Le Livre 010101: Enquête

Chapter 24

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Jean-Pierre Cloutier (Montréal) est l'auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire des actualités de l'internet. Son meilleur souvenir: "Ce n'est pas très gai, et ça n'a rien à voir avec le rayonnement important qu'ont acquis Les Chroniques de Cybérie au fil des ans. Début 1996, j'ai reçu un message qui disait à peu près ceci: 'Mon fils, dans le début de la vingtaine, était gravement malade depuis des mois. Chaque semaine, il attendait avec impatience de recevoir dans sa boîte aux lettres votre chronique. Ne pouvant plus sortir de la maison, votre chronique lui permettait de 'voyager', d'ouvrir ses horizons, de penser à autre chose qu'à son mal. Il est décédé ce matin. Je voulais simplement vous remercier d'avoir allégé ses derniers mois parmi nous.' Alors, quand on reçoit un message comme ça, on se fout pas mal de parler à des milliers de gens, on se fout des statistiques d'achalandage, on se dit qu'on parle à une personne à la fois."

Son pire souvenir: "Pas vraiment un seul 'gros et méchant' souvenir. Mais une foule de petits irritants. Le système est fragile, le contenu passe au second plan, on parle peu du capital humain, on nous inonde de versions successives de logiciels, etc. Mais c'est très vivable..."

Luc Dall'Armellina (Paris) est co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures hypermédias. Son meilleur souvenir: "Je n'ai pas de souvenir unique mais plutôt des événements marquants: avoir pu contacter et converser par e-mail avec des inconnus dont j'avais lu les travaux, avoir vu des travaux d'amis publiés en livre alors qu'ils étaient écrits initialement et après qu'ils aient existé d'abord pour le web, avoir échangé des vidéos et des photos de famille à l'autre bout du monde en quelques secondes. Quelques instants fugaces de babillard avec des Canadiens perdus dans les grands froids."

Ses pires souvenirs: "L'arrivée de ce qu'on appelle l'e-business, pas l'arrivée du commerce qui est une activité respectable (activité naturelle d'échange qui crée du lien), mais celle du discours, du vocabulaire et de l'état d'esprit qui l'accompagne: rentabilité, business plan, parts de marché, agressivité... et de toute l'économie faite de flan, d'effets d'annonce et dont le paroxysme s'est appelé Nasdaq. La mise à mort de Mygale par un système et sa récupération par un des acteurs du marché a montré que la communauté de partage et d'intérêt avait elle aussi un prix (élevé) en fonction de son potentiel d'acheteurs."

Jacques Gauchey (San Francisco) est spécialiste en industrie des technologies de l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, et journaliste. Son meilleur souvenir: "J'ai publié quelques numéros d'une lettre d'information en anglais gratuite il y a quatre ans sur internet. Une dizaine de lecteurs par numéro jusqu'au jour (en janvier 1996) où l'édition électronique de Wired Magazine créa un lien. En une semaine j'ai eu une centaine de courriers électroniques - y compris de lecteurs francais de mon livre La vallée du risque - Silicon Valley (publié en 1990 chez Plon, ndlr) contents de me retrouver." Son pire souvenir: "L'internet est un médium et comme tout médium un facteur d'éclatement du pire. La fusillade d'Atlanta fin juillet 1999 par un 'day trader'. La pornographie. La vente libre des armes en ligne. Les mails non sollicités."

Jean-Paul (Paris) est le webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en 3D. Son meilleur souvenir: "Le vertige qui nous a pris à la réception du premier message... venant du Canada. 10.000 (?) ans après les Inuits, des cotres venaient de découvrir l'Amérique!" Son pire souvenir: "Tout ce sommeil en retard..."

Anne-Bénédicte Joly (Antony, région parisienne), écrivain auto-éditeur, utilise le web pour faire connaître ses livres. Son meilleur souvenir: "Le franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site." Son pire souvenir: "Je n'en ai pas encore..."

Naomi Lipson (Paris et Tel-Aviv) est écrivain multimédia, traductrice et peintre. Son meilleur souvenir: "Pour moi, le réseau est un vivier de gens exceptionnels. J'ai fait des rencontres réelles et virtuelles absolument incroyables en deux ans. Ces gens préexistaient au réseau, bien sûr, mais sans lui, et surtout sans le mél, je ne les aurais jamais contactés!" Elle n'a pas de mauvais souvenirs: "J'ai eu beaucoup de chance. En restant très courtoise aussi, je crois avoir évité les désagréments les plus courants de la vie sur la toile. C'est aussi simple que ça. Et avec un peu de prudence, on évite très bien les virus."

