Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998)

Chapter 8

Chapter 83,424 wordsPublic domain

Des portails sont créés pour les bibliothèques, par exemple Biblio On Line, géré par Quick Soft Ingénierie, société informatique parisienne. En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, rédacteur et webmestre de Biblio On Line, relate: "Le site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version (l'actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de ce site est d'aider les bibliothèques à intégrer internet dans leur fonctionnement et dans les services qu'elles offrent à leur public. Le service est décomposé en deux parties: a) une partie 'professionnelle' où les bibliothécaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions, et les projets et réalisations ayant trait à leur activité; b) une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'internet, villes et provinces, etc... permet au public des bibliothèques d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entrée vers internet."

Connue pour son dynamisme, l’ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) propose sur son site web une section Référence qui comprend notamment des dossiers thématiques (histoire du livre, enseignement à distance, bibliothèques électroniques, cours en sciences de l'information, économie du document, normes et normalisation, droit de l'information) et une liste de revues en sciences de l'information.

Le site de l’ENSSIB héberge la version électronique du Bulletin des bibliothèques de France (BBF), une revue professionnelle bimensuelle dans laquelle "professionnels et spécialistes de l'information discutent de toutes les questions concernant la politique et le développement des bibliothèques et des centres de documentation: évolution par secteur, grands projets, informatisation, technologies de l'information, écrits électroniques, réseaux, coopération, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et lecture..." En juillet 1998, Annie Le Saux, rédactrice de la revue, relate: "C'est en 1996 que le BBF a commencé à paraître sur internet (les numéros de 1995). (...) Nous nous servons beaucoup du courrier électronique pour prendre contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue grandement les délais. Nous avons aussi recours au web pour prendre connaissance des sites mentionnés lors de colloques, vérifier les adresses, retrouver des indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothèques..."

Les associations de bibliothécaires sont également présentes sur le web. Avec ses 3.500 adhérents, l'Association des bibliothécaires français (ABF) est la principale association de bibliothécaires en France. L’Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS) propose pour sa part un site bilingue français-anglais articulé autour de trois grandes rubriques: vie associative, vie professionnelle, produits et services. Elle gère aussi une liste de diffusion dénommée ADBS-info.

= Le rôle du bibliothécaire

Avec cette manne documentaire qu’offre désormais l’internet, que vont devenir les bibliothécaires-documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n’auront tout simplement plus besoin d’eux?

Dans son livre Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley à New York), Paul Gilster assure que ce sont les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement de l’internet, notamment par le biais des bibliothèques numériques. Surpris par le pessimisme qui saisit les bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que celui-ci est sans fondement. D’après lui, l’internet n’est pas plus une menace pour les livres que l’avion n’était une menace pour la voiture. Le livre imprimé gardera son utilité pendant que l’internet se développera, et ces deux vecteurs de connaissance seront en quelque sorte des voies parallèles ayant des fonctions complémentaires.

Cependant, au moins pour les bibliothèques spécialisées, on ne voit plus guère l’utilité d’aligner des documents sur les rayons, alors qu’il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la demande. Ces bibliothèques sont en pleine période de transition.

Par contre, les bibliothèques nationales et autres grandes bibliothèques de conservation auront toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits, les incunables, les livres imprimés, les collections de journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les affiches, les photos et les films qui se sont accumulés au fil des siècles par le biais du dépôt légal.

L’avenir des bibliothèques publiques est plus mitigé. Pour le moment, personne n’est prêt à lire à l’écran un roman de Zola ou de Proust. Question de génération peut-être. Les enfants qui jouent avec l’ordinateur familial dès l’âge de trois ans ne verront peut-être aucun problème à lire les classiques à l’écran. Les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et légers, et la qualité des écrans s’améliore chaque année. De plus, on nous annonce pour bientôt des livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d'un livre, qui permettront de lire et stocker une dizaine d'oeuvres dans un premier temps, et bien davantage ensuite. (En effet, le Rocket eBook et le Softbook Reader, premiers modèles de livres électroniques, sont lancés début 1999 en Amérique du Nord, et d’autres modèles suivent.)

