitaire de documentation), le tout représentant près de 15 millions de notices. En novembre 2002, le CCFr débute la gestion via l'internet d'un service de prêt entre bibliothèques.
= Oriente-Express (L')
Géré par la Bibliothèque du Centre Pompidou (Paris), l'Oriente-Express est un répertoire de bibliothèques et centres de documentation privés ou publics, situés à Paris ou en région parisienne, ouverts à un large public ou faisant référence dans leur domaine.
= Gabriel (Gateway to Europe's National Libraries)
Trilingue (français, anglais, allemand), Gabriel est le serveur web de 41 bibliothèques nationales européennes. Il permet d'offrir un point d'accès unique à leurs services, leurs collections et leurs catalogues.
= Libweb: Library Servers via WWW
Géré par Thomas Dowling dans le cadre de la Digital Berkeley Library (Californie), ce répertoire recense les sites web de 6.600 bibliothèques dans 115 pays différents, avec mise à jour quotidienne.
= UNESCO Libraries Portal
Géré par l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), un portail à vocation internationale pour les bibliothèques et leurs usagers. Plusieurs rubriques: bibliothèques, associations et réseaux, accès et conservation, bibliothéconomie, formation, ressources en ligne, conférences et réunions.
#Répertoires de bibliothèques numériques
= Athena Literature Resources
Un répertoire mondial des ressources littéraires en ligne. Ce répertoire fait partie d'Athena, une bibliothèque numérique fondée par Pierre Perroud et hébergée sur le site de l'Université de Genève.
= The Online Books Page - Archives
Un autre répertoire mondial de ressources littéraires en ligne. Ce répertoire fait partie de The Online Books Page, géré par John Mark Ockerbloom pour recenser les textes électroniques anglophones librement disponibles en ligne. http://onlinebooks.library.upenn.edu/archives.html
#Répertoires d'éditeurs
= BIEF - Editeurs adhérents
Le répertoire des quelque 250 éditeurs membres du Bureau international de l'édition française (BIEF), organisme de promotion de l'édition française à l'étranger.
= Publishers' Catalogues
Géré par Northern Lights Internet Solutions, société basée à Saskatoon, dans la province de Saskatchewan (Canada), un répertoire international de 7.700 éditeurs, avec recherche possible par titre, ville, état/province, pays, sujet et type de publication (livres, magazines, ebooks, etc.).
= WWW Virtual Library (The) - Publishers
Un répertoire d'éditeurs tenu à jour par Jonathan Bowen dans le cadre du Museophile Archive de la South Bank University (Londres). http://archive.museophile.sbu.ac.uk/publishers/
#Répertoires de librairies
= Lalibrairie.com
Lalibrairie.com est le portail de 460 librairies françaises indépendantes, avec classement par département. Le portail donne accès à leur catalogue, avec possibilité d'achat en ligne. Il est complété par un agenda des événements littéraires et par un espace emploi pour les professionnels du livre.
= Numilog
Lancée en septembre 2000 par Denis Zwirn, cette librairie numérique propose 3.500 ebooks (livres et périodiques) en français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d'éditeurs. Les livres numériques sont disponibles par téléchargement et dans plusieurs formats, pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel (PDA).
= Livre-rare-book
Créé en novembre 1995 par Pascal Chartier, gérant de la librairie du Bât d'Argent (Lyon), ce site professionnel propose en août 2003 un catalogue de plus d'un million de livres émanant de quelque 320 librairies, et un annuaire électronique international recensant près de 4.000 librairies.
= Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM)
Le site du SLAM (France) regroupe des catalogues en ligne, un service de recherche de livres rares ou épuisés, un annuaire des librairies avec plusieurs critères de recherche (nom de la librairie, nom du libraire, lieu, spécialités), un guide du livre ancien avec lexique et liste d'abréviations, etc.
#Répertoires de presse
= AFP - Liens / Médias francophones
Le répertoire de l'Agence France-Presse pour la France et les pays francophones. Donne accès à d'autres répertoires pour les médias germanophones, anglophones, hispanophones et lusophones.
= Webdopresse
Proposé par Webdo, site créé en 1995 par l'hebdomadaire genevois L'Hebdo, Webdopresse est un annuaire international recensant 16.000 médias. Trois grandes catégories: a) presse généraliste, b) presse spécialisée (classée en rubriques), c) radio / TV.