Tim McKenna (Genève), écrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité" dans un monde en mutation constante. Son meilleur souvenir: "L'utilisation du courrier électronique pour rester en contact avec mes amis." Son pire souvenir: "Apprendre à utiliser l'internet, avant que la technologie n'apporte les améliorations me permettant de ne plus me préoccuper de mon inaptitude dans ce domaine."

Xavier Malbreil (Ariège, Midi-Pyrénées), auteur multimédia, a créé le site www.0m1.com et il est le modérateur de la liste e-critures. Ses meilleurs souvenirs: "Une rencontre amoureuse. La rencontre de plusieurs communautés d'écrivains." Son pire souvenir: "Au tout début, ne pas avoir maîtrisé les codes de communication liés à l'internet. M'être laissé entraîner dans des polémiques vaines."

Murray Suid (Palo Alto, Californie), écrivain, travaille pour EDVantage Software, société internet de logiciels éducatifs. Son meilleur souvenir: "La rencontre avec des experts et des auteurs qui ont participé à mes projets de publications." Son pire souvenir: "Avoir été insulté par une personne que je ne connaissais pas, et qui avait très mauvaise opinion de moi alors qu'elle ne savait absolument rien à mon sujet."

19.2. Les bibliothécaires-documentalistes et l'internet

Emmanuel Barthe (Paris) est documentaliste juridique chez Coutrelis & Associés, cabinet d'avocats, et modérateur de la liste de discussion Juriconnexion. Ses meilleurs souvenirs: "Parmi mes bons souvenirs, je pense à ma première publication sur le web: celle de mon bookmark sur le site ForInt Law (Foreign and International Law), en 1996, grâce à la webmestre de ce site, une collègue bibliothécaire juridique dans une université américaine. Je pourrais aussi citer les (trop rares) découvertes de sites juridiques français dotés d'un réel contenu (un contenu inédit et de valeur) et les remerciements que j'ai reçus pour la rédaction de la FAQ (foire aux questions) de la liste de discussion de Juriconnexion que j'ai récemment rédigée (à la date de l'entretien, en octobre 2000, ndlr)."

Son pire souvenir: "Ce fut la destruction involontaire de mon fichier bookmark de Netscape, à une époque où il était heureusement moins volumineux qu'aujourd'hui. À partir d'une sauvegarde ancienne, j'ai dû retrouver, de mémoire, près d'un tiers des URL (uniform resource locators) et réécrire les descriptions des sites."

Olivier Bogros (Lisieux, Normandie) a créé la Bibliothèque électronique de Lisieux et il est le directeur de la bibliothèque municipale. Son meilleur souvenir: "Les courriers électroniques reçus, à propos des textes que nous mettons en ligne et qui témoignent de la vivacité de la langue française sur le réseau." Son pire souvenir: "Deux jeunes collégiennes (4e ou 3e) faisant des recherches sur la Résistance en France, à partir de la station internet de la bibliothèque, sont tombées sur un site négationniste. Elles n'ont visiblement pas compris pourquoi nous leur avons interdit toute copie papier ou disquette dudit site et avons effacé les pages à l'écran. Tout simplement les mots 'révisionnisme' et 'négationnisme' leur étaient totalement inconnus. Moralité: le libre accès au réseau, mais accompagné d'une médiation par le personnel de la bibliothèque. Le pire des maux: l'ignorance!"

Bakayoko Bourahima (Abidjan) est documentaliste à l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA). Son meilleur souvenir: "C'est quand j'ai pu tirer d'embarras un de mes amis, thésard en médecine, qui n'arrivait pas à boucler sa bibliographie sur un sujet sur lequel il n'y avait pratiquement aucune référence au plan local." Son pire souvenir: "Les méls indésirables, tous ces trucs bidons qu'on peut vous faire suivre, avec cinq correspondants ou plus qui vous envoient le même message."

Bruno Didier (Paris) est le webmestre de la médiathèque de l'Institut Pasteur. Son meilleur souvenir: "Le jour où j'ai gagné une boîte de chocolats suisses sur le site de Health On the Net (ne vous précipitez pas, le jeu n'existe plus...)." Son pire souvenir: "Les dérives du courrier électronique: des mal élevés qui profitent de la distance ou d'un certain anonymat pour dire des choses pas très gentilles, ou adopter des attitudes franchement puériles, avec, hélas, des conséquences qui ne sont pas toujours celles d'un monde d'enfant... Par exemple, une personne a un jour profité de ce que je lui avait fait copie d'un message, pensant que le sujet l'intéresserait, pour intervenir entre mon interlocuteur et moi, et me discréditer."

