Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003)
Chapter 10
On voit apparaître aussi les premières librairies numériques, à savoir des librairies vendant exclusivement des livres numériques, le plus souvent par téléchargement, et dans plusieurs formats. L’étape suivante sera la vente de livres "en pièces détachées", à savoir un chapitre seul, ou une partie de livre, ou un article à l’unité, ou encore une carte ou un tableau statistique. En 2002, ce type de vente est déjà chose possible à titre expérimental, par exemple dans la librairie numérique Numilog, ou encore dans la librairie en ligne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Le prix du livre numérique est en général inférieur de 30% à celui du livre imprimé. Sa commande et sa livraison sont quasi immédiates via l’internet. Quant à sa taille et son poids, ils sont nuls, bien qu’en pareil cas il faille bien sûr prendre en compte la taille et le poids de la machine nécessaire pour le lire. Un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant environ 200 g permet d’emporter avec soi une quinzaine de romans de 200 pages, en plus des autres fonctionnalités présentes dans la machine. Un ordinateur ultra-portable disposant d’un disque dur de 6 Go (giga-octets), pesant moins de 1,5 kg et équipé des logiciels de bureautique standard permet de stocker environ 5.000 livres.
Quelle est la taille d’un livre numérique, et son temps de téléchargement? Quelques exemples sont donnés à titre indicatif dans la FAQ (foire aux questions) de la librairie numérique Numilog. Une nouvelle de 50 pages représente un fichier de 150 Ko (kilo-octets). Le temps nécessaire à son téléchargement est de 37 secondes avec un modem 56 Kbps (56 kilobits par seconde) et de 3 à 6 secondes avec une connexion à haut débit (câble ou DSL – digital subscriber line). Un roman de 300 pages représente un fichier de 1 Mo (méga-octet). Son temps de téléchargement est de 4 minutes avec un modem 56 Kbps et de 20 à 40 secondes avec une connexion à haut débit. Un guide pratique de 200 pages incluant des tableaux représente un fichier de 1,5 Mo. Son temps de téléchargement est de 6 minutes avec un modem 56 Kbps et de 30 à 60 secondes avec une connexion à haut débit. Un livre illustré avec des photos représente un fichier de 10 Mo. Son temps de téléchargement est de 41 minutes avec un modem de 56 Kbps et de 3 à 6 minutes avec une connexion à haut débit.
Outre le fait qu’il faille une machine pour le lire – mais après tout c’est ce qui le caractérise, en attendant le papier électronique de demain - l’obstacle majeur à la diffusion du livre numérique reste le faible nombre de titres. "Le volume de titres disponibles en format de lecture à l’écran est ridicule par rapport aux quelque 600.000 titres existant en français", indique en février 2001 Denis Zwirn, PDG de Numilog. Nombre d’éditeurs sont maintenant en train de numériser - ou faire numériser - leurs fonds, à la perspective d’un marché naissant qui devrait connaître une forte expansion dans les prochaines années. Editeurs en ligne et libraires numériques négocient patiemment les droits auprès des éditeurs traditionnels, et ce non sans mal puisque, à tort ou à raison, la profession est encore très inquiète des risques de piratage.
Selon Zina Tucsnak, ingénieure d’études en informatique à l’ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française), interviewée en novembre 2000, "l’ebook offre une combinaison d’opportunités: la digitalisation et l’internet. Les éditeurs apportent leurs titres à tous les lecteurs du monde. C’est une nouvelle ère de la publication." Mais le livre numérique est encore dans l’enfance. Comme l’explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima, documentaliste à l’ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, "il faut voir par la suite comment il se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans l’industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l’écriture, dans la lecture, etc."