= Internet Public Library (IPL) - Newspapers & Magazines
L'Internet Public Library (IPL) sélectionne, organise et catalogue les ressources disponibles sur le réseau. Elle gère entre autres deux répertoires de presse. L'un est une liste de journaux en ligne avec classement géographique et alphabétique. L'autre est une liste de magazines en ligne répertoriés par sujets.
= Ingenta
Lancé en mai 1998, Ingenta est une base documentaire de 15 millions d'articles issus de 28.000 périodiques imprimés (rassemblés depuis l'automne 1988) et 5.400 périodiques en ligne. Payant, l'envoi des documents est possible par courrier électronique, fax ou Ariel (service de transmission électronique). La recherche dans les différentes bases de données est gratuite.
#Répertoires en sciences de l'information
= ENSSIB
Une mine d'informations procurée par l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, située à Villeurbanne, près de Lyon.
= IFLANET
Le site de l'IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions), organisme indépendant à destination des bibliothécaires du monde entier. L'IFLA se veut un carrefour pour l'échange d'idées et la promotion de la coopération internationale et de la recherche.
= Lex Mercatoria: Intellectual Property
La section de la Lex Mercatoria consacrée à la propriété intellectuelle. Créé en octobre 1993 par Ralph Ammisah, l'International Trade Law Monitor (devenu ensuite: Lex Mercatoria) est à l'époque le premier site juridique consacré au droit commercial international et au commerce électronique. Hébergé par l'Université d'Oslo (Norvège), et propriété du grand éditeur britannique Cameron May depuis octobre 2000, ce site de référence est poursuivi par son créateur et, selon son voeu, toujours en accès libre.
# [ANNEXE] PERSPECTIVES
[Jean-Pierre Balpe, professeur, chercheur et écrivain / Olivier Bogros, créateur de La bibliothèque électronique de Lisieux / Emilie Devriendt, responsable du site Translatio / Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac / Pierre François Gagnon, créateur d'Editel / Jean-Paul, explorateur d'hypermédia / Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur / Nicolas Pewny, consultant en édition électronique / Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à La Sorbonne / Philippe Renaut, gérant des éditions du Presse-Temps / François Vadrot, PDG de FTPress / Russon Wooldridge, créateur du Net des études françaises / Denis Zwirn, PDG de Numilog]
En février et mars 2003, comment les professionnels du livre voient-ils l'avenir du livre numérique (au sens large, et pas seulement commercial), dans le cadre de leur activité professionnelle et/ou en général? Voici leurs réponses.
= Jean-Pierre Balpe, professeur, chercheur et écrivain
Directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8, écrivain, chercheur et théoricien de la littérature informatique, Jean-Pierre Balpe nous envoie ses réponses le 10 février 2003.
En ce qui concerne son activité: "Prenant ma retraite l'an prochain, mes 'activités' se réduisent mais je compte toujours utiliser les capacités du numérique pour faire du livre hors du livre: projets de spectacles, installations, etc. (...) Ce qui m'intéresse est d'explorer cette voie-là, du moins tant que j'aurai envie d'écrire ou de faire écrire."
En ce qui concerne l'avenir du livre numérique en général: "L'avenir est déjà assuré par la numérisation des livres et tout ce qu'elle permet. Cela ne peut que se développer. Si votre question porte sur l'e-book, je n'y crois pas dans les configurations techniques actuelles. Pour qu'il ait un réel avenir il faudrait un support souple aussi pratique que le papier et aussi bon marché. Ça viendra, mais je crains que nous en soyons loin. En plus le livre n'existe pas, il y a des quantités de types de livres, romans, encyclopédies, poèmes, livres scolaires, livres techniques, manuels, etc., et chaque type a un avenir différent dans le numérique: le manuel scolaire numérique est appelé à remplacer le livre dès que les élèves seront suffisamment équipés. Je crois qu'il faut raisonner en secteurs et voir quels sont les besoins particuliers de ces secteurs auxquels la 'numérisation du livre' peut répondre et sous quelle forme."
= Olivier Bogros, créateur de La bibliothèque électronique de Lisieux
Directeur de la médiathèque municipale de Lisieux (Normandie), Olivier Bogros crée en juin 1996 La bibliothèque électronique de Lisieux, une des premières bibliothèques francophones du réseau. Début 2003, la bibliothèque électronique comprend 540 textes, numérisés en mode texte à partir des collections de la médiathèque. A titre personnel, Olivier Bogros est aussi l'auteur du site Miscellanées, un mélange de textes choisis par ses soins.
