Le Livre 010101: Enquête

Chapter 20

Chapter 203,768 wordsPublic domain

Bien que la qualité du résultat soit encore loin d'être satisfaisante - personne ne pourrait considérer qu'il s'agit d'un produit fini, et personne ne pourrait utiliser le résultat tel quel - l'équipe a créé en vingt-quatre heures un système (élémentaire) de traduction automatique du chinois vers l'anglais. Ceci constitue un exploit phénoménal, qui n'avait jamais été réalisé avant. Les détracteurs du projet peuvent bien sûr dire qu'on a besoin dans ce cas de trois millions de phrases disponibles dans chaque langue, et qu'on ne peut se procurer une quantité pareille que dans les parlements du Canada, de Hong-Kong ou d'autres pays bilingues. Ils peuvent bien sûr arguer également de la faible qualité du résultat. Mais le fait est que, tous les jours, on met en ligne des textes bilingues au contenu à peu près équivalent, et que la qualité de cette méthode va continuer de s'améliorer pour atteindre au moins celle des logiciels de traduction automatique actuels, qui sont conçus manuellement. J'en suis absolument certain.

D'autres développements sont moins spectaculaires. On observe une amélioration constante des résultats dans les systèmes pouvant décider de la traduction opportune d'un terme (homonyme) qui a des significations différentes (par exemple père, pair et père, ndlr). On travaille beaucoup aussi sur la recherche d'information par recoupement de langues (qui vous permettront bientôt de trouver sur le web des documents en chinois et en français même si vous tapez vos questions en anglais). On voit également un développement rapide des systèmes qui répondent automatiquement à des questions simples (un peu comme le populaire AskJeeves utilisé sur le web, mais avec une gestion par ordinateur et non par des êtres humains). Ces systèmes renvoient à un grand volume de texte permettant de trouver des 'factiodes' (et non des opinions ou des motifs ou des chaînes d'événements) en réponse à des questions telles que: 'Quelle est la capitale de l'Ouganda?', ou bien: 'Quel âge a le président Clinton?', ou bien: 'Qui a inventé le procédé Xerox?', et leurs résultats obtenus sont plutôt meilleurs que ce à quoi je m'attendais."

L'étape suivante est définie par Randy Hobler, consultant en marketing internet: "Nous arriverons rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plate-formes ou même des puces, écrit-il. A ce point, quand le développement de l'internet aura atteint sa vitesse de croisière, que la fidélité de la traduction atteindra plus de 98% et que les différentes combinaisons de langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la transparence de la langue (toute communication d'une langue à une autre) sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des sociétés. La lettre O réalisée avec le pouce et l'index signifie 'OK' aux Etats-Unis alors qu'en Argentine c'est un geste obscène.

Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence multilingue multimédias, il sera nécessaire de corriger visuellement les gestes. Le MediaLab du MIT (Massachussets Institute of Technology), Microsoft et bien d'autres travaillent à la reconnaissance informatique des expressions faciales, l'identification des caractéristiques biométriques par le biais du visage, etc. Il ne servira à rien à un homme d'affaires américain de faire une excellente présentation à un Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web, avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter ces types de messages et les corriger visuellement.

Les cultures diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles peuvent être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à l'autre. Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'éthique, le change monétaire, les différences de taille dans les vêtements, les différences entre le système métrique et le système de mesure anglophone, etc. Les sociétés dynamiques répertorieront et programmeront ces différences, et elles vendront des produits et services afin d'aider les habitants de la planète à mieux communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement répandus, ils contribueront réellement à une meilleure compréhension à l'échelle internationale."

16. LE LIVRE ET L'INTERNET: QUELQUES SAGAS

[Dans ce chapitre:]

[16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon // 16.2. Les aventures de Harry Potter déferlent sur l'internet // 16.3. Trois auteurs de best-sellers prennent le risque du numérique]

Dans le domaine du livre aussi, le réseau permet un marketing à l'échelle mondiale. Il paraît donc intéressant de retracer brièvement trois sagas qui ont fait la "une" de l'an 2000: d'abord l'implantation de la librairie en ligne Amazon.com en France et au Japon (16.1); ensuite le succès du dernier titre des aventures de Harry Potter, qui bat tous les records de vente en ligne (16.2); et enfin les expériences numériques de trois auteurs de best-sellers (Stephen King, Frederick Forsyth et Arturo Pérez-Reverte) qui, alors que d'autres attendent que le modèle économique soit bien rodé, n'hésitent pas à prendre des risques (16.3).