Chez les adeptes du livre numérique, l’enthousiasme des années 2000 et 2001 fait place à plus de mesure en 2002 et 2003. On ne parle plus du tout numérique pour le proche avenir, mais plutôt de la publication simultanée d’un même titre en deux versions, numérique et imprimée. Pour mettre en place ce nouveau mode de distribution, la tâche est rude. Il faut constituer les collections, améliorer les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de lecture abordable et, plus difficile encore, habituer le grand public à lire un livre à l’écran. Alors que, en octobre 2000, l’ebook est l’une des vedettes de la Foire internationale du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les années suivantes. La même remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui, après avoir proposé un Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet européen de l’édition numérique (eBook Europe 2001) en mars 2001, n’organise pas de grande manifestation spécifique les deux années suivantes.
Cependant, malgré le pessimisme relatif ayant succédé aux déclarations enthousiastes, le livre numérique poursuit patiemment son chemin. En 2001, le grand éditeur Random House vend deux fois plus de livres numériques qu’en 2000. Tous éditeurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le New World College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King et Lisa Scottolini, les livres d’économie et les manuels pratiques. En mars 2002, Palm Digital Media, qui vend des titres pour Palm Pilot et Pocket PC, annonce la vente de 180.000 livres numériques pour l’année 2001, soit une augmentation de 40% par rapport à l’année précédente.
7.4. Livres numériques braille et audio
La généralisation des livres numériques représente un tournant important pour l’accès des personnes handicapées visuelles au livre. Le document numérique permettant de dissocier contenu et présentation, le lecteur malvoyant peut désormais influer sur cette dernière en changeant la taille et la police des caractères, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la modifiant. Quant au contenu, on dispose maintenant des technologies permettant de le convertir automatiquement dans un autre système de codage ou dans une autre langue, y compris en braille et en synthèse vocale.
= Le livre numérique braille
Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est le seul système d’écriture accessible aux aveugles. Il s’agit d’un système de six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six points permet de former toutes les lettres de l’alphabet, les signes de ponctuation et les symboles. Le braille est d’abord embossé sur papier au moyen d’une tablette et d’un poinçon. A partir de la fin des années 1970, il est produit à l’aide d’un afficheur braille piézo-électrique permettant un affichage dynamique. A cet afficheur succède la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le matériel informatique, par exemple le bloc-notes braille, qui sert à la fois de machine à écrire le braille et (quand il est connecté à un ordinateur) d’écran tactile permettant de lire l’écran standard. Le braille informatique peut s’afficher sur huit points, ce qui permet d’augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.
Dans de nombreux pays, malgré l’existence d’un matériel informatique adapté, l’édition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problème des droits d’auteur sur les transcriptions n’étant pas résolu. L’édition braille française serait de 400 titres par an, dont 200 livres scolaires. Les livres en gros caractères ou sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux milliers de titres paraissant chaque année, malgré tous les efforts dispensés par des éditeurs spécialisés et des organismes bénévoles. Interviewé en janvier 2001, Patrice Cailleaud, directeur de la communication de Handicapzéro, explique que, si le livre numérique est "une nouvelle solution complémentaire aux problèmes des personnes aveugles et malvoyantes, (...) les droits et autorisations d’auteurs demeurent des freins pour l’adaptation en braille ou caractères agrandis d’ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et n’aboutissent que trop rarement." D’où la nécessité impérieuse de lois nationales et d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle.
La transcription en braille peut pourtant être rapide quand existent à la fois la motivation et les moyens. Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire (en français Harry Potter et le gobelet de feu), best-seller de Joanne K. Rowling, est publié par la National Braille Press (NBP) fin juillet 2000, vingt jours seulement après sa sortie en librairie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Si les 734 pages du livre imprimé par Scholastic donnent 1.184 pages en braille, le prix du livre braille n’est pas plus élevé. Ce très court délai est dû à deux facteurs. D’une part, Scholastic a fourni le fichier électronique, une initiative dont feraient bien de s’inspirer d’autres éditeurs. D’autre part, les 31 membres de l’équipe de la National Braille Press ont travaillé sans relâche pendant quinze jours. Comme pour les autres titres de la NBP, le livre est également disponible au format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé stocké sur disquette et lisible au moyen d’un lecteur braille portable ou d’un logiciel braille sur micro-ordinateur.