Le 8 mars 2003, Olivier Bogros écrit:
"L'avenir du livre numérique, j'y crois beaucoup, même si sa forme matérielle définitive reste encore à venir. Les fichiers de livres numériques existent sur de nombreux sites et sous de nombreux formats. Et puis il y a le web et les pages html qui s'affichent librement sur les écrans de nos machines. Je pense bien sûr et d'abord dans mon domaine de compétence aux textes patrimoniaux ou du domaine public qu'encore trop peu de bibliothèques françaises mettent en ligne ou alors sous des formats image trop lourds et contraignants. Des initiatives particulièrement innovantes sont aussi à l'oeuvre: Grisemine (bibliothèques de l'Université de Lille 1, ndlr), @rchiveSic, les étonnantes collections de la BIUM (Bibliothèque interuniversitaire de médecine) de Paris, ColiSciences, ... qui s'ajoutent à des réalisations plus anciennes mais toujours dynamiques. De plus en plus d'internautes font du réseau, à tort ou à raison, le lieu unique de leur recherche documentaire; les institutions publiques ont l'obligation de répondre à cette demande."
= Emilie Devriendt, responsable du site miroir Translatio
Emilie Devriendt est élève professeure à l'Ecole normale supérieure (ENS) de Paris et doctorante à l'Université de Paris 4-Sorbonne. Elle est aussi la responsable du site Translatio, créé en septembre 2001. Translatio est le site miroir de trois sites académiques dédiés à la diffusion de ressources documentaires dans le domaine des études françaises, et plus particulièrement de l'histoire de la langue française.
Le 9 février 2003, Emilie Devriendt écrit:
"Je ne parlerai pas du livre numérique à strictement parler, concept qui semble aujourd'hui s'être révélé un échec total pour les entreprises qui ont tenté de le commercialiser. Je constate d'ailleurs que des projets datant d'il y a quelques années, projets selon moi plus astucieux, plus ergonomiques, et à l'évidence moins coûteux comme celui du 'baladeur de texte' (@folio), n'ont toujours pas 'percé'. Loin d'être au fait de tous les aspects qui ont contribué et contribuent à cet état de fait, je ne me risquerai pas à prédire quoi que ce soit dans ce domaine très circonscrit.
Si l'on envisage l'avenir non plus du 'livre', mais du 'texte' électronique, celui-ci n'apparaît pas plus prévisible ou prédictible, mais il est quelques points que l'on peut souligner, et quelques évolutions que l'on pourrait à tout le moins appeler de ses voeux. Dans ce domaine que l'on appelle parfois l'informatique littéraire, deux aspects du texte électronique m'intéressent plus particulièrement, dans une perspective d'enseignement ou de recherche: la publication de ressources textuelles, par exemple littéraires, sur le Web au format texte ou au format image (exemple: Gallica ou la Bibliothèque électronique de Lisieux); la publication de bases de données textuelles interactives, c'est à dire d'outils de recherche et d'analyse linguistique appliqués à des textes électroniques donnés (exemple: la Nefbase du Net des Etudes Françaises ou, si l'on veut citer une banque de données payante, Frantext). Aujourd'hui ce type de ressources est relativement bien développé (même si aucune 'explosion' ne semble avoir eu lieu si l'on compare la situation actuelle à celle d'il y a deux ou trois ans). En revanche, on ne peut véritablement mesurer les usages qui en sont faits.
La situation au sein de l'Université française, telle qu'elle m'apparaît, ne conduit pas spontanément à l'optimisme de ce point de vue. Tous les cursus 'littéraires' sont loin de comprendre une formation obligatoire aux nouvelles technologies (qu'il s'agisse d'ailleurs de bureautique, de recherche documentaire ou d'analyse textuelle). Or sans un apprentissage sérieux de ce type risque paradoxalement de se constituer une nouvelle forme d'analphabétisme au sein même d'une population intellectuelle, les étudiants, les enseignants, les chercheurs ; ou, à tout le moins, une informatisation 'à deux vitesses' de cette population. Ici, l'idéal de l'accessibilité (formats libres, gratuité) des ressources textuelles publiées en ligne prend véritablement tout son sens."
= Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac
Diplômé en science politique et professeur de français à Nice, Gérard Fourestier crée en 1998 le site Rubriques à Bac, un ensemble de bases de données à destination des lycéens et étudiants. ELLIT (Eléments de littérature) regroupe des centaines d'articles sur la littérature française du 12e siècle à nos jours, ainsi qu'un répertoire d'auteurs. RELINTER (Relations internationales) recense 2.000 liens sur le monde contemporain de 1945 à nos jours. Ces deux bases de données sont accessibles par souscription, avec version de démonstration en accès libre. Lancée en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT, la base de données Bac-L (baccalauréat section lettres) est en accès libre.
Le 8 février 2003, Gérard Fourestier écrit:
"Bien que ça et là, on assiste à des avancées pédagogiques par l'intégration des nouvelles technologies, l'institution de l'Education nationale est par trop timorée quant à un projet global qui aurait enfin fait entrer l'école dans le siècle du numérique.
Espérons qu'avec les nouvelles générations de profs qui vont débouler au fur et à mesure des retraites de leurs aînées, se fera sentir par la base la nécessité d'une autre approche de la lecture au travers d'un produit que le 'ludique' n'a pas hésité à s'approprier à grande échelle.
L'ère Gûtemberg a vécu, du moins dans son monopole, faute d'un mieux technologique et pratique jusqu'à une époque récente, mais les décideurs d'encore aujourd'hui sont toujours ceux d'hier. Pourtant, et à l'évidence, les avantages du numérique sont nombreux: gain de poids dans les cartables, accroissement du volume d'information, diminution des contingence de stockage; possibilités offertes aux mal-voyants, sans parler de l'aspect création qui rend plus attrayant un outil plus performant, etc.
Bref, le numérique, c'est déjà le présent et c'est incontournable, sauf que les formats sont encore trop nombreux, et que c'est aussi sûrement un frein à un essor plus rapide.
J'ai bien pensé mettre mes sites en ligne sur des supports 'e-book' mais un 'livre' de ce type serait comme une goutte d'eau dans l'océan s'il ne bénéficie pas d'une structure qui en fait la promotion. Tant que je n'aurai pas l'assurance de cette promotion et parce qu'il faut des moyens que je n'ai pas, je différerai cette nouvelle aventure et je le regrette vivement." Pierre François Gagnon, créateur d'Editel
Dès avril 1995, Pierre François Gagnon, poète et essayiste québécois, décide d'utiliser le numérique pour la réception des textes, leur stockage et leur diffusion. Il crée Editel, site pionnier de l'édition littéraire francophone et premier site web d'auto-édition collective de langue française. Editel devient ensuite un site de cyberédition non commerciale en partenariat avec quelques auteurs maison (notamment Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza), ainsi qu'un webzine littéraire.
Le 11 février 2003, Pierre François Gagnon nous envoie ce texte, intitulé: Eloge du Livre unique.
"Le 'Livre unique' aux multiples pensées tous azimuts, est appelé à constituer, grâce à l'objet-support ultime que sera le papier électronique, la plate-forme de lancement globale de la Civilisation numérique, laquelle n'est encore exprimée qu'à l'état d'ébauche farouche et sauvage sur le Web d'aujourd'hui.
Il nous manque de toute urgence cette épée de feu, de justice divine érigée entre les mains de tous et chacun dans la lutte contre la pauvreté et l'ignorance dans lesquelles les élites de pouvoir et d'argent croient avoir tout intérêt à maintenir leurs peuples respectifs.
Et, n'en déplaise aux gourous de la pop-philo qui nous prêchent le statu quo techno-culturel du haut de leur notoriété, il ne s'agit pas seulement d'une nouvelle utopie néoromantique qui serait issue de la postmodernité prétendument antihumaniste. Il s'agit bien plus prosaïquement des conditions d'émergence spirituelle d'une classe moyenne supérieure qui soit également prospère et unie dans le monde entier.
Nous sommes rien de moins, à l'époque de ces Nouvelles Lumières, que face à une révolution démocratique et altermondialiste, virtuellement libre de tout droit ultralibéral, enfin affranchissable à l'échelle planétaire de l'économie de marché facho-totalitaire sous l'empire états-unien.
Voilà donc ce qui fait si peur aux classes possédantes du savoir-faire de ce temps de transition que je qualifierais presque de transhistorique, tant il m'apparaît nécessaire et évident: que tout cela leur échappe de justesse, elles qui contrôlent pourtant les moyens de conception et de production de la science et des technologies!