Le métier de bibliothécaire, qui s’est beaucoup transformé avec l’apparition de l’informatique, continue de se transformer avec le développement de l’internet.

L’informatique a permis au bibliothécaire de remplacer ses milliers de fiches sur bristol par des catalogues informatiques consultables à l’écran, avec un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant disparaître l’impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des opérations manuelles.

L’informatique en réseau a permis la naissance de catalogues collectifs permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues des bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité, entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt inter-bibliothèques et le regroupement des commandes auprès des fournisseurs.

Dans les années 1980, des bibliothèques ouvrent un serveur minitel pour la consultation de leur catalogue, désormais disponible au domicile du lecteur. A partir de 1995, ces catalogues sont progressivement transférés sur l’internet, avec une consultation plus souple et plus attractive que sur minitel. Parallèlement, la mise en ligne de sites web permet d'offrir un ensemble de documents numérisés ou encore un choix de liens hypertextes vers d’autres sites, évitant ainsi aux usagers de se perdre sur la toile.

Nombre de bibliothécaires se spécialisent dans la sélection de ressources internet à destination des lecteurs. Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, Paris), relate en juin 1998: "Je dois filtrer l’information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu’ils proposent. J’ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de l’OCDE. Cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de référence contient des pages de référence recensant les articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres."

Comment voit-il l’avenir de la profession? "L’internet offre aux chercheurs un stock d’informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu’ils cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti une telle surcharge d’informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche disponibles sur le web. A mon avis, les bibliothécaires auront un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l’organisation de l’information sur le réseau. Je prévois aussi une forte expansion de l’internet pour l’enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas l’occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par courriel, par téléphone ou par fax, j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie électronique."

6.4. Les catalogues en ligne

= Le catalogue, un outil essentiel

Pourquoi toute une section sur les catalogues? Parce que, dans le domaine du livre, le catalogue correspond au cerveau chez l’être humain.

Par le passé, on a pu reprocher aux catalogues d’être austères, peu conviviaux, et surtout de donner les références du document mais en aucun cas l’accès à son contenu. Depuis qu’ils sont disponibles sur l’internet, les catalogues sont moins austères et plus conviviaux. Et surtout - rêve de tous qui commence à devenir réalité - ils pourront permettre l’accès aux documents eux-mêmes: textes et images dans un premier temps, extraits sonores et vidéos dans un deuxième temps. Ceci est déjà vrai à titre expérimental pour les 2.500 oeuvres de l’Universal Library, accessibles par le biais de l’Experimental Search System (ESS) de la Library of Congress. (Ce système expérimental est ensuite intégré au catalogue en ligne de la Library of Congress.)

De plus en plus de catalogues sont accessibles directement sur le web, moyennant une interface spécifique. L’usager a souvent le choix entre deux types de recherche, simple et avancée, et il peut sélectionner plusieurs critères complémentaires tels que le nombre de notices souhaitées ou bien le mode de classement. A réception du résultat, il peut dérouler plusieurs pages de notices abrégées ou complètes. Les notices sélectionnées peuvent être copiées, imprimées, sauvegardées ou bien envoyées par courriel. Des liens hypertextes permettent de passer facilement d’une requête à l'autre.

Ces catalogues utilisent la norme Z39.50, un protocole standard de communication permettant la recherche d'informations bibliographiques dans des bases de données en ligne. L’utilisateur d’un système peut rechercher des informations chez les utilisateurs d’autres systèmes sans devoir connaître la syntaxe de recherche utilisée par ces derniers. Déjà largement utilisée aux Etats-Unis, cette norme est promue par l’Union européenne pour favoriser son utilisation dans les pays membres.