16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon

Au printemps 1994, Jeff Bezos, futur patron d'Amazon.com, fait une étude de marché démontrant que les livres sont les meilleurs "produits" à vendre sur l'internet. Il dresse une liste de vingt produits marchands, qui vont des vêtements aux instruments de jardinage. Les cinq premiers du classement se trouvent être les livres, les CD, les vidéos, les logiciels et le matériel informatique.

"J'ai utilisé tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon. Le premier critère a été la taille des marchés existants. J'ai vu que la vente des livres représentait un marché mondial de 82 milliards de dollars (ce qui, en 1994, correspondait à 61 milliards d'euros, ndlr). Le deuxième critère a été la question du prix. Je voulais un produit bon marché. Mon raisonnement était le suivant: puisque c'était le premier achat que les gens allaient faire en ligne, il fallait que la somme à payer soit modique. Le troisième critère a été la variété dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple. Ceci était également important: plus le choix est grand, plus le service informatique d'organisation et de sélection doit être performant."

En juillet 1995, il crée la librairie en ligne Amazon, qui débute avec dix employés. Les deux premières filiales d'Amazon sont toutes deux créées en 1998, en Allemagne et au Royaume-Uni. En août 2000, avec 1,8 millions de clients en Grande-Bretagne, 1,2 millions de clients en Allemagne et quelques centaines de milliers de clients en France, Amazon réalise 23% de ses ventes en dehors des Etats-Unis. "En 2003, 35% seulement de nos clients seront aux Etats-unis et 65% hors du territoire américain", assure Jeff Bezos.

Le principal groupe de clients étrangers étant les clients japonais, Jeff Bezos profite d'un colloque international sur les technologies de l'information à Tokyo pour annoncer le 18 juillet 2000 son intention d'implanter Amazon.com au Japon (cette implantation sera effective le 1er novembre). Il insiste aussi sur le marché à fort potentiel représenté par ce pays, avec des prix immobiliers élevés se répercutant sur ceux des biens et services, si bien que le shopping en ligne est plus avantageux que le shopping traditionnel, et une forte densité de population, qui entraîne des livraisons à domicile faciles peu coûteuses. Le 1er août, un centre d'appels est ouvert dans la ville de Sapporo, sur l'île d'Hokkaido.

Le 8 août 2000, le principal concurrent d'Amazon.com, Barnes & Noble.com, annonce d'une part son partenariat avec Microsoft pour la diffusion de livres numériques lisibles au moyen du Microsoft Reader et d'autre part l'ouverture de sa librairie numérique, le eBook Store. Trois semaines après, le 28 août, Amazon.com annonce à son tour son alliance avec Microsoft pour la même raison - vendre des livres numériques lisibles au moyen du Microsoft Reader - et l'ouverture d'une librairie numérique dans les mois qui suivent.

Le 31 août 2000, Amazon ouvre sa troisième filiale, Amazon France, avec vente de livres, musique, DVD et vidéos (auxquels viennent s'ajouter logiciels et jeux vidéo en juin 2001), et livraison en 48 heures. A cette date la vente de livres en ligne ne représente en France que 0,5% du marché, contre 5,4% aux Etats-Unis. Comme tous les libraires en ligne francophones, Amazon France s'intéresse également de près à la clientèle francophone internationale.

Le 29 août 2000, interrogé par l'AFP au sujet de la loi Lang, qui n'autorise qu'un rabais de 5% sur le prix du livre, Denis Terrien, président d'Amazon France à cette date (jusqu'au 14 mai 2001), répond: "L'expérience que nous avons en Allemagne, où le prix du livre est fixé, nous montre que le prix n'est pas l'élément essentiel dans la décision d'achat. C'est tout le service qui est ajouté qui compte. Chez Amazon, nous avons tout un tas de services en plus, d'abord le choix - nous vendons tous les produits culturels français. On a un moteur de recherche très performant. En matière de choix de musique, on est ainsi le seul site qui peut faire une recherche par titre de chanson. Outre le contenu éditorial, qui nous situe entre un magasin et un magazine, nous avons un service client 24h/24 7jours/7, ce qui est unique sur le marché français. Enfin une autre spécificité d'Amazon, c'est le respect de nos engagements de livraison. On s'est fixé pour objectif d'avoir plus de 90% de nos ventes en stock."