= Des collections numériques braille
Dans le monde francophone, fait qui reste encore trop rare, un éditeur et une association se mobilisent dans ce domaine. En décembre 1999, lors du Salon du livre de la jeunesse de Montreuil, les éditions 00h00 et l’association BrailleNet lancent l’opération "2.000 livres jeunesse sur internet pour les aveugles et malvoyants en l’an 2000". Cette opération correspond à la création d’un service internet permettant de commander en ligne des livres pour enfants en différents formats. Ces ouvrages sont soit des versions imprimées en gros caractères ou en braille, soit des versions numériques consultables sur micro-ordinateur, sur plage braille ou sur synthèse vocale.
Pour répondre au problème soulevé par le manque d’ouvrages adaptés, BrailleNet crée aussi la base de données Hélène. En partenariat avec plusieurs organismes (associations, éditeurs, établissements d’enseignement), Hélène propose en accès restreint des livres numériques permettant des impressions en braille ou en gros caractères. Ces livres sont des oeuvres littéraires récentes, des documentations techniques, des ouvrages scientifiques, des manuels scolaires et des supports de cours adaptés. La bibliothèque virtuelle est développée en partenariat avec l’INRIA Rhône-Alpes (INRIA: Institut national de recherche en informatique et en automatique).
Malgré ces efforts, il reste beaucoup à faire pour proposer dans les pays francophones un véritable service public du type de celui offert depuis août 1999 aux Etats-Unis par un département de la Library of Congress, le NLS/BPH (National Library Service for the Blind and Physically Handicapped). Un serveur permet aux personnes handicapées visuelles de télécharger des livres, soit au format braille pour une lecture sur plage braille, soit au format NISO/DAISY (National Information Standards Organization / Digital Audio Information System) pour une écoute sur synthèse vocale. A l’ouverture du service, 3.000 livres en braille abrégé sont disponibles par téléchargement ou consultables en ligne. Les sources sont codées pour une impression sur imprimante braille ou pour une lecture en ligne effectuée en braille abrégé (à l’aide d’une plage braille ou de toute autre interface d’accès braille). Ce service fournit aussi un synthétiseur de parole, qui est un logiciel permettant de désagréger le texte pour lecture sur synthèse vocale.
= Bookshare.org
Une autre réalisation particulièrement intéressante est celle de Benetech, une société de la Silicon Valley qui se donne pour objectif de mettre la technologie au service de tous les êtres humains, et pas seulement de quelques-uns. Benetech décide de créer et financer Bookshare.org, une grande bibliothèque numérique à l’intention des aveugles et malvoyants résidant aux Etats-Unis. Bookshare.org est mis en ligne en février 2002. Après avoir soumis la preuve écrite de leur handicap et s’être acquittés de la somme de 25 dollars pour l’inscription, les adhérents ont accès à la bibliothèque moyennant un abonnement annuel de 50 dollars. Scannés par une centaine de volontaires, les 7.620 titres de départ sont disponibles en deux formats, le format BRF et le format DAISY. Le format BRF (braille format) est destiné à une lecture sur plage braille ou une impression sur imprimante braille. Le format DAISY (digital audio information system) permet l’écoute du texte sur synthèse vocale.
Bookshare.org n’aurait pu voir le jour sans le travail d’une centaine de volontaires scannant les livres imprimés, et sans la volonté bien ancrée de l’équipe de faire appliquer un amendement de la loi de 1997 sur le copyright (United States Code, titre 17, section 121). Cet amendement autorise la distribution d’oeuvres littéraires dans des formats adaptés, et ce auprès des personnes handicapées visuelles, des personnes souffrant d’un handicap de lecture (par exemple la dyslexie) et des personnes à la motricité réduite (par exemple celles qui ne peuvent tenir un livre dans les mains ou bien tourner les pages). Toute version numérique doit obligatoirement inclure la mention du copyright, avec le nom de l’éditeur détenteur des droits et la date originale de publication.