Michael Hart (Illinois) est le fondateur du Project Gutenberg, la plus ancienne bibliothèque numérique sur l'internet. Son meilleur souvenir: "Le courrier que je reçois me montre combien les gens apprécient que j'aie passé ma vie à mettre des livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment émouvantes, et elles me rendent heureux pour toute la journée." Son pire souvenir: "Etre convoqué par le président de l'Université d'Illinois suite à une plainte (relative à un problème de copyright, ndlr) déposée par l'Université d'Oxford. Mais j'ai été défendu par une équipe de six avocats, la moitié étant de l'Université d'Illinois, et j'ai gagné le procès. On pourrait voir cela comme un bon souvenir, mais je hais ce genre de politique politicienne... Le président de l'université se trouvait être l'oncle de Tom Cruise, amusant, non?"

Pierre Le Loarer (Grenoble) est directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques de Grenoble et chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation). Ses meilleurs souvenirs: "Quand j'ai pu aider tel(le) internaute à l'autre bout du monde (Australie, par exemple) sur une question précise, via le hasard du questionnement. Mais ce n'est pas si fréquent (manque de temps, participation aujourd'hui plus que limitée aux listes et forums). Quand j'ai pu échanger des propos avec tel ou tel chercheur de l'autre bout du monde et avoir ensuite le plaisir de le rencontrer in situ. Etc., etc."

Ses pires souvenirs: "L'avalanche de messages 'spam' a le don de m'agacer, voire de m'irriter. De même, je n'apprécie guère (euphémisme) certain(s) fournisseur(s) d'accès qui rédui(sen)t la vision de l'internet à l'espace de leurs propres sites et ressources, et exigent l'utilisation de leur seul logiciel de messagerie (propriétaire) pour communiquer par mél. Une tromperie quant à la vision et aux potentialités de l'internet."

Peter Raggett (Paris) est directeur du centre de documentation et d'information (CDI) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Son meilleur souvenir: "Avoir trouvé en dix minutes les informations biographiques et les articles d'un professeur reçu par l'OCDE." Son pire souvenir: "Les problèmes de lenteur pour la connection à l'internet et le transfert des données."

19.3. Les concepteurs d'appareils de lecture et l'internet

Olivier Pujol (Paris), PDG de la société Cytale, promeut le Cybook, livre électronique. Ses bons souvenirs: "Découvrir instantanément une réponse à une question qui m'aurait demandé des heures de recherche il y a quelques années est un 'meilleur souvenir' quotidien, et recevoir un mail d'un ami brésilien ou hongrois en est un autre." Ses mauvais souvenirs: "De tomber systématiquement sur des sites pornos ou de pédophilie en faisant certaines requêtes anodines."

Pierre Schweitzer (Strasbourg), architecte designer, est le concepteur d'@folio (support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothèques numériques). Son meilleur souvenir: "Au tout début, quand vous réalisez le système: le matin, à l'heure où vous vous levez, les derniers messages arrivent de la côte ouest de l'Amérique. Le jour se passe et le soir, quand vous allez vous coucher, ce sont les tous premiers messages qui arrivent des Dragons. C'est comme la lumière autour de la nouvelle lune." Son pire souvenir: "Je ne l'ai pas gardé comme souvenir."

19.4. Les créateurs de sites littéraires et l'internet

Gérard Fourestier (Nice) est le créateur de Rubriques à Bac, bases de données destinées aux étudiants du premier cycle universitaire. Son meilleur souvenir: "Quand j'ai sorti mon premier ordinateur de son emballage." Son pire souvenir: "Cet été (été 2000, ndlr), à la plage: mes ordinateurs étaient en panne :-)"

Fabrice Lhomme (Bretagne) est le créateur d'Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction. Son meilleur souvenir: "Dans un article 'spécial science-fiction' de Club-Internet, Jacques Sadoul (auteur, directeur de collection, anthologiste...) a parlé de mon site comme faisant partie des meilleurs sites francophones traitant de SF. Quand ça vient d'une personne telle que lui, on ne peut qu'être ravi..."

Blaise Rosnay (Paris) est le webmestre du site du Club des Poètes. Ses meilleurs souvenirs: "D'innombrables rencontres avec des poètes du monde entier que nous avons découverts sur internet et qui sont venus nous rendre visite au Club des Poètes. D'innombrables messages de soutien et d'encouragement." Son pire souvenir: "Le constat que, faute d'une volonté politique de partage culturel, les initiatives les plus belles sont le plus souvent découragées par la logique marchande et que l'internet risque de se transformer peu à peu en vitrine de supermarché."