Deux catalogues, celui de la British Library et celui de la Library of Congress, constituent d’excellents outils bibliographiques à l’échelon mondial. En mai 1997, la British Library lance son OPAC 97 (OPAC: online public access catalogue), un catalogue en ligne permettant l’accès libre aux catalogues de ses principales collections à Londres et à Boston Spa, soit 150 millions de documents rassemblés depuis 250 ans. (Catalogue expérimental, l’OPAC 97 est ensuite remplacé par sa version définitive, le BLPC - British Library Public Catalogue.) Quant au catalogue de la Library of Congress, il s'agit du plus grand catalogue en ligne au monde. Sa consultation est gratuite, avec menus en anglais et en espagnol. On y trouve les notices de documents dans de très nombreuses langues, y compris en français.

= Les catalogues collectifs

L’informatique en réseau permet le développement de catalogues collectifs visant à faire connaître les ressources disponibles à l’échelon régional, national et international. Avantage significatif, le catalogue collectif évite au professionnel de cataloguer à nouveau un document déjà catalogué par une bibliothèque partenaire.

Situé sur le serveur de la Bibliothèque nationale de France (BnF), le Catalogue collectif de France (CCFR) permet de "trouver des informations détaillées sur les bibliothèques françaises, leurs collections et leurs fonds (anciens, locaux ou spécifiques), connaître précisément les services qu'elles rendent et interroger leur catalogue en ligne". A terme, il permettra aussi de "localiser des ouvrages (documents imprimés, audio, vidéo, multimédia) dans les principales bibliothèques et demander le prêt ou la reproduction" de documents qui seront remis à l'usager dans la bibliothèque de son choix. (C’est chose faite en novembre 2002.)

L’internet rend également possible la gestion de catalogues à l’échelon international. Si le catalogueur trouve la notice du livre qu’il doit cataloguer, il la copie pour l’inclure dans le catalogue de sa propre bibliothèque. S’il ne trouve pas la notice, il la crée, et cette notice est aussitôt disponible pour les catalogueurs suivants. La même règle vaut pour les catalogueurs de Paris (France), Tokyo (Japon) ou Canberra (Australie). Ce pari osé est tenté par deux associations américaines, OCLC (Online Computer Library Center) et RLG (Research Libraries Group), qui gèrent de gigantesques bases de données bibliographiques alimentées et utilisées par leurs adhérents, permettant ainsi aux bibliothécaires d’unir leurs forces par-delà les frontières.

OCLC gère l’OCLC Online Union Catalog, débuté en 1971 pour desservir les bibliothèques universitaires de l’Etat de l’Ohio (Etats-Unis), et qui s’étend ensuite à tout le pays, puis au monde entier. Désormais appelé WorldCat, ce catalogue collectif mondial comprend en 1998 38 millions de notices en 370 langues (avec translittération pour les caractères non romains) et 25.000 bibliothèques adhérentes. L'accroissement annuel est de 2 millions de notices. WorldCat utilise huit formats bibliographiques correspondant aux catégories suivantes: livres, périodiques, documents visuels, cartes et plans, documents mixtes, enregistrements sonores, partitions, documents informatiques.

En 1980, le Research Libraries Group (RLG) débute RLIN (Research Libraries Information Network), un catalogue collectif différent de celui d'OCLC puisqu’il accepte plusieurs notices pour un même document. RLIN comprend 82 millions de notices en 1998. Des centaines de dépôts d’archives, bibliothèques de musées, bibliothèques universitaires, bibliothèques publiques, bibliothèques de droit, bibliothèques techniques, bibliothèques d’entreprise et bibliothèques d’art utilisent RLIN pour le catalogage, le prêt inter-bibliothèques et le contrôle des archives et des manuscrits. 365 langues y sont représentées, avec des notices translittérées pour les documents publiés dans les langues JACKPHY (japonais, arabe, chinois, coréen, persan, hébreu et yiddish) et en cyrillique. Une des spécialités de RLIN est l’histoire de l’art. Alimentée par 65 bibliothèques spécialisées, une section spécifique comprend 100.000 notices de catalogues d’expositions et 168.500 notices de documents iconographiques (photographies, diapositives, dessins, estampes ou affiches). Cette section inclut aussi les 110.000 notices de la base bibliographique Scipio, consacrée aux catalogues de ventes. (Le successeur de RLIN, le RLG Union Catalog, devrait être en accès libre et gratuit sur le web en 2004.)