Préparée dans le plus grand secret, l'ouverture d'Amazon France n'est rendue publique que le 23 août 2000. Avec une centaine de salariés, dont certains ont été envoyés en formation au siège du groupe à Seattle (Washington), la filiale française s'installe à Guyancourt (région parisienne), qui abrite l'administration, les services techniques et le marketing. Son service de distribution est basé à Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orléans. Son service client est basé à La Haye (Pays-Bas), dans l'optique d'une expansion future d'Amazon en Europe.

Amazon France compte au moins quatre rivaux de taille: la Fnac, qui appartient au groupe Pinault-Printemps-Redoute, Alapage, qui appartient à France Télécom, Bol.fr, issu de l'association du français Vivendi et de l'allemand Bertelsmann, et Chapitre.com, libraire en ligne indépendant. Un mois après son lancement, Amazon.fr est à la seconde place des sites de biens culturels français. Selon les chiffres publiés le 24 octobre 2000 par Media Metrix Europe, société d'étude d'audience de l'internet, le site a reçu 217.000 visites uniques en septembre 2000, juste devant Alapage (209.000 visites uniques), mais loin derrière la Fnac (401.000 visites uniques). Suivent Cdiscount.com (115.000 visites) et Bol.fr (74.000 visites). Le site américain Amazon.com profite lui aussi de l'effet de curiosité puisque il totalise 137.000 visites uniques, soit 23.000 visites de plus que le mois précédent.

Le 1er novembre 2000, Amazon Japon, quatrième filiale du géant américain, et première filiale non européenne, ouvre ses portes avec un catalogue de 1,1 million de titres en japonais et 600.000 titres en anglais. Pour réduire les délais de livraison à un ou deux jours au lieu des six semaines nécessaires à l'acheminement des livres depuis les Etats-Unis, un centre de distribution de 15.800 m2 est créé à Ichikawa, dans l'est de Tokyo.

A la même date, Amazon.com annonce son intention de pénétrer le marché francophone du Canada, et de lancer sa version canadienne-française en 2001, avec vente de livres, musique et films (VHS et DVD). La société débute l'embauche de personnel francophone connaissant le marché canadien.

En novembre 2000, la librairie compte 7.500 employés, 28 millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France et Japon). La maison mère a beaucoup diversifié ses activités. En effet elle vend non seulement des livres, des vidéos, des CD et des logiciels, mais aussi des appareils électroniques, des appareils de cuisine et de jardinage, des produits de santé, des jouets et des voitures. Elle organise des ventes aux enchères avec Sotheby's Holdings. Le 14 novembre 2000, Amazon.com ouvre sa librairie numérique, avec 1.000 titres disponibles au départ, et une augmentation rapide du stock prévue pour les mois suivants.

Même pour le marketing des librairies en ligne, le papier n'est pas mort, loin s'en faut. Pour la deuxième année consécutive, le 17 novembre 2000, en prévision des fêtes, Amazon envoie un catalogue imprimé à 10 millions de clients.

Mais, malgré la discrétion du librairie en ligne sur les conditions de travail de son personnel, les problèmes commencent à filtrer. Le Prewitt Organizing Fund et le syndicat SUD-PTT Loire Atlantique débutent le 21 novembre 2000 une action de sensibilisation auprès des salariés d'Amazon France pour de meilleures conditions de travail et de salaires. Ils rencontrent une cinquantaine de salariés travaillant dans le centre de distribution de Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orléans. SUD-PTT dénonce chez Amazon "des conditions de travail dégradées, la flexibilité des horaires, le recours aux contrats précaires dans les périodes de flux, des salaires au rabais, et des garanties sociales minimales". Une action similaire est menée en Allemagne et en Grande-Bretagne. Patrick Moran, responsable du Prewitt Organizing Fund, entend constituer une alliance des salariés de la nouvelle économie (Alliance of New Economy Workers). De son côté, Amazon.com riposte en insistant dans des documents internes sur l'inutilité de syndicats au sein de l'entreprise.

Le 30 janvier 2001, Amazon, qui emploie 1.800 personnes en Europe, annonce une réduction de 15% des effectifs et la restructuration du service clientèle européen, qui était basé à La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce service sont transférées dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et Regensberg (Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mère, suite à un quatrième trimestre déficitaire, un plan de réduction de 15% des effectifs entraîne 1.300 licenciements.

