Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998)

Chapter 1

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LE LIVRE 010101, TOME 1 (1993-1998)

MARIE LEBERT

NEF, University of Toronto, 2003

Copyright © 2003 Marie Lebert

LE LIVRE 010101 - daté de septembre 2003 - est une synthèse sur tous les acteurs de l'édition numérique et l'apport des technologies numériques dans le monde du livre. L'internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d'autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années?

TOME 1. 1993-1998. Entre 1993 et 1998, les changements affectant le monde du livre sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l'apparition d'éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. La version originale est disponible sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/010101/

TABLE

# Sommaire

# Introduction

1. Les débuts de l’internet

2. L’internet dans la Francophonie

3. Des livres à vendre sur le web

4. Les éditeurs sur le réseau

5. La presse se met en ligne

6. Les bibliothèques et l'aventure internet

7. La bibliothèque numérique démarre

8. Une société de l’information?

# Conclusion

# Personnes citées

# Sites et pages web

# SOMMAIRE

L’internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d’autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Entre 1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l’apparition d’éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre (écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires-documentalistes, professeurs, chercheurs, traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années? Basé sur le suivi de l’actualité et sur de nombreux entretiens, Le Livre 010101 (1993-1998) tente de faire le tour de la question. Il est complété par un glossaire, une sélection de sites web et une série de signets.

= L’auteure

Adepte de l’internet, du télétravail et du zéro papier, Marie Lebert est traductrice-éditrice auprès d’une agence des Nations Unies, pour gagner sa vie. A titre personnel, elle est également chercheuse, écrivain et journaliste. Elle s’intéresse entre autres aux bouleversements apportés dans le monde du livre par l’internet et les technologies numériques. Elle prône aussi la diffusion libre du savoir et la création de nouvelles structures éditoriales s’affranchissant des modèles traditionnels.

= L'éditeur

Le Livre 010101 (1993-1998) est publié en ligne sur le Net des études françaises (NEF). Créé en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, le NEF se veut d’une part "un filet trouvé qui ne capte que des morceaux choisis du monde des études françaises, tout en tissant des liens entre eux", d’autre part un réseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des études françaises et partageant librement leur savoir et leurs produits avec autrui", deux belles définitions qui s’appliquent aussi au Livre 010101. Un deuxième volume, Le Livre 010101 (1998-2003), couvre la période suivante.

= Remerciements

Le Livre 010101 (1993-1998) doit beaucoup aux professionnels du livre et de la presse qui ont accepté de répondre par courriel à mes questions en juin et juillet 1998. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés. Ces entretiens se sont poursuivis ensuite, entre 1999 et 2003. La quasi-totalité des entretiens est publiée en ligne sur le Net des études françaises (NEF). [Voir le livre: Entretiens (1998-2001).]

# INTRODUCTION

L’internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d’autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d’information qu’est l’internet? De quelle manière l’internet intègre-t-il les différents secteurs de l’imprimé? Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre (écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires-documentalistes, professeurs, chercheurs, traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années?

En 1998, si l’imprimé a déjà plus de cinq siècles, l’internet entame seulement sa cinquième année. Les véritables débuts de l’internet à l’échelle mondiale datent du milieu des années 1990, avec une restructuration en profondeur des communications à l’échelon personnel et professionnel, et une restructuration des méthodes de travail à tous les niveaux. En effet, si l’internet existe depuis 1974, et si l’invention du World Wide Web, beaucoup plus récente, date de 1990, l’internet ne débute vraiment sa progression qu’à partir de novembre 1993, suite à la création de Mosaic, le premier logiciel de navigation et l’ancêtre de Netscape.

Le monde de l’imprimé et celui de l’internet sont-ils antagonistes ou complémentaires? Quelle est leur influence l’un sur l’autre? Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil qu’est l’internet? De quelle manière l’internet prend-il en compte cet outil pluricentenaire qu’est l’imprimé? Travaillent-ils de concert? Se font-ils concurrence? Quel est leur avenir commun? Le monde de l’internet va-t-il complètement avaler l’univers de l’imprimé, ou l’imprimé va-t-il au contraire domestiquer l’internet en tant qu’outil supplémentaire? Comment les professionnels du livre voient-ils la déferlante qui s’abat sur leur vie professionnelle, relativement stable jusque-là? Sans compter toutes les interconnexions et transformations dont nous n’avons pas encore idée, puisqu’on nous assure régulièrement que l’internet est en train de révolutionner le monde au même titre que l’écriture et l’imprimerie en d’autres temps.