19.5. Les éditeurs et l'internet

Nicolas Ancion (Madrid) est écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique. Son meilleur souvenir: "Plusieurs fois, les réactions de lecteurs, notamment des adolescents qui réagissent très spontanément et s'expriment sans détour, m'ont fait pleurer devant mon écran. On passe sa vie à écrire des histoires pour donner des émotions aux lecteurs et voilà que ce sont eux qui nous en renvoient de plus fortes ! Je n'ai jamais eu cet effet-là qu'avec des messages électroniques. En face à face ou par courrier postal, l'émotion est bridée par les formules de politesse et les circonlocutions en tous genres."

Son pire souvenir: "A une époque où j'étais entre deux déménagements, que je n'avais plus ni adresse fixe ni téléphone, je me connectais dans les bibliothèques. J'avais participé à un concours sur internet pour être reporter radio pendant deux jours et gagner un téléphone portable, ce qui m'aurait été bien utile. J'avais laissé les coordonnées de mes parents. J'ai gagné, on a téléphoné pour me prévenir mais ma mère a mal compris le message et n'a pas jugé bon de me mettre au courant. Quand j'ai finalement appris ce qui était arrivé, il était trop tard. Internet va vite, les possibilités sont fantastiques, mais il faut aussi que le reste de la planète suive le mouvement, sinon on fabrique du vent. C'est une bonne morale."

Marie-Aude Bourson (Lyon) est la créatrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy, sites littéraires destinés aux nouveaux auteurs. Son meilleur souvenir: "La rencontre avec des personnes qui sont devenues de vrais amis et que je fréquente dans la 'vie réelle'." Son pire souvenir: "Pas vraiment de pire souvenir mais un ras-le-bol répété contre les lenteurs du web et les déconnexions intempestives."

Pierre-Noël Favennec (Paris & Lannion, Bretagne) est expert à la direction scientifique de France Télécom R&D et directeur de collection. Son meilleur souvenir: "Les premiers méls." Son pire souvenir: "Le temps passé à la réception d'images."

Pierre François Gagnon (Montréal) est le créateur d'Editel, pionnier de l'édition littéraire francophone en ligne. Son meilleur souvenir: "La découverte de quelques amitiés affinitaires, indéfectibles, m'enchante encore, tandis que l'étroitesse de vision, le scepticisme négatif qu'affichait la vaste majorité des auteurs de science-fiction et de fantastique vis-à-vis du caractère pourtant immanent et inéluctable de ce qui n'est après tout qu'un fantasme à la Star Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit l'e-book tout communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de m'étonner et de me laisser pantois rétrospectivement."

Olivier Gainon (Paris) est le fondateur et gérant de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne. Son meilleur souvenir: "La première fois que des étudiants dans une école d'ingénieurs m'ont montré le web. C'était en 1992, et j'ai trouvé cela génial. D'où la création de CyLibris en 1996 (j'ai quand même mis quatre ans)." Son pire souvenir: "La disparition progressive de CyLibris dans certains moteurs de recherche parce que, soit nous ne voulions pas payer, soit des accords d'exclusivité avaient été signés avec des libraires en ligne et que nous étions déréférencés brutalement (passer de la première page à la cinquième page est une forme de déréférencement brutal). Bref, aujourd'hui plus rien ne me trouble et on a appris à vivre avec ce genre de phénomène. Il n'empêche qu'une structure comme CyLibris qui se créerait juste aujourd'hui aurait les pires difficultés pour être visible sur internet."

Jacky Minier (Orléans) est le créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires. Son meilleur souvenir: "L'écriture d'une pièce de théâtre 'carabinée' (genre chansons de carabins ;c)) en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontré sur le net sans jamais l'avoir rencontré de visu. En symbiose complète avec un parfait inconnu, et une grande jubilation éprouvée à cette écriture à quatre mains." Son pire souvenir: "Les consommations téléphoniques des débuts, avant que je ne sois câblé, ou quelques engueulades sur certains forums avec des paranos."

Nicolas Pewny (Annecy) est le créateur des éditions du Choucas. Son meilleur souvenir: "Un message enthousiaste d'un prêtre bouddhiste du Tibet qui a adoré l'exposition Lorca." Son pire souvenir: "Un orage tandis que j'envoyais l'image de la couverture à un auteur. Plus rien... le néant. Plus d'ordinateur. Heureusement que je sauvegarde tout au fur et à mesure. Chez l'auteur tout a 'sauté' aussi, et il n'y avait pas d'orage. Dans la présentation du livre Sanguine sur Toile, d'Alain Bron (publié en 1999 par les éditions du Choucas), on lit: 'Les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer...' Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu'à ce que la logique reprenne le dessus."