= La nécessité d’une norme commune

L’avenir des catalogues en réseau tient à l’harmonisation du format MARC (machine-readable cataloguing), qui est la norme utilisée pour le stockage et l’échange de notices bibliographiques. Cette norme définit un ensemble de codes correspondant à chaque partie de la notice (auteur, titre, éditeur, etc.) pour permettre son traitement informatique.

Au début des années 1970, une vingtaine de versions MARC voit le jour: INTERMARC en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux Etats-Unis, CAN/MARC au Canada, etc., correspondant chacune aux pratiques nationales de catalogage. Toutes ces versions posent de nombreux problèmes pour les échanges de données, si bien que l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) crée en 1977 l’UNIMARC pour disposer d’un format intermédiaire international. Les notices dans le format MARC d’origine sont d’abord converties en UNIMARC avant d’être converties à nouveau dans le format MARC de destination.

Dans le monde anglophone, la British Library (qui utilise UKMARC), la Library of Congress (qui utilise USMARC) et la Bibliothèque nationale du Canada (qui utilise CAN/MARC) décident d’harmoniser leurs formats MARC nationaux. Un programme de trois ans (décembre 1995 - décembre 1998) permet de mettre au point un format MARC commun aux trois bibliothèques.

Parallèlement, en 1996, dans le cadre de son Programme des bibliothèques, l’Union européenne promeut l’utilisation du format UNIMARC comme format commun d’échange entre tous les formats MARC utilisés par les bibliothèques des pays membres. Le groupe de travail correspondant étudie aussi les problèmes posés par les différentes polices de caractères, ainsi que la manière d’harmoniser le format bibliographique et le format du document pour les documents disponibles en ligne.

= Les catalogues de demain

Gérées par des sociétés privées, des bases commerciales telles que Dialog, LexisNexis ou UnCover (intégré ensuite à Ingenta) préfigurent ce que pourraient être les catalogues de demain, en attendant que les organismes publics prennent le relais. Ces bases disposent de moteurs de recherche très performants permettant l’accès aux catalogues et aux documents en ligne. Les avantages de cette recherche automatisée sont énormes si on pense aux centaines de tables des matières ou d’index qu’il faudrait parcourir pour arriver au même résultat. Le seul défaut, et de taille, est le coût de cette recherche, qui devient vite prohibitif pour un particulier ou une bibliothèque peu fortunée. Un compteur permet toutefois de consulter en continu la somme facturée pour éviter les mauvaises surprises.

Sous l’égide de Knight-Ridder, grand groupe de presse américain, la Dialog Corporation comprend plusieurs bases documentaires faisant autorité. La plus connue, Dialog, regroupe elle-même 450 bases de données dans les domaines suivants: affaires, industrie, actualité, droits et brevets, chimie, environnement, sciences et techniques, outils de référence. Une recherche par mots-clés permet d’opérer une sélection dans les dizaines de milliers de documents disponibles. Le serveur fournit une liste bibliographique de tous les documents correspondant à la requête lancée. Cette liste permet de sélectionner quelques documents et de demander leur expédition par voie électronique.

Sous l’égide de Reed Elsevier, grosse société d’édition britannique, LexisNexis est un fournisseur international de services d’information et d’outils de gestion (en ligne, sur l’internet, sur CD-Rom et sur papier) à l’intention de clients répartis dans plus de 60 pays, essentiellement des professionnels du droit, de l’information et des affaires.

Sous l’égide de la CARL Corporation, UnCover (intégré ensuite à Ingenta) permet de se procurer des articles provenant de 17.000 périodiques couvrant tous les domaines depuis 1988. Si l’envoi d’articles est payant, la recherche dans la base de données est gratuite, tout comme la recherche dans les tables des matières des périodiques et dans l’index des mots-clés.