En 1998, de plus en plus d’oeuvres du domaine public sont disponibles en version électronique sur le web. On a toujours loisir d’acheter ensuite la version imprimée si on préfère lire cinq cents pages dans son lit plutôt que sur son ordinateur. Certains textes ne sont désormais disponibles qu’en version électronique, et les livres numériques / électroniques sont pour bientôt. De plus en plus de libraires et d’éditeurs créent un site web. Certains libraires et éditeurs en ligne naissent directement sur le web. De plus en plus de journaux et magazines ont eux aussi un site web, sur lequel on trouve le texte intégral ou des extraits du dernier numéro, les archives des numéros précédents, des dossiers, etc. En bref, l’internet devient indispensable pour se documenter, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances. L’internet amène aussi son lot de questions à résoudre. Qu’en est-il par exemple du droit du cyberespace et du respect de la propriété intellectuelle? Qu’en est-il du chômage, des contrats précaires et du stress entraînés par la convergence multimédia?

Ce livre ne prend malheureusement pas en compte - ou si peu - les vastes domaines que sont les manuels d’enseignement et les livres pour enfants. Ses quelque 150 pages n’y suffiraient pas, et chaque domaine mériterait des mois de recherche et une étude à part.

Le monde de l’internet se développe et se transforme à une telle vitesse que certaines des informations présentes dans ces pages risquent d'être rapidement obsolètes. Tant pis, ou plutôt tant mieux. Le monde de l’internet est rapide. Ceci n’empêche pas un point de la situation à un moment donné, même si ce point devient très rapidement historique et passe dans les archives.

Une première version de ce livre est publiée en 1999 par les éditions 00h00, sous le titre De l’imprimé à internet (disponible entre avril 1999 et décembre 2002 au format PDF et en version imprimée). En 2003, ce livre est entièrement remanié et devient Le Livre 010101 (1993-1998).

Pourquoi ce titre Le Livre 010101? Pour regrouper sous une expression commune tous les changements apportés par l’internet et les technologies numériques dans le monde du livre. Entre 1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l’apparition d’éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. Ces changements se poursuivent les années suivantes et sont recensés dans un deuxième ouvrage, Le Livre 010101 (1998-2003). Pourquoi le nombre 010101 plutôt qu’un autre? Parce que, en numération binaire, 010101 donne 21, un nombre qui, s’il est symbolique, n’est pas très élevé, et montre qu’il reste beaucoup à faire.

1. LES DEBUTS DE L'INTERNET

[1.1. Chiffres et éléments techniques / 1.2. Un outil de diffusion / 1.3. Info-riches et info-pauvres]

En 1998, l’internet fait désormais partie de notre vie quotidienne, grâce au développement rapide du web suite à l’apparition du premier logiciel de navigation en novembre 1993. D’après le Computer Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, le nombre d’usagers se chiffre à 100 millions à la fin de 1997, avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois. Ce nombre devrait rapidement être multiplié par trois, pour atteindre 300 millions d’internautes en l'an 2000.

1.1. Chiffres et éléments techniques

= L’internet

Apparu en 1974 et en fort développement depuis 1983, l’internet est défini comme un ensemble de réseaux commerciaux, réseaux publics, réseaux privés, réseaux d’enseignement, réseaux de services, etc., qui opèrent à l’échelle planétaire. Outre le World Wide Web, plus communément appelé web, l’internet inclut de nombreux services: courrier électronique, forums de discussion, IRC (internet relay chat), visioconférence, etc. L’internet offre des ressources sans précédent dans les domaines de l’information, de la communication et de la diffusion, et ces ressources augmentent de manière spectaculaire d'une année sur l'autre.

Après avoir été un phénomène expérimental enthousiasmant quelques branchés, l’internet envahit le monde au milieu des années 1990. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent peu à peu sur les livres, les magazines, les affiches et les publicités, sans parler de tous les produits qu’on achète au supermarché. En 1999, on nous promet pour bientôt l’internet dans tous les foyers. On parle de mariage de l’ordinateur et de la télévision avec écrans interchangeables ou intégrés, et d'accès à l’internet par le même biais que la télévision câblée.

Une autre preuve tangible de l’invasion de l’internet dans notre vie quotidienne est que sa majuscule d’origine tend peu à peu à s’estomper. Internet - qui était encore une planète à part voici peu de temps - est peu à peu remplacé par l’internet, avec un "i" minuscule. De nom propre il devient nom commun, au même titre que l’ordinateur, le téléphone ou le fax. La même remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout simplement le web.

Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manière une présentation complète de l’internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine. On en trouvera une sélection dans la liste de documents imprimés située à la fin de ce livre. Le but de ces quelques pages de présentation est seulement de situer l’internet pour une meilleure compréhension du sujet, à savoir les changements apportés par ce nouveau médium dans le monde du livre. De même, on utilise les termes techniques uniquement quand c’est indispensable, et ceux-ci sont systématiquement expliqués dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant assez critique à l’égard des informaticiens employant un langage hermétique compris d’eux seuls alors qu’ils sont censés se faire comprendre du grand public, on a tenté d’éviter de tomber dans les mêmes travers.

En ce qui concerne le vocabulaire de l’internet, on a choisi autant que possible l’équivalent français d’un terme anglais quand celui-ci existe. Mais - que les défenseurs inconditionnels de la langue française nous pardonnent - on utilise aussi quelques termes résolument anglophones parce que tout simplement intraduisibles si on veut que le texte reste compréhensible. On a également tenté d’éviter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe utilisée entre autres par Libération et Le Monde - et non cédérom, comme le préconise l’Académie française. CD-Rom étant l’acronyme de: compact disc – read only memory, il n’y a aucune raison de le franciser.

= Le web

C’est le World Wide Web qui rend l’internet très populaire et qui permet sa progression rapide. Plus communément appelé web, ou encore WWW ou W3, le World Wide Web est conçu par Tim Berners-Lee en 1989 au CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) à Genève. Mis au point en 1990, le web devient opérationnel en 1991. Il révolutionne la consultation de l’internet en permettant la publication de documents utilisant le système hypertexte, à savoir un ensemble de liens hypertextes reliant les documents textuels et visuels entre eux au moyen d’un simple clic de souris. Désormais interactive, l’information devient beaucoup plus attractive.

Le web est très postérieur à l’internet, réseau informatique global créé en 1974 et connectant gouvernements, sociétés, universités, etc., depuis 1983. Même si, improprement, on les considère souvent comme synonymes, le web n’est qu’un des secteurs de l’internet, qui englobe de nombreux autres services: courrier électronique, forums de discussion, visioconférence, FTP (file transfer protocol), IRC (internet relay chat), Telnet (terminal network protocol), etc.

Le web bénéficie logiquement de l’infrastructure de l’internet, en commençant par les Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs d’avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l’hégémonie américaine alors qu’il s’agit surtout d’une avance technique. Comme on le verra plus loin, malgré tous les efforts des dinosaures politiques et commerciaux, il est difficile à quelque organisme que ce soit de mettre la main sur le web. C’est ce qui fait sa force.

Un site web est souvent constitué d’un ensemble de pages se déroulant à l’écran et reliées entre elles par des liens hypertextes, en général soulignés et d’une couleur différente de celle du texte. Grâce à un simple clic, l’utilisateur est renvoyé soit à une autre partie de la page web, soit à une autre page du même site, soit à un autre site. Cette interactivité s’accroît encore grâce à la possibilité de liens hypermédias permettant de relier des textes et des images avec des graphiques, des vidéos ou des bandes sonores.

A la question de Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Sept ans plus tard, êtes-vous satisfait de la façon dont le web a évolué?", Tim Berners-Lee, son créateur, répond en décembre 1997 que, s’il est heureux de la richesse et de la variété de l’information disponible, le web n’a pas encore la puissance prévue dans sa conception d’origine. Il aimerait "que le web soit plus interactif, que les gens puissent créer de l’information ensemble", et pas seulement consommer celle qui leur est proposée. Le web doit devenir un véritable "média de collaboration, un monde de connaissance que nous partageons".

Si le web doit devenir plus créatif, la solidarité entre internautes est déjà effective. Christiane Jadelot, ingénieure d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), relate en juin 1998: "J'ai commencé à utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique, littérature... Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J'avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J'ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J'ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème!"

= Les navigateurs

Si le web est opérationnel dès 1991, il ne se popularise vraiment qu’à partir de novembre 1993, suite à l’apparition du premier navigateur, Mosaic, développé par une équipe du National Center for Supercomputing Applications (NSCA, Etats-Unis) et distribué gratuitement sur le réseau.

Début 1994, une partie de l’équipe de Mosaic crée la Netscape Communications Corporation pour commercialiser un nouveau logiciel sous le nom de Netscape Navigator. Il est suivi en 1995 d'un deuxième navigateur, l’Internet Explorer de Microsoft. Lancé en 1996, un troisième logiciel de navigation, Opera, combine les avantages des deux grands navigateurs du marché tout en étant beaucoup plus léger, stable et rapide.

De par leur complexité, les adresses web sont souvent difficiles à retenir. Les navigateurs intègrent donc une fonction permettant la gestion de favoris, également appelés signets. Ces favoris permettent à chacun de constituer son propre répertoire de sites web sans devoir relancer une recherche ou bien retaper entièrement l’adresse pour chaque consultation.