16.2. Les aventures de Harry Potter déferlent sur l'internet

Née sous la plume de l'écossaise J.K. Rowling, la série des aventures de Harry Potter voit le jour en 1995. A ce jour, quatre volumes sont parus. Destinée aux enfants de 9-13 ans, la série devrait compter en tout sept volumes, chacun correspondant à une année de la vie de Harry Potter (de 11 à 18 ans).

En quatre ans, le jeune magicien est devenu une véritable star auprès de millions d'enfants et de leurs parents. Petits et grands, tous s'accordent à dire que ces livres sont des chefs-d'oeuvre d'humour et de suspense, avec la peur et le fantastique en prime. De l'avis des libraires et des bibliothécaires, l'engouement des enfants pour cette série ne semble jamais avoir eu d'équivalent. En juin 2000, juste avant la parution du quatrième tome, le nombre de livres vendus s'élève à 35 millions d'exemplaires traduits en 35 langues différentes. Dans 140 pays ils ne quittent pas le haut de la liste des meilleures ventes de livres pour enfants. Le New York Times a même dû séparer sa liste de best-sellers pour enfants de celle des adultes, afin d'éviter que Harry Potter n'occupe indéfiniment la première place des best-sellers tous âges confondus.

Le 7 juillet 2000, le quatrième titre, Harry Potter and the Goblet of Fire (Harry Potter et le gobelet de feu), déferle sur le monde anglophone. Avant sa sortie aux Etats-Unis, il est pré-commandé par près d'un million d'enfants, dont 400.000 commandes pour Amazon.com et 360.000 sur le site ou dans les librairies Barnes & Noble. Opération de marketing sans précédent, le lancement officiel a lieu très exactement le 7 juillet 2000 à minuit et une minute, avec librairies ouvertes en pleine nuit, queues impressionnantes, et service exceptionnel mis en place dans les librairies en ligne pour répondre à la demande et assurer une livraison rapide.

Le premier tirage de Scholastic, l'éditeur de la série aux Etats-Unis, est de 3,8 millions d'exemplaires. Celui de l'éditeur anglais, Bloomsbury, est de 1 million d'exemplaires pour le Royaume-Uni, 400.000 exemplaires pour le Canada et 200.000 pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande (en vente le 14 juillet pour ces deux derniers pays). 375.000 exemplaires sont vendus dès le premier jour. Ce premier tirage est immédiatement suivi d'un deuxième tirage de 1,5 million d'exemplaires.

Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire est publié en braille par la National Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement après sa sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages de l'original donnent 1.184 pages braille, mais le prix du livre braille n'est pas plus élevé. Ce très court délai a été possible grâce à deux facteurs. D'une part Scholastic, l'éditeur original, a fourni le fichier électronique, une initiative dont feraient bien de s'inspirer nombre d'éditeurs. D'autre part les 31 membres de l'équipe de la National Braille Press ont travaillé sans relâche pendant quinze jours. Comme les titres précédents de la série, l'ouvrage est également disponible au format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé disponible sur disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille portable ou d'un logiciel braille sur micro-ordinateur.

En Allemagne, un groupe de fans décide de se partager la traduction bénévole des 37 chapitres du quatrième volume. Fin août 2000, il propose les six premiers chapitres en téléchargement libre sur le site Harry-auf-Deutsch-Community, et les neuf chapitres suivants sont en cours de traduction. Cette traduction non autorisée suscite de vives controverses, la sortie officielle du livre étant prévue le 14 octobre chez Carlsen Verlag, avec un premier tirage d'un million d'exemplaires. La riposte de l'éditeur officiel est rapide. Ses avocats menacent Bernd Kölemann, coordonnateur du projet, de poursuites, de deux ans d'emprisonnement et d'une amende de 210.000 euros s'il n'arrête pas ses activités avant le 31 août. Les téléchargements cessent donc. Ces démêlés entre un éditeur établi et un site internet non commercial mettent à nouveau sur la sellette divers problèmes: respect du droit d'auteur, respect de l'exclusivité d'un éditeur, conditions de téléchargement libre des oeuvres sous copyright, etc. Des éditeurs connus soutiennent Carlsen Verlag. Ils profitent de l'occasion pour rappeler que les profits dégagés par les best-sellers leur permettent de publier aussi des livres à petit tirage. Il reste à espérer que ce soit vraiment le cas. La version allemande du quatrième tome est lancée par Carlsen Verlag le 14 octobre 2000, avec un premier tirage d'un million d'exemplaires, et 150 librairies ouvertes la nuit du lancement.