19.6. Les gestionnaires et l'internet

Gérard Jean-François est directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Caen (Normandie). Son meilleur souvenir: "La remarque faite par un internaute d'Outre-Atlantique qui, ayant examiné une photo, nous a averti qu'elle était à l'envers." Ses pires souvenirs: "Pas vraiment de mauvais souvenirs, simplement une amertume envers les mauvais usages qui sont faits d'internet."

Pierre Magnenat est responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre informatique de l'Université de Lausanne. Son meilleur souvenir: "Lorsqu'en 1995, je me suis retrouvé à mon premier GT (get together) en Californie, une party à laquelle participaient plus de cinquante personnes que je n'avais jamais vues, mais que je connaissais déjà bien pour avoir 'chatté' avec elles pendant deux ans sur IRC (Internet relay chat)." Son pire souvenir: "Lorsque je me suis fait avoir par une fausse information concernant une société dont je possédais des actions. C'est un mauvais souvenir mais une bonne leçon."

Jacques Pataillot (Paris) est conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young. Ses bons souvenirs: "C'est quand je trouve rapidement l'info que je cherche." Ses mauvais souvenirs: "C'est à l'inverse lorsque je n'en sors pas!"

François Vadrot (Paris) est le fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press), société de cyberpresse. Son meilleur souvenir: "Quand nous avons franchi la barre des 10.000 abonnés à LMB Actu, début 1998 (remplacé par Internet Actu en septembre 1999, ndlr)." Son pire souvenir: "Une fois, quand nous avons écrit une bêtise dans Internet Actu, et que les messages incendiaires des abonnés ont commencé à arriver en trombe, dans les dix minutes suivant l'envoi. On a tous commencé à paniquer, car on venait de basculer LMB Actu dans le privé et la société FTPress ne reposait que sur le successeur, Internet Actu. Un désabonnement massif et c'en était fini de nous. Mais finalement, toutes ces réactions nous ont permis de démarrer la tribune des lecteurs, qui a été bien appréciée! Souvent, les erreurs ont du bon, du moment qu'on les avoue, et qu'on l'affiche ouvertement: ces échanges créent des liens entre les lecteurs et les auteurs."

19.7. Les libraires et l'internet

Pascal Chartier (Lyon) est le créateur de Livre-rare-book, site professionnel de livres d'occasion. Son meilleur souvenir: "La lettre d'une vieille dame québécoise à qui j'ai pu faire retrouver un livre de son enfance." Son pire souvenir: "Les injures gratuites."

Catherine Domain (Paris) a fondé la librairie Ulysse, la plus ancienne librairie de voyage au monde. Son meilleur souvenir: "Un dialogue quotidien avec ma soeur qui habite Sri Lanka et mes potes mexicains, américains, anglais, sud-africains, etc., car j'ai beaucoup voyagé, longtemps et partout." Son pire souvenir: "Ma première année ordinateur-internet: une longue souffrance technique!"

Alain Marchiset (Paris) est président du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM). Ses bons souvenirs: "Notre étonnement initial face aux premières ventes réalisées. Nous avions en effet du mal à imaginer des personnes pianotant sur un clavier pour faire leurs achats." Ses mauvais souvenirs: "Tous les messages publicitaires dont nous sommes inondés."

Denis Zwirn (Paris) est co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numériques. Son meilleur souvenir: "Le jour de ma première connexion à domicile, le 31 décembre 1995: c'est un de mes plus beaux souvenirs de réveillon!"

19.8. Les linguistes et l'internet

Guy Antoine (New Jersey) a créé Windows on Haiti, site de référence sur la culture haïtienne. Ses bons souvenirs: "Certaines personnes. Le web est un réseau de serveurs et d'ordinateurs personnels reliés les uns aux autres. Derrière chaque clavier se trouve une personne, un individu. L'internet m'a donné l'occasion de tester mes idées et d'en développer d'autres. Le plus important pour moi a été de forger des amitiés personnelles avec des gens éloignés géographiquement et ensuite de les rencontrer." Ses mauvais souvenirs: "Certaines personnes. Je ne souhaite pas m'étendre sur ce sujet, mais certains ont vraiment le don de vous énerver."

Arlette Attali (Paris) est responsable de l'équipe "Recherche et projets internet" à l'Institut national de la langue française (INaLF). Ses bons souvenirs: "La découverte de bons sites littéraires. Par exemple Zvi Har'El's Jules Verne Collection, consacré à Jules Verne, ou le Théâtre de la foire à Paris (au 17e siècle)."