= Annuaires et moteurs de recherche

Le web se développant rapidement, un système de classement devient vite indispensable. On assiste à l’apparition d’annuaires, avec classement des sites par le cerveau humain, et de moteurs de recherche, avec gestion totalement informatisée.

L’annuaire le plus utilisé est Yahoo!, acronyme de: Yet Another Hierarchical Officious Oracle! Créé en 1994 par deux étudiants de l’Université de Stanford (Californie) pour recenser les sites web et les classer par thèmes, Yahoo! devient rapidement une institution. Divisé en 63 grandes catégories, il comprend notamment des secteurs sur les bibliothèques, les bibliothèques numériques, les textes électroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coréen, français, japonais, norvégien et suédois, Yahoo! travaille de concert avec le moteur de recherche AltaVista. Quand une recherche ne donne pas de résultat sur l’un, elle est automatiquement aiguillée sur l’autre. De plus, depuis la fin 1998, l’utilisateur peut personnaliser sa page d’accueil en utilisant Mon Yahoo!

Les moteurs de recherche permettent de lancer une requête dans de gigantesques bases de données entièrement automatisées. Le moteur de recherche le plus utilisé, AltaVista, est disponible dans quatorze langues, dont le français. La recherche par sujets est possible dans AltaVista Subject Search, une fonction qui sera plus tard intégrée dans la page d’accueil.

= La connexion au réseau

En 1998, le seul véritable point faible du web, ce sont les délais d’attente imprévisibles nécessaires pour se connecter à son fournisseur d’accès à l’internet (FAI). Ces délais mettent les nerfs de l’internaute pressé à rude épreuve et devraient être résolus à plus ou moins long terme. Après avoir été un véritable périple initiatique, se connecter pour la première fois au réseau devient plus facile que par le passé (avec l’iMac par exemple), les constructeurs prenant enfin en considération le fait que les usagers ne sont pas tous des professionnels de l’informatique. Une fois qu’on est connecté, naviguer sur le web demande également de la patience, le chargement rapide des pages web étant encore du domaine de l’avenir, surtout pour les sites comportant des images. L’usager peut toutefois être confiant, puisque ces quelques problèmes devraient disparaître dans les prochaines années. "Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire la Tour Eiffel", écrit à juste titre Jean-Paul, internaute convaincu, en juin 1998.

Pour le moment, le plus souvent, un particulier se connecte à l’internet par le biais d’un modem branché sur sa ligne de téléphone. Ce modem permet de transformer les données numériques de l’ordinateur en données analogiques pouvant être transmises par les fils de cuivre de la ligne téléphonique, et inversement. La ligne de téléphone constitue une bande passante étroite, le débit ne dépassant pas 33,6 puis 56 Kbps (kilobits par seconde).

A la bande passante étroite succéderont la bande passante moyenne (comme le RNIS) puis la bande passante large (comme l’ADSL), qui éviteront les délais de connexion et permettront un chargement rapide des images. D’ores et déjà, la carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) autorise une transmission rapide des données par le câble du téléphone, parallèlement à la transmission de la voix et du fax. Le procédé ADSL (asymmetric digital subscriber line) utilise également le câble du téléphone, avec une technologie différente et un débit de transmission supérieur au RNIS.

Aux traditionnels câbles métalliques succèdent les câbles en fibres optiques, qui permettent la transmission des données à très haut débit. Ces câbles utilisent la technologie ATM (asynchronous tranfer mode), un protocole pouvant transmettre tout type d’information, y compris la voix et la vidéo, par l’acheminement indépendant de cette information fragmentée en de multiples paquets et reconstituée à l’arrivée pour recomposer l’information initiale, le tout dans un délai infime.

Dans leur livre Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement), Philip Wade et Didier Falkand indiquent que les Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de câbles en fibres optiques par jour. La tâche est telle que, à ce rythme, il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour remplacer toutes les lignes de téléphone classiques. Pour une opération similaire, le Japon aura besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.

Pour permettre des échanges de données rapides sans câblage, on envisage d’installer des satellites en orbite basse d’ici 2005. Situés à moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt millisecondes, correspondant à celui d’un câble en fibres optiques. En 1998, plusieurs programmes de recherche sont en cours, dont le programme européen Skybridge et les programmes américains Celestru et Teledesic.

Techniquement parlant, on s’interroge souvent sur le retard de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Qu’en pense Tim Berners-Lee, le créateur du web? Interviewé en décembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève, il répond en expliquant l’avance des Etats-Unis par les gros investissements faits par le gouvernement. Il insiste aussi sur l’avance technologique de l’Europe dans d’autres domaines connexes, par exemple le minitel, les cartes à puce et les téléphones cellulaires.

1.2. Un outil de diffusion

= Le développement de l’internet