Dans Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley à New York), Paul Gilster se demande si les moteurs de recherche du web seront les catalogues de demain. Ceci ne semble guère possible dans un avenir proche. Contrairement au système commun d’indexation propre aux bibliothèques américaines, chaque moteur de recherche a sa propre méthode d’indexation, et l’usager doit se familiariser avec elle pour en tirer le meilleur parti. Les bibliothèques elles-mêmes auraient un gigantesque effort à fournir pour harmoniser leurs thésaurus ou leurs listes de mots-matière à l’échelon international. Etape intermédiaire, un thésaurus multilingue serait indispensable en Europe, puisque chacun indexe ses publications dans sa propre langue. Le travail est titanesque.

On peut également rêver à des catalogues communs aux bibliothèques, aux librairies et aux éditeurs. Du fait de la rigueur et du professionnalisme qu’il implique, le catalogage est devenu un métier à part entière. La notice minimale (auteur, titre, éditeur) fait maintenant place à une notice plus complexe régie par des normes internationales permettant un meilleur échange de données. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la réputation d’une bibliothèque s’appuie en partie sur la qualité de son catalogue. Il est sa colonne vertébrale, et le sera de plus en plus avec le développement des bibliothèques numériques.

7. LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE DEMARRE

[7.1. Genèse de la bibliothèque numérique / 7.2. Bibliothèques numériques francophones / 7.3. Autres expériences pilotes]

Appelée aussi bibliothèque électronique ou bibliothèque virtuelle, la bibliothèque numérique est sans doute à ce jour le principal apport de l’internet au monde du livre, et réciproquement. Voilà pourquoi un chapitre entier lui est consacré. Grâce à l’internet, des milliers d’œuvres du domaine public, documents littéraires et scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et bandes sonores sont désormais disponibles à l’écran, et le mouvement va en s’amplifiant avec la poursuite de la numérisation des fonds à la vitesse grand V. Trois exemples parmi tant d'autres.

7.1. Genèse de la bibliothèque numérique

= Bibliothèque traditionnelle et bibliothèque numérique

Si certaines bibliothèques numériques sont nées directement sur le web, la majorité d’entre elles émane de bibliothèques traditionnelles. La Bibliothèque nationale de France (BnF) crée Gallica qui, dans un premier temps, propose des images et textes du 19e siècle francophone. Une sélection de 3.000 livres est complétée par un échantillon de la future iconothèque numérique. La Bibliothèque municipale de Lisieux (Normandie) gère la Bibliothèque électronique de Lisieux, qui regroupe les versions intégrales d’oeuvres littéraires choisies dans les collections municipales. La Bibliothèque municipale de Lyon met les enluminures de 200 manuscrits et incunables à la disposition de tous sur son site web.

Les bibliothèques numériques permettent à un large public d’avoir accès à des documents jusque-là pratiquement impossibles à consulter parce qu’appartenant à des fonds anciens, des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés. Ces fonds sont souvent difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de conservation des documents rares et fragiles, heures d’ouverture réduites, nombreux formulaires à remplir, longs délais de communication, pénurie de personnel, qui sont autant de barrières à franchir et qui demandent souvent au lecteur une patience à toute épreuve et une détermination hors du commun pour arriver jusqu’au document.

Grâce à la bibliothèque numérique, la bibliothèque traditionnelle peut enfin rendre compatibles deux objectifs qui jusque-là ne l’étaient guère, à savoir la conservation des documents et la communication de ceux-ci. D’une part le document ne quitte son rayonnage qu’une seule fois pour être scanné, d’autre part le grand public y a enfin accès. Si le lecteur veut ensuite consulter le document original, il pourra se lancer dans l’aventure évoquée plus haut, mais en connaissance de cause, grâce au "feuilletage" préalable à l’écran.

= Collection numérique et bibliothèque numérique