L’initiative de Bookshare.org constitue une avancée considérable. L’objectif de l’association est assez différent de celui du département spécialisé de la Library of Congress. Ce dernier offre un nombre de titres très inférieur et les textes sont numérisés avec le plus grand soin. Dans le cas de Bookshare.org, il s’agit au contraire de proposer le plus grand nombre possible de livres numérisés à moindre coût. Si, jusque-là, moins de 5% des titres publiés aux Etats-Unis sont disponibles en version braille ou en version audio, la seule limite devient désormais celle du nombre de volontaires scannant les livres. Sur son site, l’association fait appel aux bonnes volontés pour grossir les rangs de l’équipe actuelle, afin de proposer à terme plusieurs dizaines de milliers de livres, y compris toutes les nouveautés. Le nombre de livres et de volontaires augmente rapidement. En un an, de février 2002 à février 2003, le catalogue passe de 7.620 titres à 12.000 titres, et le nombre de volontaires de 100 à 200 personnes. En août 2003, le catalogue approche les 14.000 titres.
Bookshare.org propose aussi des oeuvres du domaine public en téléchargement libre. Accessibles à tous, abonnés ou non, ces oeuvres sont disponibles dans quatre formats différents: HTML (hypertext markup language), TXT (text), BRF (digital braille) et DAISY (digital audio information system). Toujours en tête de file lorsqu’il s’agit de lecture pour tous, le Projet Gutenberg met à la disposition de l’association l’ensemble de ses collections, soit, en 2003, les textes électroniques de 8.000 oeuvres du domaine public.
= Le livre audionumérique
Dans le service spécialisé de la Library of Congress comme dans Bookshare.org, les titres sont disponibles non seulement en version numérique braille mais aussi en version audionumérique. Quelle est l’origine du livre audionumérique?
Depuis vingt ans sinon plus, les personnes handicapées visuelles écoutent des livres sur bande magnétique ou sur cassettes, enregistrés au fil des ans par des centaines de bénévoles. Depuis une dizaine d’années, elles peuvent aussi se procurer en librairie des livres audio sur cassettes et sur CD-Rom. Fait récent, les technologies numériques permettent désormais de convertir automatiquement un document numérique en "voix" grâce à la synthèse vocale. Un logiciel de synthèse vocale devrait d’ailleurs être intégré aux outils informatiques standard de demain, tout comme un logiciel de traduction automatique.
Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc. Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique (sur bande magnétique et sur cassette) par des bénévoles. La numérisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque organisme pourrait accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre part de nouvelles bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût, notamment dans les pays en développement.
De nombreux spécialistes décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information System), un consortium international chargé d’assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre audionumérique. Sa tâche est immense: définir une norme internationale, déterminer les conditions de production, d’échange et d’utilisation du livre audionumérique, organiser la numérisation du matériel audio à l’échelle mondiale. Les activités du consortium comprennent entre autres la définition de normes de spécification de fichiers à partir de celles du World Wide Web Consortium (W3C), la conception de logiciels de conversion des bandes son analogiques en bandes son numériques, la gestion d’ensemble de la production, l’échange de livres audionumériques entre bibliothèques, la définition d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle, la protection des documents soumis au droit d’auteur, et enfin la promotion de la norme DAISY à l’échelle mondiale.
La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Une fois téléchargé dans l’ordinateur de l’usager, le texte électronique stocké dans le fichier DAISY peut être lu sur synthèse vocale. Au printemps 2003, il existe près de 41.000 livres audionumériques répondant à cette norme.
= L’écoute et la lecture
Même si les documents audio ont une importance qu’il ne faut pas négliger, une enquête menée en 2000 et 2001 sur l’accessibilité du web aux aveugles et malvoyants montre la nécessité d’une véritable sensibilisation des voyants au fait que les personnes handicapées visuelles ont elles aussi droit à deux modes de connaissance - la lecture et l’écoute - tout comme les voyants (pour lire l’ensemble des réponses, lancer la requête "aveugles" dans la base interactive des Entretiens). Si les professionnels du livre interrogés suggèrent presque tous la généralisation des documents audio, beaucoup ne savent pas qu’il est désormais possible de convertir un texte électronique en braille numérique. Pourquoi les aveugles devraient-ils se limiter à l’écoute, alors que le développement du numérique leur ouvre enfin largement accès à la lecture?