C'est dire ainsi combien la Société - et non pas tant l'Amour - est désormais à réinventer bien au-delà de la droite et de la gauche, au risque sinon, de nous engluer dans les prolongements dévastateurs du 20e siècle, guerres, famines et maladies endémiques. Ça n'a malheureusement rien à voir avec autant de prophéties de malheur.
Au contraire, c'est exactement, au début de l'an 2003, ce qui est en train de se produire sous nos yeux ahuris, ne serait-ce qu'à commencer par les projets d'un bombardement nucléaire soi-disant 'limité' que les Pentagone nourrissent pour les États voyous tels que l'Irak.
Plus l'essentiel des connaissances de toute nature demeurera gratuitement accessible à tous et à toutes, sans conditions matérielles particulières, plus le niveau moyen de l'intelligence collective sous toutes ses formes tendra à s'élever pour le meilleur, et espérons-le, sans le pire.
Dès lors, les exigences sociales et culturelles se raffermiront toujours davantage, désamorçant volontairement l'économie prédatrice. La nature du travail, définitivement transformée, la démocratie, profondément rénovée, la communauté pourra redevenir aussi vivante et créative qu'au temps jadis. Il ne sera plus jamais ridicule et absurde de parler tout simplement de bonheur domestique.
Je fais maintenant l'éloge du développement durable de la pensée universelle, libre et sans contraintes, ubiquitaire et fraternelle, à travers le réseautage polyglotte de toutes les cultures. Le Livre unique comme pierre philosophale remplacera tous les objets de culte de la communication et de l'information tout en sacrifiant les pyramides aliénantes.
Imaginez tous les cerveaux supérieurement intelligents, interconnectés en permanence, dans l'élaboration transcendant les divers Âges de l'Humanité, d'un tout nouveau projet de civilisation conçu et réalisé sur une base numérique, qui soit finalement assez fluide pour évoluer sans trop de heurts vers la paix et la prospérité perpétuelles. Voilà la seule anti-utopie que je connaisse d'avance, réaliste et réalisable, car elle est d'ores et déjà indispensable à notre survie commune.
La déesse Gaïa est notre jardin intérieur. La révolution industrielle a été son viol collectif. Tout autour de soi, pour qui a pu accéder à ce tragique niveau de conscience cosmique, il n'y a plus que ruines et désolation. La légalité immorale, cruelle et violente, étend sa domination pratiquement absolue dans tous les domaines, en particulier dans l'édition.
La sagesse du livre fut pétrifiée vivante et enfermée à perpétuité, sous bonne garde capitaliste, par l'imprimerie de papier, laquelle n'aura été qu'une technique de conservation et de diffusion des idées plutôt rustique et rudimentaire. Et inefficace à part peut-être le papier d'amiante à l'épreuve de tout - à titre par exemple de double système de sécurité quant à l'archivage total et quasi définitif! Il nous faut finir d'abattre les bastilles qui menacent de s'écrouler avec nous dans l'oubli et la poussière d'étoiles, faute d'assurer la libre circulation immédiate des oeuvres!
Numérisons et libérons la Culture tout entière avant que les vendeurs du Temple ne s'en emparent au nom de l'État sous leur propre gouverne néolibérale ou gauchisante de travers! On ne peut pas voler ni dilapider le domaine public; pis encore, il se trouve trop longtemps restreint aux ayant droits de l'auteur à sa mort: 70 ans, quelle folie! Cet héritage collectif devrait être imposable sans aucun délai: diffusé, distribué inconditionnellement, un point c'est tout!
À les en croire, le patrimoine culturel (ou même génétique) serait marchandisable. Le pillage corporatif de toute façon institutionnalisé à mort, la commercialisation des classiques fait rouler depuis belle lurette la planche à billets des éditeurs. Les États se refusent aujourd'hui à débloquer des budgets conséquents pour la numérisation systématique et exhaustive du fonds public de leurs bibliothèques nationales, tandis que le dépôt légal électronique et sécurisé tarde à devenir obligatoire. Quel espoir subsiste-t-il en ce moment même pour l'avenir du livre numérique, sauf dans le néant constellé d'effroi du sempiternel Marché-Dieu?"
= Jean-Paul, explorateur d'hypermédia