Fin novembre 2000, la série est traduite dans 200 langues et les ventes des quatre titres toutes éditions confondues atteignent 66 millions d'exemplaires. La série est récompensée par 50 prix littéraires.

Le 29 novembre 2000, la traduction française du quatrième tome, Harry Potter et la coupe de feu, déferle sur la francophonie. Son traducteur, Jean-François Ménard, qui traduit la série depuis ses débuts, a travaillé sans relâche pendant deux mois. Le titre paraît chez Gallimard dans la collection Folio Junior, comme les trois titres précédents (Harry Potter à l'école des sorciers, Harry Potter et la chambre des secrets, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban), vendus jusque-là à 1,4 million d'exemplaires. Dès le 24 novembre 2000, ce sont les grandes manoeuvres. Amazon France s'allie à Chronopost pour une livraison dans les meilleurs délais. Chronopost et Amazon s'engagent à assurer la livraison du livre partout en France le jour même de sa sortie, mercredi 29 novembre, et ce avant 10 h du matin si la commande est passée avant 14 h la veille.

Le premier tirage du quatrième tome est de 450.000 exemplaires, acheminés vers 4.500 points de vente en France, en Belgique et en Suisse. Les 50.000 exemplaires destinés au Québec (inclus dans les chiffres du premier tirage) sont imprimés sur place pour éviter le coût du transport et les délais de livraison. En France, quelques dizaines de librairies ouvrent exceptionnellement leurs portes dans la nuit du 28 au 29 novembre, avec achat du livre à partir de minuit et une minute. Le jour même de la sortie du livre, Gallimard annonce un deuxième tirage de 100.000 exemplaires.

Seule ombre au tableau, mais de taille: le prix du quatrième tome est de 19 euros, alors que les tomes précédents, publiés au format de poche, valent 5 euros. Gallimard publie aussi un coffret regroupant les quatre tomes, ainsi que Rencontre avec J.K. Rowling, un entretien de l'auteur avec Lindsey Fraser, critique de livres pour enfants. En partenariat avec France Culture, l'éditeur sort également l'audiobook du premier volume (Harry Potter à l'école des sorciers), lu par Bernard Giraudeau.

Pendant ce temps, J. K. Rowling protège âprement sa vie privée et travaille au cinquième tome, qui devrait s'intituler Harry Potter et l'ordre du phénix. Harry Potter aura 15 ans, puisqu'il gagne une année par tome. Deux autres tomes suivront ensuite.

Dès 1997, Warner Bros, filiale du groupe Time Warner, acquiert les droits d'adaptation de la série pour le cinéma. Puis Electronic Arts, éditeur de jeux vidéo, obtient auprès de Warner Bros les droits mondiaux sur la série, afin de développer des jeux pour PC et pour l'internet. Le film issu du premier tome est en préparation sous la direction de Chris Columbus, d'après un scénario de Steve Kloves. La sortie du film est prévue le 16 novembre 2001.

16.3. Trois auteurs de best-sellers prennent le risque du numérique

Stephen King aux Etats-Unis, Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Pérez-Reverte en Espagne sont les premiers auteurs de best-sellers à se lancer dans l'édition numérique, sous le feu des critiques de tous ordres émanant des médias et de professionnels du livre qui préfèrent attendre que le modèle économique soit bien rodé pour se lancer.

Stephen King, maître du suspense, est le premier auteur à succès à distribuer une oeuvre uniquement sur l'internet. En mars 2000, sa nouvelle Riding The Bullet, une nouvelle assez volumineuse puisqu'elle fait 66 pages, provoque un véritable raz-de-marée lors de sa "sortie" sur le web. 400.000 exemplaires sont téléchargés en 24 heures sur les sites des libraires en ligne qui la vendent (au prix de 2,50 $US = 2,90 euros).

En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée un site web spécifique pour permettre le téléchargement des différents chapitres, et commence l'auto-publication en épisodes de The Plant, un roman épistolaire qui raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison d'édition en lui promettant le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le 24 juillet 2000, le premier chapitre est téléchargeable en plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, texte, etc.) pour la somme de1 $US (1,16 euros), avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site d'Amazon.com.