Ce dernier point est souligné par Richard Chotin, professeur à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille, qui se réjouit des progrès réalisés dans ce domaine. "Ma fille vient d’obtenir la deuxième place à l’agrégation de lettres modernes, écrit-il en mai 2001. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de conférence en droit et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit également. Outre l’aspect performance, cela prouve au moins que, si les aveugles étaient réellement aidés (tous les aveugles n’ont évidemment pas la chance d’avoir un père qui peut passer du temps et consacrer de l’argent) par des méthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d’obtenir en braille ce qui existe en "voyant" notamment), le handicap pourrait presque disparaître."
Datée de mai 2001, la directive 2001/29/CE de la Commission européenne sur "l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information" insiste dans son article 43 sur la nécessité pour les Etats membres d’adopter "toutes les mesures qui conviennent pour favoriser l’accès aux oeuvres pour les personnes souffrant d’un handicap qui les empêche d’utiliser les oeuvres elles-mêmes, en tenant plus particulièrement compte des formats accessibles" Il reste à appliquer cet article à large échelle.
Il faut signaler aussi dans ce domaine le travail inlassable de l’association Handicapzéro, dont le but est d’améliorer l’autonomie des personnes handicapées visuelles, à savoir plus de 10% de la population francophone. En France par exemple, une personne sur mille est aveugle, une personne sur cent est malvoyante, et une personne sur deux a des problèmes de vue. Mis en ligne en septembre 2000, le site web de l’association devient rapidement le site adapté le plus visité de France, avec 10.000 requêtes mensuelles.
En février 2003, l'association lance un portail offrant en accès libre l’information nationale et internationale en temps réel (en partenariat avec l’Agence France-Presse), l’actualité sportive (avec L’Equipe), les programmes de télévision (avec Télérama), la météo (avec Météo France) et un moteur de recherche (avec Google). Le portail propose aussi toute une gamme de services dans les domaines de la santé, de l’emploi, de la consommation, des loisirs, des sports et de la téléphonie.
Les aveugles peuvent accéder au site au moyen d’une plage braille ou d’une synthèse vocale. Les malvoyants peuvent paramétrer sur la page d’accueil la taille et la police des caractères ainsi que la couleur du fond d’écran pour une navigation confortable, en créant puis modifiant leur profil selon leur potentiel visuel. Ce profil est utilisable aussi pour la lecture de n’importe quel texte situé sur le web, en faisant un copier-coller dans la fenêtre prévue à cet effet. Les voyants peuvent correspondre en braille avec des aveugles par le biais du site, Handicapzéro assurant gratuitement la transcription et l’impression braille des courriers ainsi que leur expédition par voie postale. L’association entend ainsi démontrer "que, sous réserve du respect de certaines règles élémentaires, l’internet peut devenir enfin un espace de liberté pour tous".
8. DES APPAREILS DE LECTURE
[8.1. Les livres électroniques / 8.2. Les assistants personnels (PDA) / 8.3. L'avenir des machines de lecture / 8.4. Le papier électronique]
Les livres numériques sont d’abord lisibles sur l’écran de notre ordinateur: ordinateur du domicile ou du bureau, ordinateur portable et ordinateur ultra-portable. Pour plus de mobilité, certains constructeurs conçoivent aussi des appareils de lecture appelés livres électroniques, alors que d’autres intègrent des logiciels de lecture dans leurs assistants personnels (PDA). Plus tard viendra le papier électronique, qui devrait permettre de concilier les avantages du numérique et le confort d’un matériau souple proche du papier.
8.1. Les livres électroniques
Pour le distinguer du livre numérique, qui est un livre en version numérisée, l’appareil exclusivement dédié à la lecture de livres numériques est appelé ici livre électronique, en attendant peut-être une terminologie plus adaptée.